Cabinets ministériels : la hausse des salaires en marche


Dans le nouveau monde d’Emmanuel Macron, les cabinets ministériels subissent une cure d’amaigrissement. Moins de conseillers, pour économiser de l’argent public ? Pas si simple.

Pas plus de dix membres dans un cabinet ministériel, c’est la règle depuis le premier conseil des ministres du quinquennat Macron. Résultat, entre le gouvernement de Manuel Valls l’année dernière et celui d’Edouard Philippe, il y a 124 conseillers ministériels en moins. Une économie de 6 543 071 euros. Mais en même temps, ils se sont octroyés une augmentation: 18% de hausse de salaire en moyenne par rapport à leurs prédécesseurs.

A partir du "Jaune" budgétaire publié avec le PLF 2018, nous avons comparé, ministère par ministère, la rémunération des conseillers entre 2016 et 2017. Certains écarts sont étonnants.

Au ministère des Affaires étrangères par exemple, la rémunération moyenne des conseillers est passée de 5 898 euros bruts par mois, à 10 043 euros. Au ministère de la Justice, le salaire des membres du cabinet a augmenté de 7 992 euros mensuel à 10 549 euros bruts. Mais c’est au ministère de la Santé qu’on est le mieux payé : 11 665 euros mensuels contre 9 569 euros l’année dernière. C’est plus que ce que gagne la ministre elle-même !

En pleine cure d’austérité, comment expliquer ces augmentations de salaire ? Pour l’ancien député René Dosière (PS), qui a effectué des calculs similaires, les ministres qui viennent du monde de l’entreprise ont tendance à davantage rémunérer leurs collaborateurs :

«Les ministres sont issus pour beaucoup de la société civile, ils gagnaient beaucoup plus avant d’être ministres... Ils ont laissé courir le niveau des rémunérations.»

La baisse du nombre de conseillers ministériels dans le gouvernement d’Edouard Philippe a permis d’économiser plus de 6 millions d’euros. Mais sans les hausses de salaires, nous aurions pu économiser 5 millions d’euros de plus.

Tomer Sisley, Gad Elmaleh, Arthur : nos humoristes vont-ils chercher l'inspiration outre-atlantique ?

Quand on est humoriste, ce n’est pas tous les jours facile d’être drôle. Pour éviter la panne d’inspiration, certains «emprunteraient» des blagues à d'autres comiques ! Vous allez voir, l'histoire va vous faire rire !

Dans des vidéos postées sur internet, un certain «Ben» - il préfère garder l'anonymat - compare des extraits de sketchs… aux ressemblances… étonnantes.

D'abord, une histoire d'hôtesse de l'air. Jerry Seinfeld, en 1998, raconte comment les hôtesses montrent toujours les sorties de secours de manière vague. Gad Elmaleh, en 2006 répète des gestes très ressemblants.

Jerry Seinfeld : «Tu vas mourir. Tu vas mourir. Je me sauve !»
Gad Elmaleh : «Peut-être tu vas mourir, l’autre aussi. Moi, je vais rester.»

Nous avons joint l’entourage de Gad Elmaleh :

«Gad s’est librement inspiré d’un humoriste qu’il admire. Il a fait cinq spectacles de 1 heure 30 chacun : il s’est réapproprié 1 minute 10 d’un sketch de Jerry.»

D’autres humoristes français ont-ils trouvé l’inspiration outre-atlantique ? Tiens, on dirait bien... Ainsi de Robin Williams et une histoire de piercing à la langue, qu'on retrouve quelques années plus tard dans le spectacle d'Arthur. Contacté l’entourage d’Arthur assure qu'«il n’a copié personne».

Une dernière pour la route ? Ted Alexandro évoque dans un show Comedy Central Presents en 2001 des «flics à vélo». En 2006, Tomer Sisley raconte, quant à lui, une histoire de «flics en patins à roulettes». La conclusion est cependant la même  : «Ce sera quoi ensuite, des flics sur un bâton à ressort ?»

