Le mouvement des gilets jaunes vu et décrypté par la presse américaine

Ce samedi 8 décembre, les gilets jaunes passaient à l'Acte 4. Un quatrième week-end de contestation que la presse américaine a suivi de très près. Pour les États-Unis, le rassemblement initialement engendré par la hausse des taxes sur le carburant, est plus largement devenu un mouvement anti-gouvernement.

Le Boston Globe retient la violence, les barricades et les gaz lacrymogènes utilisés par la police pour « contrôler la foule ». « La tactique policière, cette fois plus agressive, a montré un changement de stratégie par rapport aux semaines précédentes ». Vu d'outre-Atlantique, l'ambience qui règne à Paris s'apparente bien à une guerre civile : « Nombreux sont les habitants de quartiers aisés à avoir quitté quitté la capitale par précaution ».

Pour The New-York TimesParis brûle et se souvient des violentes manifestations de mai 1968. D'après le quotidien, « Emmanuel Macron, affublé du surnom de "Président des riches", et son gouvernement, doivent accorder une plus grande attention à la France périphérique, celle qui ne vient ni de Paris ni des grandes villes ». 

Stephane Mahe/REUTERS

Le journal s'attarde ensuite sur le rôle des réseaux sociaux à l'heure des grands rassemblements : « Le pouvoir qu'ont les réseaux sociaux de faire monter rapidement une colère généralisée, sans aucun mécanisme de dialogue ou de retenue, constitue un danger auquel une démocratie libérale ne doit pas céder. (...) Emmanuel Macron et le Parlement ont été élus démocratiquement. Les réformes qu’ils poursuivent, tant en France que dans l’Union européenne, étaient ce qu’ils avaient ouvertement promis lors de ces élections et c'est ce dont la France avait besoin », conclue le New-York Times.

Cette analyse rejoint en partie celle du Boston Globe : « Le mouvement du gilet jaune ne suivant aucune direction claire, personne ne savait réellement ce qu'il allait se passer samedi. Des milliers de personnes discutaient de leurs opinions sur une myriade de pages Facebook. Les vidéos de la police attaquée par les manifestants d'un côté, et celles des violences policières contre les manifestants de l'autre, ont alimenté de nouvelles tensions ». 

Une crise nationale 

Dans un article de Penn Live, média basé dans l'État de Pennsylvanie, on s'interroge sur comment le mouvement social a pu se transformer en une grande crise nationale. La genèse du mouvement trouverait sa source dans l'Histoire des mouvements protestataires français : « En France, la révolte de travailleurs a une longue histoire. Les révolutions de 1830 et 1848, la Commune de Paris en 1871, la grève générale d’août 1944 qui a contribué à libérer Paris des Nazis, mai 1968... : En France comme nulle part en Europe, descendre dans la rue pour protester est une tradition (...)  Quand les casseurs incendient des voitures et cassent des pavés dans les rues, ils imitent  l'occupation « soixante-soixante-huitarde » de la Sorbonne ». 

Jeff J Mitchell/Getty Images

Mais même si le mouvement social a conduit à une crise nationale d'envergure, Penn Live ne prédit aucune amélioration avant une meilleure organisation du mouvement des gilets jaunes : « Macron et son gouvernement sont certainement en grande partie responsables de la crise politique actuelle. Mais le slogan fédérateur des gilets jaunes, « Macron démission », ne propose qu'une solution simpliste à l'ensemble complexe des défis d’autant plus urgents que le réchauffement climatique ». 

Révolte de la classe ouvrière 

« Pourquoi les gilets jaunes continuent-ils de manifester en France ? Son nom est Macron » titre le Washington Post« Ce qui a commencé par une opposition à une taxe sur le carburant destinée à freiner le changement climatique est devenu une révolte de la classe ouvrière contre Macron, dont la côte de popularité atteint des bas sans précédent », relate le journal, avant de dresser un parallèle avec l'Amérique : « Contrairement aux États-Unis, la France fournit à ses citoyens une quantité généreuse de services sociaux. Le salaire national médian y est d'environ 20 520 euros (23 350 dollars). Certes, le citoyen moyen ne bénéficie pas d’un niveau élevé de revenus disponibles. Aux États-Unis, le revenu personnel médian est légèrement plus élevé, mais sans les vastes avantages offerts par l’État ». 

