03 Avr

PREMIER ALBUM. Le groupe nantais The Rams fait son cinéma en musique

Pour faire du rock, il n’y a pas cent cinquante mille manières de s’y prendre, il faut jouer à l’instinct avec son cœur et ses tripes. De ce côté-là, les Rams ont toujours su faire, c’est même leur credo, leur religion, foncer comme des béliers. Ils l’ont prouvé en concert, ils le démontrent aujourd’hui en album avec Rebecca (The Girl from Haddonfield) tout juste déposé dans les bacs. Rebecca ou la bande son d’un road trip intimiste. On vous dit tout

© Marie Gruel

The Rams, c’est avant tout l’histoire d’une amitié entre quatre garçons. Alex, Tommy, Sim et Mitch auraient pu se contenter de jouer au bridge mais ils ont préféré monter un groupe de rock progressif. À l’ancienne. Avec des vrais instruments, des riffs hurlants, des rythmiques tonitruantes et des plages instrumentales magnétiques.

Rebecca (The Girl from Haddonfield) est leur premier album et tout porte à croire qu’il ne sera n’est pas le dernier. Tout est finement pensé, travaillé, à commencer par la maquette de la pochette, photographie centrale signée Jean-Marie Jagu, très belle couverture de Marie Gruel. Un bel écrin et un album qui demande à monter le son, un peu, histoire de libérer tout son potentiel.

Et il en a sous le capot cet album, onze titres au compteur, une heure et 3 minutes chrono de musique, des accélérations fulgurantes, une tenue de route exceptionnelle… de quoi partir loin, quelque part entre Haddonfleld aux États-Unis et Montréal au Canada. Pourquoi ici plus qu’ailleurs ? Parce que Rebecca (The Girl from Haddonfield) est plus qu’un album, c’est la bande son d’un road trip intimiste entre ces deux villes aux côtés d’une jeune femme, Rebecca. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Où va-t-elle ? Réponse à ces questions et à beaucoup d’autres ici et maintenant avec Alex, guitariste et chanteur, et Tommy, batteur…

Bonjour Alex, bonjour Tommy, première question, The Rams, c’est qui c’est quoi ?

Alex. The Rams, c’est quatre potes, fans de musique, qui ont décidé un jour de jouer ensemble très fort avec leurs bagages musicaux respectifs et de voir ce qui en ressortait.

Tommy. Sinon The Rams, c’est un groupe de rock que l’on pourrait qualifier de cinématographique. On aime bien cette étiquette car elle est représentative du son que l’on peut créer. Avec des bases résolument rock, on aime jouer avec les structures de chansons et passer d’un morceau dansant à une mélodie mélancolique pour avoir un bon mélange d’émotions.

Vos influences sont à chercher du côté des années 70/90. Des noms ?

Alex. En fait, on pioche un peu partout car on est avant tout fans de musique en général. Finalement, dans notre album, il y a beaucoup de samples et de sons à l’envers, ce qui pourrait nous situer dans une période très contemporaine musicalement. Et il y a aussi ce côté très 70’s. On adore les groupes comme Pink Floyd, Chicago Transit Authority, Paul Mc Cartney & The Wings, David Bowie, T Rex, Roxy Music, Iron Butterfly, The Moody Blues ou même Jethro Tull.

Tommy. Sans la flûte pour Jethro Tull!!!! [rire]. Concernant les années 90 – 2000, on a grandi avec des groupes comme Mogwai, Tahiti 80, Ty Segal, Placebo, Hex Ex, Bleech, Artic Monkeys, Radiohead, Kasabian et aussi Iron Maiden pour Mitch. Il est donc probable qu’inconsciemment notre son s’en approche énormément. C’est le mélange de plus de 50 ans de culture rock qui est vraiment intéressant. C’est juste énorme comme bagage musical. En tout cas, on ne se donne pas de limite ou de barrière lorsque l’on crée un morceau ou une ambiance musicale.

Des influences musicales mais aussi cinématographiques donc ?

Alex : Oui tout à fait, pour ma part je suis un grand cinéphile. La musique de film à une grande place dans notre processus de création. Je suis très admiratif de compositeurs comme John Murphy (28 days later), Brian McOmber (It comes at night), John Barry (Out of Africa, James Bond), et également Hans Zimmer (Interstellar), Atticus Ross (The book of Eli) ou bien Warren Ellis (The road). Pour la création de notre album, il est évident que ces ambiances musicales nous ont indirectement inspiré. Toute la construction de l’album s’est faite comme si l’on visionnait un film en direct. Cela a été un vrai défi, parce qu’en terme de création, nous avons décidé d’enchaîner toute les chansons à l’enregistrement pour renforcer l’aspect cinématographique.

L’Anglais Steve Wilson cartonne, les Français Ange se reforment… Le rock progressif serait-il en plein renouveau ?

Alex : Selon moi, il y a deux raisons. La première étant que la mode est cyclique. La deuxième étant qu’avec le rock progressif, il y a une vraie liberté de création. Il n’est pas nécessaire de respecter une structure de chanson rock présente depuis 50 ans. On peut faire un morceau de 15 min comme un morceau de 50 secondes. Et puis je pense qu’aujourd’hui les gens ont besoin d’entendre de nouvelles choses, d’être surpris, de se confronter à l’inattendu.

Après un EP en 2014, voici donc votre premier album, Rebecca (The Girl from Haddonfield). Comment se vit le moment ?

Alex. On le vit super bien. On est soulagé car pour le moment, nous n’avons que des retours positifs et ça fait vraiment plaisir. Nous nous sommes investis dessus pendant 1 an et nous sommes très fiers de ce qui en ressort car jusqu’au bout, nous l’avons fait en suivant un processus de création qui nous correspond et le résultat est là.

Tommy. Ce qu’il faut surtout ne pas oublier de dire, c’est que, c’est grâce au soutien des « ulluleurs » et de notre entourage que cet album a pu voir le jour. Nous sommes donc fiers de leur faire découvrir presque un an plus tard le résultat de leur contribution.

Plus qu’un album, c’est un concept album. Que raconte-t-il ? Qui est cette Rebecca ?

Alex. Cet album retrace le voyage d’un personnage quittant sa ville d’adoption (Haddonfield) pour aller au 1437 Stanley Street à Montréal au Canada. Rebecca est une jeune fille, enfant unique adoptée à sa naissance. Plusieurs années après, en 1984, Rebecca découvre l’existence de sa famille biologique et surtout de son frère jumeau, atteint de schizophrénie. Elle décide donc d’aller à la recherche de ses racines et de renouer avec cette famille qu’elle ne connait pas.

Quelques invités de marque figurent au générique de l’album. Pouvez-vous nous les présenter et nous expliquer les raisons de leur présence ?

Alex. Il y a Nathalie San qui est une amie d’enfance vivant au Canada et avec qui j’avais déjà enregistré quelques morceaux. C’est une chanteuse extraordinaire d’Electro Jazz et pour moi il fallait absolument qu’elle chante avec nous même si son univers musical n’est pas forcément le nôtre. Il faut surtout savoir que le point de départ de l’album s’est fait là-bas dans son chalet en plein milieu de la forêt québécoise. Il y a Warren de KO KO MO et Roman Gaume qui sont deux musiciens adorables et bourrés de talents qui ont trouvé l’idée du multi guests sur notre album très intéressante. L’idée était d’apporter leurs univers sonores en terme de chants et guitares, et de les lier dans un ensemble finalement homogène. La présence de ces guests contribue aussi au mélange des émotions et à l’aspect concept de l’album.

On retrouve  le titre Perfect Slave qui tourne depuis pas mal de temps sur Youtube et sur lequel joue Warren des KO KO MO. Pourquoi ne pas l’avoir choisi comme premier single ?

