États généraux de l’alimentation : l’agro-industrie en première place !

A écouter le ministre de l’Agriculture, les États généraux de l’alimentation permettront de trouver « des accords qui soient valables, durables et qui servent les filières ». Mais à y regarder de plus près, entre petits producteurs, industriels et consommateurs la négociation semble un peu... déséquilibrée. Certains prennent plus de place que d’autres…

Les États généraux, ce sont plusieurs tables rondes présidées par 21 personnalités. Parmi elles : quelques parlementaires, une association de consommateurs, mais surtout : 10 représentants de l’agro-industrie, très bien placés pour défendre leurs intérêts.

Prenez l’atelier 5. Son intitulé : « Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs ». Qui le préside à votre avis ? L’un des patrons de Danone, François Eyraud, et Serge Papin, le PDG de Système U. Un industriel et un patron de supermarché pour défendre les agriculteurs… Sodeh Hamzehlouyan, militante associative, n’en revient toujours pas :

« Quand on écoute les syndicats majoritaires et les interprofessions, ils parlent des Français en disant “les marchés”, dénonce celle qui a participé à l’atelier 5 et qui défend les petits producteurs dans les réseaux Amap. Ils sont déconnectés par rapport aux besoins de la population. On est en colère et déçus. »

Un lobby du blé pour parler bio

Dans d’autres ateliers, l’agro-industrie avance parfois masquée. Rémi Haquin par exemple. Il copréside l’atelier 3, sur l’économie bio. Dans son communiqué, le ministère le présente comme le patron d’Adivalor, une entreprise spécialisée dans le recyclage. Mais surprise, Rémi Haquin est aussi vice-président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), le principal lobby des céréaliers. Pas franchement les meilleurs défenseurs du bio selon les ONG.

« Je suis pas là en tant que membre de l’AGPB !, se défend l’intéressé. C’est pas parce que je suis producteur de blé que je devrais être interdit de cet atelier. De toute façon, l’équilibre on n’y est pour rien. »

Et le top 3 des organismes les mieux représentés est…

L’équilibre, ou plutôt le déséquilibre, nous l’avons calculé. Nous nous sommes procurés la liste des 800 participants. Voici le podium :

  • 1er ex-aequo : l’Ania, principal lobby de l’agro-industrie
  • 1er ex-aequo : la FNSEA, syndicat majoritaire des agriculteurs, connu souvent pour ses positions productivistes
  • 3ème : le CLIAA, qui regroupe les interprofessions agricoles

Loin derrière, on retrouve la société civile, beaucoup moins représentée. Nous avons montré ces chiffres à Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture :

« Moi ce qui m’intéresse à la fin, c’est pas de savoir si on avait une ou deux personnes de trop dans tel ou tel groupe, c’est que chacun ait pu poser un diagnostic », évacue-t-il.

Le diagnostic des associations et des petits producteurs le voilà : ils viennent d’envoyer une lettre à Emmanuel Macron pour qu’il prenne mieux en compte leurs propositions. On saura dans son discours ce mercredi si le chef de l’État l’a lue...

Industrie du tabac : les cadeaux aux parlementaires

Pour défendre ses intérêts, l’industrie du tabac fait du lobbying au Parlement… Comment s’y prend-elle? Parfois à coup de cadeaux ! L’Œil du 20 Heures vous dévoile une stratégie jusque là restée très discrète...

C’est désormais une obligation légale : l’industrie du tabac doit déclarer sur le site du ministère de la santé toutes ses dépenses liées à des activités d’influence, en clair de lobbying. En 2016, 25 entreprises ont dépensés plus d’un million 200 000 euros. Prenons le fabricant de cigarettes, Philip Morris. Il s’est offert les services de 6 sociétés différentes. Budget total : plus de 411 000 euros

En quoi cela consiste ? Aucune multinationale n’a accepté de nous rencontrer mais un lobbyiste nous ouvre ses portes. Ancien assistant parlementaire, Fabrice Du Repaire, de l'AI2P, défend les intérêts de la fédération des fabricants de cigares. A l’Assemblée Nationale, on débat en ce moment de la loi de finance! Du Repaire s'apprête donc à envoyer aux députés une note très détaillée sur le marché du cigarillo. Son but: dénoncer une fiscalité trop élevée. «C'est un courrier d'information ! De toute façon l'information, c'est de l'influence et l'influence c'est de l'information...» Et comme chaque année, il va prendre rendez-vous avec les parlementaires.

