Claudia Cardinale passée au bistouri numérique

Retoucher des photos, c’est un jeu d’enfant! Quelques clics et les silhouettes sont affinées, les visages transformés. Mais avait-on vraiment besoin d’utiliser ces logiciels pour Claudia Cardinale sur la dernière affiche du festival de Cannes ?

En 1959, la star italienne Claudia Cardinale, icone du cinéma, est photographiée dansant sur un toit à Rome. Le cliché est aujourd’hui repris sur l’affiche du festival de Cannes et au passage, l’actrice, 21 ans à l’époque, a été retouchée : des mèches de cheveux ont disparu, son bras est amaigri, sa taille amincie. Ses cuisses sont affinées et ses pieds, rétrécis. Claudia Cardinale est passée au bistouri numérique! Un scandale pour l’association Osez le féminisme, qui dénonce un culte de la minceur: « Cette femme, elle n’existe pas, elle est irréelle. Ça donne aux autres femmes des standards de beauté, des canons et des objectifs inatteignables et irréalisables “ explique Marie Allibert, porte-parole de l’association.

Alors pourquoi ces retouches? Au festival de Cannes pas de réponse. C’est Claudia Cardinale elle-même qui tente d’apaiser la polémique, via un communiqué : "Cette image a été retouchée pour accentuer cet effet de légèreté et me transpose dans un personnage rêvé (...). Féministe convaincue, je n'y vois aucune atteinte au corps de la femme.”

L’actrice italienne n’est pas vexée. Mais ce n’est pas le cas pour toutes. En 2004, Keira Knightley n’apprécie pas sa nouvelle poitrine, sur l’affiche du film le roi Arthur: « Ils retouchent toujours mes seins! (...) Et quand je les ai vus, je me suis dit (...) quitte à faire des seins imaginaires, qu’ils soient jolis au moins! » dit-elle.

Quand l’actrice américaine Kerry Washington se découvre, elle, en une d’un magazine, photo retouchée, voici sa réaction: “c’est étrange de regarder une photo de moi-même qui est différente de ce que je vois quand je me regarde dans un miroir. C’est un sentiment désagréable.”

En France, une loi devrait bientôt obliger à préciser dans les magazines si les photos des mannequins sont retouchées. La fin peut-être d’un monde imaginaire.

Corruption: l'affaire qui fait trembler les maires d’Île de France

 

C’est peut-être l’un des plus vastes réseaux de corruption  découvert par la police ces dernières années. Une demi-douzaine de maires sont soupçonnés d’avoir été corrompus par l’un des plus grands promoteurs immobiliers de la région, France Pierre. Pour construire plus facilement, son patron  leur aurait offert de nombreux avantages.

L’Oeil du 20h vous raconte ce qui pourrait être un système de corruption généralisé.

Au coeur de l’affaire, le PDG de France Pierre, Antonio de Sousa…  Son entreprise construit chaque année des dizaines de résidences comme celle-ci en banlieue parisienne.

Antonio de Sousa investit une partie de sa fortune dans sa passion, les chevaux de course. Aujourd’hui, Antonio de Souza est mis en examen pour corruption active, abus de biens sociaux et trafic d’influence.  Les enquêteurs ont interrogé plusieurs de ses sous-traitants. Ils ont révélé ce qu’ils nomment la “méthode de Sousa”... D’abord, travailler avec des architectes qui ont la faveur des maires.

“Quand je dis que ces architectes étaient proches des mairies, je veux dire qu’ils facilitaient à Antonio de Sousa l’acquisition de terrains au départ non constructibles qui, après, devenaient constructibles. Les mairies modifiaient les plans locaux d’urbanisme pour que France Pierre puissent y faire un programme.”  

Un terrain en Corse

Des plans locaux d’urbanisme modifiés, nous en avons trouvé à Ozoir la Ferrière, en Seine et Marne. France Pierre a construit ici plus de 500 logements en 10 ans … Sa prochaine construction sera sans doute là, sur ce terrain couvert de ronces. Un projet dénoncé par Dominique Lebreton, opposant au maire d’Ozoir. Pour lui, l’intérêt de la ville a été sacrifié.