Tommy. Nous ne voulions pas profiter de la notoriété de Warren et de son groupe tout comme celle de Roman pour mettre en avant notre album. Pour nous, leur présence est un plus considérable mais ça reste des compositions de The RAMS et ça reste notre univers. Nous ne voulions pas que la première découverte de notre album soit faite grâce à un de nos guest comme Warren. On préférait aussi mettre plus en avant She’s So Fine qui est un titre représentatif de l’album avec des grosses rythmiques, des solos de guitares et des passages instrumentaux planants.

Vous vous dites adeptes du DIY. C’est-à-dire, concrètement ?

Tommy. Concrètement, ça part d’une situation assez simple : on souhaite faire des choses qualitatives et avec une exigence assez forte. Pour autant, nous avons un budget très limité donc nous essayons de faire un maximum de choses par nous-mêmes en piochant aussi dans les talents et qualités des personnes de notre entourage. L’avantage, c’est que cela nous permet d’avoir un contrôle total sur notre musique, sur les choix artistiques et même sur le côté communication.

Votre release party aura lieu le 27 avril au Ferrailleur à Nantes ? Vous nous préparez des surprises ?

Tommy. Pour fêter la sortie de l’album et remercier tous ceux qui y ont contribué, on veut faire un concert unique. L’avantage du Ferrailleur, c’est qu’on pourra retransmettre l’univers de l’album sur scène. Il y aura aussi quelques invités pour apporter encore plus cet aspect unique du moment. On a hâte d’y être et on espère que le public répondra présent pour cette belle soirée en perspective.

À quoi vont ressembler les jours et semaines à venir de The Rams ?

Tommy. Pour promouvoir la sortie de notre album et le faire découvrir au plus grand nombre, nous avons quelques opérations de promotions, des showcase, etc… Mais nous sommes surtout sur une petite période de répétitions pour préparer la release party et les concerts à venir. On a hâte d’aller défendre notre album sur scène et inviter les spectateurs à entrer dans l’univers des Rams.

Merci Alex et Tommy, merci The Rams
Propos recueillis le 28 mars par Eric Guillaud. Plus d’infos sur le groupe ici. The Rams sera en concerr le 6 avril à Cholet, le 27 avril au Ferrailleur à Nantes, le 25 mai au Baroque à Nantes, le 26 mai à Montigné, le 9 juin à Pornichet, le 3 août à Dinan…

29 Mar

BIENTÔT AU HELLFEST. Pogo Car Crash Control : un premier album aussi brutal que crucial !

Il s’est fait connaître avec un EP sorti en 2016 et un titre prometteur, Crève, le Pogo Car Crash Control est de retour sur les scènes de France et d’ailleurs pour défendre son premier album, Déprime hostile, un cocktail explosif de punk metal voué à anéantir toutes tentatives de mise en plis. Le groupe sera en juin prochain sur la Warzone, la scène punk du Hellfest. En attendant, le Pogo pose les guitares et les baguettes le temps d’une petite interview…

À les croiser dans la rue, on leur donnerait facilement le bon Dieu sans confession. Propres sur eux, polis, sympas, Olivier Pernot, Louis et Simon Péchinot, Lola Frichet, le Pogo Car Crash Control au complet, n’ont pourtant pas grand chose à voir avec des enfants de coeur aimant le silence et le recueillement.

Leur truc à eux, et à elle, c’est le punk metal, un dosage parfait à 50/50, des textes en français qui décapent et à l’arrivée, forcément, une musique qui fait dans le brutal. Mais pas que ! Leur nouvel album, Déprime Hostile, s’il fait preuve d’une énergie folle de bout en bout, dévoile aussi ici et là de petites touches subtilement mélodiques et même une ballade, oui oui, douce et tranquille. Pour en parler, Olivier, chanteur-leader du Pogo…

Bonjour Olivier, quoi de neuf depuis votre passage à Nantes en octobre dernier et notre interview sur ce même blog ? Tout va bien pour le Pogo Car Crash Control ?

Olivier. Tout se passe à merveille. L’album est sorti. Ouf ! On entame la tournée 2018 avec à nouveau un concert à Paris mais cette fois ci à la Maroquinerie le 12 avril. Sinon, quoi de neuf ? Et bien, Louis et Simon se sont fait tatoués dans les loges avant un concert à Béthune (un personnage de South Park pour Louis et un couteau pour Simon). Lola va bientôt se faire opérer des dents de sagesse. Et moi, je suis à la recherche d’un appartement. Si jamais quelqu’un veut m’héberger…

Vous nous annonciez à l’époque la sortie pour mars d’un album « plus dur (que le premier EP) avec quelques surprises dedans ». Nous y sommes, l’album est sorti et effectivement s’avère plus dur, plus animal, mais aussi avec quelques surprises musicales. Vous êtes fiers du résultat?

Olivier. C’est émouvant de tenir le vinyle dans les mains. De nombreuses années à se prendre la tête et voilà, d’un coup c’est fini… jusqu’au prochain album ! Sur le plan technique, je suis très très content du son de l’album. J’ai l’impression qu’aucun autre groupe ne sonne comme nous sur ce disque. Donc oui très fier du résultat !

Je parlais à l’époque d’une musique 50% punk, 50% metal, 100% brutale… Toujours d’accord ?

Olivier. Tout à fait d’accord.

Du brutal, de l’animal… et puis soudain des morceaux rock – presque – mainstream tels que Comment lui en vouloir ? Je Perds Mon Temps et surtout, surtout, un ovni dans votre discographie, une ballade, Insomnie, douce et mélancolique à souhait. Qu’est-ce qui vous prend ? C’est le début de la sagesse ?

Olivier. En fait je pense que nous fantasmions un album « à l’ancienne ». C’est à dire avec des rythmes nuancés, une déroulement narratif et musical. Exactement comme « Nervermind » en fait. On à toujours pensé que c’était la direction la plus audacieuse. Parce que mettre une ballade dans le disque quand tu es un groupe dit « hardcore » c’est assez courageux je trouve.

Sans prétention aucune on peut parler d’un début de sagesse mais attention on va bientôt régresser je le sens !

Quelle est l’histoire de ce titre Insomnie très différent des autres ? D’où vient-il ? Que raconte-t-il ?

Olivier. Parce que rien n’est trop cliché, je vais te dire la vérité : j’ai composé la mélodie en vacances à la mer pour la fille avec qui j’étais. Simon a écrit un texte assez personnel et voilà notre première balade était née. À vrai dire, c’est la chanson qui a été le plus dur à enregistrer. Je n’ai pas l’habitude de chanter, et je ne me considère pas tellement en tant que tel. Mais j’y suis arrivé. D’ailleurs aucun mélodine n’a été utilisé sur le disque, je tiens à le préciser ahahah…

À écouter vos albums, on pourrait penser que vous ne pouvez décemment pas donner plus sur scène. Et pourtant si, vous y parvenez. Pour vous avoir vu en concert, je peux certifier que c’est encore plus vite, plus fort, plus déjanté, que sur album. Comment tenez-vous la cadence ?

Olivier. Comment tient-on tout le concert sans tomber dans les pommes ? Je ne sais pas exactement pour chacun mais grossièrement on répète deux fois par semaines, on mange après le concert, tu peux boire une ou deux bières avant de monter sur scène histoire de te chauffer… et normalement ça le fait ! Ha oui, récemment je m’échauffe un petit peu avant parce que je me suis défoncé le dos à force de header. Mais le pire, c’est la fois où Simon a chanté à ma place parce qu’un boucher/dentiste m’a arraché une dents de sagesse en trois minutes. Personne n’a remarqué !

On vous retrouvera au Hellfest en juin prochain. C’est une date qui vous tient à coeur ?

Olivier. Clairement oui, la pression !

Un mot sur le nom de l’album, Déprime hostile, et sur l’artwork, plus de doigts tranchés mais un crâne ouvert dégoulinant de sang…  Tout est raccord ?