Mais approcher les parlementaires, cela passe aussi par des cadeaux ! Le cigarettier Japan Tobacco International en a offert à une cinquantaine de députés et sénateurs. Denis Jacquat, ancien député LR de la Moselle et Jean-Pierre Door, député LR du Loiret, par exemple, ont reçu un cadeau de bonne année : une bouteille de champagne d'une valeur de 48 euros !

«J’ai dit “Bon qu’est ce que j’en fais ? je la jette, je la bois ?”, je l’ai filé à mon collaborateur.
— Vous ne vous êtes pas dit : “Ça vient de Japan Tobacco il faudrait que je la renvoie ?”
— Non du tout !»

D’autres ont reçu des invitations d'une valeur de 151 à 166 euros. Ils ont pu assister à une avant-première dans un très jolie salle de cinéma parisienne privatisée… Christophe-André Frassa, sénateur LR des Français de l'étranger et Patricia Schillinger, sénatrice LRM du Haut-Rhin, ont eux découvert gratuitement l’exposition Hergé au grand palais à Paris… Visite privée, cocktail et petits fours !

«Il n’y avait pas de discours, on nous a rien vendu ce soir-là, nous raconte la sénatrice. Il y avait d’autres personnes, il n’y avait pas que des parlementaires, il y avait des artistes...»

Ces cadeaux ont-ils influencé les parlementaires ? Parmi les plus gros bénéficiaires, deux députés Les Républicains : Jean-Fançois Mancel, ancien député de l'Oise qui a reçu pour 529 euros de cadeaux, et Marie-Christine Dalloz, députée LR du Jura, qui a elle reçu pour 379 euros. En 2015 et 2016, ils ont déposé plusieurs amendements contre le paquet neutre et contre la hausse du prix du tabac (ici, ,  ou encore , ou encore une proposition de loi). Seule Marie-Christine Dalloz a accepté de nous rencontrer :

«Ces cadeaux étaient un remerciement ? Un encouragement ?
— Non je suis très libre madame, l’industrie du tabac m’intéresse à un titre : depuis 2003, il y a 7 000 distributeurs, tabacs-presse, qui ont disparu dans le paysage français.»

Pas du lobbying selon ces parlementaires... Yves Martinet, président de la CNCT, une association anti-tabac qui a enquêté sur ces pratiques défend le contraire :

«L'objectif de ces cadeaux est très simple : il s'agit de créer du lien avec les décideurs pour que ceux-ci voient l'industrie du tabac comme une industrie standard, classique et oublie qu'il s'agit d'une industrie qui vend un produit qui est une drogue qui tue.»

De leur côté, tous les parlementaires ont-ils déclaré ces cadeaux ? Au dessus de 150 € c’est obligatoire. Le déontologue de l’Assemblée nationale ne nous a pas répondu. La transparence… en douceur...

Les parlementaires obligés de licencier leurs proches … mais certains jouent les prolongations !

Avant le parlement c’était un peu comme une maison de famille. Députés et sénateurs pouvaient travailler avec leurs conjoints, avec leurs enfants. La politique en famille c’est désormais illégal ! Pourtant certains jouent les prolongations.

Depuis le 15 septembre, la loi pour la confiance dans la vie politique interdit à un député ou à un sénateur d’employer comme collaborateur parlementaire son conjoint / son partenaire, ses parents ou ses enfants. Emmanuel Macron en a même fait une séquence de communication en direct à la télévision !

Certains députés appliquent déjà la loi : Patrick Vignal embauchait sa fille Maryll en CDI : il l’a licenciée. Thierry Solère, questeur à l’Assemblée a également congédié sa femme. Mais d’autres font de la résistance ! Avec l’aide de Projet Arcadie, nous avons comptabilisé au moins 20 députés et 21 sénateurs qui travaillent toujours en famille !

