Les bonnes affaires immobilières d'anciens députés

L’IRFM, l'indemnité représentative de frais de mandat est versée à tous les députés pour payer repas, transports, vêtements...5840 euros brut mensuel. Certains anciens députés l’ont aussi utilisé pour acheter une permanence parlementaire! Et la bonne affaire, ils en sont devenus propriétaires! L’oeil du 20h fait l’état des lieux!

Avec France Info, nous avons contacté 250 anciens députés qui ont fait au moins 2 mandats. Parmi ceux qui nous ont répondu, une trentaine, de droite comme de gauche, reconnait avoir payé tout ou partie de sa permanence avec l’IRFM. Que sont devenus ces locaux ?

Dans le Nord, à Phalempin, Thierry Lazaro a acheté sa permanence en 2004. Revendue en 2016 à un assureur, l’ancien député a acheté ce local de 200m2 53 357 euros, avec l’IRFM. Il l’a revendu douze ans plus tard 140 000 euros. Une belle opération? Thierry Lazaro précise qu’il a réalisé de gros travaux à ses frais et payé des impôts sur la vente! Son gain selon nos calculs: 90 000 euros.

“Je ne suis pas choqué car la loi ne l’interdisait pas. A ma connaissance, je n’ai rien fait d’illégal ! Si on m’avait dit “Thierry tu ne peux pas faire ça”, j’aurais fait autrement! Je ne me suis pas enrichi avec la politique!” se justifie l'ancien député Les Républicains. A l’époque la pratique n’est pas interdite. Et Thierry Lazaro l’affirme: louer ce local pendant douze ans aurait coûté plus cher à l’Assemblée nationale.

De permanence à toilettage canin

Un peu plus au Nord, l’ancienne circonscription de Jean-Pierre Decool. Pendant un temps, l’ex-député avait trois permanences. L’une, à Bourbourg, achetée sur ses fonds propres. A Cassel: un local en partie payée avec 50 000 euros provenant de son IRFM. Revendue 70 000 euros, après travaux qu’il a payés lui-même. A Hondschoote, la permanence a été transformée en salon de toilettage canin! Le local acheté 36 590 euros en 2003 avec l'IRFM, appartient toujours à l’ancien député. La patronne du salon: c’est sa fille!

“Madame, c’est aujourd’hui un bien propre, donc je fais ce que je veux! Et il m’arrive encore, si je veux recevoir quelqu’un d’Hondschoote, de le recevoir sur place “ explique Jean-Pierre Decool, ancien député et actuel sénateur RTLI du Nord.

Plusieurs anciens députés affirment que la pratique était à l’époque encouragée par l’Assemblée nationale. Pratique finalement interdite en 2015: “est désormais interdite (...) l’imputation sur l’IRFM de toute dépense afférente à une nouvelle acquisition de biens immobiliers, qu’ils soient destinés à héberger la permanence ou à tout autre usage.”

D’autres députés sont-ils devenus propriétaires grâce à l’IRFM? Plus d’un tiers de ceux que nous avons contactés n’a jamais donné suite. La transparence sur les anciennes pratiques attendra…

A Bruxelles on a trouvé la cantine la moins européenne d’Europe !

 

Lorsque vous voyagez en Europe, avec une carte bancaire on peut tout payer. Par exemple, une ballade en taxi, un vieux vinyle déniché dans les bacs d’un disquaire ou même, simplement une bonne gaufre ! Sauf qu’il y a bien un endroit où ce n’est pas possible, c’est à Bruxelles, vous ne devinerez jamais où ! Ça ferait pourtant une bonne histoire belge !

Bienvenue au siège de la Commission européenne. Ici se côtoient 28 nationalités, et tous ces fonctionnaires se croisent tous les jours, pour déjeuner, à la cantine dans une belle harmonie internationale…sauf quand il faut passer à la caisse. On a fait le test et pour nous, Français, impossible de payer par carte. On nous explique que seules les cartes belges sont acceptées, ou bien, des espèces. Tous les jours, c’est le même scénario, les Européens sont surpris et… pas très contents !