Olivier. Déprime Hostile, c’est l’état d’esprit qui tient tout le disque. Quand j’y pense, on aurait dû appeler notre EP Crève (nom de la dernière chanson), ça résume bien les chose aussi. C’est encore Baptiste Groazil notre fidèle illustrateur qui a fait la pochette. On adore, c’est une chance d’avoir un ami qui a autant de talent.

Dernière question, avez-vous l’impression d’avoir comblé un vide sur la scène rock française ?

Olivier. Non point du tout, il y a toujours eu des bons groupes de rock en France, il faut les chercher c’est tout !

Merci Olivier. Merci Pogo Car Crash Control.
Propos recueillis le 28 mars 2017 par Eric Guillaud. Plus d’infos sur le groupe ici. En attendant son passage au Hellfest le 24 juin, vous pourrez voir et écouter Pogo Car Crash Control le 29 mars à Toulouse, le 30 mars à Agen, le  31 mars à Paris, le 5 avril à Grenoble, le 7 avril à Bulle, le 12 avril à Paris, le 14 avril à Montpellier, le 19 avril à Rouen, le 20 avril à Rennes, le 4 mai à Laval, le 2 juin à Brest…

05 Mar

Starcrawler : un premier album qui transpire le rock!

Il est sorti il y a quelques semaines de l’autre côté de l’Atlantique, il vient de rejoindre les bacs de tous les bons disquaires de France. Et alors ? Une seule écoute suffit pour se rendre à l’évidence, le premier album des Californiens Starcrawler transpire le rock par tous les sillons et c’est bon !

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Vous allez me dire qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil de LA. et je vous répondrais que vous avez en partie raison. Certes, ce quatuor n’a pas inventé le rock, il ne l’a même pas réinventé, mais il s’en est nourri jusqu’à plus faim pour en restituer l’essence même, l’énergie et la transgression, avec un but, continuer à le faire vivre.

L’album vient tout juste de sortir mais on entend parler du groupe depuis plusieurs mois déjà en des termes élogieux. Dans le Rock’n’Folk de ce mois de mars, à la question de connaître son dernier album acheté, Stéphane Saunier, créateur du mythique label havrais Closer Records et programmateur historique  de Canal+, répond : « Starcrawler. Je fais chier tout le monde avec ça. C’est des gamins de LA… Il n’y a rien de nouveau, mais ils le font bien. Il y a une énergie là-dedans. un gros paquet de couilles ».

Qui sont les Starcrawler ? Henri Cash à la guitare, Austin Smith à la batterie, Arrow de Wilde au chant et Tim Franco à la basse, des gamins qui n’ont pas ou peu dépassé les 20 ans et qui étaient encore à l’école il y a quelques mois. Enfin, quand ils n’étaient pas en tournée.

L’histoire du groupe commence au lycée par la rencontre entre Arrow de Wilde, la fille du groupe, et Henri Cash. Viendront les rejoindre Tim Franco et Austin Smith, des amis d’amis.

Dix titres qui sonnent la fin de la récré.

Deux années d’écriture, de répétions et de concerts principalement à LA où ils se font très vite remarquer et entourer d’une bande de fans addicts. Et puis arrive le premier album, dix titres qui sonnent la fin de la récré.

Sur scène, il y a du Cramps dans l’air mais aussi du Ozzy, du Iggy Pop et du Alice Cooper, dont la magnétique Arrow de Wide dit s’être largement inspirée pour son jeu. La chanteuse reconnaît aussi une fascination pour les troubles mentaux au point de les imiter sur scène et dans les clips (modzik).

Programmés aux Bains en octobre dernier, au Point Ephémère il y a quelques semaines, les Starcrawler seront de retour dans l’hexagone en juin pour le Download festival à Paris. En attendant, vous pouvez toujours écouter l’album et regarder leurs clips en boucle. We love LA…

Eric Guillaud

Starcrawler (Rough Trade)

02 Mar

Quatre titres extraits du prochain album de Dominique A Toute Latitude réunis dans un mini-film d’animation de Sébastien Laudenbach

Le nouvel album de Dominique A, Toute Latitude, sortira dans une petite semaine, le 9 mars, mais quatre extraits sont d’ores et déjà disponibles à l’écoute accompagnés d’un mini-film d’animation signé Sébastien Laudenbach. Quand un bijou sonore rencontre un bijou graphique…

© extrait clip

© extrait clip

C’est le premier des deux albums que doit sortir en 2018 le Nantais Dominique A, Toute Latitude sera disponible dans les bacs de nos disquaires préférés et sur toutes les bonnes plateformes de téléchargement dès le 9 mars. Une seconde pour les uns, une éternité pour les autres. Alors, en attendant, les plus impatients pourront se jeter sur YouTube où quatre titres de ce prochain album sont d’ores et déjà disponibles à l’écoute dans un clip en forme de film d’animation signé Sébastien Laudenbach, réalisateur qui avait reçu en 2016 le Prix du jury du festival international du film d’animation d’Annecy pour La jeune fille sans main.

Ce clip de plus de 13 minutes réunit les titres Toute Latitude, Aujourd’hui n’existe plus, Se décentrer et Cycle, le tout baigné dans une atmosphère féerique et onirique traversée par quelques figures mythologiques, des sirènes, des centaures, des fées, mais aussi des flamants roses, des poissons et des hommes, Dominique A faisant lui-même quelques apparitions fugaces ici et là. C’est beau, c’est même très beau et enivrant.

Pour Dominique A, c’était un vieux fantasme que d’avoir des clips d’animations sur ses chansons a-t-il confié récemment à Nathalie Lacube pour le site du journal La Croix. « Dès que j’ai vu ses premières images, j’ai su que le disque allait être vraiment porté. C’était un enchantement, raconte-t-il. Son univers contribue à ouvrir le disque, à aller vers les gens. C’est exigeant, ça racole pas, le trait est beau, ça peut toucher des personnes très différentes. Mon seul regret c’est de ne pas avoir un clip par chanson ! »

Eric Guillaud

L’article du journal La Croix est à retrouver ici

16 Fév

INTERVIEW. Le groupe de rock celtique Epsylon fête ses 10 ans avec un album live

Il a joué en Chine, au Koweït, au Kazakhstan, un peu partout en Europe, mais c’est à la maison, en Vendée, qu’il a enregistré son nouvel album, comme un retour aux sources, un clin d’œil à ses dix premières années d’existence. Des centaines de concerts, quatre albums studio et aujourd’hui un live, ça roule pour Epsylon…

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Prenez un peu de rock, un poil de folk, une bonne dose de pop, saupoudrez le tout d’ambiances celtiques et vous obtiendrez l’univers d’Epsylon, une musique élaborée minutieusement concerts après concerts depuis 10 ans. Car oui, Epsylon est né et a grandi sur scène en apprenant à dompter l’énergie et libérer l’émotion. Après des centaines de concerts sur la planète rock, quatre albums studio, le groupe sort aujourd’hui un live enregistré en avril 2017 à Fuzz’Yon à La Roche-sur-Yon. Rencontre avec Antonin, le bassiste du groupe, qui nous parle de l’album, du groupe, des influences…

Une bonne dizaine d’années d’existence, des centaines de concerts, quatre albums studio… et aujourd’hui un live. Pourquoi ?

Antonin (bassiste). Parce que beaucoup de gens nous le demandaient et aussi parce qu’il y’a très longtemps que l’on en avait envie sans jamais oser pour tout un tas de raisons. Mais il y a eu un moment, après notre tournée des clubs en Mars / Avril 2017 où l’on s’est senti assez affuté pour le faire et on s’est dit que c’était le bon moment. 

Ce live a été enregistré à Fuzz’Yon, sur vos terres. C’était important pour vous ?

