Pas de prostitution sur les sites de sugar daddy, vraiment ?


A Paris, une affiche publicitaire pour un site internet a fait scandale. On pouvait y lire : “Hey les étudiantes, pas de prêt étudiant, sortez avec un sugar daddy”. Comprenez un homme âgé et riche ! “Ce n’est pas parce que l’argent fait partie de l’expérience que c’est de la prostitution”, assure Sigurd Vedal, le responsable du site.

Alors qui fréquente ce site et pour quoi faire ? A l’oeil du 20H, on s’est inscrit.

Dans les conditions générales, il est bien indiqué : “Toute activité soupçonnée d’impliquer des services d’escorte, de prostitution ou similaire n’est pas autorisée”. Pour rencontrer les utilisateurs du site, nous nous inscrivons. C’est gratuit pour les femmes, payant pour les hommes : 80 euros pour un mois. Nous décidons de nous faire passer pour une étudiante de 25 ans. Les critères à remplir sont surprenants. Le physique d’abord : “Sommes-nous athlétique ou large et magnifique ?”

Puis l’argent. Combien souhaitons-nous en recevoir du sugar daddy ? On peut demander jusqu’à 10 000 euros par mois.

Enfin, les pulsions sexuelles. A la rubrique “Qu’est-ce qui vous excite ?”, on peut choisir : “Sexe oral” ou encore “S’il te plaît pas de préservatifs ?”. Quant aux hommes, ils renseignent en plus, leurs revenus et leur patrimoine. Certains affirment détenir 2 millions d’euros de patrimoine.

Une heure après, nous recevons les premiers messages : “Je paie 500 euros pour une heure. Bien sûr, je paie uniquement si tu couches”.

D’autres sont moins directs. Un homme de 48 ans et qui se dit avocat nous écrit : “Je voudrais une vraie relation avec le plaisir de se retrouver”. Nous convenons d’un rendez-vous dans une brasserie parisienne. Quelles sont ses attentes ? : “J’ai été marié. J’ai envie de m’amuser avec quelqu’un de jeune, sexy, qui a envie de s’amuser aussi. Et s’il faut l’aider financièrement, s’il faut lâcher de temps en temps un peu d’argent, ça ne me pose aucun souci. C’est une sorte d’échange de bons procédés.”, affirme-t-il.

Au fil de de la conversation, ses attentes se précisent : “La relation ce seraient des dîners, quand j’ai envie de faire un bon restau, je t’appelle”. Y-a-t-il une contrepartie ? : “Ca peut-être une enveloppe quand on se voit, ça peut être de payer un truc parce que tu en as besoin. On se voit, tu veux de l’argent, je t’en donne. On se voit, je te b… et puis voilà”

Une relation sexuelle tarifée. Cela porte un nom : “Il y a échange de relations sexuelles contre un avantage, et même de l’argent. C’est la définition de la prostitution.”, assure Vanina Meplain, avocate et membre de l’association Equipes d’Action Contre le Proxénétisme.

Dans les affaires de prostitution, le client risque une amende : jusqu’à 1500 euros. Le parquet de Paris a ouvert une enquête contre le site pour proxénétisme aggravé. Compliqué à prouver, selon un policier spécialiste des questions de prostitution : “La problématique, c’est de réussir à savoir si le site touche de l’argent en fonction de ça. Quand les gens se rencontrent physiquement, ils se font des propositions tarifées. Mais ils se ne font pas de propositions tarifées sur lesquelles le site prend un pourcentage (...) Tout ça, c’est la conséquence de la loi, elle ne s’est pas intéressée à internet”

Sigurd Vedal, le patron du site, basé à Malte, comment se défend-il ? Il se dédouane : “On fait face comme tous les autres réseaux sociaux à des gens qui viennent sur nos sites avec de mauvaises intentions. On se bat, vous savez”. Quelques minutes après cet entretien, l’étudiante que nous avons créé sur le site, a reçu un message, rappelant les règles concernant l’interdiction de la prostitution. Coïncidence … ou pas

Notes de frais des députés : si vous avez le ticket c’est remboursé !