Stephane Mahe/REUTERS

Un article du New York Times explique enfin pourquoi le mouvement des gilets jaunes est différents des autres mouvements populistes. «La révolte française n’a pas suivi les règles du jeu populiste habituel. Elle n'est attachée à aucun parti politique, et encore moins à un parti de droite. Elle ne se concentre pas sur la race ou la migration, et ces questions ne figurent même pas sur la liste des revendications des Gilets Jaunes. Elle n'est dirigé par aucun leader. Le soulèvement est spontané et autodéterminé. Il s'agit là de l'impossibilité de payer les factures », avant de souligner qu'à Paris, les lieux touchés par les manifestations n'ont pas choisis au hasard : « Ce sont dans les rues commerçantes de luxe, l’avenue Kléber et la rue de Rivoli - symboles insolents du privilège urbain en opposition aux provinces ternes d'où émergent les Gilets jaunes - que les vitres ont été brisées samedi. Les Gilets jaunes repoussent les politiciens et rejettent les socialistes, l’extrême droite, le mouvement politique du président Emmanuel Macron, et tous les autres ». 

À Washington, les américains rendent un dernier hommage à George H.W. Bush

Les drapeaux sont en berne. Vendredi soir, le 41è président des États-Unis, George Bush père, décédait des suites d'une longue maladie. À 94 ans, il détenait le record du président américain le plus âgé de l'histoire. Depuis lundi soir, des milliers d'américains se succèdent et viennent lui rendre un dernier hommage dans l'enceinte du Capitole, où repose le corps de l'ancien président. Ses obsèques auront lieu cet après-midi avant un dernier hommage au Texas, fief éternel de la dynastie Bush.  

À l'extérieur du Capitole, coeur du pouvoir législatif américain, des milliers de personnes venues du monde entier patientent. Au bout des quelques heures d'attente se trouve le cercueil de George H.W. Bush, président des États-Unis de 1989 à 1993. Lundi, il avait quitté le Texas à bord de l'avion présidentiel prêté par Donald Trump, pour recevoir un premier hommage populaire, avant des obsèques nationales en la Cathédrale nationale de Washington. Affaibli par une forme de la maladie de Parkinson, George H. W. Bush se déplaçait depuis des années en fauteuil roulant.

Ce mercredi,  Donald Trump a décrété une journée de deuil national, ordonnant la fermeture des administrations fédérales. Les bourses de New York et de Chicago, qui ont observé un minute de silence lundi, resteront fermées toute la journée. 

 

Un symbole 

"Témoigner de mon respect envers un ancien président est la moindre des choses", confient Paul, de passage dans la capitale fédérale. "Je viens d'Arizona, j'avais prévu ces quelques jours de vacances à Washington depuis longtemps. À l'annonce la mort de George Bush père, j'ai su que j'irai immédiatement lui rendre hommage".

Paul est ému. "Je le respectais beaucoup. Il a fait énormément pour ce pays", explique-t-il, avant de retracer les grandes lignes d'une présidence marquante :  "C'était un excellent président, l'Histoire le montre ! Sans lui, la Guerre Froide aurait pu être dramatique pour les Etats-Unis. Il a fait du très bon travail, main dans la main avec Mikhaïl Gorbatchev. Je vous défie de trouver aujourd'hui des américains comme lui". Aviateur pendant la Seconde guerre mondiale, parlementaire, chef de la CIA et ambassadeur à l'ONU, ses quatre années à la présidence sont entre autre marquées par la première guerre du Golfe. A la tête d'une coalition de 32 pays, il chasse les troupes irakiennes de Saddam Hussein hors du Koweït lors d'une guerre de quelques semaines en 1990. C'est aussi lui qui dirigeait les Etats-Unis, quand le mur de Berlin est tombé en 1989, et que l'Union soviétique s'est effondrée en 1991.

En s'avançant dans la file, on s'aperçoit vite qu'aux États-Unis, George H.W. Bush est un symbole intergénérationnel. Preuve en est, beaucoup de jeunes, qui n'étaient pas encore nés à l'époque où il était président, on fait le déplacement. Jason, 22 ans, est un étudiant chinois fraichement diplômé de la prestigieuse George Washington University. "J'ai appris comme tout le monde le décès du président Bush. Je n'ai jamais vécu un tel moment historique". Même chose pour Julia, 8 ans, venue accompagnée de sa mère : "Un président est mort, je pense que voir le cercueil sera un moment très émouvant" confie-t-elle.

 

 

"Président du peuple"

À l'intérieur du Capitole, l'attente continue. Laurie, et son petit fils Nick, arrivent tout droit du Maryland. C'est elle qui a tenu a emmené le jeune garçon rendre un dernier hommage à l'ancien président : "C'est important qu'il vive cela. il s'en souviendra toute sa vie". Laurie, comme beaucoup, se souvient d'une "très bonne personne, en plus d'avoir été excellent président". Parmi les nombreuses anecdotes qu'elle aime raconter à Nick, il y a celle des débuts militaires de Bush père : "À 18 ans, il a été admis à Yale, mais a finalement préféré s'engager dans l'armée. Il était l'un des plus jeunes de son régiment, et avait tellement peur d'être moqué pour cette raison qu'il demandait à sa mère, qui venait lui rendre visite, de dire qu'elle était plus vieille qu'elle ne l'était afin que lui même puisse mentir sur son propre âge", raconte-elle en souriant.