“Le terrain que la commune aurait pu acheter pour 50 000 euros, c’est celui-là…”

Cette parcelle est située en plein centre-ville. En 2006, France Pierre l’achète  pour une bouchée de pain, 50 000 euros, car elle est inconstructible. Le maire ne préempte pas le terrain. 6 ans plus tard, il le rend constructible. Le prix au mètre carré explose.

“Le terrain constructible ici vaut 700 euros du m2, il y a 15000 m2, ça fait plus de 11 millions”

Selon Dominique Lebreton, un manque à gagner d’environ 11 millions d’euros pour la commune. Il affirme que l’entreprise France Pierre aurait été avantagée. Et ce à plusieurs reprises.

“J’ai très vite compris que le maire ne défendait pas les intérêts des ozoiriens. Dans quel intérêt est-ce qu’il a agi ? pour que ce promoteur puisse faire des affaires encore plus facilement”.

Ces avantages présumés auraient-ils fait l’objet de contreparties ? C’est ce que les juges soupçonnent. Ils ont mis Jean-François ONETO, le maire d’Ozoir-la-Ferrière, en examen pour corruption passive. Ils le suspectent d’avoir reçu, du promoteur immobilier, un virement de 500 000 euros pour s’acheter un terrain en Corse, dans le village réputé de Lumio. Une somme que le promoteur Antonio de Sousa aurait d’abord versé sur le compte d’un de ses sous-traitants. Ce dernier le révèle aux enquêteurs.

“De Sousa m’avait indiqué à l’époque que ce virement était destiné à monsieur le maire d’Ozoir, Jean-François Oneto, pour acheter une maison en Corse” 

Le virement le voici. 2 grosses sommes, versées par France Pierre, attérissent sur le compte bancaire du sous-traitant. Le même jour, 531 450 euros ressortent, à destination de la SCP Grasset, une étude notariale. Le but : l’achat d’un terrain en Corse par une société  immobilière détenue par Jean-François Oneto et sa femme. Devant les enquêteurs, le maire conteste. Il affirme que ces 500 000 euros étaient un prêt, dont le remboursement ne lui aurait pas été réclamé. Nous l’avons sollicité. Aucune réponse.

Quant au promoteur immobilier, la justice le soupçonne d’utiliser ces méthodes dans d’autres villes d’Ile de France.

Des travaux pour la maison du maire

A l’est de Paris, Saint Thibault des Vignes. Ici aussi France Pierre a construit. La justice suspecte le maire Sinclair Vouriot d’avoir touché des contreparties de la part du promoteur.  Nous avons rendez-vous avec un homme qui souhaite garder l’anonymat. Il est proche du maire de la ville. Voici ce qu’il affirme :

“Le maire est très angoissé. Il a reconnu qu’il avait mis le doigt dans le pot de confiture. Il le reconnaît en privé ? Oui, bien sûr.”

Sinclair Vouriot est soupçonné d’avoir agrandi sa maison sans payer les travaux. C’est un sous-traitant du promoteur qui l’explique aux enquêteurs.

“C’est monsieur de Sousa qui m’a demandé de faire ces travaux contre la promesse que j’allais avoir le gros œuvre du programme de Saint Thibault des Vignes. Je ne pense pas que le maire ait payé ces travaux.”

De ces travaux, il reste deux factures. L’une porte la mention  : “maison du maire de Saint Thibault des Vignes”. 34 000 euros, pour des aménagements intérieurs. La seconde, 96 000 euros, pour le gros oeuvre. Pour l’heure, les enquêteurs n’ont pas trouvé trace du paiement de ces travaux par le maire. Sinclair Vouriot n’est pas mis en examen. Son avocat affirme qu’il est innocent et qu’il fournira les pièces prouvant le règlement des travaux.

Cette affaire de corruption présumée n’en est sans doute qu’à ses débuts. Les enquêteurs s’intéressent aux 19 communes où le promoteur a construit. D’autres maires pourraient bientôt être mis en examen.

Quant à Antonio de Sousa, devant les juges, il conteste toutes les accusations et met en cause ses sous-traitants. Il n’a pas souhaité répondre à nos questions.

 

Les banques françaises continuent de faire de l'optimisation fiscale


Les banques françaises continuent de pratiquer l’optimisation fiscale en Europe. Un rapport de l'association Oxfam a estimé qu'en 2015, les vingt plus grandes banques européennes ont déclaré un euro sur quatre de leurs bénéfices dans des pays où la fiscalité est particulièrement avantageuse, soit 25 milliards d'euros au total.