Imaginez-vous, ici au cœur de l’Europe… on s’est sentis comme des étrangers, mais on était loin d’être les seuls ! Des Espagnols, d’autres Français, des Hongrois et des Grecs tous nous racontent la même histoire : A la cantine seules les cartes belges, de débit, avec les sigles maestro ou bancontact sont acceptées. Pour en avoir le cœur net, nous nous sommes rendus au « Midday Briefing » de la presse internationale, pour poser la question au porte-parole de la Commission. Il reconnaît, un peu moqueur, que c’est un problème ! « C’est une maison qui est faite pour que tout ça marche » nous assure-t-il.

Alors justement on a tenté notre chance ailleurs cette fois à la cafétéria de la Commission européenne et surprise ! Là non plus on ne voulait pas de notre carte bancaire ! Un autre porte-parole nous l’explique, c’est une question d’argent, si les cartes de crédits européennes ne sont pas acceptées c’est parce que le coût des transactions est plus élevé que pour les cartes de débit belges …

Rassurez-vous quand même on a trouvé un endroit à la Commission qui accepte toutes les cartes : le distributeur automatique de billets mais il ne propose que des coupures de 100 euros ou 200 euros ou 300 euros !! Il faut avoir les moyens !

A Bruxelles on nous dit que la commission pourrait bientôt accepter toutes les cartes bancaires. En Europe, il y a un début à tout.

 

Cadences infernales : le ras-le-bol des femmes de chambre

A l’hôtel, on ne les aperçoit qu’entre deux portes, au détour d’un couloir : les femmes de chambre. Leurs conditions de travail ? Elles dénoncent des cadences parfois infernales et des heures supplémentaires impayées. L’Œil du 20h a enquêté sur le quotidien de ces femmes qui travaillent dans l’ombre.

Porte de Clichy, au nord de Paris. Des sifflets et des percussions retentissent au milieu des voitures et des immeubles grisâtres. Les femmes de ménage de l’hôtel Holiday Inn, classé 4 étoiles, sont en grève depuis le 19 octobre. Comme tous les jours depuis le début du mouvement, elles se rassemblent devant les portes de l’établissement. Elles travaillent pour une entreprise sous-traitante, Héméra, qui gère le nettoyage pour l’établissement. «Là-bas on est comme des esclaves !», s’insurge Ahata Lowandjola, gouvernante en grève.

Quelles sont leurs conditions de travail ? Pour le savoir, nous avons passé une nuit dans cet hôtel. Le lendemain matin, nous retrouvons Nathalie*, femme de ménage, au moment où elle doit nettoyer notre chambre. Nous l’avons chronométrée. Changer les draps, laver la salle de bains, faire la poussière, passer l’aspirateur… Résultat : environ 24 minutes pour terminer la chambre. Elle n’a pas le choix, c’est la cadence imposée par le sous-traitant. La preuve : ce planning que nous nous sommes procurés. En une journée, l’employeur exige que les femmes de ménage nettoient 20 chambres en sept heures.

«Ils veulent que l’on nettoie 3 chambres par heure. Ce n’est pas possible, se plaint Nathalie. Ils s’en foutent, il faut que le travail soit fait, c’est ça qu’ils veulent. On n’est pas respectées, on n’est pas respectées…»

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Des heures supplémentaires impayées ?

Trois chambres par heure, est-ce la norme ? Pour comparer, nous sommes allés dans un autre hôtel de même standing, 4 étoiles, au cœur de la capitale. Savez-vous combien de temps il faut pour nettoyer une chambre ici ? «45 minutes-1 heure, pour qu’elle soit impeccable», affirme Maria Frances, gouvernante en chef de l’établissement. Une chambre par heure ici, contre trois à l’Holiday Inn.

Pour tenir ce rythme imposé par le sous-traitant, Nathalie, qui gagne à peine plus que le Smic, affirme qu’elle ne prend plus de pause, qu’elle n’a plus le temps de déjeuner, et qu’elle fait des heures supplémentaires, bien au-delà de son contrat de 7h par jour. «Parfois si je commence à 8h, je finis à 17h30, raconte-t-elle. Héméra ne paye pas les heures supplémentaires. Ils nous paient que le contrat, 7h c’est tout. Ce n’est pas normal.» Dans son contrat, il est bien indiqué : «Les heures supplémentaires éventuelles seront rémunérées avec les majorations légales.»