En réponse, Tomer Sisley fait de l'humour, il dévoile sur Instagram une fausse carte de visite.

Dans un commentaire sous sa photo, il précise :

«C’était le début du stand up en france, et comme dans tous les débuts dans un art quel qu’il soit, on copie ceux qui le font déjà. C’est pas une excuse, ça veut pas dire que c’est bien, mais ça remet quand même en perspective ;). A l’époque dans le stand up en france beaucoup allaient chercher des vannes ailleurs. Je suis désolé si tu te sens trompé.»

«Vol de blagues»

Ces inspirations seraient-elles répandues dans le milieu ? Yassine Belattar l'affirme :

«Je vais vous raconter quelque chose qui va vous faire rire. Cet été il y avait les éditions des meilleurs humoristes francophones. On a rencontré les québecois, et les québecois nous ont dit on ne veut pas jouer en France, parce qu’il y a du vol de blagues. C’est notre réputation à nous les Français. On est connu dans le monde entier pour voler les blagues des gens ! Il faut changer ça rapidement et se remettre au travail, c’est tout.»

Nous avons contacté les muses américaines de nos humoristes. Ces blagues à la française, cela ne les fait pas rire ! Un manque d’humour peut-être ?

Ted Alexandro, l'inspirateur par Tomer Sisley, nous a ainsi répondu :

«C’est évident que Tomer Sisley a volé des blagues à de nombreux comiques qui ont eu droit à des Comedy Central Specials. Il l’a fait sans demander l’autorisation ni créditer les artistes qui ont écrit et a présenté ce travail comme étant le sien. C’est du vol et c’est mal. Tomer Sisley has some splainin’ to do. (C’est une réplique classique de Ricky Ricardo dans I Love Lucy. Je préfère le mentionner, car elle ne vient pas de moi et faire croire que ça vient de moi, ce serait mal.)»

Judy Gold, également présente dans la vidéo, comparée à Tomer Sisley, a elle commenté sur Twitter : «Je n'étais pas au courant, mais maintenant, je sais. C'est une bonne chose que [Tomer Sisley] ne soit pas ici aux Etats-Unis.»

Par mail, elle nous précise : «Le monde de la comédie aux Etats-Unis est plutôt restreint et nous n'acceptons pas le plagiat. Il ne tiendrait pas cinq minutes sur une scène ici, mais il a de toute évidence un très bon goût en matière d'humour.»

La France : paradis fiscal du sport ?

Pour beaucoup, la France c’est le pays des impôts. Pourtant, quand elle accueille de grandes compétitions sportives, elle se transforme… en paradis fiscal ! Voici le dessous des stades.

L’Euro 2016 de football, souvenez-vous : ses fan zones remplies, son ambiance de fête… et sa facture salée pour l’État. C’est la Cour des comptes qui l’écrit :  1 milliard d’euros dépensé pour rénover les stades, 46 millions pour assurer la sécurité mais aussi... 65 millions de cadeau fiscal accordé par la France à l’organisateur, l’UEFA.

A part la TVA, l’UEFA n’a payé aucun impôt sur ses revenus, pendant toute la durée de la compétition. Les ventes de billets ? Les maillots et produits dérivés ? Les nuits d’hôtels vendues avec les billets ? Pas d’impôts. Comment est-ce possible ? C’est l’UEFA qui l’exigeait noir sur blanc dans son cahier des charges. Le but ?

«Retirer le revenu le plus élevé possible de l’Euro 2016 et minimiser les dépenses qui y sont liées ainsi que ses obligations fiscales.»

Alors en 2015, le gouvernement publie un décret pour exonérer d’impôts l’organisateur… et ainsi accroître ses chances d’obtenir l’Euro.

Valérie Rabault, députée PS de Tarn-et-Garonne, était alors rapporteure générale du budget. Elle a tenté de s’opposer au décret : en vain.

