16 Jan

Françoise Dolto et la pédophilie, une condamnation post-mortem ?

Depuis quelques semaines, suite au procès fait à cet écrivain, Mr Mazneff, reconnu comme auteur aimant coucher avec les jeunes mineurs, une autre affaire refait surface. Celle admirée par le grand public dans les années 1960, qui aurait tant fait pour les enfants, Mme Françoise Dolto, serait accusée, elle aussi de soutenir la pédophilie. Sophie Robert (Réalisatrice très connue dans le monde de l’autisme et de la psychanalyse a dénoncée, preuve à l’appui tout les textes que madame Dolto a écrit sur le sujet. En voici quelques exemple :

Citations extraites de L’ENFANT, LE JUGE ET LA PSYCHANALYSTE, Françoise Dolto et Andrée Ruffo, Gallimard, 1999.

P33 : Question de la juge Andrée Ruffo à propos d’un enfant victime d’inceste

Dolto : L’important c’est : puisqu’il a survécu, qu’est-ce qu’il y a eu de suffisant pour y prendre son pied ? Si un être est vraiment traumatisé il tombe malade ; si un être n’a pas de quoi vivre il ne continue pas.

P 52 : à propos d’une enfant violée.

La juge : Mais on sait très bien que cet enfant est battue, qu’elle a été violée.
Dolto : Oui, et d’ailleurs qu’elle le provoque.

P 53 : à propos des enfants violés et battus :

Dolto : les enfants sont responsables de laisser les parents commettre un acte qui les avilit dans leur relation à leurs enfants.

P 81 : à propos d’un enfant victime de violences sexuelles

Dolto : … peut être que sans l’avoir cherché, l’enfant en était complice. Parce que je crois que ces enfants sont plus ou moins complices de ce qu’il se passe.

P 83 : La juge : On a souvent au tribunal la fameuse question : est-ce que les enfants (abusés) mentent ?

Dolto : Les enfants fabulent beaucoup, oui, c’est vrai.
(…)

La juge : Mais comment nous, juges, pouvons-nous savoir si l’enfant fabule ou non ?

Dolto : moi j’ai vu beaucoup d’enfants qui fabulaient et ça se voyait d’après leurs dessins.
(…)

P84 Dolto : Les enfants ont des désirs pour les adultes, ils piègent les adultes à cause de ça. Ils n’ont que ça à penser, à provoquer l’adulte.

P85 : La juge : mais pourquoi l’enfant fabule ? C’est qu’il doit y avoir un désir ?

Dolto : (…) le fantasme de l’inceste la littérature en est pleine. La littérature est pleine de modes défendus de relations sexuelles.

P87 : la juge : est-ce qu’il est utile pour les enfants qu’il y ait un jugement social, que l’enfant soit déclaré victime ?

Dolto : Non, justement c’est très difficile parce que ça le marque pour la vie. Si ça se passe à huis clos, entre l’enfant et les parents c’est beaucoup mieux. C’est bien dommage ce qui s’est passé. Il faut dorénavant que ce soit terminé et que ce ne soit pas toute une histoire. Ce sont des choses qui se passent dans le cabinet du psychiatre ou du médecin qui justement le garde en secret professionnel. Il travaille avec les parents pour ce dérapage dans leur vie imaginaire. C’est toujours sous médicament ou sous alcool que les choses se sont passées.

P 88 : la juge : mais quand c’est le père et qu’il nie ?

Dolto : Il a raison, c’est pas le même celui qui nie et celui qui a fait. Quand on leur dit ça : « Oui, vous avez raison. Celui qui dit « non » aujourd’hui il a raison parce que c’est impensable pour vous. Vous vous sentiriez un salaud si vous l’aviez fait avec toute votre conscience. Donc vous n’aviez plus votre conscience.

La juge : et qu’est-ce que vous faites en tant que juge pour enfant ?

Dolto : on prévient l’enfant : ça ne recommencera pas, sans ça tu seras complice.

P88 : la juge parle des mères abusées, de génération en génération

Dolto : et alors, vous n’en êtes pas morte. Pourquoi vous en faites toute une histoire ?

Suite à ces extraits, le scandale est né. Il y a ceux qui continuent à nier l’évidence et disent que c’est une époque, que ce n’est pas grave puis il y a ceux qui, comme moi, continuent à expliquer le danger des psychanalystes sur beaucoup de sujets. La fille de Françoise, Catherine vient de répondre aux accusations avec une belle mauvaise foi. Elle qui gère les ventes des livres, étant responsable ayant droit réfute cette idée comme quoi Françoise soutenait la pédophilie alors que le texte de la pétition, signé à l’époque par Mr Sartre et tant d’autres est disponible sur le site Dolto.fr

Le canard enchainé a écrit cet article la semaine dernière :

Ainsi que des articles qui vont dans ce sens : https://www.lalibre.be/international/europe/dans-l-inceste-la-fille-adore-son-pere-et-est-contente-de-narguer-sa-mere-francois-dolto-a-t-elle-reellement-soutenu-la-pedocriminalite-5e1db8de9978e270ae1680d7?fbclid=IwAR2WYqUddyD7XCWjSOxYJ5eR4DEXKWihNwJk-EbbQxvDwVITGK4JvyWT34A#.Xh3h_Us2zUM.facebook

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/van-rillaer-dolto-disait-des-choses-plus-absurdes-que-freud-16-01-2020-2358143_1913.php?fbclid=IwAR2c7zlC7DTywlT9j1lFayN7Ze_V6MBt15QiIKKenT7B8G9mWnxSEzIrwe4

https://www.dailymotion.com/video/x2xfdzf?fbclid=IwAR0KvIC1Ne7hwuIfI90bl7ViRfXM8YYEctN94cJx8T9yzbE8TH3F3ytOEMI

Vous pouvez également lire ce livre, pour vous faire une idée car toute sa bibliographie est disponible partout en librairie, gérer par madame Catherine Dolto. pour mieux comprendre les horreurs, je vous conseille de lire de la psychanalyse.