Antonin. Important, oui et non… Simplement cela nous a paru évident de faire ça en Vendée, à la maison. C’était une façon de remercier un peu les personnes qui ont commencé à croire en nous lors de nos débuts sur les scènes locales et de partager avec eux ce momentLe public nous l’a bien rendu car la salle du Fuzz’Yon affichait complète, on a même refusé du monde… 

Antonin. Oui ce n’était pas facile et c’est bien pour ça que l’on a mis 18 titres. On ne pouvait pas en mettre plus sur le cd…On voulait également que ce soit fidèle à ce que l’on jouait sur scène depuis un an. 

De ces 18 morceaux, lequel est le plus proche de l’esprit Epsylon ? Et pourquoi ?

Antonin. Notre style a toujours évolué au fil des années… Les débuts étaient plus « rock-festif » alors qu’aujourd’hui nous sommes plutôt « pop-rock » mais avec toujours cette couleur un peu celtique du début. A l’heure actuelle, c’est peut être le morceau Requiem qui résume le mieux l’univers d’Epsylon depuis 10 ans, il synthétise bien cette évolution.

Quand vous regardez toutes ces années parcourues, qu’est-ce que vous vous dites ? Que le groupe Epsylon est une sacrée belle aventure ?

Antonin. Oui c’est évident… Il y a 10 ans, on n’aurait jamais pensé en arriver là où on en est aujourd’hui, ni même que ça devienne notre métier et ce n’est pas fini… Comme dans toutes les vies des groupes, il y a des hauts et des bas, des coups de gueule et des moments d’euphorie, des membres qui changent. Comme au bout du compte il ne reste que les bons moments, on peut dire que oui c’est vraiment une belle aventure ce groupe.

On a l’impression que vous êtes un peu à la marge de la scène locale, c’est une volonté, un accident ?

Antonin. Ça doit être une impression, parce que nous, on ne se trouve pas en marge plus que ça, ou alors on est en marge avec un tas d’autre groupe dans notre veine… On est juste dans le circuit des groupes indépendants mais comme beaucoup.

Vous avez deux particularités, vous chantez en français et vous utilisez des instruments traditionnels. Ce n’est pas un frein pour se développer aujourd’hui et peut-être aller voir au-delà des frontières de notre petit pays ?

Antonin. Si nous en sommes arrivés là aujourd’hui, c’est peut être justement parce que l’on a ces particularités. On a trouvé, nous semble-t-il, un juste mélange entre le rock et les instruments dits « trads », et peut être que le fait d’être un peu différent, fait justement que l’on se démarque un peu plus… Pour le développement à l’étranger, nous avons la chance de faire des concerts partout en France mais aussi un peu partout en Europe, en Angleterre, Suisse, Allemagne nous avons également fait 4 tournées en Chine dont une cinquantaine de concerts, des tournées au Koweït, au Kazakhstan où nous retournons en mars d’ailleurs … et jusque là, le fait de chanter en français n’a jamais été un frein. La musique est universelle et on s’en rend d’autant plus compte lorsque l’on joue à l’étranger.

Quel est le musicien, le groupe ou l’album qui vous a décidé à monter un groupe et monter sur scène ?

Antonin. Il y en a tellement… la liste est longue et c’est trop difficile d’en choisir un.

Quelles sont vos influences majeures ?

Antonin. Dans le groupe, on a tous des influences assez différentes, mais globalement c’est le rock, la pop, le folk et la musique trad. Dans nos compositions, c’est justement ce que l’on essaye de mettre en équilibre et qui fait le son d’Epsylon.

Un live… et après ?

Antonin. Un cinquième album studio pour le début d’année prochaine, et beaucoup d’autres concerts.

Merci Antonin, merci Epsylon. Propos recueillis par Eric Guillaud le 14 février 2018

Plus d’infos sur Epsylon ici et . Le groupe sera en concert le 16 février au Nid à Nantes (complet), le 17 février à Luçon, le 17 mars aux Herbiers, le 25 avril à Fessenheim, le 26 avril à Andiau, le 27 avril à Sierre, le 28 avril à Montivilliers, le 5 mai à Le Croisic, le 11 mai à Brétignolles-sur-Mer, le 24 mai à Paris, le 25 mai à Valentigney…

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12 Fév

From Grey : le premier album du duo nantais Ronan K

Ils s’appellent Stéven et Ronan et forment le duo nantais Ronan K, un nom que certains d’entre vous ont peut-être déjà aperçu sur une pochette d’album. C’était en 2015 pour l’EP Another Cloud. Les revoici avec cette fois un album complet. Son nom, From Grey, neuf ballades folk aériennes qui nous parlent de la vie avec parfois mélancolie. Interview…

© Jean-Pierre Menard

© Jean-Pierre Menard

Ronan K, c’est qui c’est quoi en quelques mots ?

Nous sommes Stéven et Ronan, un duo folk nantais. Nous jouons ensemble depuis trois ans et la sortie d’un premier EP (Another Cloud, 2015). Nous produisons un folk aux accents blues, rock et électriques. Rusticité et modernité est une alliance que nous nous efforçons de mettre en oeuvre de la plus belle des manières avec beaucoup de rythme et d’énergie sur scène.

Votre premier album From Grey vient de sortir. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette étape ?

Avec beaucoup de fierté d’abord car nous avons travaillé pendant deux ans sur ce projet, à composer et enregistrer dans le studio de Stéven, le Lonesome Studio à Blain. Ensuite beaucoup d’excitation avec la perspective de le défendre un maximum sur scène cette année et enfin beaucoup de confiance grâce aux nombreux retours positifs que nous recevons sur notre album.

Que représente ce premier album pour vous ?

L’aboutissement de nombreux mois de travail et une vitrine pour notre musique. Il est composé de neuf morceaux, ce qui peut paraître peu pour certains mais c’est en réalité un condensé très compact de ce que nous avons souhaité offrir au public, dans sa forme la plus travaillée. Ces chansons sont sur l’album car nous les aimons et que nous avons voulu les présenter aux auditeurs de la meilleure manière possible.

Vous êtes passé par un site de financement participatif. Est-ce un passage obligé aujourd’hui pour tous les groupes qui veulent se lancer dans l’aventure?

Pas forcément mais cela peut faciliter les choses dans le cas d’une autoproduction comme la nôtre. Après, évidemment, il faut que la musique proposée plaise un minimum aux gens pour mener à bien ce genre de collecte. C’est aussi ce qui est intéressant car c’est une sélection, une validation directement par les auditeurs. Ils t’envoient un message clair : « ok, c’est cool ce que vous faites, je pré-commande votre disque et comme ça grâce à moi il devient réalité ! » Ce type de soutien n’a clairement pas de prix. C’est très grisant. Nous avons énormément de reconnaissance pour les gens qui nous ont permis de réussir cette collecte et c’est pourquoi nous avons tout fait pour, hormis les contreparties qu’ils ont reçues (goodies, tee-shirts, places de concert, etc.), leur proposer le plus bel objet possible pour ce qui est de l’album physique. Maintenant, si un jour une maison de disque vient nous chercher, nous n’aurons peut-être plus besoin de mettre en place ce genre de financement. Toujours est-il que c’est une très belle expérience.

Du banjo, de l’harmonica, de la guitare slide, aucun doute, on est dans un registre folk plutôt traditionnel. De quoi se retrouver propulsé dès la première écoute au cœur de l’Amérique profonde. Comment deux musiciens nantais en viennent-ils à jouer ce style de musique ?

Tout cela est une histoire de goût musicaux, d’influences. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avons pu les mettre en commun et mettre à profit nos différentes appétences comme autant d’atouts pour enrichir notre musique.

Quelles ont pu être vos influences directes pour l’album ?