La direction de l’hôtel affirme qu’elle n’y est pour rien, que les femmes de ménage ne sont pas de sa responsabilité et renvoie vers le sous-traitant, l’employeur de Nathalie. Il rejette ses accusations. «Vous croyez qu’on gagne notre vie en piquant 2 heures à une femme de chambre ? En lui piquant les 10% ou les 25% de majoration ? C’est comme ça qu’une entreprise gagne sa vie ?, se défend Denis Schiavone, le PDG d’Héméra. Y’a pas à discuter. Ce que je mets en place dans mon entreprise, c’est moi qui le décide.»

« C’est de pire en pire »

11 femmes de chambre salariées d’Héméra viennent de saisir les prud’hommes, pour travail dissimulé. Une conséquence de la sous-traitance selon Florent Sinamian, conseiller prud’homal CGT. Un tiers des hôtels en France y ont recours. «Avec la sous-traitance, vous n’avez que les avantages, pas les ennuis. Vous ne payez pas le treizième mois à vos employés, vous ne leur payez pas de prime d’intéressement ni de prime de participation, énumère-t-il. Vous ne leur donnez pas des conditions de travail dignes. C’est de pire en pire.»

La sous-traitance est surtout répandue dans les grandes chaînes hôtelières. Cette semaine, devant leur Holiday Inn, les femmes de ménage entament leur deuxième mois de grève.

(* : le prénom a été modifié)

Travailleurs handicapés en entreprise : on est loin du compte !

Une entreprise de plus de 20 salariés doit employer au moins 6% de travailleurs handicapés. C’est la loi! Combien ne le font pas ? 45% des entreprises. L’œil du 20h a voulu comprendre pourquoi !

Parmi les mauvais élèves, des PME et des Grands groupes. Exemple Vivendi : 107 personnes handicapées, soit 1,8% des effectifs. Le groupe informatique Sopra Steria : 2,3%. Air Liquide, spécialiste du gaz: 4,18%. En tout, 45 000 entreprises hors des clous. Pourquoi? Elles n’ont pas très envie d’en parler, voici un florilège des réponses que nous avons obtenues : « navrée, je n’ai trouvé aucune disponibilité compatible avec vos créneaux », « la question de base ne nous convient pas », « c’est trop tôt pour en parler, nous avons lancé une mission handicap vendredi dernier ». La loi date de 1987.

Une entreprise a accepté de nous ouvrir ses portes. Devoteam, spécialisée dans le numérique, compte moins de 3% de travailleurs handicapés et pour le secrétaire générale de l’entreprise, difficile de faire mieux: “On n'arrivera jamais à 6% !” concède-t-il. “Pourquoi ? “Nous sommes 2000, il faudrait embaucher 120 ingénieurs informaticiens (handicapés NDLR), on ne les trouvera jamais sur le marché.” En cause : un problème de qualification chez les personnes handicapées.

Pour compenser, l’entreprise verse une sorte d’amende à l’Agefiph, un fonds pour l'insertion professionnelle des handicapés : 150 000 euros l’an dernier.

Ce problème de formation existe. 80% des travailleurs handicapés ont un niveau d’études inférieur au bac. Mais selon les associations, il y a aussi des préjugés qui persistent:
“On a une vision de la personne en situation de handicap, trop souvent négative. Quand on la regarde, au lieu de regarder ses potentiels, ses compétences, son talent, on regarde plutôt ses manques, ses difficultés", déplore Jean-Louis Garcia, président de la fédération des Apajh (Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés).

La sous-traitance

Quand les entreprises respectent la loi, ce n’est pas toujours en créant des emplois en interne. Schneider Electric est un bon élève : 6,47% de travailleurs handicapés mais plus d’un tiers de ces emplois sont liés à la sous-traitance.