Qu'en est-il des banques françaises ? Nous avons épluché les rapports financiers des quatre grandes banques françaises en 2016 : BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale, BPCE. 

Au Luxembourg, la banque populaire caisse d’épargne (BPCE) a réalisé 60 millions d’euros de bénéfices, autant qu’en Allemagne, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Roumanie réunis.

Si la BPCE a misé autant sur le Luxembourg, c’est peut-être parce que la banque n’y a payé que 10% d’impôts en 2016, trois fois moins qu’en France. Pascal Saint-Amans, expert des questions fiscales à l'OCDE explique que les banques vont au Luxembourg car il y a là-bas un marché mais aussi pour une question d'optimisation fiscale.

Contactée, la banque répond qu’elle respecte la réglementation en vigueur.

L'employé irlandais 24 fois plus productif que le français

Un peu plus loin que le Luxembourg, l’Irlande, le pays où les employés sont les plus productifs. Avec seulement 42 salariés, la Société générale a fait l’année dernière 31 millions d’euros de bénéfices avant impôt. Son employé irlandais lui a donc rapporté 738 095 euros, 24 fois plus que son salarié français qui ne lui rapporte que 31 160 euros.

L’une des raisons : la société générale n’a payé que 13% d’impôts en Irlande. Contactée, la banque conteste cette comparaison et précise qu’elle n’a pas les mêmes activités là-bas qu’en France.  

Mais il y a encore mieux, zéro euro d’impôt. Aux îles Caïmans par exemple, on trouve le Crédit Agricole et la BPCE. En 2016, celle-ci a fait 3 millions d’euros de bénéfices, sans aucun employé et sans impôt. Pour le sénateur Eric Bocquet, spécialiste des questions fiscales, "ce sont des coquilles vides, sans activité réelle".

Les deux banques affirment payer des impôts pour leur filiales aux Caïmans aux Etats-Unis. Un montage fiscal plutôt complexe.

Les piscines vues du ciel … une aubaine pour le fisc !


Au bord de votre piscine, vous vous pensiez à l’abri des regards… Et bien, non ! Le fisc vous observe du ciel au cas où vous auriez oublié de payer l’impôt sur votre piscine !

Marmande, c’est une commune de 17 000 habitants. Dans cette ville du Lot et Garonne, les piscines ont fait les gros titres de la presse. Sur les 800 répertoriées, 300 ne sont pas déclarées au fisc. Comment les impôts ont-ils fait pour les débusquer ? “L'administration fiscale a les moyens de pouvoir détecter les piscines extérieures (non déclarées) par l'exploitation et le croisement de nombreux éléments”, affirme l’administration fiscale.

Quels moyens exactement ? Les inspecteurs des impôts ont-ils pris l’avion ? Pas du tout ! Ils sont tout simplement allés sur Internet, et ont regardé les images satellites de Google, puis ont compté les piscines, une à une. Ensuite, les inspecteurs ont croisé ces données avec beaucoup d’autres. Informations de cadastres, autorisations d’urbanismes, et actes notariés. Dans le but de prélever l’impôt sur les piscines. De combien est-il ? Jean Claude Fédrigo, habitant du Lot et Garonne a déclaré sa piscine en 2005 pour un bassin de 8 mètres sur 4. Il déclare payer environ 125 euros par an d’impôts sur sa piscine.

Une piscine c’est une taxe foncière et une taxe d’habitation qui augmentent. Les 300 propriétaires qui ont oublié de la déclarer devront payer et c’est la ville qui s’en félicite. Ces contrôles fiscaux, sur les piscines ou encore les extensions de maisons, représentent 100 000 euros de plus chaque année dans les caisses de la commune “100 000 euros c’est refaire entièrement une route. 100 000 euros c’est 3 jours de fêtes de Marmande. 100 000 euros c’est ce que nous mettons chaque année dans notre programme de rénovation urbaine. Donc c’est important pour une ville comme la nôtre” se réjouit Daniel Benquet, maire LR de Marmande.

Le débat: petites intox, grandes exagérations

Hier 5 candidats à la présidentielle, Marine Le Pen, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon et Emmanuel Macron ont abattu leurs arguments un à un lors d’un débat télévisuel. Et ils n’ont pas toujours dit vrai! L’œil du 20h a vérifié le dessous des cartes!