Nous avons chacun composé des morceaux de l’album donc nos influences sont diverses. Cela peut aller de Dylan à Nick Cave en passant par Johnny Cash entre autres mais surtout en essayant de faire notre propre sauce.

L’album s’appelle From Grey. Qui est ce Grey qui donne aussi son nom à la deuxième chanson ?

« Grey » est traité comme une personne dans ce titre mais c’est en réalité de la ville de Brest qu’il est question. Nous sommes tous les deux nés en Bretagne et cette chanson a pour thème la nostalgie, le rapport à l’enfance, le souvenir. Ces notions sont souvent en rapport avec des lieux. « Grey » en est un. Nous sommes tous le résultat de notre passé et des ses multiples facettes, c’est pourquoi l’album s’appelle ainsi.

D’une façon plus générale, que racontent vos textes ?

Nous parlons de vie, de mort, de nostalgie donc, mais nous racontons aussi des histoires, des légendes. La fiction prend une place importante, plus que l’autobiographie.

Quel album tourne en boucle en ce moment sur votre platine ?

Les Black Lips pour Stéven et Leif Vollebekk pour Ronan.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

De trouver un tourneur, car nous sommes actuellement en pleine recherche, et de jouer notre album partout pour un public plus grand chaque jour !

Merci Stéven et Ronan, merci Ronan K

Plus d’infos sur le groupe ici

Ronan K sera en concert le 23 février à Chateaubriant, le 16 mars à Rennes…

RonanK_FromGrey _©_Elise_Hautbois

25 Jan

INTERVIEW : Moon Gogo, laboratoire de plaisir

C’est l’un des projets les plus singuliers et les plus audacieux de la scène nantaise, un mariage qu’on pourrait juger contre nature et pourtant. Entre le rock de Federico Pellegrini et la musique traditionnelle de la Coréenne E’Joung-Ju, entre la guitare et la voix de l’un et le geomungo de l’autre, c’est une affaire qui roule jusque dans leur nom : Moon Gogo. La preuve, ils viennent de mettre au monde un beau bébé, le deuxième en trois ans, il s’appelle Joy, trois lettres de bonheur…

Oh là là ! Mais que nous fait Federico Pellegrini, ont pu se demander un temps ses admirateurs ? De la musique du monde ? Du trad ? Non non, l’ex-chanteur guitariste de Little Rabbits et toujours French Cowboy n’a pas entamé une reconversion, aucunement renié ses origines, pas plus cherché à enfouir ses influences. Moon Gogo est l’histoire d’une rencontre, certes inattendue, avec la Coréenne E’Joung-Ju, et d’une exploration musicale sans retenue qui peut élargir notre horizon à tous. Après International, Joy sort le 26 janvier en version cd et digital. Interview…

© Moon Gogo

© Moon Gogo

On a découvert votre projet Moon Gogo en 2015 avec un premier album intitulé International. Pour tous ceux qui vous connaissaient du moins musicalement, ça a été une sacrée surprise. Qu’est-ce qui vous a pris ? Un besoin urgent de changement ? Une envie d’explorer de nouveaux territoires ?

Federico Pellegrini. Rien de tout ça, c’est une collaboration que nous a proposée Pierre Orefice qui nous connaissait individuellement, pour un évènement unique, et une fois lancés, on a décidé de continuer. Après, une sacrée surprise, je ne me rends pas compte. Je n’ai pas l’impression que ça ait totalement bouleversé ma façon d’écrire, ça emmène ailleurs bien sûr, à cause du geomungo et de l’univers traditionnel dont est issue Joung Ju, mais au final, les chansons restent des chansons, dans un format assez convenu. Disons qu’il faut ajuster l’angle d’attaque, mais en fin de compte, ce sont des chansons qu’on peut fredonner.

Je ne suis absolument pas un expert en matière de musique traditionnelle, j’en écoute très peu et je n’ai jamais eu ce fantasme de mélange des genres.

L’alliance entre vous et E’Joung-Ju était-elle si évidente que ça ? Comment se sont déroulées vos premières répétitions ?

Federico. Pour Pierre Orefice oui. Quand il a entendu Joung Ju pour la première fois, il s’est dit, tiens, c’est du blues qu’elle nous fait avec son instrument. Pour moi, beaucoup moins. Je ne suis absolument pas un expert en matière de musique traditionnelle, j’en écoute très peu et je n’ai jamais eu ce fantasme de mélange des genres. D’autant plus que je ne suis vraiment pas le bon numéro quand il s’agit d’accompagner qui que ce soit. J’ai un niveau de guitare (et je ne parle pas du clavier), très limité, disons qu’il se limite à se mettre au service de mon song writing, c’est surtout ça qui m’intéresse, je travaille toujours sur peu d’accords, et mon expression est finalement très codifiée et basique, mais c’est ce qui me plait justement, un cadre restrictif. Donc, les premières répétitions, on a pataugé jusqu’à ce que j’ai l’idée de brancher mon looper sur le geomungo, ce qui a permis de faire une boucle de basse, et de réduire le champ des possibles. Tout à coup, j’étais dans mon jardin.

Sur votre compte Facebook, vous parlez à propos de votre répertoire d’une musique de chambre pas très bien rangée. Qu’est-ce que vous entendez par là ?

Federico. C’est une formule trouvée par Laurent Mareschal, du label, très juste à mon goût. Personnellement, j’y vois une musique planante, un peu contemplative, mais avec un diable toujours prêt à sortir de la boite. Genre méfions-nous de l’eau qui dort.

Je crois savoir que vous êtes ou vous avez été un grand fan de Violent Femmes. En quoi ce groupe a t-il pu marquer votre façon de composer et de jouer ?

Federico. Oui, je le suis toujours même si j’écoute beaucoup moins aujourd’hui, mais je me suis construit là-dessus, entre autres, donc forcément, inutile de réécouter à outrance, ça fait partie de mon patrimoine, de ma palette. Je crois que la musique qu’on écoute, disons entre 13 et 25 ans, constitue le socle à partir duquel on va inventer plus tard, le fondement, je ne dis pas qu’on ne peut pas faire quelques escapades mais bon, c’est l’ossature, ça fait partie de, on est marqué à vie. Parce qu’il y a de la nostalgie dans la musique, comme dans la vie, donc forcément, on en revient toujours à sa jeunesse.

Plus largement, quels groupes vous ont inspiré dans votre vie de musicien et peut-être plus précisément pour le projet Moon Gogo ?

Federico. Pour le projet Moon Gogo en particulier, tout et rien. Rien, parce que le geomungo se suffit à lui même pour le côté pittoresque et unique en son genre, tout parce qu’à partir de ce postulat, tout est ouvert. Après, quoique je fasse, je me nourris de tout ce que j’entends, écoute, ai écouté, mais en bloc, comme une grosse benne de matière première. A quinze ans, on plagie, à 50, on ne sait même plus plagier. La musique que je fabrique ne ressemble pas tellement à celle que j’écoute, je trouve les autres souvent plus talentueux.

Quand je mets un vinyle sur la platine, je peux l’écouter pendant des mois, juste retourner la face.

Quel album tourne en boucle sur votre platine actuellement ?

Federico. Les albums qui tournent en boucle, c’est vraiment mon truc. Quand je mets un vinyle sur la platine, je peux l’écouter pendant des mois, juste retourner la face. Dernièrement, c’était Sleaford Mods, celui d’avant, c’était Jay Z. ..

Hier International, aujourd’hui Joy, qu’est-ce qui s’est passé entre les deux albums ?

Federico. Pas mal de concerts. Les Transmusicales par exemple, un gros soutien de Jean-Louis Brossard, soutien qui me tient à coeur tellement je considère le bonhomme. Lévitation aussi, à Angers. Plutôt chouette de se retrouver dans un festival psychédélique, c’est justement la place de Moon Gogo, même si sur le papier, les programmateurs peuvent en douter. Disons qu’on est passé d’intimiste à un peu plus hargneux, un peu plus rentre-dedans. Disons qu’on jongle entre les deux. Et puis l’écriture du deuxième disque, très chronophage.