ATF Gaia est l’un des sous-traitants de plusieurs grands groupes. Dans cette entreprise, il y a 80% de travailleurs handicapés qui réparent et revendent du matériel informatique. Les postes sont adaptés. Les salariés sont en partie comptabilisés dans les effectifs des groupes clients. “C’est complémentaire », nous explique le président Sylvain Couthier. « Nous démontrons que nous pouvons être une entreprise performante »

Et au fait, nous à France Télévisions? Peut mieux faire, un peu plus de 5% de collaborateurs handicapés.

Les travailleurs handicapés sont deux fois plus touchés par le chômage que le reste de la population. Quand les inégalités sont tenaces…

Pas de prostitution sur les sites de sugar daddy, vraiment ?


A Paris, une affiche publicitaire pour un site internet a fait scandale. On pouvait y lire : “Hey les étudiantes, pas de prêt étudiant, sortez avec un sugar daddy”. Comprenez un homme âgé et riche ! “Ce n’est pas parce que l’argent fait partie de l’expérience que c’est de la prostitution”, assure Sigurd Vedal, le responsable du site.

Alors qui fréquente ce site et pour quoi faire ? A l’oeil du 20H, on s’est inscrit.

Dans les conditions générales, il est bien indiqué : “Toute activité soupçonnée d’impliquer des services d’escorte, de prostitution ou similaire n’est pas autorisée”. Pour rencontrer les utilisateurs du site, nous nous inscrivons. C’est gratuit pour les femmes, payant pour les hommes : 80 euros pour un mois. Nous décidons de nous faire passer pour une étudiante de 25 ans. Les critères à remplir sont surprenants. Le physique d’abord : “Sommes-nous athlétique ou large et magnifique ?”

Puis l’argent. Combien souhaitons-nous en recevoir du sugar daddy ? On peut demander jusqu’à 10 000 euros par mois.

Enfin, les pulsions sexuelles. A la rubrique “Qu’est-ce qui vous excite ?”, on peut choisir : “Sexe oral” ou encore “S’il te plaît pas de préservatifs ?”. Quant aux hommes, ils renseignent en plus, leurs revenus et leur patrimoine. Certains affirment détenir 2 millions d’euros de patrimoine.

Une heure après, nous recevons les premiers messages : “Je paie 500 euros pour une heure. Bien sûr, je paie uniquement si tu couches”.

D’autres sont moins directs. Un homme de 48 ans et qui se dit avocat nous écrit : “Je voudrais une vraie relation avec le plaisir de se retrouver”. Nous convenons d’un rendez-vous dans une brasserie parisienne. Quelles sont ses attentes ? : “J’ai été marié. J’ai envie de m’amuser avec quelqu’un de jeune, sexy, qui a envie de s’amuser aussi. Et s’il faut l’aider financièrement, s’il faut lâcher de temps en temps un peu d’argent, ça ne me pose aucun souci. C’est une sorte d’échange de bons procédés.”, affirme-t-il.

Au fil de de la conversation, ses attentes se précisent : “La relation ce seraient des dîners, quand j’ai envie de faire un bon restau, je t’appelle”. Y-a-t-il une contrepartie ? : “Ca peut-être une enveloppe quand on se voit, ça peut être de payer un truc parce que tu en as besoin. On se voit, tu veux de l’argent, je t’en donne. On se voit, je te b… et puis voilà”

Une relation sexuelle tarifée. Cela porte un nom : “Il y a échange de relations sexuelles contre un avantage, et même de l’argent. C’est la définition de la prostitution.”, assure Vanina Meplain, avocate et membre de l’association Equipes d’Action Contre le Proxénétisme.