 

Malgré toutes ces preuves écrites, Catherine Dolto continue à nier l’évidence. Elle répond à la presse que toutes ces accusations viennent de l’extrême droite. Donc le canard enchainé est d’extrême droite ?

On devrait interdire les écoles d’avoir son nom. On devrait arrêter de prendre tout son travail comme argent comptant. Comment depuis tous ce temps, personne n’avait vu ces textes pour les blâmer ? Ce n’est pas une question d’époque car la pédo-criminalité était déjà interdite en France. Dolto comme beaucoup de psychanalystes ont fait beaucoup de mal aux enfants autistes, aux personnes affaiblis, les personnes qui ont une addiction, les mamans… Dolto faisait parti de ces monstres froids qui (heureusement) sont de plus en plus reconnu dans notre société et condamnés.

Comme quoi, on peut toujours se tromper sur une icône radiophonique. Je vous laisse être juge de ce débat, vous avez toutes les cartes en main pour vous faire un avis sur la question. Moi, c’est fait.

Peter Patfawl

 

 

15 Jan

«C’est la faute-aux-zécrans» ! Attention aux mots employés !

Depuis quelques mois, les médias avec quelques médecins veulent alerter sur les dangers des écrans. Mais je suis gêné par la manière dont le sujet est traité. Pour l’instant, il y a eu un test fait par un scientifique et pas mal de médias prennent ce résultat comme une vérité. Une preuve scientifique existe que lorsque plusieurs tests convergent dans le même sens. Donc pour le moment, aucune preuve existe hormis celle de la lumière bleue qui brûle la cornée si on abuse des écrans. Il suffit de mettre le filtre anti-bleu ou ne pas dépasser 45 minutes de «visionnage» et on n’en parle plus ! Puis, les médias mélangent le terme «retard du langage» avec «trouble du langage». Je suis désolé mais les mots ont un sens et lorsqu’on est journaliste, nous devons vérifier et être exact. Le trouble arrive de naissance, l’enfant dys a un trouble, il doit vivre avec toute sa vie. Que l’abus d’un écran provoque des retards dans les apprentissages, oui, c’est évident mais dans ce cas, il faut sensibiliser le parent. Pas marteler des choses dramatiques et approximatives pour faire peur dans la chaumière. Au moins, je remarque que le «Figaro» est d’accord avec «Libération» sur cette information ! Sauf que les médias ont également fait la promotion de madame Ducanda qui a voulu inventer un concept «l’autisme virtuel». Elle est actuellement en procès. Pour cette même raison. Ce qui a fait plus de mal aux parents que de bien. Car maintenant les enfants autistes sont vu comme des geeks abusés et si l’enfant est autiste, c’est la faute des parents qui laissent leurs enfants devant la tablette. Ce qui est faux, bien évidemment. Les «zécrans» ne provoquent pas d’autisme et les «zécrans» ne provoquent pas de troubles. A la rigueur des retards, liés aux problèmes de sommeil si l’enfant abuse mais encore une fois, c’est un problème parental et non un problème d’écran. J’aimerais que les professeurs, les psychologues et les journalistes comprennent bien la nuance. C’est un soucis de bon sens et de conscience. J’ai discuté avec beaucoup de parents qui sont dans la mesure. Heureusement !

                                                                                   

Les «zécrans» sont aussi d’admirables supports pédagogiques et si ils ne sont pas que des objets d’horreurs, si ils sont manipulés avec bon sens. C’est comme à l’époque, avec le walkman qui rendait sourd. Encore une fois, tout dépend comment le son est réglé et si on s’en sert toute la journée ou non. Bref, c’est toujours une question de mesure.

Est-ce que cette société où tout va vite est encore capable de mesure et réflexions profondes ? Je l’espère encore. En attendant, je vais écrire à la professeur de mon beau fils qui dit aux élèves que les «zécrans» provoquent l’autisme pour démentir cette information…

Cela nous en fait du boulot pour casser les clichés et les idées reçus véhiculées.  

Peter Patfawl    

24 Déc

« Ah oui…C’est impressionnant »

Je n’ai pas écrit depuis plusieurs mois. Tant de choses sont arrivées depuis le printemps. Ou plutôt, tant de choses me sont tombées dessus depuis le printemps.

Comme prévu, Bouchon a passé l’été au centre de loisirs. Et moi aussi. Deux mois, 5 jours par semaine, de 9h15 à 17h, entourés de 90 gamins de 4 à 12 ans. Avec une pause de 3 heures à la maison pour le repas et la sieste. Très sincèrement, ce ne fut pas tous les jours d’une joyeuse fluidité. Pour lui comme pour moi. Bien des soirs, aucun de nous deux ne filtrait plus quoique ce soit. Mon petit autiste entrait dans des crises difficilement gérables. J’ai ainsi découvert qu’il lance plutôt loin son assiette pour son âge. Il est également assez performant dans le dégommage de portes et le claquage du hublot du sèche-linge. Il en a réussi à le fendre. Sans parler de sa rapidité à vider n’importe quel placard ou tiroir et de la force avec laquelle il est capable de secouer n’importe quelle tuyauterie, jusqu’à parfois la casser. Il y a des soirs où je ne savais plus ce que je devais faire pour l’apaiser.