Aujourd’hui, je trouve qu’il faut un peu se forcer pour être joyeux, parce que le monde ne l’est pas. Ça rit jaune. Ça laisse sceptique

Pourquoi ce titre Joy, joie en bon français ? C’est l’expérience Moon Gogo qui vous met dans un état de plénitude  ?

Federico. Non, joie, c’est un pied de nez. Déjà, c’est le titre d’un des morceaux, c’est un petit mot, trois lettres, ça peut fédérer. Personnellement, je l’entends comme Joie malgré tout. Aujourd’hui, je trouve qu’il faut un peu se forcer pour être joyeux, parce que le monde ne l’est pas. Ça rit jaune. Ça laisse sceptique. Et puis surtout, dans le morceau Joy, c’est plutôt un appel à ce qu’elle revienne, cette joie, on ne sait pas trop où elle est partie, si elle profite encore à quelqu’un.

On dit qu’un deuxième album est toujours plus difficile à réaliser, est-ce que ça a été le cas pour vous ?

Federico. Je dirais que les deux ont pris leur temps. Pour le deuxième, j’avais des envies de live, d’épure, ça a été le cas sur quelques morceaux, disons qu’on a changé de cap plusieurs fois. Ça reste deux instruments, deux façons de faire, aux antipodes, trouver le terrain commun prend parfois du temps, après, le temps, c’est rien, on peut le prendre, ça n’est pas un handicap, il y a tellement de champs possibles, Moon Gogo c’est un laboratoire. D’un côté, j’ai tendance à marcher plutôt à l’instinct, de l’autre, Joung Ju vient des musiques savantes, elle a tout un bagage. Il faut jongler.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour les mois à venir ?

Federico. Je ne sais pas trop. Être vivant, en bonne santé, c’est bien ça. Comme on dit, la santé avant tout et pour le reste, quand le bâtiment va, tout va.

Merci Federico, merci Moon Gogo

Interview réalisée le 25 janvier 2018 – Eric Guillaud. Plus d’infos sur Moon Gogo ici et

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17 Jan

Shame : le futur punk

Attention attention, toute écoute prolongée de l’album Songs of Praise du groupe anglais Shame pourrait vous provoquer quelques agacements musculaires, voire une folle envie d’en découdre avec votre arthrose. Ecartez les meubles et les enfants, un deux trois pogo…

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C’est le phénomène punk de l’année. Tout le monde en parle même le très sérieux Télérama qui évoque un album « empli d’une flamboyante énergie punk » , c’est dire ! Shame, c’est qui c’est quoi ? C’est une jeune, très jeune, bande de Londoniens, issue du quartier de Brixton pour les connaisseurs, cinq gamins de 20 ans pas plus qui ont ingurgité tout ce qui s’est fait de bien en matière de rock’n’roll pour en recracher un bel album sous les couleurs de l’excellent label américain Dead Oceans, dix titres aussi énervés qu’essentiels et une pochette décalée, tellement paisible.

Dix titres et rien à jeter avec l’eau du bain ! Songs of praise se bonifie même au fil des écoutes. Rien à jeter donc et quelques morceaux comme Concrete, One Rizla, Tasteless, Donk ou Angie qui devraient permettre à Shame de rejoindre rapidement le panthéon du rock sans passer par la case « on est un groupe de jeunes qui débute et qui galère ».

Preuve en est le calendrier, pas celui offert avec le vinyle et sur lequel ont été annotés les événements marquants de l’année 2018, à savoir la date de sortie de l’album le 3 janvier et les anniversaires des cinq membres du groupe, mais le calendrier de la tournée qui débute le 16 février et va les emmener illico presto de l’autre côté de l’Atlantique pour plus d’un mois de concerts, une vingtaine en tout. Ils y croiseront des groupes qui pourraient bien être aussi le futur du rock tels que Protomartyr ou Snail Mail. Après les États-Unis, retour au bercail, enfin presque, au Royaume-Uni tout d’abord, puis en Norvège, en Autriche… et en France à Bordeaux le 17 mai, Lille le 20 mai.

Mais que raconte ce premier album qui cumule les bons points, l’énergie de la jeunesse et une certaine maturité dans les arrangements ? L’amour, la mort, les rencontres, les lieux qui les ont inspiré, Brixton bien sûr, la société, la vie quoi, leur vie, enfin le tout début de leur vie.

Côté influences musicales, certains reconnaîtront dans leur style un peu d’Oasis, un peu de Clash pour les concerts fougueux, un peu de Parquet Courts (Friction), un peu de Fall, de Stooges… et beaucoup d’eux-mêmes, de ce qu’ils ont appris en trois petites années, oui, seulement, mais trois petites années intenses, faites de répétitions dans une cave de Brixton, de concerts mémorables et de travail en studio. Pour eux, le futur c’est maintenant!

Eric Guillaud

Songs of praise (Dead Oceans)

18 Déc

Interview. Les Olivensteins bougent encore !

On aurait pu les croire perdus à jamais pour le rock, disparus de tous les écrans radars pour l’éternité, fiers de ne pas avoir fait grand chose et pressés de laisser travailler la légende. Mais non, Les Olivensteins ont repris du service et sortent leur premier album 40 ans après leur apparition aussi céleste qu’éphémère…

Olivensteins 2018. 8bis

Jamais groupe aussi éphémère n’aura peut-être autant marqué l’histoire du rock en France. Les Olivensteins débarquent sur la scène rouennaise à la fin des années 70, en 1978 précisément. Les Dogs occupent déjà le terrain depuis quelques années, viennent de sortir deux EP et s’apprêtent à publier leur premier album, Different. Pourquoi je vous parle des Dogs ? Parce que les deux groupes sortent du même moule, du label Mélodies Massacre, label mais aussi mythique magasin de musique de la capitale normande, et que l’un et l’autre vont à leur manière laisser une empreinte indélébile sur le rock des années 80.

Avec une différence de taille tout de même, tandis que les premiers chantent en anglais, les seconds balancent des textes en français qui égratignent la bonne morale de ces années-là. Fier de ne rien faire, Euthanasie, Je hais les fils de riches… Tout y passe, la société n’a plus qu’à bien se tenir…

Entre 1978 et 1980, Les Olivensteins donnent quelques concerts qui partiront parfois en vrille et participeront à faire d’eux une légende. Reformés en 2013, il reprennent la route, font quelques dizaines de concerts un peu partout, dont un particulièrement remarqué à Nantes avec les Buzzcocks, et décident de casser leur image de groupe mythique en sortant un album, oui Les Olivensteins ont enfin leur album disponible en vinyle, comme à l’époque, mais aussi en digital et en cd.

Tout ça méritait bien une interview de Gilles Tandy, chanteur leader du groupe. Un coup de fil, quelques échanges de mail, la voici la voilà, mordante à souhait…

Mais… pourquoi donc ce retour ? Vous aviez oublié de dire au revoir vous aussi ou d’éteindre la lumière, ou peut-être de dire tout le bien que vous pensez des fils de riches ?

Gilles Tandy. Il y a quasiment cinq ans, jour pour jour, j’avais donné rendez-vous au troquet en bas de chez moi à un type qui voulait m’interviewer pour Teknikart sur mes turpitudes d’antan. Evidemment, l’article n’est jamais paru. Ce jour-là, j’en avais profité pour railler ces vieilles carnes sur le retour qui reformaient leur groupe. Le résultat étant presque toujours atroce.