 

 

Ah la belle époque où les députés dépensaient comme ils le voulaient leur IRFM: l’indemnité représentativité de frais de mandat... C’est une époque révolue !

La cagnotte « IRFM »  à hauteur de 5840 euros brut par mois par député est à présent supprimée. A partir du 1er janvier 2018, les députés devront justifier chaque dépense s’ils veulent se faire rembourser.

Mais au fait quels frais sont pris en charge par l’Assemblée ?

Au Palais Bourbon, ceux qui tiennent les cordons de la bourse ce sont les trois Questeurs. Ce document que nous vous présentons, publié par le magazine “Marianne” détaille

les frais des députés qui pourraient être remboursés. Par exemple :

  • Les fournitures de bureau
  • Les billets de train ou d’avion
  • Les factures de taxis
  • Les frais vestimentaires costumes, tailleurs,
  • Les notes de téléphone
  • Les séances chez le coiffeur
  • Les cadeaux offerts
  • Les conseillers en communication
  • Location de salle de réunion

 

Parmi toutes ces dépenses plafonnées à 5840 euros brut par mois et par député, l’une fait polémique : Au chapitre “hébergement et repas” :

Serait remboursé : la location d’un pied-à-terre à Paris ou en circonscription (loyer, dépense d’eau, d’électricité et de chauffage, frais d’agence, d’équipements électroménagers ou l’achat du linge de maison…)

Par exemple un député habite à Paris. Il est élu en province. Dans sa circonscription, le loyer de son nouvel appartement est remboursé. Scandaleux pour un député socialiste qui dénonce un coup de pouce aux élus “parachutés”.

Contactés, les Questeurs admettent que la mesure fait débat. La liste officielle des frais remboursables sera connue le 29 novembre. D’ici là, un conseil au députés : gardez-bien vos justificatifs

 

Les réserves ministérielles, de l'argent public à disposition des ministres

Connaissez-vous la réserve ministérielle ? De l’argent public à la disposition du ministre qu’il distribue selon son bon vouloir pour agrandir une école ou aménager une rue… Comment cette cagnotte est-elle dépensée ? Qui en profite et y a-t-il du favoritisme ?

La réserve ministérielle la plus importante se trouve au ministère de l’intérieur. L’année dernière, Bernard Cazeneuve, alors ministre, a dépensé 3,9 millions d’euros. Il a par exemple donné 10 000 euros à une commune pour l’acquisition d’un tracteur ou encore 35 000 euros pour l’extension d’une mairie. Celui qui a obtenu la plus grosse somme, c’est Jean-Paul Bacquet, maire et député socialiste du Puy-de-Dôme jusqu’en juin dernier. 333 500 euros de subventions. Comment en a-t-il obtenu autant ? Par son implication dit-il mais pas seulement !

«Bernard Cazeneuve est plus qu’un ami. Je le considère comme un frère, mais j’ai bénéficié de subventions très importante, lorsque Daniel Vaillant était ministre de l’intérieur, lorsque Nicolas Sarkozy l’était, nous n’étions pas du même bord politique, mais par contre nous avions une relation de cordialité.»

Bien connaître le ministre, c’est un avantage. Être socialiste aussi. Nous avons fait le calcul. L'an dernier, les élus PS ont obtenu 68% de la réserve ministérielle. Contacté, l’entourage de Bernard Cazeneuve nous explique que c’est moins pire qu’avant. En 2011, lorsque Claude Géant était alors à l’intérieur, 95% des 33 millions d’euros de la réserve ministérielle est allée à des élus de droite.

Cette cagnotte existe aussi dans d’autres ministères… Nous avons récupéré le détail de la réserve du ministère des Sports. Entre 2013 et 2016, 833 960 euros ont été dépensés.