A mi-débat, Marine Le Pen affirme qu’il y a « une situation d’explosion d’insécurité ». Explosion? Pas vraiment! D’après les chiffres du ministère de l’intérieur, sur 4 ans, les chiffres des cambriolages sont stables, les vols avec armes chutent. En revanche, les homicides eux augmentent. Contactée, l’équipe de Marine Le Pen affirme avoir surtout pris en compte les chiffres des cambriolages en zone rurale.

Sur les questions d’économie, mauvaise pioche pour François Fillon. D’après le candidat LR, “la France est le pays où le volume d’heures travaillées par rapport aux grandes économies mondiales est le plus bas” et de citer en exemple « la Hollande, le Danemark, la Suède… ». C’est faux. Dans une étude européenne sur le nombre d’heures travaillées par tous les salariés, la France est devant les Pays-Bas, le Danemark et la Suède! En fait, François Fillon a regardé un autre graphique, sans les salariés à temps partiels, uniquement les temps complets, et là la France est bien la dernière de l’Europe.

Jean-Luc Mélenchon, lui, s’est pris les pieds dans le tapis de la loi travail et des heures supplémentaires affirmant que “ la 36e heure coûte 10% dans la loi El Khomeri”. Plutôt faux. Pour les heures supplémentaires, le taux légal de majoration reste à 25%. En effet, il peut être abaissé à 10% mais seulement via des accords d’entreprises.

Quant à Benoit Hamon, sur les peines de prisons, il affirme qu’il y a“ deux fois plus de récidives en sortie de prison que quand il y a une alternative sous la forme d’une contrainte pénale”. La contrainte pénale est une peine exécutée en dehors de la prison. D’où vient cette info? Au ministère de la justice, il n’y a pas encore de bilan pour cette mesure instaurée par Christiane Taubira. Benoit Hamon, lui, ne nous a pas rappelé.

Enfin Emmanuel Macron, sur les dons à son mouvement En marche!, explique: “32 000 personnes ont donné, et le don moyen est de 50 euros dans mon mouvement” On a refait les comptes : En marche! a reçu 8 millions d’euros de dons, divisés par 32 000 donateurs, ça fait plutôt 250 euros en moyenne, 5 fois plus! L’équipe de campagne d’Emmanuel Macron reconnait une erreur! 50 euros c’est en fait le don médian: il y a autant de personnes qui ont donné moins de 50 euros que de personnes qui ont donné plus de 50 euros.

Deux autres débats sont à venir. Les cartes seront rebattues!

SIRHEN, le logiciel très coûteux de l'Education nationale

Dans l’administration, les logiciels informatiques ce ne sont pas franchement des réussites. Louvois, ONP, Sirhen ils portent des jolis noms mais ce sont souvent des fiascos avec à chaque fois des millions d’euros d’argent public qui partent en fumée.

Au ministère de la Défense, le logiciel s’appelle Louvois, il sert à payer les militaires. Un logiciel devenu fou. Il rémunère trop ou pas assez les militaires. Son coût : 200 millions chaque année juste pour corriger ses erreurs. Le ministre de la Défense abandonne le projet fin 2013. Pour lui c’est un "désastre, une vraie catastrophe, indigne d’un pays comme le nôtre".

Bercy a lui aussi connu un raté. L’ONP, opérateur national de paie censé verser les salaires des fonctionnaires. Il a coûté 290 millions d’euros et a été enterré en 2014 car jugé trop complexe.

Budget multiplié par 8

Le dernier en date s’appelle SIHREN, un nom sorti des fonds marins pour Système d’information et de gestion des ressources humaines du ministère de l’Education nationale. Lancé il y a dix ans, il devait coûter 60 millions d’euros. Aujourd’hui, ce budget a été multiplié par 8 : 496 millions pour un logiciel encore loin d’être opérationnel.

Sa gestion est étrillée par la cour des comptes. Dans un rapport, elle dénonce "une complexité sous-estimée, un pilotage gravement défaillant, une dépendance du ministère aux prestataires extérieurs et une équipe interne trop réduite".

A l’Education nationale, nous avons contacté un des utilisateurs du logiciel pas vraiment enthousiaste : "Il y a des gros problèmes de plantage. A chaque fois qu’il y a des mises à jour, on se demande si le produit va redémarrer. Cet outil censé moderniser les pratiques se révèle moins fiable que les applications obsolètes."