«Je trouve que des grandes organisations internationales, qui font du chantage à la France en disant “Si vous voulez avoir l’Euro, il va falloir qu’on puisse ne pas payer d’impôts sur les bénéfices qu’on fait chez vous", je trouve que ce n’est pas respecter ce qu’est la France. »

Les JO 2024 aussi !

L’Euro 2016 exonéré d’impôts donc, mais il n’est pas le seul ! Dans le décret c’est précisé : 6 compétitions organisées en France depuis 2015, dont la Ryder Cup de golf en 2018 ou la Coupe du monde féminine de football en 2019, sont aussi concernées.

Petite subtilité : le cadeau fiscal est accordé aux événements «attribuées à la France avant le 31 décembre 2017».

En clair : les futurs Jeux Olympiques à Paris, attribués en septembre, bénéficieront bien de ces cadeaux fiscaux.

Patrick Kanner, le ministre des Sports qui a signé ce décret, assume :

«Si un pays ne rentre pas dans cette logique, eh bien 10, 15, 20 autres pays accepteront de le faire, assure le sénateur PS du Nord. En même temps, est-ce qu’il faut regretter d’avoir ces grands événement sportifs sur notre territoire national ? La réponse est non. Et puis je n’oublie pas les retombées économiques de chacun de ces événements.»

Alors combien rapporteront les JO à la France dans 7 ans ? Difficile à dire. En revanche pour le CIO, organisateur des Jeux, c’est toujours un jackpot : la dernière olympiade à Rio lui a rapporté près de 5 milliards d’euros.

Assemblée nationale : qui sont les députés turbulents ?

Au début de son mandat, François de Rugy, le président de l’Assemblée nationale, faisait un rêve éveillé :

«Cet hémicycle ne doit pas être un lieu de provocations et d'anathèmes, mais bien au contraire de la sérénité, de la bienveillance, et du respect dans les débats.»

Hum... Comment vous dire... En regardant les questions au gouvernement, on se dit que c'est un peu raté. Mais à cause de qui ?

Chaque semaine, les députés posent des questions au gouvernement. Première passe d’armes, dès l’été dernier, avec les élus de la France Insoumise. Ils dénoncent la baisse des aides aux logements. Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis pose une question à Gérald Darmanin :

«Votre politique s’est s’en prendre aux plus pauvres et rendre aux plus riches !»

Un propos illustré avec un panier de courses à 5 euros. Pâtes, pain de mie, haricots verts. Le ministre leur répond alors que «certains semblent avoir le monopole de la démagogie». S’en suivent chahut, cris et protestations.

Parmi les autres spécialités de certains députés de l'opposition : couper la parole. Ainsi, quand Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité femme-homme répond à une question d'une député LRM, un député LR l'interpelle. «Gardez vos nerfs !», lui répond-elle alors.

D'autres fois, lorsqu’ils entendent le nom de Gérald Darmanin, ses anciens amis Les Républicains se manifestent, le qualifiant de «traître» ou «Judas».

Mais qui sont les députés les plus perturbateurs ? Nous avons parcouru les comptes rendus de ces débats. En tête, de jeunes élus Les Républicains, avec à sa tête, le député de Moselle Fabien Di Filippo, qui compte 98 remarques ou interpellations à lui tout seul.

Ces interventions visent en principalement les ministres venant de LR.

Mais que disent-ils ? Fabien Di Filippo crie par exemple «­C’est une escroquerie !», «Jupiter !», «J’étais au collège en 2000 !» ou encore «Le Roi Macron !». Aurélien Pradié, député du Lot de son côté dit : «Des clowns !», «N'importe quoi», «Les chevilles gonflent» ou «Cirage !».

Des interventions que leurs auteurs assument ! Leur volonté : perturber un exercice qu’ils jugent convenu.