Une partie de cet argent, 10 000 euros, a permis d’aménager un circuit moto à Lezennes, dans le département du Nord. L'association a sollicité le ministre. Christophe Marache, coordinateur du circuit, nous l'explique :

«C’est notre ministère de tutelle c’était naturel de s’adresser à lui et je pense que comme il est un petit peu de la région, il est un peu plus sensible.»

Et oui, à l’époque, Patrick Kanner était ministre des Sports. Mais il a également été président du conseil général du Nord et est aujourd’hui sénateur du Nord. Cela explique peut-être pourquoi les associations du Nord comme le circuit de moto ont touché plus d’argent que beaucoup d’autres, 62 000 euros en deux ans.

Peut-on parler de favoritisme ? Patrick Kanner s’en défend :

«Les ministres ne sont pas désincarnés. Ils peuvent être attentifs à la situation de leurs territoires d’origine. Dans mon département, qui connaît autant de difficultés sociales, ce n’est pas scandaleux qu’il y ait un petit coup de pouce pour un territoire qui souffre.»

A l’Assemblée nationale, tout le monde n’est pas de cet avis. Des députés de droite comme de gauche veulent en finir avec ce système. Erwan Balanant, député Modem du Finistère, se prononce pour la fin des réserves.

«Je pense qu’il faut supprimer ces pratiques de distribution qui sombrent souvent naturellement dans le clientélisme. Supprimons toutes ces réserves, soyons dans la transparence, soyons sur des critères d’équité sur la distribution.»

Cette pratique prendra-t-elle fin ? Pas au ministère des sports. La réserve devrait aider nous dit-on à la reconstruction des infrastructures sportives après l’ouragan Irma. Au ministère de l'Intérieur, aucune réserve budgétaire n'a été budgétée pour 2018. Dans d’autres ministères, notamment au ministère de la Culture où la pratique existe, personne n’a pas voulu nous répondre.

L’armée, ennemie numéro 1 des éoliennes

Les éoliennes : voilà un marché qui, en France, devrait avoir le vent en poupe. En effet, la loi impose qu’en 2030, l’éolien produise six fois plus d’électricité qu’aujourd’hui. Pourtant, la filière se heurte à un ennemi inattendu, qui lui met des bâtons dans les pales : l’armée. Pourquoi les éoliennes perturbent-elles les militaires ? L’Œil du 20h vous explique tout.

La commune la plus écologique de France, c’est peut-être Escource, dans les Landes. Ici, il y a des panneaux solaires partout : sur les réverbères, les salles de fête et même… les toilettes publiques. Mais Escource en veut plus. En 2011, la mairie envisage de construire un parc de 9 éoliennes. Il devait s’implanter à proximité de la commune et aurait fourni l’électricité à 15 000 habitants. Tout était prêt : les riverains étaient d’accord, les financements trouvés.

Mais au dernier moment, le vent tourne. Le ministère de la Défense met son veto. “L’armée utilise le ciel aux alentours pour ses entraînements à basse altitude, explique Kévin Zimmermann, qui a coordonné le projet. Or, pour capter du vent à Escource, il faut monter les éoliennes très haut. Et du coup on était obligé de les monter un tout petit peu trop haut par rapport au palier de sécurité de l’armée.”

Bref, les éoliennes prévues étaient trop hautes selon l’armée, et auraient pu gêner les hélicoptères pendant leurs entraînements.

Un projet de décret fatal aux éoliennes ?

Pas de chance pour les éoliennes : elles perturbent aussi les radars militaires ! Pendant quelques secondes, pour des raisons techniques, les avions disparaissent des écrans lorsqu’ils volent près des éoliennes.
Aujourd’hui, il est presque impossible d’implanter une éolienne à moins de 30 km d’un radar militaire, c’est la règle. Conséquence : plus de 50% du territoire est aujourd’hui inconstructible aux éoliennes.