Pourtant l’Education nationale l’assure, SIRHEN ne sera pas abandonné. Vint-mille agents sont déjà gérés par le logiciel pour un ministère qui en compte 1 200 000. Le directeur du numérique à l'Education nationale assume le retard : "Nous avons régulièrement choisi dans les phases initiales du projet de prendre du retard plutôt que de risquer qu’il y ait des impacts paye".

C’est promis, SIHREN doit être opérationnel en 2020. Rendez-vous dans quatre ans pour vérifier que le calendrier a bien été respecté.

Les étudiants en médecine sont-ils sous l'influence des labos pharmaceutiques ?

Pendant ses études, un futur médecin croise des enseignants, des professeurs émérites et des labos pharmaceutiques sans toujours s’en rendre compte. Prenons la faculté de médecine de Marseille, l’une des plus grandes de France. Ici travaillent 375 médecins-enseignants. Nous avons cherché leurs liens d’intérêts avec les laboratoires, des déjeuners ou des voyages financés par l’industrie. Résultat : trois quart des profs ont des liens d’intérêts. Depuis 2012, ils ont reçu près de trois millions d’euros d’avantages en nature.

En informent-ils leurs étudiants ? Ceux que nous avons interrogé n’en ont jamais entendu parler. Pourtant, la loi oblige les professeurs à déclarer leurs liens d’intérêt : "Les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises [...] produisant [...] des produits de santé [...] sont tenus de faire connaître ces liens au public lorsqu'ils s'expriment sur lesdits produits". Une loi rarement appliquée reconnait le président des doyens des facultés de médecine.

Certains professeurs jugent mêmes inutile de déclarer leurs liens d’intérêt comme à la faculté de Lyon Sud. Ici, les labos s’affichent sur les murs. La fac s’appelle Charles Mérieux, des laboratoires BioMérieux. Un amphithéâtre porte le nom de Boiron, l’entreprise d’homéopathie. Nous assistons au cours intitulé "le médecin et l’industrie pharmaceutique", le seul obligatoire sur ce sujet pendant les études des futurs médecins. Celui qui fait cours, c’est le professeur Gilles Freyer. Depuis 2012, il totalise 168 contrats avec des entreprises du secteur de la santé.

Repas au restaurant

Averti de notre présence, un étudiant lui suggère d’indiquer ses liens d’intérêt. C’est non. "En faculté, le jour où je fais ça, j’arrête d’enseigner. Si je commence à vous montrer ici que la première des choses à faire c’est de vous méfier, je pense qu’on rentre de plain-pied dans la société de la défiance" dit-il. Pour ce dernier, les étudiants sont trop jeunes pour aborder cette question.

Quand parler des conflits d’intérêt aux étudiants alors ? Très vite à l’hôpital, les étudiants sont exposés aux laboratoires. Ceux à qui nous avons parlé décrivent les commerciaux qui viennent présenter leurs nouveaux produits à l’hôpital et qui offrent le petit déjeuner. Des repas au restaurant, réglés par les labos ou encore leurs thèses financées par l’industrie. Nous avons rencontré une jeune médecin qui termine sa formation. Elle a côtoyé les labos pendant ses études. Elle reconnaît que leur influence peut être redoutable, surtout au moment de prescrire.

Du côté des facultés, on précise travailler sur des contenus pédagogiques pour mieux préparer les futurs médecins.

 

Le déontologue de l’Assemblée nationale : l’histoire de l’arroseur arrosé !

A l’Assemblée nationale, le déontologue a du travail ces temps-ci. Influence des lobbys, conflits d’intérêts, costumes de François Fillon, les dossiers ne lui manquent pas. Si bien qu’il en viendrait peut-être à en oublier un : le sien.

Le déontologue de l’Assemblée nationale s’appelle Ferdinand Mélin-Soucramanien. Sa mission est de conseiller les députés et de veiller à ce qu’ils ne s’écartent pas du code de déontologie du Palais Bourbon. Mais lui-même n’est pas exempt de tout reproche, comme le révèle le Canard enchaîné. Explications.

Un oubli… qu’il reconnait !