"C'était un modèle pour tout le monde" continue Laurie. "Il existera toujours des gens qui n'aimeront pas Bush. Mais vous ne pouvez pas nié qu'il fut un homme profondément bon et intelligent". Sa phrase à peine terminée, il est temps pour le duo d'entrer dans la Rotonde du Capitole, où repose celui que Laurie qualifie de "président du peuple". Un lourd silence retenti. L'heure est au recueillement. Longuement, les visiteurs du monde entier s'arrêtent autour de la dépouille. Le cercueil est recouvert du drapeau américain. Avant-hier, c'est à cet endroit-même que George W. Bush et Donald Trump se sont recueillis, avant des obsèques officielles prévue ce matin.

 

Fiers d'être américains 

À la sortie de la Rotonde, l'émotion gagne les américains. "Une fois devant le cercueil, je me suis retrouvé face à toute une partie de notre Histoire", confie Tom. "Le cercueil d'Abraham Lincoln était placé au même endroit en 1865. J'ai pu ressentir toute cette Histoire qui a façonnés les États-Unis d'aujourd'hui". L'homme d'une soixantaine d'année, vétéran de la Guerre du Vietnam , a été impressionné par la forte présence de personnel militaire autour de la dépouille : "De moins en moins de vétérans se présentent aux élections présidentielles. Malheureusement, les traditions se perdent".

Adam, quant à lui, avait 1 an quand Bush père était élu président. "J'ai été élevé dans une famille démocrate. De fait, je n'ai jamais été un grand fan du clan Bush. Mais vous voyez, le monde n'a jamais été aussi divisé qu'aujourd'hui. Et je veux être fier d'être américain. Je suis ici avec des milliers de gens pour honorer un homme qui avait de grandes valeurs morales, qui s'est impliqué à changer le monde et le rendre meilleur".

Dans quelques heures, les obsèques de George H.W. Bush auront lieu en la Cathédrale nationale de Washington. Sa famille, mais également Donald et Melania Trump, Barack et Michelle Obama, et bien d'autres sont attendus. La dépouille s'envolera ensuite vers College Station, une ville du Texas, où le 41è président des États-Unis reposera auprès de sa femme Barbara, décédée en avril dernier. 

À quoi ressemble un sommet du G20 sous l'ère Donald Trump ?

Ce vendredi, les dirigeants des vingt pays les plus industrialisés du monde se préparent à une réunion tendue en marge du G20, se tenant jusqu'à demain à Buenos Aires, en Argentine. C'est la première fois que le sommet est organisé en Amérique du Sud. Climat et commerce international seront au centre des discussions. Un an après la première participation de Donald Trump à cette réunion internationale, les membres devront de nouveau affronter ses convictions protectionnistes et climatosceptiques.  

Le G20, qu'est ce que c'est ? 

Le G20 est un forum de coopération économique et financière, crée en 1999 pour faire face aux crises qui touchaient alors plusieurs économies émergentes. Il réunit,  une fois par an, 20 membres. 19 Etats et l’Union européenne : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie et Union européenne. À elles seules, ces vingt puissances représentent  85% du PIB mondial, deux tiers de la population mondiale et 75% du commerce mondial. 

Sous l'égide du président argentin Mauricio Macri, tous les dirigeants seront présents. Donald Trump, Xi Jinping, en passant par Vladimir Poutine, Angela Merkel, Emmanuel Macron et Theresa May. Christine Lagarde, la directrice générale de FMI (Fonds monétaire international) et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, représenteront leurs institutions. 

Depuis l'organisation du premier G20 à Washington le 15 novembre 2008, pour faire face à la crise financière mondiale, l'ordre du monde a bien changé. Le multilatéralisme a laissé place au slogan "America First", clamé par le président américain. Mais aussi au Brexit et à la montée des populismes en Europe, et plus récemment au Brésil, marqué par l'élection du président d'extrême-droite Jair Bolsonaro. 