Demain, un projet de décret que nous nous sommes procurés pourrait aggraver les choses pour la filière : l’armée voudrait étendre la zone d’interdiction de 30 à 70 km autour d’un radar. Une catastrophe pour les professionnels du secteur. « Il y a presque 90% du territoire qui serait couvert par les contraintes militaires, s’indigne Jean-Yves Grandidier, président de Valorem, un constructeur d’éoliennes. Au-delà de 2020, on ne pourra plus construire d’éoliennes terrestres en France. L’armée a le droit de vie ou de mort sur nos projets !”

Selon les syndicats de l’éolien, le ministère de la Défense a bloqué la création d’environ 3 500 éoliennes en quatre ans. La direction de la circulation aérienne militaire (Dircam) assure au contraire accorder beaucoup d’autorisations. Même si son directeur, le général Pierre Reutter, veut rappeler sa priorité : l’armée. « Nous avons un engagement en opérations extérieures qui est particulièrement fort, avec un engagement des équipages de chasse, de transport, d’hélicoptère, énorme, souligne-t-il. Il faut bien qu’on s’entraîne. Et il faut bien aussi assurer la surveillance, la protection du territoire. »

Conscient du problème, le gouvernement vient d’installer un groupe de travail pour trouver des solutions, comme construire des éoliennes… mais très loin, en pleine mer !
Ce qui coûterait beaucoup plus cher…

Peut-on croire les palmarès des entreprises où il fait bon travailler ?


Le palmarès des entreprises où il fait bon travailler. Des classements très sérieux paraissent chaque année. Dans ces entreprises, l’ambiance entre collègues est excellente. Les avantages sont nombreux et on a le sentiment d’être bien payé. Devinez qui a remporté la palme cette année ? Decathlon, et Mcdonalds. Comment ont-elles obtenu cette distinction ?

Dans le classement 2017 des entreprises où il fait bon travailler. Décathlon obtient le premier prix. Trop fière, l’entreprise en a même fait un clip. C’est une société privée Great place to work, qui a fait ce classement. Première surprise, pour y figurer, les entreprises doivent payer. Décathlon a commencé par régler 20 000 euros à Great Place to work. Ensuite ce questionnaire est envoyé à tous les salariés. On leur demande si l’ambiance est conviviale ou encore si le travail est rémunéré à sa juste valeur.

Mais quelle est la valeur de ce sondage ?

Seuls, 40% des salariés ont répondu. Dans une note interne que nous nous sommes procurée. Decahtlon avoue que ce taux de réponse pour un sondage, n’est pas assez significatif : “De 30 à 60%, les résultats ne sont pas une vitrine parfaite de la réalité ». Pour finir, l’entreprise constitue, elle-même, un dossier sur ses bonnes pratiques. C’est un tiers de la note !

Pourquoi Decathlon a-t-elle besoin de figurer dans ce palmarès ?

Selon Sebastien Chauvin, syndicaliste à la CFDT, c’est « pour se donner une bonne image. Decathlon fait ça pour aussi compenser les départs liés au turn over. Il est de 20 à 30% en fonction de la catégorie employé ou cadre. Comment on voudrait quitter la première entreprise où il fait bon travailler ? ». Contactée, Decathlon reconnaît que l’enquête n’est pas parfaite, mais trouve les résultats encourageants.

Deuxième sur le podium : McDonald’s. Le bien-être au travail, chez Mcdo ? Depuis un an, ce n’est pas vraiment ce qui fait la une de l’actualité. Nous avons recensé 13 Mcdo où des salariés se sont mis en grève pour dénoncer leurs conditions de travail. Il y a quelques jours, c’était à Paris.  Parmi les manifestants, une responsable des ressources humaines, qui souhaite rester anonyme : “Travailler à temps partiel, pour moins d’un smic, c’est très compliqué. Il faut savoir que nos salariés vivent avec 700 ou 800 euros par mois.”