Dans les affaires de prostitution, le client risque une amende : jusqu’à 1500 euros. Le parquet de Paris a ouvert une enquête contre le site pour proxénétisme aggravé. Compliqué à prouver, selon un policier spécialiste des questions de prostitution : “La problématique, c’est de réussir à savoir si le site touche de l’argent en fonction de ça. Quand les gens se rencontrent physiquement, ils se font des propositions tarifées. Mais ils se ne font pas de propositions tarifées sur lesquelles le site prend un pourcentage (...) Tout ça, c’est la conséquence de la loi, elle ne s’est pas intéressée à internet”

Sigurd Vedal, le patron du site, basé à Malte, comment se défend-il ? Il se dédouane : “On fait face comme tous les autres réseaux sociaux à des gens qui viennent sur nos sites avec de mauvaises intentions. On se bat, vous savez”. Quelques minutes après cet entretien, l’étudiante que nous avons créé sur le site, a reçu un message, rappelant les règles concernant l’interdiction de la prostitution. Coïncidence … ou pas

Notes de frais des députés : si vous avez le ticket c’est remboursé !

 

 

Ah la belle époque où les députés dépensaient comme ils le voulaient leur IRFM: l’indemnité représentativité de frais de mandat... C’est une époque révolue !

La cagnotte « IRFM »  à hauteur de 5840 euros brut par mois par député est à présent supprimée. A partir du 1er janvier 2018, les députés devront justifier chaque dépense s’ils veulent se faire rembourser.

Mais au fait quels frais sont pris en charge par l’Assemblée ?

Au Palais Bourbon, ceux qui tiennent les cordons de la bourse ce sont les trois Questeurs. Ce document que nous vous présentons, publié par le magazine “Marianne” détaille

les frais des députés qui pourraient être remboursés. Par exemple :

  • Les fournitures de bureau
  • Les billets de train ou d’avion
  • Les factures de taxis
  • Les frais vestimentaires costumes, tailleurs,
  • Les notes de téléphone
  • Les séances chez le coiffeur
  • Les cadeaux offerts
  • Les conseillers en communication
  • Location de salle de réunion

 

Parmi toutes ces dépenses plafonnées à 5840 euros brut par mois et par député, l’une fait polémique : Au chapitre “hébergement et repas” :

Serait remboursé : la location d’un pied-à-terre à Paris ou en circonscription (loyer, dépense d’eau, d’électricité et de chauffage, frais d’agence, d’équipements électroménagers ou l’achat du linge de maison…)

Par exemple un député habite à Paris. Il est élu en province. Dans sa circonscription, le loyer de son nouvel appartement est remboursé. Scandaleux pour un député socialiste qui dénonce un coup de pouce aux élus “parachutés”.

Contactés, les Questeurs admettent que la mesure fait débat. La liste officielle des frais remboursables sera connue le 29 novembre. D’ici là, un conseil au députés : gardez-bien vos justificatifs

 

Les réserves ministérielles, de l'argent public à disposition des ministres

Connaissez-vous la réserve ministérielle ? De l’argent public à la disposition du ministre qu’il distribue selon son bon vouloir pour agrandir une école ou aménager une rue… Comment cette cagnotte est-elle dépensée ? Qui en profite et y a-t-il du favoritisme ?

La réserve ministérielle la plus importante se trouve au ministère de l’intérieur. L’année dernière, Bernard Cazeneuve, alors ministre, a dépensé 3,9 millions d’euros. Il a par exemple donné 10 000 euros à une commune pour l’acquisition d’un tracteur ou encore 35 000 euros pour l’extension d’une mairie. Celui qui a obtenu la plus grosse somme, c’est Jean-Paul Bacquet, maire et député socialiste du Puy-de-Dôme jusqu’en juin dernier. 333 500 euros de subventions. Comment en a-t-il obtenu autant ? Par son implication dit-il mais pas seulement !

«Bernard Cazeneuve est plus qu’un ami. Je le considère comme un frère, mais j’ai bénéficié de subventions très importante, lorsque Daniel Vaillant était ministre de l’intérieur, lorsque Nicolas Sarkozy l’était, nous n’étions pas du même bord politique, mais par contre nous avions une relation de cordialité.»

Bien connaître le ministre, c’est un avantage. Être socialiste aussi. Nous avons fait le calcul. L'an dernier, les élus PS ont obtenu 68% de la réserve ministérielle. Contacté, l’entourage de Bernard Cazeneuve nous explique que c’est moins pire qu’avant. En 2011, lorsque Claude Géant était alors à l’intérieur, 95% des 33 millions d’euros de la réserve ministérielle est allée à des élus de droite.