«Quand j'ai quelque chose à dire, je le dis, nous explique Aurélien Pradié. Les ministres ne viennent pas pour passer un quart d'heure confortablement assis sur leur fauteuil. Ça leur fait du bien d'être un peu chahutés.»

«Je comprends la volonté de confort de la majorité, plaide de son côté Fabien Di Filippo, notamment avec des députés très inexpérimentés de vouloir que ça soit le plus aseptisé possible. Malgré tout, il faut nous accepter comme on est, avec tous les arguments qu'on doit faire valoir.»

Quant au président de l’Assemblée, François de Rugy, il voudrait transformer ces questions au gouvernement pour les rendre plus efficaces, les mettant notamment au menu de ses réformes pour une nouvelle Assemblée nationale... et peut être plus apaisées ?

Une maison en bord de mer pour pas cher, c'est possible !

 

Ca nous a pris comme ça, juste avant l’hiver, à l’œil du 20h on a eu envie de déménager, on rêvait d’une maison face à la mer, sous le soleil du Sud de la France. Vous vous dites surement que ce serait bien , mais beaucoup trop cher ? Eh bien pas du tout ! Locataire, pour quelques centimes d’euros par mois, c’est possible ! Certains ont même trouvé comment faire !

Imaginez-vous : la ville d’Hyères. La côte d’azur, ses plages et ses palmiers !

Michèle et Jacques habitent une maison à 50 m de la mer, qu’ils trouvent très agréable à vivre en été. Sur un terrain de plus de 350 mètres carrés, avec un living room, une grande cuisine, 3 chambres, cette maison est dans cette famille depuis plus de 50 ans. Ils nous expliquent que les générations qui ont vécu toute leur enfance là sont très attachées à ce genre de vie.

Sans doute très attachées aussi au montant du loyer. Cela ne leur coûte que 17 euros 20 par mois ! Un tarif imbattable vue la situation !

 

Comment une aussi bonne affaire est-elle possible ?

On appelle ça un bail em-phy-thé-o-tique.

 

Voilà ce qui s’est passé à Hyères : Dans les années 50, la mairie, propriétaire de plusieurs terrains, les a donné en location aux travailleurs du sel pour qu’ils puissent s’installer. Ils ont signé des baux pour 70 ou 99 ans avec un loyer dérisoire !

 

Aujourd’hui ces baux emphytéotiques existent toujours, aux meilleurs endroits de la commune, en bord de mer. Il y en a près de 600. Presque tous les locataires ont construit leur maison. Les loyers versés à la mairie pour l’occupation du terrain sont restés très bas !

 

C’est ce que souligne la Cour des Comptes. Les locataires de 546 logements ne payent en moyenne que 22,23 euros par mois.

Encore mieux une cinquantaine de locataires ne payent en moyenne que 11,64 euros.

 

Conclusion du rapport, pour les locataires : c’est « une rente de situation ».

 

Une rente qui peut devenir très lucrative. Nous rencontrons un habitant d’Hyères. Avec un membre de sa famille, il loue 25 000 mètres carré en bord de plage.

Le loyer qu’il verse à la mairie ? 1 centime par mois !

Des bâtiments qu’il sous-loue à un centre de loisirs. C’est légal.

Combien cela lui rapporte-t-il par mois ? Pour lui, 8000 euros par mois. Il nous explique qu’il compte bien transmettre le bail à ses enfants.

 

Eh oui, le bail et ses avantages se transmettent de génération en génération.

Dans l’histoire, il y a un perdant : la mairie. Elle encaisse des loyers très faibles qu’elle peut difficilement augmenter. Et si elle supprimait tout simplement ces baux emphytéotiques ? C’est impossible pour le maire (LR), car illégal !

 

Alors pour récupérer le manque à gagner, il faudra attendre que les baux emphytéotiques arrivent à leur terme. On a fait le calcul. Au minimum une trentaine d’années à patienter. Ca en fait un bail !

 

Produits bio : de nouvelles règles européennes pour du bio au rabais ?