Alors comment McDonald’s a-t-elle obtenu la deuxième place de ce classement ? Qui a répondu à ce questionnaire ? Mcdo n’a pas envoyé le questionnaire à ses 70 000 salariés, mais seulement à 2000, sélectionnés de façon aléatoire. C’est écrit dans un document interne que nous nous sommes procuré.

Même l’entreprise qui réalise l’enquête avoue que ce n’est pas la meilleure méthode : “Notre recommandation, c’est d’interroger tout le monde (...) comme ça vous avez une vision beaucoup plus complète”, confie un responsable de la presse de Great Place to Work.

McDonalds affirme ne pas être surpris par sa deuxième place au classement. Quant aux grèves sur les conditions de travail, nous aussi, nous avons envoyé un questionnaire à Mcdo. Pas de réponse, on reste sur notre faim !

Suez, Veolia : des fournisseurs d'eau … pas très clairs


Vous n’y pensez pas forcément en vous rasant, mais l’eau du robinet rapporte beaucoup d’argent à ceux qui la distribuent. Des multinationales comme Suez ou Veolia. Mais pour quels services rendus ? Révélations sur des contrats parfois opaques et très lucratifs.

Il y a 7 ans, la ville de Wissous a passé un contrat avec Suez pour le traitement des eaux usées. Des pages et des pages de contrat que le maire lit dans le détail jusqu’à débusquer selon lui, une anomalie : "je reçois une facture et je constate que la réalité de cette facture n’est pas faite, c’est ça qui a déclenché les choses."

Une facture de 11 537 euros qui concerne l’entretien d’un bassin de rétention qui sert à retenir les eaux de pluie pour empêcher les inondations. "Inutile de vous dire que ces canalisations n’ont jamais été curées. Ce bassin peut déborder, il n’est pas fonctionnel du tout.”

967 000 euros depuis 2011 pour un service jugé non rendu

A Wissous, des bassins de rétention, il y en a huit. Pour leur entretien, l’entreprise facture à la commune 119 150 euros par an. Contacté, Suez nous assure qu’elle nettoie tous les bassins de la commune mais pas forcément chaque année. Elle nous transmet un document, photos à l’appui. Mais seuls 4 bassins sur 8 y figurent. Et l’entretien n’est recensé que pour les deux dernières années.

La ville de Wissous estime que Suez lui a facturé près de 967 000 euros depuis 2011 pour un service qu’elle juge non rendu.

En Île-de-France, 150 villes se sont regroupées et ont signé avec Veolia un contrat pour la distribution de l’eau potable. La Cour des comptes l’a analysé. Elle pointe un manque de clarté sur la facturation : "Veolia perçoit (...) chaque année des frais de siège à hauteur de 7 millions d'euros sans produire de justificatif. Il est difficile de savoir à quoi correspondent réellement ces frais."

D’après Veolia, ces frais de siège concernent la recherche et développement ou encore le service juridique, mais pour ce consultant spécialiste de ce type de contrats, cela permet surtout à l’entreprise de s’enrichir discrètement :

"C’est 7 millions d’euros, vous ne savez pas ce qu’il y a derrière, donc la tentation est forte quand même d’améliorer un peu la marge de l’entreprise en faisant un forfait et en se rendant compte que la collectivité ne va pas trop chercher." La Cour des comptes souligne aussi une rémunération de Veolia qui s’envole : de 7 millions prévus, elle passe à plus de 20 millions d’euros. A la même période, le prix de l’eau n’a pas baissé pour les usagers.

Pour le patron de Veolia Île-de-France, les bonnes performances du groupe doivent être récompensées : "Il y a un contrat qui est défini, il ne faudrait pas non plus que seuls les risques soient pour le délégataire et quand on réussit bien sur un contrat, on n’en tire pas les bénéfices."