Cette cagnotte existe aussi dans d’autres ministères… Nous avons récupéré le détail de la réserve du ministère des Sports. Entre 2013 et 2016, 833 960 euros ont été dépensés.

Une partie de cet argent, 10 000 euros, a permis d’aménager un circuit moto à Lezennes, dans le département du Nord. L'association a sollicité le ministre. Christophe Marache, coordinateur du circuit, nous l'explique :

«C’est notre ministère de tutelle c’était naturel de s’adresser à lui et je pense que comme il est un petit peu de la région, il est un peu plus sensible.»

Et oui, à l’époque, Patrick Kanner était ministre des Sports. Mais il a également été président du conseil général du Nord et est aujourd’hui sénateur du Nord. Cela explique peut-être pourquoi les associations du Nord comme le circuit de moto ont touché plus d’argent que beaucoup d’autres, 62 000 euros en deux ans.

Peut-on parler de favoritisme ? Patrick Kanner s’en défend :

«Les ministres ne sont pas désincarnés. Ils peuvent être attentifs à la situation de leurs territoires d’origine. Dans mon département, qui connaît autant de difficultés sociales, ce n’est pas scandaleux qu’il y ait un petit coup de pouce pour un territoire qui souffre.»

A l’Assemblée nationale, tout le monde n’est pas de cet avis. Des députés de droite comme de gauche veulent en finir avec ce système. Erwan Balanant, député Modem du Finistère, se prononce pour la fin des réserves.

«Je pense qu’il faut supprimer ces pratiques de distribution qui sombrent souvent naturellement dans le clientélisme. Supprimons toutes ces réserves, soyons dans la transparence, soyons sur des critères d’équité sur la distribution.»

Cette pratique prendra-t-elle fin ? Pas au ministère des sports. La réserve devrait aider nous dit-on à la reconstruction des infrastructures sportives après l’ouragan Irma. Au ministère de l'Intérieur, aucune réserve budgétaire n'a été budgétée pour 2018. Dans d’autres ministères, notamment au ministère de la Culture où la pratique existe, personne n’a pas voulu nous répondre.

L’armée, ennemie numéro 1 des éoliennes

Les éoliennes : voilà un marché qui, en France, devrait avoir le vent en poupe. En effet, la loi impose qu’en 2030, l’éolien produise six fois plus d’électricité qu’aujourd’hui. Pourtant, la filière se heurte à un ennemi inattendu, qui lui met des bâtons dans les pales : l’armée. Pourquoi les éoliennes perturbent-elles les militaires ? L’Œil du 20h vous explique tout.

La commune la plus écologique de France, c’est peut-être Escource, dans les Landes. Ici, il y a des panneaux solaires partout : sur les réverbères, les salles de fête et même… les toilettes publiques. Mais Escource en veut plus. En 2011, la mairie envisage de construire un parc de 9 éoliennes. Il devait s’implanter à proximité de la commune et aurait fourni l’électricité à 15 000 habitants. Tout était prêt : les riverains étaient d’accord, les financements trouvés.

Mais au dernier moment, le vent tourne. Le ministère de la Défense met son veto. “L’armée utilise le ciel aux alentours pour ses entraînements à basse altitude, explique Kévin Zimmermann, qui a coordonné le projet. Or, pour capter du vent à Escource, il faut monter les éoliennes très haut. Et du coup on était obligé de les monter un tout petit peu trop haut par rapport au palier de sécurité de l’armée.”

Bref, les éoliennes prévues étaient trop hautes selon l’armée, et auraient pu gêner les hélicoptères pendant leurs entraînements.

Un projet de décret fatal aux éoliennes ?

Pas de chance pour les éoliennes : elles perturbent aussi les radars militaires ! Pendant quelques secondes, pour des raisons techniques, les avions disparaissent des écrans lorsqu’ils volent près des éoliennes.
Aujourd’hui, il est presque impossible d’implanter une éolienne à moins de 30 km d’un radar militaire, c’est la règle. Conséquence : plus de 50% du territoire est aujourd’hui inconstructible aux éoliennes.