Parmi eux François-Michel Lambert, pourtant député La République en Marche des Bouches-du-Rhône. Licencier sa compagne Marjorie, depuis 5 ans en CDI… Il n’y arrive pas. Impossible de trouver meilleure employée selon lui. Il nous confie : «Je ne peux pas me permettre de mobiliser mes collaborateurs quand ils sont en vacances en week-end ou à 22 heures, ce que nous nous permettions de faire avec Marjorie.»

La loi prévoit que les retardataires ont encore trois mois pour se mettre en règle : le temps des préavis de licenciement. Un petit sursis dont certains ne vont pas se priver ; pas question de ne pas utiliser ce délais ! Hervé Maurey, sénateur centriste de l'Eure, nous explique : «Je vais utiliser pleinement les délais dont je dispose, je ne vois pas pourquoi je devrais anticiper une décision législative que je trouve absurde et démagogique.»

Une loi à peine promulguée que certains pensent déjà contourner. Dans le journal Sud Ouest, Daniel Laurent,  sénateur LR de la Charente-Maritime, dévoile sa combine : il emploie sa fille Vanessa. Corinne Imbert une autre sénatrice LR du département emploie elle aussi sa fille Stéphanie. L’idée originale de Daniel Laurent : échanger leurs filles pour créer un cabinet commun.

Manque de chance Stephanie Imbert n’est pas d’accord ! Dans un tweet elle explique : «J’envisage bien autre chose que du bidouillage. Chacun son éthique !»

Contacté, Daniel Laurent assure qu'il a été mal compris et que cela n’est pas son intention ! Si toutefois il n’avait pas renoncé à son projet, il lui reste trois mois pour trouver un collègue qui accepte sa proposition.

Invitations, repas VIP, voyages... Quand les comités d'entreprise se font arroser de "cadeaux d'affaires"

Savez-vous que, là où vous travaillez, il existe peut-être un moyen d’aller gratuitement au cinéma, de ne pas payer le restaurant et même de voyager sans presque rien débourser ? Les représentants de votre comité d'entreprise (CE) – élus ou salariés – pourront sans doute vous en parler. Nous avons enquêté sur les pratiques de nombreuses sociétés, qui n'hésitent pas à courtiser les CE à coup de "cadeaux d'affaires". Leur espoir : décrocher de nouveaux marchés.

Des cadeaux aux représentants des comités d’entreprise ? Depuis 2016, une loi anticorruption impose aux sociétés de plus de 500 salariés d’établir un code de conduite, allant parfois jusqu’à l’interdiction de recevoir des cadeaux. Cette pratique a-t-elle pour autant cessé ? Certains fournisseurs nous le confirment. "Le côté cadeau n'existe quasiment plus au sein des CE", explique l'un d'entre eux. a se traduit jamais par un cadeau, c’est beaucoup trop chaud. Il y a eu trop d’enquêtes sur ce sujet", renchérit un autre. 

Une dizaine de cadeaux pour une valeur de 961 euros

Pour vérifier ces allégations, nous avons créé une entreprise spécialisée dans les travaux publics, baptisée "Yannick Sanchez Bâtiment". Cent cinquante salariés et 30 000 euros à dépenser. Pour cela, direction le Salon des comités d’entreprise à Paris, qui regroupe plus de 350 fournisseurs. Chocolatiers, vignerons, centres de thalasso et agences de voyages tentent d'appâter les visiteurs.

Dès le premier arrêt sur le stand d’un théâtre parisien, on vous propose un premier cadeau : un spectacle, deux billets, une économie de 30 euros. Non loin de là, un stand propose au CE une carte prépayée pour les restaurants. A chaque réservation, un repas offert. Au total, en deux jours, les journalistes ont accumulé une dizaine de cadeaux pour une valeur de 961 euros.