Le bio, on en produit et on en consomme de plus en plus. Devinez ce que veut faire l’Europe ? Espacer les contrôles chez les producteurs. C’est écrit dans ce projet de règlement européen, que nous nous sommes procuré.

Daniel Evain cultive, des concombres, potirons, et potimarrons bio en région parisienne. Il est contrôlé par un organisme qui certifie bio sa production chaque année. Mais la Commission européenne veut assouplir cette règle et souhaite désormais :

«Un contrôle tous les deux ans, si aucune fraude n’est découverte les trois années précédentes.»

Daniel Evain voit ce projet comme un relâchement de la surveillance :

«Si vous contrôlez qu’une fois tous les deux ans, l’agriculteur va se dire, cette année le contrôleur ne vient pas je peux me permettre un petit écart par rapport à la règlementation. Si vous maintenez les contrôles tous les ans, ca devient plus difficile pour un agriculteur de tricher.»

Pour Daniel Evain, c’est ce qui a permis l’année dernière de retirer le label bio sur tout ou partie de leur exploitation, à 5 190 producteurs… 10% du total.
Pourquoi la commission européenne souhaite-t-elle cet assouplissement ? Réponse : pour simplifier les règles et dynamiser le marché du bio.

Moins de contrôles

Le projet de règlement européen prévoit moins de contrôle et même des dérogations sur les produits bio importés ! Prenons l’exemple des bananes. Elles viennent surtout d’Amérique du Sud. Là-bas, dans certains pays, les normes sont différentes. Des substances, non autorisées en Europe pour le bio, peuvent être utilisées. Eh bien, ces bananes, même si elles ne respectent les règles européennes bio, auront quand même le label.

Pourquoi une telle exception ? Selon le projet, c’est pour «éviter une soudaine rupture approvisionnement de l’offre dans les supermarchés européens». La peur de manquer, donc.
Pour Jean Arthuis, député européen UDI, c’est le risque d’un bio au rabais :

«C’est satisfaire probablement le souhait des distributeurs qui veulent proposer aux consommateurs du 1er janvier au 31 décembre des produits. Mais délivrer un label lorsqu’on n’est pas sûr (...) C’est à mon avis prendre un risque d’une présentation mensongère.»

Ce projet doit être voté avant la fin de l’année. Au fait que pense la France de ce texte ? Pour l’heure, elle l’a validé, comme tous les autres états membres.

Découvrez le texte du projet de règlement :

Des danseuses pour inaugurer une station d'épuration: la photo polémique

Pour une belle inauguration, il faut : des officiels, un joli ruban, un beau coussin rouge et une grande paire de ciseaux… mais pour certains ce n’est pas assez, il faut aussi de jolies danseuses! L’œil du 20h vous raconte l’histoire d’une photo qui fait polémique!

La photo a été prise lors de l’inauguration de la station d’épuration de Luynes (Indre-et-Loire) le 7 octobre dernier. Au centre de l’image, trois hommes dont Philippe Briand, président de Tours Métropole et son vice-président Bertrand Ritouret, maire de Luynes. De chaque côté, en guise d’hôtesses, deux jeunes femmes en mini-jupe et bandeau sur la poitrine. L’une tient un petit coussin rouge. Postée sur les réseaux sociaux, la photo a provoqué un tollé: “femme objet, sexisme et machisme en direct” écrit une internaute. “Choquant et rétrograde” pour une autre, “c'est quoi le rôle des femmes?” demande un internaute.

Pourquoi ces femmes sur cette photo? Pour inaugurer leur nouvelle station d’épuration, installée sous une serre tropicale, les élus ont convié musiciens brésiliens et danseuses de samba! “Tout était tropical : l’apéritif était tropical, il y avait des animaux tropicaux", explique Bertrand Ritouret, présent sur la photo. Mais sur la photo officielle, pas d’animaux, juste les danseuses. “Elles ont dû se trouver à proximité, certains ont dû leur demandé de jouer un rôle, je ne sais pas qui… personne n’y a vu à mal, moi le premier, je n’étais pas choqué de voir ces femmes là”.