Demain, un projet de décret que nous nous sommes procurés pourrait aggraver les choses pour la filière : l’armée voudrait étendre la zone d’interdiction de 30 à 70 km autour d’un radar. Une catastrophe pour les professionnels du secteur. « Il y a presque 90% du territoire qui serait couvert par les contraintes militaires, s’indigne Jean-Yves Grandidier, président de Valorem, un constructeur d’éoliennes. Au-delà de 2020, on ne pourra plus construire d’éoliennes terrestres en France. L’armée a le droit de vie ou de mort sur nos projets !”

Selon les syndicats de l’éolien, le ministère de la Défense a bloqué la création d’environ 3 500 éoliennes en quatre ans. La direction de la circulation aérienne militaire (Dircam) assure au contraire accorder beaucoup d’autorisations. Même si son directeur, le général Pierre Reutter, veut rappeler sa priorité : l’armée. « Nous avons un engagement en opérations extérieures qui est particulièrement fort, avec un engagement des équipages de chasse, de transport, d’hélicoptère, énorme, souligne-t-il. Il faut bien qu’on s’entraîne. Et il faut bien aussi assurer la surveillance, la protection du territoire. »

Conscient du problème, le gouvernement vient d’installer un groupe de travail pour trouver des solutions, comme construire des éoliennes… mais très loin, en pleine mer !
Ce qui coûterait beaucoup plus cher…

Peut-on croire les palmarès des entreprises où il fait bon travailler ?


Le palmarès des entreprises où il fait bon travailler. Des classements très sérieux paraissent chaque année. Dans ces entreprises, l’ambiance entre collègues est excellente. Les avantages sont nombreux et on a le sentiment d’être bien payé. Devinez qui a remporté la palme cette année ? Decathlon, et Mcdonalds. Comment ont-elles obtenu cette distinction ?

Dans le classement 2017 des entreprises où il fait bon travailler. Décathlon obtient le premier prix. Trop fière, l’entreprise en a même fait un clip. C’est une société privée Great place to work, qui a fait ce classement. Première surprise, pour y figurer, les entreprises doivent payer. Décathlon a commencé par régler 20 000 euros à Great Place to work. Ensuite ce questionnaire est envoyé à tous les salariés. On leur demande si l’ambiance est conviviale ou encore si le travail est rémunéré à sa juste valeur.

Mais quelle est la valeur de ce sondage ?

Seuls, 40% des salariés ont répondu. Dans une note interne que nous nous sommes procurée. Decahtlon avoue que ce taux de réponse pour un sondage, n’est pas assez significatif : “De 30 à 60%, les résultats ne sont pas une vitrine parfaite de la réalité ». Pour finir, l’entreprise constitue, elle-même, un dossier sur ses bonnes pratiques. C’est un tiers de la note !

Pourquoi Decathlon a-t-elle besoin de figurer dans ce palmarès ?

Selon Sebastien Chauvin, syndicaliste à la CFDT, c’est « pour se donner une bonne image. Decathlon fait ça pour aussi compenser les départs liés au turn over. Il est de 20 à 30% en fonction de la catégorie employé ou cadre. Comment on voudrait quitter la première entreprise où il fait bon travailler ? ». Contactée, Decathlon reconnaît que l’enquête n’est pas parfaite, mais trouve les résultats encourageants.

Deuxième sur le podium : McDonald’s. Le bien-être au travail, chez Mcdo ? Depuis un an, ce n’est pas vraiment ce qui fait la une de l’actualité. Nous avons recensé 13 Mcdo où des salariés se sont mis en grève pour dénoncer leurs conditions de travail. Il y a quelques jours, c’était à Paris.  Parmi les manifestants, une responsable des ressources humaines, qui souhaite rester anonyme : “Travailler à temps partiel, pour moins d’un smic, c’est très compliqué. Il faut savoir que nos salariés vivent avec 700 ou 800 euros par mois.”