Suite aux recommandations de la Cour des comptes, Veolia a baissé de 10 centimes par mètre cubes le prix de l’eau cette année, pour les usagers des 150 communes d’Île-de-France. Encore un peu de transparence, et l’eau n’en sera que meilleure.

Bugs en série pour les logiciels de la justice : ça commence à coûter cher !

 

Dans le monde merveilleux du 21eme siècle, notre police serait très moderne et la justice à la pointe de la technologie : mieux qu’un film de science fiction ? Tout le contraire. Leurs outils informatiques ne marchent pas et coûtent toujours plus chers. Enquête sur ces logiciels d’Etat qui font scandale

Le premier logiciel concerne les écoutes téléphoniques : la plateforme nationale des interceptions judiciaires, la PNIJ intercepte 12 000 conversations  par jours. A Toulouse un policier accepte de nous dévoiler quelques images de ce logiciel “secret défense”, et surtout ses anomalies nombreuses :

La liste est très longue : conversations hors service ou effacées, parasites audios entendus par les suspects, décalage de 30 sec à 1 min entre la conversation et les écoutes...

“ça met en danger les collègues sur le terrain" nous explique un fonctionnaire de police. Encore plus incroyable : la chancellerie nous le confirme, impossible de géolocaliser les abonnées d’un des grands opérateurs de téléphonie...10 ans de nouvelles versions et de mises à jours : la PNIJ est un fiasco couteux : il atteindra 182 millions d’euros en 2018, malgré les alertes de la Cour des comptes qui cible également 6 logiciels du ministère de la justice aux noms doux et poétiques Cassiopée, Harmonie, Astrea... au total 461 millions d'euros !

Au tribunal de Grande Instance d'Aix-en-Provence Cassiopée est défavorablement connue des services du Substitut du procureur. Des procédures non enregistrées, des déconnexions intempestives, des anomalies dans les procès verbaux". Le logiciel centralise tous les parcours judiciaires des mis en cause, et les critiques des magistrats

Pour le rapporteur du budget de la justice le problème de tous ces logiciels vient de la chancellerie à cause d'un mauvais pilotage et des cahiers des charges mal définis...

Contacté le ministère de la justice assure que les bugs seront bientôt réparés. A l'oeil, on espère qu'on a bien entendu et qu'il n'y avait pas de fritures sur la ligne.

 

 

 

Cabinets ministériels : la hausse des salaires en marche


Dans le nouveau monde d’Emmanuel Macron, les cabinets ministériels subissent une cure d’amaigrissement. Moins de conseillers, pour économiser de l’argent public ? Pas si simple.

Pas plus de dix membres dans un cabinet ministériel, c’est la règle depuis le premier conseil des ministres du quinquennat Macron. Résultat, entre le gouvernement de Manuel Valls l’année dernière et celui d’Edouard Philippe, il y a 124 conseillers ministériels en moins. Une économie de 6 543 071 euros. Mais en même temps, ils se sont octroyés une augmentation: 18% de hausse de salaire en moyenne par rapport à leurs prédécesseurs.

A partir du "Jaune" budgétaire publié avec le PLF 2018, nous avons comparé, ministère par ministère, la rémunération des conseillers entre 2016 et 2017. Certains écarts sont étonnants.

Au ministère des Affaires étrangères par exemple, la rémunération moyenne des conseillers est passée de 5 898 euros bruts par mois, à 10 043 euros. Au ministère de la Justice, le salaire des membres du cabinet a augmenté de 7 992 euros mensuel à 10 549 euros bruts. Mais c’est au ministère de la Santé qu’on est le mieux payé : 11 665 euros mensuels contre 9 569 euros l’année dernière. C’est plus que ce que gagne la ministre elle-même !

En pleine cure d’austérité, comment expliquer ces augmentations de salaire ? Pour l’ancien député René Dosière (PS), qui a effectué des calculs similaires, les ministres qui viennent du monde de l’entreprise ont tendance à davantage rémunérer leurs collaborateurs :

«Les ministres sont issus pour beaucoup de la société civile, ils gagnaient beaucoup plus avant d’être ministres... Ils ont laissé courir le niveau des rémunérations.»