États-Unis - Chine : le face à face 

L'un des face à face les plus attendus de ce week-end réunira les présidents des deux plus grandes puissances mondiales : Donald Trump et Xi Jinping. Si les économistes affirment qu'une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine pourrait nuire à la croissance mondiale, le président américain compte pourtant mener la vie dure à son homologue.  Dès le 1er janvier 2018, l'administration Trump relèvera ses taxes sur 200 milliards de dollars de produits chinois de 10% à 25% le 1er janvier, et menace  de taxer l'intégralité des marchandises chinoises importées aux Etats-Unis

L'entrevue entre les deux hommes d'État survient dans un contexte déjà tendu : le 18 novembre dernier, le sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (Apec) avait fini dans une impasse, suite à des échanges houleux entre les représentants des deux pays. 

Donald Trump annule sa rencontre avec Vladimir Poutine

La mésentente est à son comble entre Donald Trump et Vladimir Poutine, engrenés depuis deux ans dans une affaire d'ingérence russe dans la campagne américaine de 2016. Robert Mueller, le procureur spécial chargé d'enquêter sur la possible collusion entre Moscou et l'équipe de campagne de Donald Trump, fait planer un climat de tension général au dessus de la rencontre. 

Mais en marge du sommet de Buenos Aires, un sujet sensible s'invitera autour de la table des discussions russo-américaines : Avant-hier, dans la mer Noire, trois navires ukrainiens ont été saisis par la marine russe, plus de vingt marins ont été faits prisonniers, et six d’entre eux sont blessés. Si Moscou minimise l'assaut, Kiev y voir un acte d'agression militaire. 

Dans l'attente de leur restitution par la Russie, le président américain annonçait hier sur Twitter vouloir annuler la rencontre bilatérale très attendue avec son homologue russe. 

"Compte tenu du fait que les navires et les marins n'ont pas été rendus à l'Ukraine par la Russie, j'ai décidé qu'il serait mieux pour chaque partie concernée d'annuler ma rencontre initialement planifiée en Argentine avec le président Vladimir Poutine. Il me tarde d'assister à un grand sommet aussi vite que la situation sera résolue"

Un sommet sous haute-tension  

Un an après le G20 d'Hambourg, marqué par de fortes violences urbaines, l'Argentine accueille le sommet dans un contexte économique très douloureux. La troisième économie d'Amérique Latine est en effet touchée par deux crises monétaires. Cette année, le peso a perdu 50% de sa valeur face au dollar.

Pour répondre à la présence des dirigeants des pays les plus riches du monde, plusieurs manifestations sont attendues à Buenos Aires au cours du week-end. La principale aura lieu ce vendredi, en début d’après-midi, le long d'un parcours négocié entre autorités et organisateurs. Il partira du sud de la ville pour se terminer face au Congrès, à quelque cinq kilomètres de l'endroit où se trouvent les chefs d’Etat. Plus de 22 000 policiers argentins sont déployés tout ce week-end.

France 2 a rencontré Bob Woodward, à l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage sur Donald Trump

À 75 ans, Bob Woodward est une légende du journalisme américain. C'est lui qui, avec son collègue Carl Bernstein, a fait tomber le président Richard Nixon en dévoilant le scandale du Watergate dans les pages du Washington Post. Demain sort en France son dernier ouvrage, consacré à Donald Trump. Les équipes de France 2 l'ont rencontré en exclusivité dans sa maison de Georgetown, un quartier huppé du nord-ouest de Washington.

Bob Woodward, un monument du journalisme d'investigation 

En 47 ans de carrière, Bob Woodward peut se targuer d'avoir travaillé sous neuf présidents américains. De Richard Nixon à Donald Trump, les rouages de la Maison-Blanche n'ont aucun secret pour lui. Arrivé au Washington Post en 1971, il en est aujourd'hui l'un des éditeurs associés. Dans le monde entier, le journaliste est un piliers du journalisme d'investigation. Sa couverture du scandale du Watergate, en duo avec son collègue Carl Bernstein, aura conduit à l'obtention d'un prix Pulitzer en 1973, et à la démission du président républicain Richard Nixon en aout 1974. Dans Les hommes du président (1976), un blockbuster oscarisé signé par le réaliser Alan J. Pakula, son personnage est interprété par Robert Redford.

Bob Woodward a écrit et co-écrit 19 livres ces 35 dernières années. Tous ont été des best-sellers aux États-Unis. En 2003, il remporte un deuxième prix Pulitzer, cette fois pour sa couverture des attaques terroristes du 11 septembre 2001. Sept autres pix prestigieux récompensants l'excellence en matière de journaliste d'investigation lui ont été décernés au cours de sa carrière. En 2004, Robert Gates, ancien directeur de la CIA et alors futur secrétaire de la Défense, déclarait qu'il aurait aimé recruté le journaliste : "Il possède une capacité extraordinaire à amener des personnes responsables à cracher le morceau. Son habileté à les faire parler de choses dont ils ne devraient pas parler est extraordinaire et même peut-être unique". 