Mais est-ce légal ? Pour Matthieu Dary, avocat spécialisé en droit des affaires, il y a quand même quelques questions à se poser avant d’accepter un cadeau. "Si j’accepte ce cadeau d’affaires, est-ce que ça m’oblige à faire quelque chose en retour, interroge-t-il. Dès lors que ça risque d’influer leur comportement de manière non naturelle. Là, ils ont un risque d’être poursuivi pour corruption passive."

Réduire le chômage de 10% : où en est la promesse de Bob Emploi ?

Il y a un an, Paul Duan, 24 ans, spécialiste de l’analyse des données, était partout. Unes de presse, émissions radio avec une promesse. «On peut réduire le chômage de 10%», déclarait-il en novembre 2016 sur Europe 1. Retour sur une opération de communication réussie pour Paul Duan .. mais peut-être pas pour les chômeurs.

Accompagner les chômeurs

Aujourd’hui il y a 3,8 millions de chômeurs. Si le chômage avait baissé de 10% en un an, il n’y en aurait que 3,3 millions. Bref, on le saurait ! Paul Duan pensait réaliser ce tour de force en créant ce site internet : Bob emploi. Avec des données fournies par Pôle emploi et traitées par des algorithmes, ce site gratuit est censé donner aux chômeurs des clés pour trouver un travail.

Nous l’avons testé... Nous recherchons un poste de manutentionnaire cariste dans la ville de Montpellier. Résultat, des conseils comme :

  • passez davantage par votre réseau
  • travaillez vos emails de motivation
  • regarder dans des villes proches pour trouver du travail...

Des conseils classiques, similaires à ceux d’autres sites internet ! Comme un site payant, qui propose également d’élargir sa recherche. Chez Pôle Emploi, on nous incite aussi à utiliser son réseau.

Frédéric-Paul Martin, élu CFE-CGC à Pôle Emploi fait le même constat :

«J’ai pas l’impression que ça change beaucoup. J’ai l’impression qu’on a un peu réinventé l’eau chaude et je pense que c’est une opération de com.»

Opération de com'

Une communication orchestrée il y a un an, bénévolement, par Anne Méaux et son agence qui s’occupe des patrons du CAC 40. En janvier 2016, Paul Duan rencontre Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’économie, quelques mois après avoir rencontré François Hollande.

Résultat : pour lancer son site, Paul Duan décroche 740 000 euros de subventions dont 415 000 euros d’argent public. En 2016, à un an de la présidentielle, le gouvernement cherche à tout prix à diminuer le nombre de chômeurs. A-t-il cru que Paul Duan ferait reculer le chômage de 10% ? Une conseillère de François Hollande nous répond :

«On n’a jamais topé sur l’idée des 10%. On a topé sur un projet qui était une nouvelle manière de faire, une nouvelle méthode qui permettait (...) de soutenir la baisse du chômage.»

Combien de chômeurs ont-ils retrouvé un travail grâce à Paul Duan ? Il n’a pas voulu nous le dire et annonce un bilan pour plus tard. Quant à sa promesse de baisser le chômage de 10%, tout le monde voulait y croire. pourtant, Paul Duan avouait lui-même en décembre 2015, plusieurs mois avant de lancer son site, dans Society : «L'histoire (...) des 10% de chômage, c'est de la pure com. Des chiffres à la louche, sans aucune étude réalisée.»

LOEil du 20 Heures 28092017

Une communication qui a bien fonctionné. En attendant, Paul Duan essaie toujours de faire reculer le chômage. Espérons pour les chômeurs qu’il y arrive un jour !

ISF, les petits cadeaux aux plus riches ?

Jusqu’à présent, les plus fortunés déclaraient tout leur patrimoine à l’ISF : maison, résidence secondaire, épargne et... tous leurs biens de luxe… mais avec le projet de réforme, leur impôt sur la fortune devrait être très allégé!

Super yachts, lingots d’or, voitures de luxe ou encore jets privés, tous ces signes extérieurs de richesses, plus besoin de les déclarer pour l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Avec la réforme présentée aujourd’hui par Bruno Le Maire, seul le patrimoine immobilier sera désormais taxé. Alors pour les plus fortunés, quelles économies ?