La baisse du nombre de conseillers ministériels dans le gouvernement d’Edouard Philippe a permis d’économiser plus de 6 millions d’euros. Mais sans les hausses de salaires, nous aurions pu économiser 5 millions d’euros de plus.

Tomer Sisley, Gad Elmaleh, Arthur : nos humoristes vont-ils chercher l'inspiration outre-atlantique ?

Quand on est humoriste, ce n’est pas tous les jours facile d’être drôle. Pour éviter la panne d’inspiration, certains «emprunteraient» des blagues à d'autres comiques ! Vous allez voir, l'histoire va vous faire rire !

Dans des vidéos postées sur internet, un certain «Ben» - il préfère garder l'anonymat - compare des extraits de sketchs… aux ressemblances… étonnantes.

D'abord, une histoire d'hôtesse de l'air. Jerry Seinfeld, en 1998, raconte comment les hôtesses montrent toujours les sorties de secours de manière vague. Gad Elmaleh, en 2006 répète des gestes très ressemblants.

Jerry Seinfeld : «Tu vas mourir. Tu vas mourir. Je me sauve !»
Gad Elmaleh : «Peut-être tu vas mourir, l’autre aussi. Moi, je vais rester.»

Nous avons joint l’entourage de Gad Elmaleh :

«Gad s’est librement inspiré d’un humoriste qu’il admire. Il a fait cinq spectacles de 1 heure 30 chacun : il s’est réapproprié 1 minute 10 d’un sketch de Jerry.»

D’autres humoristes français ont-ils trouvé l’inspiration outre-atlantique ? Tiens, on dirait bien... Ainsi de Robin Williams et une histoire de piercing à la langue, qu'on retrouve quelques années plus tard dans le spectacle d'Arthur. Contacté l’entourage d’Arthur assure qu'«il n’a copié personne».

Une dernière pour la route ? Ted Alexandro évoque dans un show Comedy Central Presents en 2001 des «flics à vélo». En 2006, Tomer Sisley raconte, quant à lui, une histoire de «flics en patins à roulettes». La conclusion est cependant la même  : «Ce sera quoi ensuite, des flics sur un bâton à ressort ?»

En réponse, Tomer Sisley fait de l'humour, il dévoile sur Instagram une fausse carte de visite.

Dans un commentaire sous sa photo, il précise :

«C’était le début du stand up en france, et comme dans tous les débuts dans un art quel qu’il soit, on copie ceux qui le font déjà. C’est pas une excuse, ça veut pas dire que c’est bien, mais ça remet quand même en perspective ;). A l’époque dans le stand up en france beaucoup allaient chercher des vannes ailleurs. Je suis désolé si tu te sens trompé.»

«Vol de blagues»

Ces inspirations seraient-elles répandues dans le milieu ? Yassine Belattar l'affirme :

«Je vais vous raconter quelque chose qui va vous faire rire. Cet été il y avait les éditions des meilleurs humoristes francophones. On a rencontré les québecois, et les québecois nous ont dit on ne veut pas jouer en France, parce qu’il y a du vol de blagues. C’est notre réputation à nous les Français. On est connu dans le monde entier pour voler les blagues des gens ! Il faut changer ça rapidement et se remettre au travail, c’est tout.»

Nous avons contacté les muses américaines de nos humoristes. Ces blagues à la française, cela ne les fait pas rire ! Un manque d’humour peut-être ?