Peur sur la Maison-Blanche 

Bob Woodward a beau connaître la Maison-Blanche comme sa poche, il nous explique ne l'avoir jamais vue au centre d'une telle crise politique. Peur est décrit comme l'un des portraits les plus intimes du président Trump jamais publié depuis son élection le 8 novembre 2016. En s'appuyant sur son lien direct avec le président, qu'il a rencontré à plusieurs reprises avant son élection, sur des centaines d'heures d'entretiens, des notes personnelles, des dossiers et de documents confidentiels, le journaliste livre 500 pages de témoignages recueillis chez de nombreux acteurs présents à l'intérieur de la Maison-Blanche. Tous, ou presque, décrivent un chaos permanent : son ancien avocat, John M. Dowd, son secrétaire à la défense, Jim Mattis, ou encore son chef de cabinet, John F.Kelly, qui décrit la Maison-Blanche « comme un zoo avec des cages sans barreaux ». 

Bob Woodward indique avoir essayé d'interroger Donald Trump dans le cadre de l'écriture de son ouvrage, mais ajoute que celui-ci ne l'a contacté qu'à la mi-août, alors que le manuscrit était déjà achevé. 

"Peur, Trump à la Maison-Blanche" sort demain en France

Forcément dans son livre, Bob Woodward met l'accent sur les débats explosifs entre Donald Trump et son administration. Un passage du livre décrit comment, à la veille d'un bombardement contre le régime syrien, accusé d'avoir employé des armes chimiques, le président s'emporte contre Bachar Al-Assad dans une conversation téléphonique avec Jim Mattis : " Tuons-le, putain ! Allons-y ! On leur rentre dedans et on les bute ", suggère-t-il. Dans un autre, alors que Trump se demande pourquoi les Etats-Unis dépensent autant d'argent pour maintenir des troupes sur la péninsule coréenne pour surveiller les missiles, le secrétaire à la Défense considère son comportement comme étant digne de celui "d'un élève de CM2 ou de sixième" .

"Lors d'un entretien avec Trump, peu avant son élection, j'ai cité Barack Obama qui disait : le vrai pouvoir c’est de ne pas avoir à utiliser la violence. Il m’a alors répondu que pour lui, le vrai pouvoir c’est la peur. C'est de cet échange que vient le titre du livre", Bob Woodward à France 2.

"Les attaques du 11 septembre 2001, la crise financière de 2008... C'est lors des grandes crises que les présidents son mis à l'épreuve. Que se passerait-il si on avait une vraie crise aujourd'hui ? Donald Trump n'a pas d'équipe, pas de stratégie et n'écoute personne", confie Bob Woodward à France 2. Peur dépeint une administration en proie au chaos, entretenue par un président qui ne comprend pas les mécanismes institutionnels essentiels au bon fonctionnement de son pays. 

Peur, Trump à la Maison Blanche, Éditions Seuil, sortie le 29 novembre 2018. 

Après des altercations entre forces de l'ordre et demandeurs d'asile, Donald Trump menace de fermer la plus grande frontière du monde

Après de violentes altercations dimanche matin à la frontière entre Tijuana (Mexique) et San Diego (Californie), l'administration Trump confirme le durcissement de sa politique migratoire en menaçant de fermer définitivement le plus grand point de passage du monde, où près de 100 000 personnes transitent chaque jour. 

Dimanche matin, quelques 500 centraméricains qui participaient à une manifestation pacifique à Tijuana, aux abords de la frontière, ont réussi à contourner la police mexicaine pour essayer de franchir le mur séparant les États-Unis et le Mexique. Les demandeurs d'asile ont finalement été repoussés par les forces de l'ordre américaines à coup de gaz lacrymogènes avant d'être arrêtés par des policiers mexicains, à l'extérieur du passage d'El Chaparral, situé à proximité du point d'entrée vers la Californie.

Des hommes, des femmes et des enfants se sont finalement résignés à se diriger de nouveau vers le centre sportif où s'abritent 5000 demandeurs d'asile issus de la caravane. Arrivés pour la plupart il y a deux semaine à Tijuana, ils ont parcouru plus de 4000 kilomètres en un peu plus d'un mois dans l'espoir de fuir la violence et la pauvreté au Honduras. La manifestation pacifique de dimanche matin avait été organisée pour exprimer leur frustration face à l’attente et les conditions de vie des migrants. Sur les pancartes confectionnées, on peut y lire "Trump nous ne te détestons pas".