Le lendemain, Romain Denis (frère de Vincent et batteur de la formation originale du groupe) nous demandait à Vincent et à moi de répondre à une sollicitation d’un de ses potes pour un one-shot prévu l’été suivant lors d’un festival à Tournan en Brie (77). Eh bien, après une courte mais mûre réflexion dont la teneur n’était pas vraiment liée à des considérations musicales, on s’est retrouvé à répéter dans un local le samedi suivant. Rien n’était prémédité et j’éprouve toujours le même scepticisme à l’égard des reformations.

Sortir un premier album 40 ans après la création du groupe, ça fait quoi ?

Gilles Tandy. Comme pour n’importe quel groupe, parvenir à sortir un album procure un immense plaisir, le reste, on s’en fout totalement. Le passé des Olivensteins n’a jamais fait partie de nos préoccupations, le but n’était ni de célébrer un jubilé ni de fêter des retrouvailles en famille.

Vous aviez disparu des écrans radars, vous faisiez quoi au juste les uns les autres ?

Gilles Tandy. Après les Olivensteins, on a continué à faire de la musique jusqu’en 96, Vincent avec les Coolies et avec Eric Tandy, moi avec les Gloires Locales puis en solo accompagné par les Dogs pour l’album « La colère Monte », Vincent et moi ensemble avec les Rythmeurs puis avec Gilles Tandy et les Rustics. Ensuite j’ai totalement arrêté, tandis que Vincent avait repris avec son groupe Bring That Noise.

De nouveaux visages ont rejoint l’aventure. Vous pouvez nous les présenter ?

GIlles Tandy. On a redémarré avec la formation originale puis Didier Perini qui jouait avec Vincent Denis dans Bring That Noise nous a rejoint à la basse début 2014, ensuite Clément Lagrega a remplacé Romain Denis quand celui-ci a arrêté ; après le  départ d’Alain Royer le 2eme guitariste – qui ne jouait pas sur le 45 tours mais qui faisait partie du combo de départ…vous suivez ?- on a évolué à quatre (vx guitare basse batterie) jusqu’à l’été dernier. Outre Didier, Vincent et moi, la nouvelle formation comprend aujourd’hui Jérôme Bordage à la batterie et France Vitet, qui nous accompagnait déjà sur plusieurs morceaux du disque, aux claviers.

Musicalement, si je vous dis que cet album s’inscrit finalement dans la continuité de votre mythique 45 tours, j’ai tout bon ?

GIlles Tandy. Je pense que tu es dans le vrai, d’ailleurs, certains titres (Catalogues, Né pour Dormir et les Fils de riche) datent de la première époque, sans avoir cherché à reprendre l’histoire là où elle s’était arrêtée. C’est dans cette direction qu’on allait avant la séparation et c’est ce qu’on a continué à faire Vincent et moi avec les Rythmeurs et avec les Rustics.

c’est devenu un repère de vieux cons. Il y a même des colloques autour du punk, certes ça permet à quelques-uns de ressortir du bois avant de plonger dans la sénilité

L’esprit punk est toujours là ?

Gilles Tandy. Ça, on n’en a absolument rien à secouer, le terme punk a été utilisé à toutes les sauces ces derniers temps pour les besoins du quarantenaire d’un truc qui abhorrait les célébrations. Aujourd’hui, c’est devenu un repère de vieux cons. Il y a même des colloques autour du punk, certes ça permet à quelques-uns de ressortir du bois avant de plonger dans la sénilité, mais entendre des universitaires déblatérer sur l’influence qu’a eu ce mouvement dans la  société, il y a de quoi pisser de rire. Laissons le punk là où il s’est arrêté, ça évitera à certains de raconter tout un tas de conneries.

Est-ce que ça a été difficile de faire cet album ?

Gilles Tandy. Lorsqu’on a repris, nous avons vite compris que les standards avaient changé. Fini le temps où après avoir enregistré une maquette, tu attendais en vain l’avis éclairé du guignol d’une maison de disque. Il était clair qu’il allait falloir se prendre en main.

On a profité des subsides générés par la compile Born Bad et par les droits de  passage de « fier » et de d’ »euthanasie » dans le film « Je suis mort mais j’ai des amis » réalisé par Guillaume et Stéphane Malandrin, ainsi que du maigre pécule qui nous restait des concerts pour faire une maquette dans un petit studio parisien, puis, une fois réuni le matériel disponible, enregistrer ces dix morceaux en cinq jours de prise ; ensuite nous avons suivi le processus qui mène à la finalisation d’un album (mixage, mastering, pochette) ; jusqu’alors nous n’avions jamais pris en charge l’intégralité de la production, ça s’est avéré un peu plus long que prévu. La plupart des groupes tend à présent vers cette forme d’artisanat. En ce qui concerne le label –toute la partie fabrication, logistique, commerciale et administrative – le choix s’est vite imposé.

On retrouve la signature d’Eric Tandy (frères de Gilles, ndrlr) sur vos paroles mais pas que. Vous en signez vous aussi, en français bien sûr. C’est essentiel pour vous ?

Gilles Tandy. Je crois que ce vieux débat est clos depuis des années, pour nous c’est une question de confort.

il me semble que Bernard Tapie qui avait une approche du business autrement plus aiguisée que la nôtre n’a sorti que deux 45 tours.  Rien n’est évident dans ce milieu.

Retour en 1978. Un 45 tours, quelques concerts, quelques bagarres…. et puis bye bye. C’était un peu dur non ?

Gilles Tandy. À deux reprises, on a eu de gros problèmes avec des videurs qui étaient le bras armé d’organisateurs malveillants, ce qui était très courant à l’époque, mais Il n’y a jamais eu de bagarre pendant les concerts des Olivensteins, tous ceux qui nous suivaient peuvent en témoigner. Pour le reste, il me semble que Bernard Tapie qui avait une approche du business autrement plus aiguisée que la nôtre n’a sorti que deux 45 tours.  Rien n’est évident dans ce milieu.

Le groupe est devenu une légende dès les années 80, un groupe dont tout le monde parlait mais que finalement peu de gens avait vu ou même entendu. C’est confortable d’être une légende ?

Gilles Tandy. Nous avons toujours trouvé ça grotesque, nous préférons concourir dans la catégorie « découverte ».

Quel(s) souvenir(s) gardez- vous de ces débuts sur les scènes rouennaises et parisiennes ?

Gilles Tandy. Tout ce qu’on a vécu durant cette période est déjà relaté dans le livret de la compile Born Bad sortie en 2011;  je ne vois pas ce que je peux rajouter de plus. Ça a été une post-adolescence plutôt heureuse, j’ai d’ailleurs connu des moments très marquants avec tous les groupes dans lesquels j’ai joué.

D’autres ont certainement vécu une effervescence similaire en d’autres lieux et à d’autres époques.

Aujourd’hui,  des mères de famille fredonnent avec nous « Patrick Henry est innocent » lorsqu’on le joue mais on ne sent pas chez elles une envie soudaine d’étrangler leur môme….

On dit que vous vous êtes splité à cause de votre nom emprunté à un médecin éminent qui luttait contre la drogue et qui n’aurait pas du tout apprécié la plaisanterie. Mais je crois savoir qu’il y avait aussi toute la polémique autour du titre très provocateur « Pétain Darlan c’était le bon temps » qui n’avait pas été compris par tous de la même manière…

Gilles Tandy. Aujourd’hui, certains se focalisent sur ce titre qu’on a finalement assez peu joué parce que jugé rapidement assez mauvais. Au départ, Eric l’avait écrit en réaction aux crétins qui arboraient des croix gammées en gueulant « Anarchy » et peut être en pensant à David Bowie débarquant dans sa Mercedes décapotable à Victoria Station au printemps 76 ; de mon côté,  je me faisais une joie de pouvoir rafraîchir la mémoire des anciens ; les anglais pratiquent souvent cette forme de second degré et de dérision dans leurs chansons, mais c’est plus compliqué à faire passer en français.