En 2014, Ferdinand Mélin-Soucramanien est professeur de droit à l’université de Bordeaux. Pour devenir en plus déontologue de l’Assemblée nationale, il demande à la faculté de faire moins d’heures de cours. C’est accepté : il passe de 192 heures par an, à 96. Son salaire reste inchangé, 5.800 euros brut par mois, car sa nouvelle mission est d’intérêt général.

Parallèlement, il reçoit un salaire de l’Assemblée nationale, un peu plus de 4.100 euros brut par mois. Le problème, c’est qu’il n’a pas demandé d’autorisation pour ce cumul. Il pensait ne pas en avoir besoin, persuadé de toucher une indemnité et non un salaire.

C’est une erreur qui m’est imputable et que j’assume [...], nous explique-t-il. Je peux revendiquer d’être un spécialiste du droit public ou de l’éthique et de la déontologie mais pas un spécialiste des instruments de paie” nous dit-il.

Un coût pour l’université

L’université aurait-elle donné l’autorisation si les choses avaient été faites dans les règles ? Impossible à dire, nous dit-on à la fac. Une chose est sûre, cette dernière affirme avoir tenté d’obtenir une compensation. “Nous avions demandé à l’Assemblée nationale d’être dédommagés du surcoût que représente le remplacement de cet enseignant [...], mais cela n’a pas été possible” déclare-t-on à l’université.

Il y a quelques jours, le déontologue de l’Assemblée a officiellement demandé une autorisation pour ce cumul d’activité. Mieux vaut tard que jamais.

Les collaborateurs parlementaires qui cumulent travaillent-ils vraiment ?


Les collaborateurs parlementaires, ce sont ces petites mains qui aident au quotidien leur député. Mais saviez-vous qu’un collaborateur peut être en même temps médecin, professeur ou chef d’entreprise ? Travaillent-ils vraiment, et dans quelles conditions ?

L’Assemblée nationale a publié la liste des 2 070 collaborateurs parlementaires.
Comme la loi l’autorise, ils sont nombreux à avoir d’autres activités. Le député Jean-Marie Sermier a embauché son épouse Patricia Sermier. Viticultrice jusqu’à la fin de l’année dernière, elle est collaboratrice parlementaire mais aussi comédienne.

Elle explique ce double emploi : "Mon mari ne s’est jamais caché de me salarier. Je viens tous les matins, je repars tous les soirs. Il n'y a rien de fictif, il y a du travail au quotidien."

Le député Yves Jégo a lui embauché son épouse Ann-Katryn Jégo. Elle cumule beaucoup d’activités. Elle est conseillère en communication. Elle est aussi conseillère de Paris et siège au conseil d’administration de la Tour Eiffel, de l’office de tourisme, de la commission de contrôle de l’électricité. Elle est aussi bénévole pour des associations et... collaboratrice parlementaire. Elle travaille 25h par semaine pour environ 3 400 euros nets. Un cumul et un salaire qu'elle assume : "Moi je ne travaille pas à plein temps à l’Assemblée. Quand on fait de la politique, on travaille le week-end et le soir souvent, c’est une organisation de vie. On peut me reprocher d’être hyperactive. Oui je le suis, j’ai toujours beaucoup travaillé."

Collaboratrice parlementaire … en arrêt maladie

Ce cumul peut-il mener à des dérives ? A Avignon, la députée s’appelle Michèle Fournier-Armand. Elle a embauché sa nièce, Valérie Franco. Dans un article du Dauphiné, elle précise le travail de son assistante : "2h31 par semaine payé 281 euros pour tenir la permanence, taper quelques lettres de temps en temps, me mener quelque part en rendez-vous. Elle a même fait le ménage à la permanence."

Pourtant, dans l’entourage professionnel de la députée, on dit ne l’avoir vu qu’une seule fois, "et je ne l’ai plus revue de ma vie. Quant à la permanence, je ne l’ai jamais vue tenir quoi que ce soit, en plus de ça elle n’est même pas au fait. Si vous l’interrogez sur le travail parlementaire, elle ne sait rien."

La nièce de la députée a aussi un autre emploi à temps-plein, à l’office HLM. Son président, en poste depuis plus d’un an, affirme ne pas avoir été au courant de cette double activité : "Quand M. Bartolone a décidé de son propre chef de mettre en ligne la liste de tous les collaborateurs parlementaires de France, on a découvert que Mme Franco était dans cette liste, quel n’a pas été notre étonnement !"