Alors comment McDonald’s a-t-elle obtenu la deuxième place de ce classement ? Qui a répondu à ce questionnaire ? Mcdo n’a pas envoyé le questionnaire à ses 70 000 salariés, mais seulement à 2000, sélectionnés de façon aléatoire. C’est écrit dans un document interne que nous nous sommes procuré.

Même l’entreprise qui réalise l’enquête avoue que ce n’est pas la meilleure méthode : “Notre recommandation, c’est d’interroger tout le monde (...) comme ça vous avez une vision beaucoup plus complète”, confie un responsable de la presse de Great Place to Work.

McDonalds affirme ne pas être surpris par sa deuxième place au classement. Quant aux grèves sur les conditions de travail, nous aussi, nous avons envoyé un questionnaire à Mcdo. Pas de réponse, on reste sur notre faim !

Suez, Veolia : des fournisseurs d'eau … pas très clairs


Vous n’y pensez pas forcément en vous rasant, mais l’eau du robinet rapporte beaucoup d’argent à ceux qui la distribuent. Des multinationales comme Suez ou Veolia. Mais pour quels services rendus ? Révélations sur des contrats parfois opaques et très lucratifs.

Il y a 7 ans, la ville de Wissous a passé un contrat avec Suez pour le traitement des eaux usées. Des pages et des pages de contrat que le maire lit dans le détail jusqu’à débusquer selon lui, une anomalie : "je reçois une facture et je constate que la réalité de cette facture n’est pas faite, c’est ça qui a déclenché les choses."

Une facture de 11 537 euros qui concerne l’entretien d’un bassin de rétention qui sert à retenir les eaux de pluie pour empêcher les inondations. "Inutile de vous dire que ces canalisations n’ont jamais été curées. Ce bassin peut déborder, il n’est pas fonctionnel du tout.”

967 000 euros depuis 2011 pour un service jugé non rendu

A Wissous, des bassins de rétention, il y en a huit. Pour leur entretien, l’entreprise facture à la commune 119 150 euros par an. Contacté, Suez nous assure qu’elle nettoie tous les bassins de la commune mais pas forcément chaque année. Elle nous transmet un document, photos à l’appui. Mais seuls 4 bassins sur 8 y figurent. Et l’entretien n’est recensé que pour les deux dernières années.

La ville de Wissous estime que Suez lui a facturé près de 967 000 euros depuis 2011 pour un service qu’elle juge non rendu.

En Île-de-France, 150 villes se sont regroupées et ont signé avec Veolia un contrat pour la distribution de l’eau potable. La Cour des comptes l’a analysé. Elle pointe un manque de clarté sur la facturation : "Veolia perçoit (...) chaque année des frais de siège à hauteur de 7 millions d'euros sans produire de justificatif. Il est difficile de savoir à quoi correspondent réellement ces frais."

D’après Veolia, ces frais de siège concernent la recherche et développement ou encore le service juridique, mais pour ce consultant spécialiste de ce type de contrats, cela permet surtout à l’entreprise de s’enrichir discrètement :

"C’est 7 millions d’euros, vous ne savez pas ce qu’il y a derrière, donc la tentation est forte quand même d’améliorer un peu la marge de l’entreprise en faisant un forfait et en se rendant compte que la collectivité ne va pas trop chercher." La Cour des comptes souligne aussi une rémunération de Veolia qui s’envole : de 7 millions prévus, elle passe à plus de 20 millions d’euros. A la même période, le prix de l’eau n’a pas baissé pour les usagers.

Pour le patron de Veolia Île-de-France, les bonnes performances du groupe doivent être récompensées : "Il y a un contrat qui est défini, il ne faudrait pas non plus que seuls les risques soient pour le délégataire et quand on réussit bien sur un contrat, on n’en tire pas les bénéfices."

Suite aux recommandations de la Cour des comptes, Veolia a baissé de 10 centimes par mètre cubes le prix de l’eau cette année, pour les usagers des 150 communes d’Île-de-France. Encore un peu de transparence, et l’eau n’en sera que meilleure.