Je n’ai pas souvenir de problème particulier causé par ce morceau ;  les gens dans la salle gueulaient le refrain à tue-tête avec nous sans donner pour autant l’impression d’adhérer aux thèses de la révolution nationale – Aujourd’hui,  des mères de famille fredonnent avec nous « Patrick Henry est innocent » lorsqu’on le joue mais on ne sent pas chez elles une envie soudaine d’étrangler leur môme…. je me trompe peut être ?

A de très rares exceptions, tout le monde se marrait et chacun trouvait son compte dans ce foutage de gueule général mais c’est vrai que le contexte n’était pas le même. Il n’y a pas eu de polémique à l’époque, ce n’est que bien plus tard lorsque le climat s’est alourdi qu’il a fallu remettre les choses en place, auparavant, nous n’avions jamais eu besoin de nous lancer dans une explication de texte.

En matière de provocation, on pouvait pratiquement tout se permettre, jeter de la bidoche sur le public, chanter à la gloire d’un tueur d’enfant ou de ces deux salopards, prôner l’euthanasie pour les vieux, narguer les mecs qui partaient bosser etc… ça ne portait pas à conséquence vu que notre champ d’action se  limitait à Rouen et sa périphérie et plus tard sur une partie de la Normandie

Par contre, il est exact que l’apparition des skins et des punks à chien lors nos derniers concerts annonçait un basculement des mœurs ; ces nouveaux compagnons de route plutôt encombrants couplés avec les embrouilles causées par le toubib ne nous laissaient pas des perspectives très enthousiasmantes. On a préféré arrêter les frais.

Vous le regrettez ? Jouez-vous toujours ce titre sur scène ?

Gilles Tandy. On n’était pas devins, on ne pouvait pas imaginer en 1979 que les héritiers putatifs de ces duettistes feraient deux finales et un podium à la présidentielle et que leurs idées pourries seraient si présentes au cours des décennies suivantes. Bien entendu, on ne la joue plus, on écarte la rime facile…

Et le bon médecin, il est mort ? Aucun risque aujourd’hui ?

Gilles Tandy. On n’en sait strictement rien. Nous nous sommes bien gardés de lui poser la question.

Quand même, Rouen à cette époque, Mélodie Massacre, L’Exo 7, Les Dogs, Les Olivensteins, c’était le bon temps ? 

Gilles Tandy. Heureusement qu’il y avait tout ça sinon qu’est-ce qu’on se serait fait chier à Rouen !

si l’écoute des chansons des Olivensteins permet à certains de repousser l’arrivée d’Alzheimer, c’est tant mieux

Ça vous arrive d’être nostalgique ?

Gilles Tandy. Le rock devient une affaire de vieux, c’est indéniable et si l’écoute des chansons des Olivensteins permet à certains de repousser l’arrivée d’Alzheimer, c’est tant mieux, mais tous ces mecs qui s’épanchent sur leur jeunesse perdue, ça me gonfle prodigieusement. Je n’ai pas encore l’incontinence d’un ancien combattant, ni l’éloquence d’un conteur.

Que reste-t-il de toute cette époque ?

Gilles Tandy. Quelques paquets de disques achetés au cours ces années, bien lourds à trimbaler lors de mes déménagements successifs.

Je vous ai vu sur scène à Nantes à l’occasion de l’événement « Fils de punk » organisé pour les 40 ans du mouvement punk. J’ai été très agréablement surpris par votre concert, très carré, très pro. C’était un concert important pour vous ?

Gilles Tandy. On a une forte connexion avec cette ville. Nous y avons joué dès 1983 avec les Rythmeurs et ensuite à plusieurs reprises avec les Rustics dont deux membres-Philippe et Jean Michel Daniau (Leo Seeger) étaient nantais. Ce concert nous tenait spécialement à cœur ; aujourd’hui, ça reste pour moi un moment particulier car c’est malheureusement la dernière fois que j’ai pu croiser mon ami Vincent Twistos (guitariste des Elmer Food Beat disparu cet été).

Le public est aujourd’hui plus avisé, les nouvelles générations ont amené une technique et un savoir-faire qu’on n’avait pas à l’époque, on ne peut plus se contenter de faire n’importe quoi. Sur scène, on s’efforce d’être généreux et à l’usure, on a fini par se mettre en place musicalement, on y gagne en sérénité.

Quel regard portez-vous sur le rock aujourd’hui ?

Gilles Tandy. Je n’ai pas un avis bien tranché là-dessus et la position du vieux sage qui ramène sa fraise ne me sied pas vraiment.

Je viens d’écouter « Brutalism » l’album de Idles c’est pas mal ; le chanteur a fondu les cendres de sa maman dans un tirage limité ; voilà une pièce qui pourrait trôner dans les conventions du disque au côté du 45 t des Olivensteins.

Quels sont vos projets ?

Gilles Tandy. Continuer à en profiter. On aimerait pouvoir jouer un maximum et de préférence, dans des endroits où on n’a pas encore mis les pieds, et qui sait ne pas traîner trente-neuf ans pour enregistrer un nouvel album…

Propos recueillis par Eric Guillaud le 17 décembre 2017

Plus d’infos sur les Olivensteins ici

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08 Déc

VedeTT : un nouvel EP dans le tambour

Ça roule pour VedeTT. Le groupe angevin, projet de Florent Vincelot aka Nerlov, sort cette semaine un nouvel EP, ainsi qu’un clip, et vous invite à le retrouver sur scène au Joker’s Pub à Angers dimanche 10 décembre…

© JÇrìme Sevrette

© JÇrìme Sevrette

Non, VedeTT n’a rien à voir avec la célèbre marque de machines à laver, encore moins avec la bière belge, VedeTT c’est le nom d’une formation angevine qui malgré un changement de line-up quasi-perpétuel s’est imposée sur la scène angevine et au delà avec un style bien à elle, une pop planante et raffinée, parfois chantée en français, beaucoup en anglais.

Nous avions interviewé Nerlov à l’occasion de son concert au festival Levitation France à Angers en septembre dernier, il nous expliquait alors ce qu’était VedeTT en ces quelques mots :

« C’est de la musique globalement rock… Ça passe par pas mal de choses différentes et ça évolue à chaque fois. Le premier album « Tuer les gens » est un peu new wave, un peu 80’s, un peu mélancolique… ».

À ceux qui pensaient trouver chez lui des influences Daho, Nerlov rétorquait : « Etienne Daho, je ne connais pas bien… Il parait qu’il faut que j’écoute les premiers albums pour comprendre la référence ».

« Pour faire simple, le groupe que j’ai le plus écouté et dont je m’inspire en grande partie pour ce projet, c’est Radiohead, mais ça y ressemble pas vraiment… Tant mieux. La base de VedeTT, c’est : « Le bad, la tension et le côté planant »… Ce qui m’inspire, c’est plutôt tout ce qui nous entoure que juste quelques groupes… Ça peut faire branleur/écorché/Raphaël de dire ça, mais c’est vraiment le cas ! »

Peut-être Nerlov les a-t-il finalement écoutés ces premiers albums de Daho, peut-être a-t-il plus vraisemblablement continué à écouter Radiohead, quoiqu’il en soit, ce nouvel EP qui sort le 8 décembre affiche de belles couleurs pop et indie. Losing All, c’est son nom, permet à VedeTT d’explorer de nouvelles voies, plus énergiques et dansantes avec It Seems To Be Natural, nonchalantes et élégamment jazzy avec Eyes. Ajoutez Losing All et  Get Off The Road qu’accompagne un clip très sombre, très inquiétant, et vous obtiendrez un EP qui tient sacrément bien la route.

Eric Guillaud 

Plus d’infos sur VedeTT ici. Le groupe sera en concert le 10.12 à Angers, le 11.12 à Paris, le 14.12 à Nyon, le 15.12 à Bulle, le 16.12 à Saint Gallen…

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