Passé l’étonnement, le président lance une enquête administrative. Il découvre que cette employée est en arrêt maladie depuis le 1er juillet 2015. Comment alors expliquer qu’elle ait travaillé pour la députée ? Nous avons sollicité Michèle Fournier-Armand. Elle refuse une interview mais accepte de nous rencontrer. Elle affirme que tout a été fait dans les règles : "Ma nièce a travaillé le temps où elle n’avait pas d’arrêt de travail (...) je ne peux pas vous dire précisément les dates de tête." Selon nos informations, la député aurait versé à sa nièce, en plus de son salaire, une prime en octobre 2015. A cette date, elle était en arrêt maladie. Nous l’avons sollicité… Pas de réponse.

Un fils collaborateur parlementaire et employé à la MSA

La députée a également embauché son fils, David Fournier. Il est employé à temps plein à la Mutualité sociale agricole, adjoint à la mairie d’Avignon. En plus d’autres mandats, il est collaborateur parlementaire. Pour quel travail ? La députée précise : "Ce sont des rendez-vous à la permanence, des représentations, il m’emmenait quand il y avait des dépôts de gerbes."

Un contrat de 10h par semaine, rémunéré 1200 euros bruts. Sans compter plusieurs primes, dont celle-ci, versée en juin 2016, une somme de 2500 euros. Dans l’entourage de la député, on s’étonne : "Il travaille où ? Jamais je me suis posé avec lui sur un sujet parlementaire. Jamais, jamais, jamais." Nous avons rencontré David Fournier. Il affirme que son travail d’assistant parlementaire est bien réel.

Après avoir publié la liste de tous les collaborateurs des députés, le président de l’Assemblée nationale assure réfléchir à un contrôle de toutes leurs activités. Cette réforme verra-t-elle le jour ? L’oeil du 20h vous le dira !

Equipes de campagnes présidentielles : où sont les femmes ?

En ce mercredi 8 mars, journée internationale de lutte des femmes pour l'égalité des droits, l’œil du 20h a fait un rêve. Imaginez une équipe de campagne féminine, qui porterait un ou une candidate à l’élection présidentielle ? C’est bien un rêve, pas la réalité. Parce qu’aujourd’hui, il y a toujours plus d’hommes dans les équipes ! La parité : les politiques savent bien en parler, moins bien l’appliquer

Dans les programmes des principaux candidats, on peut trouver des dizaines de propositions pour l’égalité entre les hommes et les femmes !
Mais dans leurs équipes de campagne curieusement, on cherche les femmes : elles ne sont pas si nombreuses. La parité n’existe pas autour des candidats.

86 % d’hommes au conseil stratégique de campagne du FN

La moins bonne élève, c’est une femme ! Au conseil stratégique de campagne du Front national, on compte 5 femmes - dont Marine Le Pen. 86 % d’hommes pour 14 % de femmes.

23 % de femmes dans l’équipe de François Fillon

Très loin du compte aussi François Fillon, dans son organigramme de campagne aujourd’hui on a compté seulement 23 % de femmes ! Sur près de 300 personnes ! Il y a pourtant une responsable des “Femmes avec Fillon” dans sa campagne, qui nous explique que les femmes sont à trouver dans les équipes qui ne sont pas mentionnées dans l’organigramme. Derrière les hommes !
Chez Emmanuel Macron seulement 38 % de femmes. Son entourage l’admet : ils n’auraient pas d’impératif de parité dans l’équipe de campagne. Ils se l’imposent pour les législatives.

Jean-Luc Mélenchon : la quasi parité

Benoit Hamon, lui, avait fait un effort ! 44 % de femmes ! Mais avec ses nouveaux partenaires politiques, il a hérité de beaucoup d’hommes. Résultat seulement 38 % de femmes aujourd’hui ! On nous explique qu’à la primaire pourtant son equipe était paritaire. Mais plus on élargit l’équipe, plus il devient difficile pour les femmes de se faire une place, parce qu’elles osent moins réclamer !
Celui qui s’approche le plus de la parité c’est Jean-Luc Mélenchon, dans son équipe 44 % de femmes !

Pour les législatives, les partis politiques feront-ils plus attention ? La parité est inscrite dans la loi. S’ils ne la respectent pas ils devront payer une amende.