J’étais éreintée, à bout de fatigue. Heureusement que 2 et 3 étaient là. Pour prendre quelques minutes le relais. Et pour s’occuper de la logistique quotidienne. Je n’avais pas mesuré que passer les mêmes journées que mon Bouchon produirait sur moi les mêmes effets. Toutes les portes de mon cerveau étaient grandes ouvertes. Et avec l’hyper-stimulation sensorielle de la journée, amplifiée par les crises de mon fils, je n’arrivais plus à les fermer. Je n’avais même pas la force d’en avoir l’idée. Même pas la force d’essayer. Les crises de mon petit autiste bousculaient complètement le séquençage de mes journées à moi. Au point que je ne savais plus organiser les douches, le rangement, le repas. « T’inquiète pas , Maman. Ca va aller ! On va manger des sandwiches !! »

Une bonne nuit là-dessus et c’est reparti, me direz-vous ! Sauf que les gens comme nous ne fonctionnent pas comme ça. Quand nous sommes dans cet état, il nous est impossible de fermer l’oeil. Et dans mon cas précis, quelques petites choses tout à fait insignifiantes sont venues s’ajouter à la barque déjà bien chargée. Quelques petites choses qui mettaient encore un peu plus mon cerveau en ébullition…

Au milieu des autres enfants, j’ai rapidement compris que faire des coloriages, coller des paillettes sur un dessin de château ou peindre un bateau, ça n’allait pas le faire pour Bouchon. J’ai alors eu l’idée saugrenue de lui apprendre l’alphabet. C’est de son âge non ?? Et c’est là que la situation a pris une tournure inattendue et passablement étourdissante. En moins de 15 minutes, mon autiste de 4 ans m’a montré qu’il connaissait les 26 lettres de l’alphabet. Majuscules. Minuscules. Scriptes. Elles sont toutes passées comme une lettre à la poste. Comment il a appris tout ça ? Aucune idée.

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Bon. 2 et 3 savaient ça aussi à son âge. Mais du coup maintenant, on fait quoi pour occuper ses journées ? « On essaie de voir s’il sait lire ? Moi, je crois qu’il sait. Parce que je lui ai dit tout à l’heure : si tu sais lire, mords mon doigt ; si tu ne sais pas, tape-moi le bras. Il m’a mordu le doigt ! » Ce qui est parti d’une plaisanterie de Numéro 2 s’est avéré bien réel. J’ai ainsi découvert avec étonnement qu’à 4 ans, Bouchon sait lire. Il ne déchiffre pas. Il lit vraiment. Il comprend ce qu’il lit. Montrez-lui la photo de la lune, demandez-lui la carte sur laquelle, parmi d’autres, est écrit le mot « lune » et il vous la donne. En majuscules. En minuscules. En scripte. Comment il a encore appris tout ça ? Toujours aucune idée. Je ne savais déjà pas qu’il savait lire. Mais qu’il sache ce qu’est la lune…

Tous les jours, 3 fois 30 minutes, nous avons travaillé ensemble pour que je puisse voir où il en était. Et ça ne s’est pas fait facilement : il m’a fallu lutter, parfois physiquement, contre lui pour qu’il accepte de restituer ce qu’il sait. Il m’a griffée, mordue, tiré les cheveux (c’est son nouveau truc !), pincée… Et je me sentais mal de l’obliger à faire quelque chose dont il ne voyait pas l’intérêt. Quelque chose dont moi-même, pour être comme lui, je ne vois pas non plus l’intérêt : montrer que l’on sait juste pour montrer que l’on sait.

Aujourd’hui, 5 mois après avoir pris en pleine figure les capacités hors normes d’apprentissage de mon fils de 4 ans, j’ai l’impression d’avoir jeté un caillou dans un puits et que je ne l’ai toujours entendu atteindre le fond : Bouchon sait compter jusqu’à au moins 100, composer des nombres de 4 chiffres, faire des additions et des soustractions à deux chiffres, les couleurs (même le mauve !), composer des mots comme « escalier » ou « loin », différencier un rectangle d’un carré ou d’un trapèze et « réciter » les tables de multiplications jusqu’à celle de 9. « P****n ! Il sait que des trucs que je ne sais même pas !! ». Numéro 1 est en Terminale et plein d’autodérision. Et comment Bouchon a appris tout ça ? Je n’en ai absolument, strictement pas la moindre idée. Le mystère complet.

Ce petit garçon qui, à bientôt 5 ans, ne sait pas tirer dans un ballon, ne parle pas, n’est pas propre, ne sait pas pédaler, ne mange pas seul, fait glisser dans ses mains tout ce qu’il peut, ce petit garçon a le niveau de connaissances d’un enfant 9 ans.

Inutile de vous dire que la rentrée en moyenne section de maternelle a été un chouya compliquée. Et que l’équipe enseignante, pourtant prévenue, s’est vue envoyer bouler plus d’une fois avec ses exercices d’escargot vert et de poisson bleu. Il a frappé, mordu, lancé, crié. L’institutrice et l’AVS ont dû adapter leur enseignement. Bouchon a tenu quelques semaines. Mais en cette fin d’année, les choses se sont à nouveau compliquées. Au point, qu’à la faveur d’un nez qui collait, j’ai préféré ne pas mettre mon fils à l’école la semaine avant les vacances de Noël pour laisser l’AVS souffler. Elle était à bout.

Mais à la reprise, comment faire pour adapter davantage le temps de scolarisation à ses capacités ? « Ah moi, je me suis arrêtée de compter jusqu’à 20 avec lui », a un jour avoué la maîtresse à Nounou qui lui disait que la table de 9, ça passait facile. Ma demande de prise en charge par un Service d’éducation spécialisée et de soins à domicile a bien été acceptée. L’intervention d’un enseignant spécialisé aiderait beaucoup. Mais Bouchon est sur une liste d’attente. « Quels sont les délais ? – Impossible de vous donner de date Madame…

Les vacances de fin d’année m’offrent un répit. Mais à la rentrée, je sais que chaque jour je vais à nouveau prier le Ciel pour que l’AVS ne raccroche pas son tablier et que mon fils ne soit plus accepté à l’école.