En guise de réponse, la secrétaire à la sécurité intérieure Kirstjen Nielsen a déclaré dimanche que le point d'entrée était fermé "pour assurer la sécurité publique face au grand nombre de migrants cherchant à entrer illégalement aux États-Unis (...) Certains ont cherché à nuire aux gardes frontières en leur lançant des projectiles", indique-t-elle. 

AP Photo/Ramon Espinosa

Donald Trump appelle le Congrès à fermer définitivement la frontière 

Donald Trump place la lutte contre l'immigration au cœur de sa politique. En début de mois, à l'aube des élections de mi-mandat, le président américain faisait déjà part de plusieurs mesure drastiques pour contenir la caravane : fin du droit du sol, construction de "villes gigantesques" pour abriter, sous tentes, les demandeurs d'asile dont le dossier est en cours de traitement... Le président avait même suggérer que désormais, l'armée pourrait tirer à balle réelle sur ceux qui tenteraient de passer la frontière avec "agressivité" : "[Les migrants] veulent lancer des pierres sur notre armée, notre armée réplique. Nous allons considérer cela, et c'est ce que je leur ai dit, comme si c'était un fusil", avait-il déclaré devant les journalistes à la Maison Blanche, avant de revenir sur ses propos quelques jours plus tard. 

AP Photo/Greg Bull

Après les élections, Donald Trump signait un décret rejetant automatiquement les demandes d'asile déposées par des personnes entrées illégalement aux Etats-Unis. Bien que la justice ait pour l'heure bloqué cette mesure, il menace désormais de fermer totalement la très longue frontière entre les Etats-Unis et le Mexique (3 200 km) si la situation devait dégénérer. 9 000 militaires américains y sont déjà déployés.

« Le Mexique devrait ramener dans leur pays les migrants dont beaucoup sont des criminels sans scrupules. Faites-le en avion, en bus, comme vous le souhaitez, mais ils n’entreront pas aux États-Unis. Nous fermerons la frontière de façon permanente si nécessaire. Congrès, financez le MUR !  »

Un accord mexico-américain ? 

Alors que Tijuana annonce l'arrestation de 42 migrants à la suite des incidents de dimanche matin, le ministre mexicain de l'Intérieur Alfonso Navarrete a condamné cette tentative de passage jugée « violente ». « Loin d'aider la caravane, ils lui nuisent », a-t-il ajouté. La frontière à San Diego a été fermée aux voitures et aux piétons durant plusieurs heures par les autorités américaines, avant de rouvrir en fin de journée. Les autorités mexicaines se sont inquiétées de l’effet économique que pourrait avoir la fermeture d'un tel carrefour  pour le commerce et les voyageurs. Cela impliquerait durablement des pertes de plusieurs millions de dollars.

AP Photo/Ramon Espinosa

Hier, le Mexique annonçait avoir expulsé 98 migrants centraméricains ayant tenté d'entrer de force aux Etats-Unis, selon l'AFP. Désormais, Donald Trump fait pression sur les autorités mexicaines pour que les demandeurs d'asile arrivés à Tijuana restent au Mexique le temps que leurs demandes d'asile soient étudiées. Un accord en ce sens aurait été trouvé entre Andrés Manuel López Obrador, le président mexicain fraichement élu qui prendra ses fonctions le 1er décembre, et l'administration américaine.

Samedi dernier, le Washington Post annonçait, en citant la future ministre de l’Intérieur mexicaine Olga Sanchez, que le Mexique avait validé cet accord. Pour le moment démenti par le Mexique, sa confirmation serait une victoire quant à la politique migratoire exercée par Donald Trump. Le maire de Tijuana, Juan Manuel Gastlum, a déclaré vendredi une crise humanitaire dans sa ville frontalière d'1,6 million d'habitants, qui peine de plus en plus à faire face à l'afflux de migrants.

Thanksgiving : quelle histoire se cache derrière la fête la plus populaire des États-Unis ?

Chaque quatrième jeudi de novembre, les foyers américains sont en liesse, et pour cause. Thanksgiving, et ses 46 millions de dindes dégustées en une soirée, est l’une des fêtes les plus attendues de l’année. 

Ce soir, une grande partie des États-Unis se réunira autour d'une dinde, d'une sauce aux cramberries et de la traditionnelle tarte à la citrouille. En famille ou entre amis, l'heure est au partage autour d'un véritable festin. Mais d'où vient cette tradition populaire ? Petit retour en arrière, dans l'Amérique du XVIIè siècle...

Thanksgiving, ça vient d'où au juste ? 