Ted Alexandro, l'inspirateur par Tomer Sisley, nous a ainsi répondu :

«C’est évident que Tomer Sisley a volé des blagues à de nombreux comiques qui ont eu droit à des Comedy Central Specials. Il l’a fait sans demander l’autorisation ni créditer les artistes qui ont écrit et a présenté ce travail comme étant le sien. C’est du vol et c’est mal. Tomer Sisley has some splainin’ to do. (C’est une réplique classique de Ricky Ricardo dans I Love Lucy. Je préfère le mentionner, car elle ne vient pas de moi et faire croire que ça vient de moi, ce serait mal.)»

Judy Gold, également présente dans la vidéo, comparée à Tomer Sisley, a elle commenté sur Twitter : «Je n'étais pas au courant, mais maintenant, je sais. C'est une bonne chose que [Tomer Sisley] ne soit pas ici aux Etats-Unis.»

Par mail, elle nous précise : «Le monde de la comédie aux Etats-Unis est plutôt restreint et nous n'acceptons pas le plagiat. Il ne tiendrait pas cinq minutes sur une scène ici, mais il a de toute évidence un très bon goût en matière d'humour.»

La France : paradis fiscal du sport ?

Pour beaucoup, la France c’est le pays des impôts. Pourtant, quand elle accueille de grandes compétitions sportives, elle se transforme… en paradis fiscal ! Voici le dessous des stades.

L’Euro 2016 de football, souvenez-vous : ses fan zones remplies, son ambiance de fête… et sa facture salée pour l’État. C’est la Cour des comptes qui l’écrit :  1 milliard d’euros dépensé pour rénover les stades, 46 millions pour assurer la sécurité mais aussi... 65 millions de cadeau fiscal accordé par la France à l’organisateur, l’UEFA.

A part la TVA, l’UEFA n’a payé aucun impôt sur ses revenus, pendant toute la durée de la compétition. Les ventes de billets ? Les maillots et produits dérivés ? Les nuits d’hôtels vendues avec les billets ? Pas d’impôts. Comment est-ce possible ? C’est l’UEFA qui l’exigeait noir sur blanc dans son cahier des charges. Le but ?

«Retirer le revenu le plus élevé possible de l’Euro 2016 et minimiser les dépenses qui y sont liées ainsi que ses obligations fiscales.»

Alors en 2015, le gouvernement publie un décret pour exonérer d’impôts l’organisateur… et ainsi accroître ses chances d’obtenir l’Euro.

Valérie Rabault, députée PS de Tarn-et-Garonne, était alors rapporteure générale du budget. Elle a tenté de s’opposer au décret : en vain.

«Je trouve que des grandes organisations internationales, qui font du chantage à la France en disant “Si vous voulez avoir l’Euro, il va falloir qu’on puisse ne pas payer d’impôts sur les bénéfices qu’on fait chez vous", je trouve que ce n’est pas respecter ce qu’est la France. »

Les JO 2024 aussi !

L’Euro 2016 exonéré d’impôts donc, mais il n’est pas le seul ! Dans le décret c’est précisé : 6 compétitions organisées en France depuis 2015, dont la Ryder Cup de golf en 2018 ou la Coupe du monde féminine de football en 2019, sont aussi concernées.

Petite subtilité : le cadeau fiscal est accordé aux événements «attribuées à la France avant le 31 décembre 2017».

En clair : les futurs Jeux Olympiques à Paris, attribués en septembre, bénéficieront bien de ces cadeaux fiscaux.

Patrick Kanner, le ministre des Sports qui a signé ce décret, assume :

«Si un pays ne rentre pas dans cette logique, eh bien 10, 15, 20 autres pays accepteront de le faire, assure le sénateur PS du Nord. En même temps, est-ce qu’il faut regretter d’avoir ces grands événement sportifs sur notre territoire national ? La réponse est non. Et puis je n’oublie pas les retombées économiques de chacun de ces événements.»

Alors combien rapporteront les JO à la France dans 7 ans ? Difficile à dire. En revanche pour le CIO, organisateur des Jeux, c’est toujours un jackpot : la dernière olympiade à Rio lui a rapporté près de 5 milliards d’euros.