En attendant, je fais quoi et comment avec ce petit garçon qui ne se calme qu’en écoutant la description technique d’un Mirage 2000 ? « Moi, je dis qu’il faut attaquer la grammaire et les conjugaisons. Tu crois qu’il pourra m’aider en orthographe ?!! ». Numéro 2 a le sens pratique.

Aucun des praticiens avec lesquels j’évoque les capacités de mon autiste n’a de solution à me proposer. Mademoiselle, la nouvelle psy qui remplace Monsieur, a juste dit « ah oui… C’est quand même impressionnant » quand Bouchon a composé à ma demande le nombre 2796…

Et évidemment, pas de Jedi sans côté obscur de la Force. Bouchon recommence à frapper, à mordre (le chien ET les chats !), à lancer. A ouvrir et fermer frénétiquement les portes. Il est à nouveau ultra sensible à la frustration. A l’hyper-stimulation. Je n’avais pas pris de coup de tête depuis un moment. J’y ai eu droit le week-end dernier, pile dans le nez. J’ai saigné. (Je me suis renseignée : ce n’est pas un motif suffisant pour que la Sécu prenne en charge une rhinoplastie.). Il s’immerge tout habillé dans la baignoire et fait couler l’eau. Monte les deux pieds dans la cuvette des toilettes (avec ses chaussures, sinon c’est moins drôle). Disperse dans la maison la terre des plantes ou les croquettes de animaux. Retourne le sac de litière pour jouer…à la litière. Vide la poubelle. Repeint le canapé et les murs avec les cendres de la cheminée. Renverse volontairement son verre d’eau sur lui. Envoie valser un à un les livres de la bibliothèque. Je n’ai même pas le temps d’enlever mes chaussures qu’il a déjà enchaîné plusieurs de ces « bêtises ». Et quand je trouve le moyen de l’empêcher d’en faire une, il en imagine une autre aussitôt. Il n’arrive à plus à se calmer seul.

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Le poste « sommeil » en a également pris un coup. Les difficultés d’endormissement sont réapparues. Il faut maintenant près de trois heures que mon petit autiste accepte de lâcher prise et sombre dans les bras de Morphée. Trois heures durant lesquelles il faut rester à côté de lui si on ne veut pas qu’il se lève toutes les 10 minutes. Soirée pourrie pour soirée pourrie, autant que ce soit en lisant à Bouchon l’histoire de la conquête spaciale.

Là où il dormait jusqu’à 7h du matin sans problème, il se réveille maintenant plusieurs fois quasiment chaque nuit. Et à chaque fois, il ne peut se rendormir qu’avec une présence dans sa chambre. Une nuit, il s’est levé à 2h du matin. il est venu me chercher dans mon lit pour que je le recouche. Il n’a pas voulu me laisser sortir de sa chambre. Il a mis deux heures à se rendormir. Et moi autant de temps à lutter contre le sommeil. Re-belote le lendemain : à 3h12, j’ai traversé la maison tenant mon petit bonhomme d’une main et traînant ma couette de l’autre. J’ai ouvert les yeux à 6h26, allongée sur sa moquette, la tête sur un gros ours en peluche. Je ne sais pas lequel de nous deux s’est endormi avant l’autre…mais je crois bien que c’est moi. « Maman, j’ai mis un petit matelas sous le lit de Bouchon. Tu seras mieux qu’à terre… ». Numéro 3 a le sens du confort.

J’ai l’impression qu’il me faut tout recommencer. Y a-t-il un rapport de cause à effet avec le fait qu’on lui demande d’exprimer ses connaissances ? De montrer ce qu’il sait ? Je le pense, oui. Mais je dois tenir bon. Car si certains jours, je suis découragée, profondément, épuisée, terriblement, me revient alors en tête le large sourire de mon fils autiste quand nous le félicitons d’avoir écrit « maison » ou donné le bon résultat de 37 + 12. Et son regard bleu foncé planté dans le mien, plus clair. Ce regard pétillant qui semble dire « je suis heureux de te rendre heureuse ». Et pour lire ce bonheur dans les yeux de mon fils, j’affronterais sans problème tous les affres de ses troubles. Je réviserai même les racines carrées et les probabilités. Je vais vérifier aussi s’il sait écrire le mot « répit »...

 

 

 

14 Nov

Manifeste pour l’inclusion : Vers une prise de conscience des entreprises ?

Je reviens d’un événement associatif ce matin. Je trouve que de plus en plus, nous parlons de l’inclusion des personnes handicapées au sein du monde du travail, et cela fait du bien. Dans ma propre expérience, je bosse comme bénévole dans l’associatif mais je fais aussi des sensibilisations en BD pour les entreprises avec mon agence Talentéo. Je fais cela depuis deux ans et je trouve que depuis deux ans, cela bouge vraiment.