Imaginons une grande fortune passionnée du grand large, elle est propriétaire d’un yacht à 20 millions d’euros. Avant la réforme, ce yacht lui coûtait au moins 250 000 euros d’ISF. Après la réforme, plus rien.

Des amendements déjà prévus

Les biens de luxe mais aussi les actions ou encore les assurances-vie ne seront plus assujetties à l’ISF. Cela incitera-t-il les contribuables les plus aisés à investir dans l'économie, comme l’espère le gouvernement ? En tout cas, Jean-François Lucq, gestionnaire de fortune au cabinet KBL Richelieu, voit cette réforme d’un bon œil : “Nos clients sont très satisfaits, d’autant plus que ça va être une incitation pour eux, pour les grandes fortunes, à rester en France. L’intérêt d’aller à Genève ou en Belgique devient moins fort", précise-t-il.

Sortir les chevaux de course et les yachts de l’ISF, la question fait débat au sein même de la majorité parlementaire, certains députés ont même prévu d’apporter quelques corrections : “la majorité et les députés ont bien remarqué ça aussi et on travaille à des amendements qui permettraient d’augmenter les taux d’un certain nombre de taxes existantes, sur les yachts, sur les grosses cylindrées, sur les jets...”, justifie Amélie de Montchalin, députée LREM de l’Essonne et spécialiste du budget au sein de la majorité.

Le débat parlementaire sur le budget 2018 ne fait que commencer. Le vote est prévu en fin d’année. La réforme de l’ISF devrait entraîner un manque à gagner de plus de 3 milliards d'euros pour l'État. Ça en fait des yachts!

Le budget 2018 : de droite ou de gauche ?

Il paraît qu’Emmanuel Macron n’est «ni de droite, ni de gauche».

D’autres, comme Jean-Luc Mélenchon, l’imaginent plutôt «président des riches». A droite au contraire on le dépeint volontiers en «clone de François Hollande».

Le premier budget du quinquennat nous aiderait-il à y voir plus clair ? Emmanuel Macron penche-t-il plutôt à gauche ou bien à droite ?

L’Oeil du 20h a fait les comptes.

Parmi les mesures déjà connues : la réforme de l’ISF, la suppression de la taxe d’habitation, ou encore la baisse des emplois aidés… En tout, plusieurs dizaines d’annonces budgétaires depuis le début de l’été.

 

Certaines sont plutôt de droite.

  • La réforme de l’ISF

Désormais, seul le patrimoine immobilier sera taxé.

Moins imposer les plus fortunés, François Fillon dans son programme lui aussi le proposait en supprimant l’ISF. Et Nicolas Sarkozy avait divisé par deux les contribuables concernés.

  • La baisse des emplois aidés

Le budget en prévoit 120 000 de moins.

François Fillon voulait tous les arrêter. Nicolas Sarkozy en a supprimé 300 000 pendant son quinquennat.

  • La «flat-tax», cette taxe sur le capital, qui touchera certains produits d’épargne.

Comme Emmanuel Macron l’annonçait dans son programme, le budget prévoit un impôt unique de 30%... soit exactement la même mesure que celle proposée par François Fillon.

 

Et des mesures plutôt classées à gauche, il y en a ?

  • La suppression à 80% de la taxe d’habitation

Lionel Jospin proposait une réforme comparable dans son programme en 2002 !

  • La hausse de la prime d'activité pour les bas salaires

C’était la première phase du revenu universel du candidat Benoît Hamon.

  • 2 500 professeurs supplémentaires pour encadrer certaines classes de CP ?

François Hollande voulait en créer 60 000 en 5 ans.

 

Voilà qui a l’air équilibré ? Pourtant quand on additionne le coût de toutes ces mesures, la balance penche nettement d'un côté. «A gauche, on a un budget global inférieur à 4 milliards d'euros, calcule pour nous Mathieu Plane, économiste à l'OFCE. A droite, on arrive à 7,2 milliards. On voit donc bien que le rapport de force est clairement en faveur des mesures traditionnellement ancrées à droite.»