Et à l'inverse?

L’association "osez le féminisme!" y voit elle un sexisme ambiant : “Il y avait des musiciens, on aurait pu faire venir des musiciens. Non on a fait ça! Utiliser le corps des femmes comme faire valoir, comme objet de décoration, c’est inadmissible et c’est révoltant”, s’insurge Claire Goyeau, responsable de l’association "Osez le féminisme !" à Tours.

Sollicitées, les danseuses ne nous ont pas recontactés. D’après France bleu, le président de Tours métropole, lui, a finalement reconnu une erreur et demandé le retrait de la photo.

Et si la situation avait été inverse, les réactions auraient-elles été les mêmes? Difficile de répondre, cela arrive quand même moins souvent...

Intervention d’Emmanuel Macron : le vrai du faux

 

Emmanuel Macron défend sa réforme de l’apprentissage : “Un jeune qui est apprenti, dans la boulangerie, dans la boucherie, dans les travaux publics, dans le bâtiment, dans 80% des cas il a un emploi, à la clé”. C’est faux ! En 2016, selon le ministère de l’éducation nationale, 65% des apprentis décrochent un emploi après leur formation. Les boulangers cités par le président : 43% de ceux qui ont un CAP ont trouvé du travail.

Alors ces “80%”, où sont-ils ? En fait, ils ne concernent que les apprentis les plus diplômés, comme ceux qui ont un BTS.

Sur le chômage, Emmanuel macron dit plutôt vrai : “On a trois fois plus de chances d’être au chômage quand on n’est pas qualifiés”. En effet, si on ne compare que les non diplômés avec les plus diplômés. Sans diplôme, on a trois fois plus de chance d’être au chômage qu’avec.

En revanche, Emmanuel Macron a un peu gonflé les chiffres concernant les ruptures conventionnelles au travail : “Dans les motifs de rupture du contrat de travail, c’est aujourd’hui le premier”. Faux ! Début 2015, les derniers chiffres du ministère du travail sont différents : la démission arrive en tête des motifs de fin de contrat : 56 %. Ensuite le licenciement : 27 %. Et enfin, la rupture conventionnelle : 17 %. Bien loin de la première place.

Sur la sécurité, le président évoque la double peine : “Celles et ceux qui en étant étrangers, en situation irrégulière, commettent un acte délictueux quel qu’il soit seront expulsés » C’est très compliqué !

D’abord, pour expulser un étranger en situation irrégulière, il faut une décision de la justice, ou d’un préfet.

Ensuite, certains ne sont peuvent pas être expulsés, la loi prévoit 10 dérogations. Et surtout, ces expulsions sont parfois contraires au droit européen. La cour européenne des droits de l’homme a condamné 7 fois la France en  2015.

Contactée, l’Elysée ne reconnaît aucune erreur. Pour citer le président, c’est “croquignolesque” comme réponse, non ?

 

 

 

Helpers, task force, green tech : la francophonie selon Macron

C’est le nouvel album d’Emmanuel Macron, il chante la francophonie ! A Rabat en juin dernier, il le répétait : « la volonté qui est la mienne de développer encore d’avantage la francophonie”. Ca c’est pour la face A ! Face B: il prononce dans ses discours des phrases comme : “entrepreneur is the new France” ou “the small is beautiful”. Macron, le french président qui emprunte à la langue de Shakespeare. On en perd notre latin!

Parfois quand Emmanuel Macron parle, ça donne ça : “ce n'est plus start up, c’est scale up” ; “j’ai pivoté le business model” ; “la culture du invented here” ; “je l’ai appelé la task force” ! Et on ne comprend pas toujours tout ! Face aux startupeurs, il promeut les “french tech”, “green tech”, “clean tech” ou encore ”civic tech” !