Talentéo pourrait le dire, les entreprises ont changées de fusil d’épaule. De moins en moins de peur, plus de la curiosité et de l’envie d’aller vers les autres. Et je viens de voir d’apprendre par le biais d’un article de Livre Hebdo, que Les Echos-le-Parisien (déjà co-organisateurs d’un salon sur le handicap dans l’emploi) viennent de faire un manifeste pour faire signer les entreprises dans l’inclusion et l’engagement des futurs salariés handicapés. Je salue la démarche de la part de deux grands médias. hachette vient donc de signer. C’est un de mes partenaires dans mon travail d’auteur et je les soutiens également. Le «vivre ensemble» avance aussi comme cela. Par les initiatives personnelles, entre les entreprises et je suis ravis de voir que ce tournant inclusif avance dans le bon sens. Ensemble, nous devenons toujours plus fort et si l’inclusion continue son travail dans le secteur du travail, les consciences vont continuer à évoluer et je ne peux que m’en réjouir… Il faut donc saluer la continuité et veiller à ce que l’inclusion ne soit pas juste du vent. Il faut continuer le travail dans les écoles, les lieux du publics.

 

L’inclusion dans l’emploi, finalement c’est du travail ! Merci à tous ceux qui essayent des choses et prennent ce thème très au sérieux.

L’inclusion c’est aussi vous !

Pour suivre Talentéo et l’actualité de ce domaine, voici le site : https://www.talenteo.fr/

Pour lire l’article de livre hebdo : https://www.livreshebdo.fr/article/hachette-livre-sengage-pour-linclusion-des-personnes-handicapees

31 Oct

«Le bénévole est une chance pour l’état, cela fait des économies déclare Gabriel Attal !»

En pleine polémique avec la sortie du film «Hors Norme» qui explique qu’il y a des associations qui n’ont pas de moyens, qui font du bricolage comme ils peuvent pour sauver des humains, silence radio du gouvernement sauf pour notre secrétaire d’état Gabriel Attal qui déclare « Si c’était des permanents payés au smic par l’Etat, ça serait plus de 200 millions d’euros par an », a calculé le secrétaire d’Etat, rien que pour les bénévoles des Restos du Cœur. En effet, c’est le comportement de tous les dirigeants mais jamais personne n’a eu l’affront de le dire en vrai dans un gouvernement !

                                               

Dans le milieu du handicap, tout tient quasiment grâce à des associations, très souvent mal vu, critiquées et misent à mal car gestionnaire d’établissements, si l’état devait payer tous les bénévoles qui s’occupent des personnes handicapées, cela ferait des millions d’euros de déboursés. Voilà pourquoi Mr Attal, cela prouve l’incompétence de cet état qui devrait prendre en charge tout ça depuis des années…

Alors dire tout haut ce genre de réalité peut mettre mal à l’aise et il y a de quoi ! Vous n’avez pas vu le film avec Cassel ? 

Vous fêtez quoi la haut ? Votre incompétence ?

J’avoue avoir été choqué par votre discours très décalé pendant que des milliers de gens souffrent …

Espérons que vous allez vite continuer le boulot de voter des aides, des vacances, du soutien aux familles aidantes … Il est temps de réparer… Pas de vous vanter ! 

N’oubliez pas que les bénévoles, on en recherche pour toutes les associations car plus personne veut aider gratis et qu’il est temps de bouger de ce côté là… Il y a urgence à vivre ensemble… Mais il faut se donner des moyens

Vous avez l’intégralité de la déclaration de ce type ici :

https://www.nouvelobs.com/societe/20191031.OBS20549/quand-gabriel-attal-applaudit-les-associations-pour-les-couts-qu-elles-evitent-aux-pouvoirs-publics.html?utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1572527591

J’espère qu’il roule en Renault Cynique celui là  et qu’il s’excusera de sa bétise !

Une pensée à toutes les associations qui travaillent et font du bon boulot. Sans vous et les bénévoles, il n’y aurait pas d’IME, de sessad etc…

Alors merci et courage pour tous ce que vous faites !

29 Oct

«Hors norme» : Laissons tomber les polémiques inutiles !

Je suis obligé de faire cet article car je reçois beaucoup de messages à propos du film «Hors norme» qui continue à faire succès au cinéma. Médias obliges, ce film marque les esprits et fait débat. Le milieu de l’autisme ne fait pas l’unanimité dans ce milieu.

Je suis allé le voir (comme on me demandait mon avis) et je ne le trouve pas si polémique.

 

Il fait son taff : décrire le combat de deux associations qui se débrouillent pour insérer d’un coté des personnes en difficultés avec des personnes autistes très souvent en grande souffrance. Ce film explique sans dénoncer, le contraire du discours propre de notre gouvernement. Même si je trouve ce film plus comme un documentaire (criant de réalisme !) que comme une comédie (j’ai ris très peu) il reste malgré tout, utile pour expliquer au grand public l’essence même de notre combat de bénévole, notre combat au quotidien pour inclure nos enfants différents dans cette société qui, encore trop souvent, rejette la différence. Je ne veux pas rentrer dans les polémiques de chapelle. Même si ce n’est pas forcément ma vision de l’autisme et mon vécu de bénévole, ce film reste très utile pour prendre conscience des progrès à faire dans l’inclusion scolaire, l’inclusion au sein de la société… Un film est un support pour faire véhiculer un message. Ici, il le fait très bien.

Pour les polémiques entre associations, ne comptez pas sur moi pour en faire de nouvelles. On s’en fiche. Chacun voit l’autisme de son fils, qu’ils soient Asperger, non verbale, autiste Kanner, tant qu’il y a un diagnostic et une prise en charge, c’est un combat que chacun doit mener et parfois différemment. Chaque cas est différent. Et ce film montre bien également que la différence est une affaire de tous. Les associations de parents  font un travail formidable d’accompagnements, les parents font leur devoir pour aider leurs enfants, les personnes autistes font eux même un sacré boulot sur eux pour pouvoir évoluer dans ce monde et être le plus possible autonome. Et j’espère en revanche qu’une Madame Cluzel réagira un peu plus avec justesse lorsqu’elle affirme que chacun a une solution dans ce monde. C’est la preuve d’une défaillance dans le système. C’est la preuve qu’il y a encore beaucoup à faire et rien que pour cela, ce film vaut le coup d’être vu.