D’ailleurs à l’Assemblée nationale, certains députés de droite le reconnaissent. «Je dirais que c'est un budget de centre-droit, c'est-à-dire qu'il est libéral-social, estime Pierre-Yves Bournazel, député LR-Constructifs de Paris. Sur l'essentiel, ça me convient.»

Même dans le camp du président, certains pensent que le budget aurait pu mieux cibler les plus modestes. «On a un plan de relance de l’activité, il faut un plan de relance social, jugeait Brigitte Bourguignon, députée LREM du Pas-de-Calais, dans les colonnes de l'Opinion la semaine dernière. “Pauvre”, ce n’est pas un gros mot !»

Conclusion : le budget 2018 penche plutôt à droite. En même temps, avec un Premier ministre et deux ministres à Bercy issus des Républicains, est-ce étonnant ?

Les astuces pour cumuler... sans cumuler !

Avec la loi sur le non-cumul, 184 députés ont dû rendre leur écharpe de maire.
Mais certains ont trouvé la parade pour cumuler sans cumuler : l’Œil du 20h vous révèle leurs trucs et astuces.

A Yerres, dans l’Essonne, pour la plupart des habitants interrogés, le patron c’est toujours «Nicolas Dupont-Aignan». Pourtant, l’ancien candidat à la présidentielle est député, mais plus maire de la ville : il a été remplacé cet été par Olivier Clodong, son ancien adjoint.

Pourtant, sur le site de la commune, la photo de Nicolas Dupont-Aignan, devenu conseiller municipal, est aussi grande que celle du nouveau maire. Et sur les publications municipales il est omniprésent ! Et il l’assume : voici par exemple ce qu’il a écrit le jour de la passation à ses administrés. Enfin… ex-administrés : «Le pilote devient copilote et le copilote devient pilote. Ainsi vous avez la garantie d’une évolution sans rupture.»

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Nicolas Dupont-Aignan a même conservé son bureau de maire à l’hôtel de ville. Nous l’avons appelé : pas de réponse. Nous sommes donc allés voir son successeur. Et devinez qui le suivait comme son ombre ce jour-là... Nicolas Dupont-Aignan. «Les Yerrois ont deux maires pour le prix d’un ! affirme en souriant le député de l’Essonne. On travaille ensemble sur la ville depuis 10 ans, ça se passe très très bien. Tout va bien, cherchez pas les emmerdes !»

On aurait quand même aimé interroger le nouveau maire : mais l’ancien n’a pas voulu. «Maintenant vous sortez de la fête de la ville et vous allez en ville, nous ordonne Nicolas Dupont-Aignan, agacé qu’une équipe de télévision le suive. Vous le faites sinon c’est moi qui le fait !»

Le président de Debout la France finit par faire appeler la police municipale, via son ancien directeur de cabinet. Une compétence normalement réservée au maire. Les forces de l’ordre nous raccompagnent en dehors du site, pourtant libre d’accès…

Un comité de direction informel

A Saint-Dizier en Haute-Marne, le cumul est plus discret. François Cornut-Gentille, réélu député, abandonne la mairie et la tête de l’agglomération. Mais pour garder la main après 22 ans de pouvoir, il a créé un comité de direction informel. Sa composition ? La nouvelle maire, le nouveau président de l’agglomération et bien sûr… lui-même !

«Il y a tromperie sur l’application de la loi, s’indigne Nicole Samour, conseillère municipale d’opposition. En positionnant sur les postes principaux de l’agglo des gens qui lui ont toujours été acquis, c’est évident qu’il garde la main sur les grandes décisions.» Contacté, l’entourage de François Cornut-Gentille ne voit pas le problème.

«Ça montre que je suis intelligent. J’ai lu la loi !»

Mais la méthode la plus étonnante, on la doit à Jacques Bompard, maire d’Orange, dans le Vaucluse.Au cours d’un conseil municipal houleux le 25 juillet dernier, l’opposition se lève et dénonce les « tambouilles » du cofondateur du Front national.