Ses anglicismes? Empruntés au monde de l’entreprise ! Lorsqu’il dit “ceux qu'on a appelé les business angel qui ont créé du venture capitale”, comprendre : capital risque ! Les « helpers » de son mouvement? Les bénévoles en novlangue Macron. « Nous avons fait du job mentoring » pourrait se traduire par tutorat en entreprise.

Alors peut-on défendre la francophonie en parlant anglais? Bruno Cautrès, politologue au CEVIPOF (centre de recherches politiques de Science Po) explique : “Pour lui il n’y a pas de contradiction entre défendre les enjeux culturels de la francophonie, de la langue française. Et en même temps, dans l’espace de son action économique, de venir sur un répertoire d’anglicismes.”

Emmanuel Macron ne défend pas que la francophonie, il défend aussi le plurilinguisme. Franglais is le future !

États généraux de l’alimentation : l’agro-industrie en première place !

A écouter le ministre de l’Agriculture, les États généraux de l’alimentation permettront de trouver « des accords qui soient valables, durables et qui servent les filières ». Mais à y regarder de plus près, entre petits producteurs, industriels et consommateurs la négociation semble un peu... déséquilibrée. Certains prennent plus de place que d’autres…

Les États généraux, ce sont plusieurs tables rondes présidées par 21 personnalités. Parmi elles : quelques parlementaires, une association de consommateurs, mais surtout : 10 représentants de l’agro-industrie, très bien placés pour défendre leurs intérêts.

Prenez l’atelier 5. Son intitulé : « Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs ». Qui le préside à votre avis ? L’un des patrons de Danone, François Eyraud, et Serge Papin, le PDG de Système U. Un industriel et un patron de supermarché pour défendre les agriculteurs… Sodeh Hamzehlouyan, militante associative, n’en revient toujours pas :

« Quand on écoute les syndicats majoritaires et les interprofessions, ils parlent des Français en disant “les marchés”, dénonce celle qui a participé à l’atelier 5 et qui défend les petits producteurs dans les réseaux Amap. Ils sont déconnectés par rapport aux besoins de la population. On est en colère et déçus. »

Un lobby du blé pour parler bio

Dans d’autres ateliers, l’agro-industrie avance parfois masquée. Rémi Haquin par exemple. Il copréside l’atelier 3, sur l’économie bio. Dans son communiqué, le ministère le présente comme le patron d’Adivalor, une entreprise spécialisée dans le recyclage. Mais surprise, Rémi Haquin est aussi vice-président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), le principal lobby des céréaliers. Pas franchement les meilleurs défenseurs du bio selon les ONG.

« Je suis pas là en tant que membre de l’AGPB !, se défend l’intéressé. C’est pas parce que je suis producteur de blé que je devrais être interdit de cet atelier. De toute façon, l’équilibre on n’y est pour rien. »

Et le top 3 des organismes les mieux représentés est…

L’équilibre, ou plutôt le déséquilibre, nous l’avons calculé. Nous nous sommes procurés la liste des 800 participants. Voici le podium :

  • 1er ex-aequo : l’Ania, principal lobby de l’agro-industrie
  • 1er ex-aequo : la FNSEA, syndicat majoritaire des agriculteurs, connu souvent pour ses positions productivistes
  • 3ème : le CLIAA, qui regroupe les interprofessions agricoles

Loin derrière, on retrouve la société civile, beaucoup moins représentée. Nous avons montré ces chiffres à Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture :

« Moi ce qui m’intéresse à la fin, c’est pas de savoir si on avait une ou deux personnes de trop dans tel ou tel groupe, c’est que chacun ait pu poser un diagnostic », évacue-t-il.

Le diagnostic des associations et des petits producteurs le voilà : ils viennent d’envoyer une lettre à Emmanuel Macron pour qu’il prenne mieux en compte leurs propositions. On saura dans son discours ce mercredi si le chef de l’État l’a lue...