Tout commence en 1621, lorsque un groupe d'anglais puritains embarquent sur le Mayflower, en quête d'un territoire nouveau. Les Pilgrims Fathers, ou Pères pèlerins, arrivent en Nouvelle-Angleterre, et plus précisément à Cape Cod, dans la région de Boston. Mais surprise : ils ne sont pas seuls. Bien avant l’arrivée des européens, la région était en effet habitée par les natifs américains. Le peuple amérindien Wampanoag vit ici depuis des siècles.

Tout sauf préparés à passer leur premier hiver sur la terre américaine, la moitié de la colonie décède dans l'année. Les quelques survivants ne durent leur salut qu'à l'intervention des Wampanoags, qui leur offrirent de la nourriture, leur apprirent à pêcher, chasser et cultiver du maïs. Pour célébrer les récoltes abondantes de l'automne 1621 et remercier les amérindiens, le gouverneur William Bradford appela à trois jours d'actions de grâce. Au programme : un grand repas servi à chacun, au cours duquel dindes sauvages, pigeons et autres mets furent abondamment dégustés.

"The first Thanksgiving", Jean-Leon Gerôme

C'est le 3 octobre 1789 que George Washington décréta le premier Thanksgiving Day :

"Je recommande et assigne que le dernier jeudi de novembre soit consacré par le Peuple au service du grand et glorieux Être, qui est l'Auteur bienfaisant de tout ce qu'il y a eu, de tout ce qu'il y a et de tout de qu'il y aura de bon. Nous pouvons alors tous nous unir en lui donnant notre sincère et humble merci, pour son soin et sa protection, appréciés du Peuple de ce Pays"

Chaque année depuis 1873, la tradition veut que le président gracie une dinde, triée sur le volet, lors d'une grande cérémonie à la Maison-Blanche. Cette année, le public avait le choix entre deux grandes finalistes : Peas et Carotts, dont les CV ont été publiés sur Twitter :

C'est finalement Peas qui a été élue, et reçu la grâce de Donald Trump !

Unthanksgiving, ou la contre-célébration 

Néanmoins, tous les américains ne célèbrent pas Thanksgiving. Si ce soir, certains partageront un grand repas dans la joie et la bonne humeur, d'autres observeront un instant de deuil.

Pour quelques amérindiens, Thanksgiving et l'arrivée des premiers colons symbolisent le point de départ de la destruction de leurs terres. C'est le cas de l'association des Amérindiens unis de Nouvelle-Angleterre, qui commémorent, chaque quatrième jeudi du mois de novembre depuis 1970, un jour de deuil.

"Historiquement, Thanksgiving représente notre première confrontation à l'érosion de notre souveraineté. Tant que nous ne nous lamentons pas dans les regrets, il est sain de faire son deuil. C'est même un élément nécessaire du processus de guérison " a déclaré le chef de la tribu Wampanoag le jour d'Unthanksgiving en 2014. 

Bien loin de l'esprit traditionnel de Thanksgiving, Unthanksgiving est une journée de commémoration, mais aussi de protestation contre le racisme et l'oppression que subissent toujours les Amérindiens aux États-Unis. 

A la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, des milices prêtes à en découdre avec les migrants

Une nouvelle caravane de 200 migrants est partie, dimanche, du Honduras, en direction de la frontière mexicaine. En renfort de 8 000 soldats déjà sur place, des civils Américains ont prévu de constituer des milices.

De son promontoire, il observe la vallée mexicaine en contrebas. Robert Crooks dit être là tous les jours à surveiller ce mur qui marque la frontière entre les États-Unis et le Mexique. La ville de Tijuana (Mexique), où est arrivée la caravane de migrants, est à 50 km d'ici. Il est armé, porte un gilet pare-balles, possède des lunettes de vision nocturne et sa voiture pourrait faire croire à un véhicule de police. Pourtant, Robert Crooks n'est qu'un volontaire, un retraité qui patrouille de son propre chef. Cet ancien commercial dans l'industrie de pêche n'a aucun pouvoir légal mais s'il voit un migrant passer la frontière, il alerte la police et tente de dissuader le clandestin.

Des volontaires aux allures de militaires

En chemin, il croise le véhicule de la Border Patrol, la police aux frontières. L'officier ne peut pas empêcher le retraité de patrouiller ni d'être armé, car c'est son droit. En revanche, les autorités américaines ont publiquement dit que les volontaires les gênaient dans leur travail. Plus loin, Robert Crooks retrouve un autre "patriote", comme ils s'appellent entre eux. Pour lui, les familles et les hommes en quête de travail de la caravane de Tijuana sont à mettre dans le même sac que les narcotrafiquants.