Le cinéma peut aussi montrer que les personnes autistes ne font pas des comédies.

Merci de m’avoir lu.

Peter Patfawl, beau père d’un enfant autiste et épileptique, dessinateur de deux manuels illustrés sur l’autisme (La Boite à pandore Edition) et bénévole dans trois associations.         

26 Sep

L’ex-candidat Paul et Greta Thunberg, deux autistes maltraités par l’ignorance publique ?

L’actualité est parfois cruelle et en ce moment même, elle l’est pour deux personnalités «Asperger». Dans les articles depuis quelques jours, on parle de Paul, le candidat autiste du jeu télévisé de Jean-Luc Reichmann. Et beaucoup plus de manière méchant, notre Greta Thunberg, cette adolescente de 16 ans, autiste de haut niveau également, qui a secouée une petite réunion d’hommes puissants à propos du réchauffement climatique.

Je vois de ces commentaires, propos affreux sur ces deux personnalités, qui me fendent le coeur. Alors mettons nous loin de l’actualité flambante, installez vous dans un fauteuil et prenez un café. Nous allons réfléchir ensemble loin des réactions de l’immédiateté. Il est important de connaitre et de réfléchir. 

                                                                                                  

On prépare depuis quelques temps la société à accepter les différences des uns et des autres pour bâtir une société où le «bien vivre ensemble» est important.

Que vous soyez d’accord ou en désaccord avec ces deux personnes, ce n’est pas le sujet de cet article mais d’essayer de comprendre le fonctionnement d’une personne différente plutôt que de la rejeter.

Greta vous choque par ses propos ? Vous la trouvez trop froide et robotisée comme Michel Onfray, trop mature « à vous coller la trouille » comme le prétend Bernard Pivot ? C’est normal. Elle est autiste asperger et cela pourrait faire penser ces impressions là au premier regard. Il faut dépasser cela. Il ne faut pas penser que les personnes Asperger fonctionnent totalement comme vous car vous voyez souvent des héros à la télé (Comme « The Good Doctor) ou d’autres images de ce genre où la personne Asperger est médecin ou un génie. Cela fait oublier souvent les difficultés des personnes Asperger, pensant qu’ils réussissent tout vu le niveau de leur métier ! 

                                                                             

Ils sont avant tout autistes comme les autres personnes qui vivent avec cet handicap et même si ils parlent souvent très bien, ils ont des différences neurologiques qui font d’eux des êtres qui communiquent à leur façon, pas toujours comme notre façon à nous de communiquer. Ils fonctionnent donc souvent avec un intérêt restreint, ils ont les même soucis d’adaptation que les autres. La froideur que vous avez parfois ressentis vient de cette différence et de sa manière à elle de se concentrer et ce combat pour le climat, elle le fera jusqu’au bout car lorsqu’elle parle, elle n’a aucun filtre. Voilà pourquoi à son âge, elle va parler à des endroits où nous, on aurait peur d’aller. Il n’y a pas de faux semblant. Pas de débat, elle pense quelque chose, elle le dira de manière cru et de manière redoutable pour vous. Elle ne vit pas avec la même réalité que nous.

Voilà pourquoi elle choque. Elle va loin, elle est sans pitié car elle est entière. Ce n’est donc pas de sa faute, c’est sa différence qui fait ce qu’elle est. 

Pareil pour Paul, vous pensez que ce candidat est aidé par le présentateur et la production car c’est impossible d’avoir une mémoire aussi grande ? Vous avez faux.

La capacité de la mémoire hors norme fait partis de l’autisme dite de haut niveau.

Paul a des difficultés pour communiquer dans notre langage mais peut très bien masquer son handicap en faisant tout avec la mémoire. Enregistrer les codes sociaux, comprendre les expressions imagées, les réponses aux questions même les plus sophistiquées. Il compense son handicap avec sa mémoire ultra performante. Donc avec une mémoire ainsi, il peut rester le candidat gagnant encore longtemps car cela est inépuisable. Cela fait partis également de lui.

Alors avant d’insulter une gamine de 16 ans de monstre, de robot etc… Et dire qu’un candidat autiste est un pauvre con qui triche avec la production car elle a pitié de son handicap, merci de vous informer sur ce qu’est l’autisme afin d’apprendre à vivre avec les autres. La différence est riche. Riche pour vivre avec les autres.

Pour rappel : l’autisme c’est 700 000 familles concernées en France. Les parents et les associations travaillent dur sur l’inclusion scolaire des enfants autistes. Il existe encore 10 000 enfants sans solutions actuellement. Ce n’est pas une maladie mais un handicap de la communication. Cela ne se guérit pas même si beaucoup de gens le pensent encore. La personne évolue avec une prise en charge adaptée à ses besoins.

Nous avons tous des handicaps, des problèmes à gérer alors vivons ensemble et apprenons de tous et évitez de vous insulter sans connaitre. Cela fait tâche. Vous ferez plus intelligent !

Merci de m’avoir lu.

Peter Patfawl

01 Sep

Lettre à Madame Cluzel, secrétaire d’état (Handicap)

Chère Sophie Cluzel,

Lundi, c’est la rentrée et comme pour la plupart des parents d’enfant handicapé, c’est l’angoisse assurée. Car après avoir redemandé une notification à la MDPH (qui dure une plombe avec un dossier en plomb) pour avoir le droit à l’école ou l’IME (ou les deux selon certains profils) il y a encore le stress de l’éducation nationale, le manque de place en institution, les taxis qui ne sont pas raccords avec les horaires des enfants… Bref, pour les parents comme nous, c’est toujours un stress assez fort avec un nombre de dossiers incalculables. Depuis quelques mois, je vous trouve dans vos déclarations : un peu trop sure de vous sur le problème de la rentrée. Je voulais réagir en ma qualité d’humain engagé pour la cause : que vous arrive-t-il ? Vous avez eu un coup de chaud cet été ?