Pourquoi ? Voici la combine : réélu député, Jacques Bompard doit conserver ce mandat, car c’est le dernier qu’il a obtenu : c’est la loi. Il est donc censé renoncer à la mairie. Mais il veut y rester ! L’astuce : il rend son écharpe de maire ; quelques jours plus tard il se représente au même poste et il est réélu par sa majorité. Le dernier mandat obtenu devient ainsi celui de maire. A l’Assemblée, c’est sa suppléante, à ses côtés depuis 22 ans, qui siègera à sa place. «Ça montre que je suis intelligent, estime Jacques Bompard, malicieux. J’ai lu la loi ! Le dernier mandat prime. Eh bien le dernier mandat c’est maire.»

Cerise sur le gâteau, sa suppléante continuera d’employer les deux fils de Jacques Bompard comme assistants parlementaires. «Ils sont d’excellents conseils, répond Marie-France Lorho, nouvelle députée du Vaucluse. Et j’ai confiance. C’est très important en politique d’avoir confiance.»

Selon nos informations, un élu d’opposition a saisi le Conseil constitutionnel. Il dénonce ce qu’il appelle «les manœuvres» de Jacques Bompard. Décision des Sages attendue d’ici la fin de l’année.

Sénatoriales: la parité... encore perdante ?

Au Sénat, pour trouver des femmes sur les bancs de l’hémicycle… il faut encore bien chercher : il y a 27% de sénatrices ! Seront-elles plus nombreuses dimanche soir ? Pas sûr… Certains partis ont trouvé l’astuce pour contourner la loi sur la parité.

Au Sénat, pour trouver des femmes sur les bancs de l’hémicycle… il faut encore bien chercher : il y a 27% de sénatrices ! Seront-elles plus nombreuses dimanche soir ? Pas sûr… Certains partis ont trouvé l’astuce pour contourner la loi sur la parité.

Dans 27 circonscriptions, les sénateurs seront élus à la proportionnelle, sur des listes où la parité est obligatoire. Par exemple: une femme un homme une femme un homme ou l’inverse ! Cette règle, tous les partis la respectent mais... en y regardant de plus près, ce sont les hommes qui sont le plus souvent tête de liste : 74% contre 26% pour les femmes. Ils ont donc plus de chances d’être élus.

Et ce sont Les Républicains qui présentent le plus d’hommes en tête : 21 pour 4 femmes. La République en Marche se faisait le chantre de la parité lors des législatives de juin dernier. Emmanuel Macron déclarait même en mars : «Ces candidats seront pour moitié des femmes, pas par ce que nous craignons des amendes, mais parce que nous pensons que c’est une bonne chose !» Pourtant pour ces sénatoriales, 14 hommes sont têtes de liste LREM pour 7 femmes. Explication du parti : Il s’est appuyé sur les sortants pour gagner ses premier sièges en marche. «Et les sortants, comme par habitude sont des hommes», explique Bariza Khiari, membre de la commission d’investiture LREM. «Donc nous n’avons pas pu atteindre 50% de parité cette fois-ci, mais nous comptons l’atteindre la prochaine fois», promet-elle.

Un parti fait figure d’exception: Europe-Écologie-Les Verts : 9 femmes têtes liste pour 6 hommes.

Deux listes pour un parti

Si légalement tous les partis sont en règle, certains ont trouvé une astuce pour contourner la parité. Dans la Manche, une circonscription mais deux listes Les Républicains. A leur tête, deux sénateurs sortants : Philippe Bas et Jean Bizet. L'objectif est de maximiser leur chance d’être réélus. Car si M. Bizet, par exemple, avaient fait liste commune avec celle de M. Bas, il se serait retrouvé en troisième position, derrière une femme… Et il aurait eu bien moins de chance d’être élu. «Clairement si des sortants n’ont pas démérité et veulent se représenter, il n’y a pas d’autres possibilités, explique Philippe Gosselin, président de la fédération LR de la Manche. Heureusement que chacun est libre de se présenter comme il le veut à une élection politique.»