La frontière entre les États-Unis et le Mexique court sur plus de 3 000 km. Sur certains tronçons, il y a bien un mur mais ce n'est pas le cas partout, comme à certains endroits au Texas ou en Arizona. Là-bas aussi, des citoyens surveillent assidûment la frontière. Cette milice répond au garde à vous et se donnent des grades. Ces volontaires ressemblent à des militaires. Les autorités locales du shérif voient leurs activités d'un très mauvais œil mais les chefs de la milice rétorquent qu'ils n'enfreignent pas la loi. Les miliciens font d'intenses entraînements au tir, même s'ils n'ont aucun mandat pour arrêter des clandestins, et encore moins tirer sur eux.

Un reportage de Loïc de la Mornais, Thomas Donzel et Charlotte Mattout. 

Incendies en Californie : à la recherche des disparus

Aux États-Unis, cela fait six jours que des incendies gigantesques ravagent le nord de la Californie et le bilan n'en finit plus de grimper. Au moins 50 personnes sont mortes dans les flammes, dont 48 dans la seule ville de Paradise, qui se retrouve rayée de la carte. 

200 habitants de la ville américaine de Paradise en Californie manquent à l'appel depuis l'évacuation chaotique de la ville jeudi 8 novembre. "La police m'a obligé à faire demi-tour, le lotissement était encerclé par le feu, la route brûlait. Les maisons brûlaient", raconte un habitant, qui est toujours sans nouvelles de sa mère et dont le logement a été complètement détruit par les flammes. L'homme a fait le tour des hôpitaux, sans succès. "Mon cerveau, mon intellect me dit qu'elle est morte. Mais je veux garder espoir. Je ne veux pas me dire qu'il n'y a plus aucune chance", poursuit-il.

Des fouilles difficiles

Dans la ville, les équipes du shérif fouillent les décombres. Ils veulent trouver et identifier des corps. Mais ils ont peu de repères, car toutes les maisons sont à terre. Certains habitants n'ont pas pu s'échapper. "Paradise abritait de nombreux quartiers de mobile-homes, où les habitants étaient souvent des gens modestes et plutôt âgés", décrit notre envoyée spéciale.

Un reportage d'Agnès Vahramian, Fabien Fougère et Rebecca Suner. 

Incendies en Californie : la ville de Paradise après le drame

Les images parlent d'elles-mêmes. France 2 s'est rendue à Paradise après les violents incendies. Reportage.

Paradise (Californie, États-Unis) n'est désormais plus qu'une ville de cendres enveloppée d'une couleur orange, celle du soleil qui ne parvient pas à percer la fumée. Ce qui frappe désormais en arrivant à Paradise, c'est le silence. La ville de 26 000 habitants, il y a encore trois jours, est vide et entièrement dévastée. Seules les cheminées des maisons sont encore debouts.

228 personnes encore portées disparues

Paradise avait une église, elle est également partie en fumée. Son Diner typique a lui aussi été englouti par les flammes. La maison de retraite, la boutique de vin, tout est détruit. La ville abritait beaucoup de personnes âgées, malades ou sans voiture pour fuir. 228 personnes sont encore portées disparues. Jeudi 8 novembre, des milliers d'habitants ont fui par la route. Aux limites de la ville, désormais interdite à ses habitants, certains attendent des nouvelles de leurs proches. À une vingtaine de kilomètres de Paradise, la solidarité s'organise pour les habitants. Ces derniers ne retourneront à Paradise pas avant plusieurs semaines, mais ils ont promis de reconstruire leur paradis.

 

Un reportage d'Agnès Vahramian, Fabien Fougère et Rebecca Suner 

Californie : une fusillade fait 12 morts dans un bar

Un ancien soldat a ouvert le feu dans un bar et tué au moins 12 personnes. Il a fait irruption dans l'établissement qui accueillait une soirée étudiante et a tiré à l'aide d'une arme de gros calibre. Il s'est ensuite suicidé. 

D'après les statistiques du FBI, la ville de Thousand Oaks, en Californie (États-Unis), était l'une des plus sûres de toute l'Amérique. Ça ne l'a pas empêché d'ajouter son nom à la longue liste des tueries de masse. Mercredi 7 novembre au soir, ce sont des étudiants qui ont été pris par surprise en boîte de nuit. Les gardes de sécurité n'ont rien pu faire, tout comme le premier policier à entrer dans les lieux, qui a été abattu.

L'auteur des faits avait connu des soucis psychologiques

Le tireur s'est ensuite suicidé. Selon la police, l'auteur a 28 ans, il s'appelle Ian David Long, c'est un ancien militaire des Marines. Il avait connu quelques soucis psychologiques et avait acheté légalement son arme. Le drapeau américain est en berne à la Maison-Blanche. La nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants a une nouvelle fois promis qu'elle s'attaquerait aux violences faites avec les armes à feu.