Aller déclarer à la télévision que les associations mentent sur les chiffres de la rentrée ?

Alors là  ! J’étais sur le cul en vous voyant parler. Déjà, même si vous faites un beau travail (ce dont je n’en doute pas !) on ne peut pas fustiger les associations lorsqu’elles ne sont pas en accord avec vous. A mon niveau de dessinateur, je le vois déjà que le problème des AVS n’est pas résolu, certains professeurs crachent sur l’inclusion (et quand ces réfractaires décident de ne pas en prendre, personne ne les contredit !) le système des PIAL qui vient seulement d’être mis en route, tout ce petit monde et les moyens derrière ne suffisent pas toujours. Vous voulez quoi finalement ? Une inclusion à des fins économiques ? Ou tous simplement une belle politique pour que tous les enfants handicapés aient leurs droits respecter et que la société les accepte vraiment ?

Je n’arrive pas trop à vous comprendre. Et c’est à votre coeur de mère que je parle. Votre fille a une belle situation malgré son handicap (elle travaille dans les cuisines de l’Elysée)

Et je la félicite, c’est formidable pour elle ! Mais il ne faut pas oublier les enfants qui n’ont pas de place (même si c’est un peu mieux qu’en 2016, certes) il y a encore des parents qui n’ont pas de solution, que cela vous plaise ou non vu les listes d’attentes dans les institutions, déjà. L’état refuse de refaire d’autres places en IME pour que ca aille dans le sens de l’inclusion. Alors rien que pour eux, j’espère que vous allez trouver des places ailleurs. J’ai fait plusieurs classes en primaire et au collège pour sensibiliser les écoles. J’ai bien vu les peurs de certains professeurs, qui essayent de comprendre. Il faudrait leur faire d’avantage de sensibilisation. Je vous conseille donc de mettre de l’eau dans votre vin, de ne plus fustiger le travail des associations (Ce à quoi vous avez oeuvré lorsque vous n’étiez pas secrétaire d’état !) et de continuer à travailler vos dossiers avec moins d’auto-satisfaction car il ne faut pas oublier que les associations de parents ont fait le boulot que l’état n’a jamais voulu faire vraiment.

Aider les plus démunis, travailler pour avoir une société inclusive et de bien vivre ensemble. J’espère que c’est aussi votre combat. Si c’est le cas alors il faut continuer à travailler avec les parents pour finir les dossiers en perdition et vraiment trouver une place à chacun car sinon, nous aurons encore ce sentiment de ne pas être écouté !

Ce serait un gâchis d’en arriver là ! J’appelle alors tous le monde à se cramponner à vos solutions et j’espère que les parents qui n’ont toujours pas de place, en trouve une rapidement. La situation reste tendue pour tous.

Je souhaite alors à tous : bon courage et gardez le morale !

Peter Patfawl

                                                                                            

24 Juin

« Vous avez un diplôme d’éducatrice spécialisée ? »

 Samedi dernier, Bouchon a participé à sa première fête de l’école. Et objectivement, il s’en est sorti comme un chef.
Je vais être honnête : ce n’était pas gagné. Quand on l’a amené à l’école le matin même, il s’est mis à pleurer à grosses larmes. Quand je l’ai laissé dans sa classe avec sa maîtresse, il a pleuré l’équivalent d’une année de pluie dans les Hauts-de-France (aucun racisme météorologique dans cette comparaison : je suis originaire de Lille et nous vivons près d’Amiens). L’inquiétude est montée, tempérée par le fait qu’il avait juste pleuré : il n’avait pas fait de crise, pas refusé d’aller jusqu’à sa classe ni tapé sa maîtresse en la voyant. Il a juste eu la réaction typique d’un enfant typique qui se dit : « je me tape déjà l’école toute la semaine, c’est pas pour y retourner le week-end ».
En voyant arriver l’AVS de Bouchon, j’ai espéré que ça allait rouler. Et effectivement ça a roulé. 30 minutes plus tard, il est arrivé avec ses copains de classe déguisé en petit poisson. Il ne cherchait pas à se carapater ni à enlever le bonnet de son costume. Il suivait le mouvement. Bravement. Et il est monté sur la petite scène installée dans la cour. Le bruit, la musique, le monde, la situation inhabituelle. Il a géré tout ça royalement. Il a même imité son AVS quand elle tapait dans ses mains. Il se fondait parfaitement parmi les autres enfants. Bon ok : il ne semblait pas super concerné par le truc. Il faisait ce qu’on lui montrait et point barre. Il a quand même eu un ou deux élans d’enthousiasme : il a sauté sur place en riant. La mission était accomplie. Et j’étais fière de lui comme jamais. A la fin de sa danse, 2 et 3, qui étaient aux aguets derrière un arbre, ont fondu sur moi : « t’as vu ça Maman ??!! Il a été super de chez super !! Il faudra le féliciter !! »
Ce qu’on a fait. Et il semblait content de nos applaudissements.
Depuis plusieurs semaines, Bouchon a passé un cap. Et cette fête d’école en est la matérialisation. Il s’intègre de plus en plus de lui-même au cercle familial. Il se met de moins en moins à l’écart. Il joue. Imite. Communique. Interagit. J’ai l’impression de le voir éclore. Beaucoup de choses restent compliquées, je ne vais pas le cacher. Juguler sa passion pour le claquage de portes m’oblige à toutes les fermer à clé même les portes intérieures. Nous sommes contraints de vivre une partie de la journée dans le noir : Bouchon est tellement obsédé par l’idée de jouer dans le jardin qu’il irait à n’importe quelle heure du jour. Il refuse même de manger quand il sait qu’il peut aller dehors. Pour éviter les crises parce que je refuse qu’il sorte, je dois fermer les volets.