9 candidats, pas de femme

Dans les 19 autres circonscriptions, pas de liste, mais un candidat et un suppléant de sexes opposés. Là encore, le renouvellement s’annonce compliqué : 76% des candidats sont des hommes, 24% des femmes.

Pire, en Lozère, 9 candidats et pas une seule femme. Pourquoi ? Nous leur avons posé la question : «On ne s’est pas posé la question de si c’était une femme ou moi, on a souhaité quelqu’un qui est connu des grands électeurs» explique François Gaudry, candidat de la France insoumise. Le député sortant LREM l’affirme, pour lui «le combat n’est pas terminé, c’est personnel, ça n’a rien à voir avec l’équilibre homme/femme».

Les communistes ont bien tenté d’investir une femme mais… «les camarades m’ont proposé le poste, mais j’ai refusé. Je n’ai pas le temps, j’ai une vie de famille, un travail…» explique Delphine Lepetit, candidate suppléante PCF-EELV, mère de deux jeunes enfants.

La plupart des candidats l’affirment la parité, c’est important… enfin on verra ça au prochain renouvellement.

Une info en plus...

Outre les doubles listes de la Manche, les candidats de droite ont trouvé une astuce pour outrepasser l'obligation de parité. Ils se présentent en tant que candidat indépendant, malgré leur adhésion à un parti présentant déjà une liste.

Quand des détenus peuvent ouvrir une cellule en une minute top chrono…


En prison, on croyait que les serrures, c’était du solide. A l’oeil du 20H on a regardé à travers. On a découvert que pour ouvrir les cellules, les clés sont parfois accessoires. C’est une vidéo étonnante, apparue, il y a 4 mois sur internet. Des détenus de la prison d’Osny, se filment, dans le couloir, en train de crocheter la serrure d’une cellule. Un détenu ouvre une cellule en une minute à l’aide de fil de fer. A cause de cette vidéo, ces détenus ont été condamnés, hier, à des peines supplémentaires de 5 à 7 mois de prison ferme.

Pourquoi cette serrure est-elle crochetable ?

Nous sommes allés à la maison d’arrêt d’Osny. 937 détenus. Dans cette prison travaille un surveillant qui accepte de nous répondre, à condition de rester anonyme : “C’est un établissement qui a plus de 25 ans, à force d’ouvrir et de fermer les cellules, le mécanisme s’use”. L’usure permet de crocheter des serrures. Selon des surveillants, d’autres prisons sont concernées. A Grasse. 707 détenus. L’un d’entre eux a ouvert une cellule devant un surveillant. A Argentan aussi. 554 détenus. Un surveillant nous le confirme : “Quand je suis arrivé en 2010, il y a deux détenus qui m’ont montré en direct comment faire. On avait fait des remontées d’informations à l’époque et depuis rien n’a changé".

Et les prisons neuves de haute sécurité ?

Impossible de crocheter les serrures, pensez-vous ? Vendin le Vieil, 96 détenus. Il y a 3 ans, avant son ouverture de la prison, un surveillant constate des failles et alerte sa hiérarchie. L’administration envoie un huissier. Devant lui, l’agent, avec des fils de fer ouvre toutes les portes. Une à 3 minutes par serrure suffisent.

L’administration pénitentiaire décide tout de même de mettre en service la prison. Pourquoi ? “Toute serrure est potentiellement crochetable mais nous ce n’est pas crochetable de l’intérieur. Les problèmes constatés au niveau des serrures ne peuvent (...) constituer un risque majeur d’évasion”, assure l’administration pénitentiaire. C’est vrai, il n’y a pas eu d’évasion mais le problème, c’est surtout la sécurité des surveillants : “Les risques sont qu’un détenu ouvre plusieurs cellules, ce qui fait qu’on pourrait avoir un attroupement de plusieurs détenus et créer un incident majeur”, s’inquiète Stéphane Barraut, surveillant et secrétaire général adjoint de l’UFAP-UNSA.

L’administration pénitentiaire dit avoir changé quelques serrures, à Osny et à Grasse. On a contacté le fournisseur, mais sa parole est cadenassée. Impossible pour nous de la crocheter.