Pas de prostitution sur les sites de sugar daddy, vraiment ?


A Paris, une affiche publicitaire pour un site internet a fait scandale. On pouvait y lire : “Hey les étudiantes, pas de prêt étudiant, sortez avec un sugar daddy”. Comprenez un homme âgé et riche ! “Ce n’est pas parce que l’argent fait partie de l’expérience que c’est de la prostitution”, assure Sigurd Vedal, le responsable du site.

Alors qui fréquente ce site et pour quoi faire ? A l’oeil du 20H, on s’est inscrit.

Dans les conditions générales, il est bien indiqué : “Toute activité soupçonnée d’impliquer des services d’escorte, de prostitution ou similaire n’est pas autorisée”. Pour rencontrer les utilisateurs du site, nous nous inscrivons. C’est gratuit pour les femmes, payant pour les hommes : 80 euros pour un mois. Nous décidons de nous faire passer pour une étudiante de 25 ans. Les critères à remplir sont surprenants. Le physique d’abord : “Sommes-nous athlétique ou large et magnifique ?”

Puis l’argent. Combien souhaitons-nous en recevoir du sugar daddy ? On peut demander jusqu’à 10 000 euros par mois.

Enfin, les pulsions sexuelles. A la rubrique “Qu’est-ce qui vous excite ?”, on peut choisir : “Sexe oral” ou encore “S’il te plaît pas de préservatifs ?”. Quant aux hommes, ils renseignent en plus, leurs revenus et leur patrimoine. Certains affirment détenir 2 millions d’euros de patrimoine.

Une heure après, nous recevons les premiers messages : “Je paie 500 euros pour une heure. Bien sûr, je paie uniquement si tu couches”.

D’autres sont moins directs. Un homme de 48 ans et qui se dit avocat nous écrit : “Je voudrais une vraie relation avec le plaisir de se retrouver”. Nous convenons d’un rendez-vous dans une brasserie parisienne. Quelles sont ses attentes ? : “J’ai été marié. J’ai envie de m’amuser avec quelqu’un de jeune, sexy, qui a envie de s’amuser aussi. Et s’il faut l’aider financièrement, s’il faut lâcher de temps en temps un peu d’argent, ça ne me pose aucun souci. C’est une sorte d’échange de bons procédés.”, affirme-t-il.

Au fil de de la conversation, ses attentes se précisent : “La relation ce seraient des dîners, quand j’ai envie de faire un bon restau, je t’appelle”. Y-a-t-il une contrepartie ? : “Ca peut-être une enveloppe quand on se voit, ça peut être de payer un truc parce que tu en as besoin. On se voit, tu veux de l’argent, je t’en donne. On se voit, je te b… et puis voilà”

Une relation sexuelle tarifée. Cela porte un nom : “Il y a échange de relations sexuelles contre un avantage, et même de l’argent. C’est la définition de la prostitution.”, assure Vanina Meplain, avocate et membre de l’association Equipes d’Action Contre le Proxénétisme.

Dans les affaires de prostitution, le client risque une amende : jusqu’à 1500 euros. Le parquet de Paris a ouvert une enquête contre le site pour proxénétisme aggravé. Compliqué à prouver, selon un policier spécialiste des questions de prostitution : “La problématique, c’est de réussir à savoir si le site touche de l’argent en fonction de ça. Quand les gens se rencontrent physiquement, ils se font des propositions tarifées. Mais ils se ne font pas de propositions tarifées sur lesquelles le site prend un pourcentage (...) Tout ça, c’est la conséquence de la loi, elle ne s’est pas intéressée à internet”

Sigurd Vedal, le patron du site, basé à Malte, comment se défend-il ? Il se dédouane : “On fait face comme tous les autres réseaux sociaux à des gens qui viennent sur nos sites avec de mauvaises intentions. On se bat, vous savez”. Quelques minutes après cet entretien, l’étudiante que nous avons créé sur le site, a reçu un message, rappelant les règles concernant l’interdiction de la prostitution. Coïncidence … ou pas

Publié par L’Œil du 20 heures / Catégories : Non classé

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