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Mais les choses avancent. Et l’inclusion avec des enfants typiques n’y est pas étrangère. Je suis convaincue que c’est la clé.
Mais les vacances d’été sonnent la fin temporaire de cette inclusion : plus d’école, plus d’éveil musical, plus de psychomotricité, plus d’orthophoniste. En deux mois, Bouchon peut perdre ce qu’il a acquis en dix. Et c’est hors de question. Revenir en arrière n’est pas une option. Mon petit autiste ne sera pas en jachère parce que ce sont les vacances. Alors j’ai préparé un programme pour cet été. On travaillera tous les jours tous les deux. (J’irai me reposer au boulot à la rentrée) Et j’ai décidé qu’il irait au centre de loisirs comme son frère et sa sœur.
Quand j’ai téléphoné au directeur du centre pour savoir si je pouvais inscrire Bouchon en dépit de son autisme, il m’a répondu que ses animateurs n’étaient pas formés pour prendre en charge des enfants comme mon fils. « C’est pas grave : je viendrai avec lui toute la journée. Je sais comment faire ». « D’accord, mais j’ai besoin que vous m’envoyez une photocopie de vos diplômes d’éducatrice spécialisée dans la prise en charge d’enfant en situation de handicap »… Euh… Comment dire ?… Je suis sa mère. J’élève cet enfant tous les jours depuis 4 ans. En terme d’expérience en la matière, ça devrait suffire. « Ah ben non Madame. Il faut des personnes diplômées et spécialisées pour encadrer des enfants notamment ceux en situation bla bla bla »... Je n’ai pas hurlé. Je suis restée calme au téléphone (si je peux… parfois) et j’ai insisté (ça aussi je peux…souvent). « Je vais voir et je vous rappelle ».
La réflexion de cet homme a fait remonter en moi un questionnement qui me titille depuis la détection de l’autisme de Bouchon : est-ce que je m’implique assez dans sa prise en charge ? Ne devrais-je pas faire plus et cesser mon activité professionnelle comme le font tant de mères dans ma situation pour me consacrer entièrement à mon fils ?
Et la réponse a été celle qui est apparue à chaque fois que je me suis interrogée à ce sujet : non.
Je suis sa mère pas son éducatrice spécialisée. Pas son AVS. Je suis celle qui se couche contre lui quand il ne va pas bien. Celle qui chante à tué tête Pocahontas en pleine rue et dans les magasins pour l’aider à gérer le trop plein de sollicitations. Celle qui reste allongée sur le parquet à côté de lui quand il se focalise sur un petit caillou. Celle qui le chatouille pour l’entendre rire à gorge déployée. Celle qui plonge toute habillée dans son bain parce qu’il me tire par la manche. Celle qui tape de la main en même temps que lui sur le sol quand on arrive dans un lieu nouveau . Celle qui s’endort contre lui. Celle qui saute avec lui au lieu de marcher. Celle qui se balance d’un pied sur l’autre à son rythme quand il est face à une situation inédite pour lui. Celle qui remet en place ceux qui font des réflexions.
Les raisons de ce positionnement sont simples. La première est que je dis souvent aux aînés que je ne veux pas, que je ne dois pas être le centre de leur vie, leur principale référente. Ce qui me semble incontournable quand on s’occupe a plein temps de ses enfants. Autisme ou pas, ça marche aussi avec Bouchon. Surtout avec lui. J’écoutais un jour le témoignage d’un autiste devenu adulte qui était parvenu à entrer dans le monde typique. Il ne cessait de dire « c’est grâce à ma mère ». Sa mère qui avait arrêté de travailler pour ne se consacrer qu’à lui Je ne veux pas entendre ça dans la bouche de mon fils un jour (si toutefois cette jolie tête de mule daigne accepter de parler un jour). Quand les choses seront ce qu’elles doivent être, ce sera grâce à lui. Je suis juste là pour monter le moment venu sur scène et aller récupérer le prix Nobel qu’il a intérêt à gagner d’ici peu…!!

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La deuxième raison est que j’ai toujours dit à ses frères et sœur qu’ils ne sont pas continuellement le centre de ma vie. Et m’impliquer à temps plein dans la prise en charge de Bouchon serait renier cela. Et ce ne serait ni juste ni équitable pour les 3 premiers. Les petites bizarreries de cet angelot ne sont pas et ne doivent pas être une excuse pour changer de projet éducationnel. L’adapter oui. Mais ça s’arrête là. Il faut être cohérent dans ses comportements. Ce que je leur enseigne également. Je suis la première à devoir montrer l’exemple. Malgré la situation particulière à laquelle nous sommes confrontés.
 La dernière raison est plus pragmatique : passer mes journées avec mon petit autiste risquerait fort de faire remonter à la surface mes propres troubles. C’est déjà arrivé. J’ai eu tant de mal à dompter la bête que je n’ai pas d’énergie à perdre à repartir au combat contre elle. Et ça n’aiderait pas mon fils. Ce serait même contre-productif.
Le directeur du centre de loisirs m’a rappelée : je vais pouvoir être l’accompagnatrice de Bouchon. Je serai « personnel encadrant non diplômé » de la mairie. Quand j’ai demandé quel serait le salaire, il y a eu un blanc à l’autre bout du fil. J’ai cru bon préciser qu’évidemment je plaisantais.

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