Ouragan Irma : une famille française craint de perdre son restaurant, l'œuvre d'une vie

Pendant plusieurs jours, la famille Labi, originaire de Marseille, a attendu fébrilement l'arrivée de l'ouragan Irma. Déterminés à faire face au monstre climatique, les Français sont restés près de Miami Beach, censée être directement touchée par la tempête. Elle craint cependant pour la survie de son restaurant, le fruit de plus d'une décennie de travail. Récit.

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Anaëlle et ses parents vivent en Floride depuis 2007.

Hier, Anaëlle s'est accordée, pour la première fois, un moment de répit en fin d'après-midi. La journée a été longue et stressante. Depuis 7h30 du matin, la Française de 25 ans aide ses parents, Claude et Eva, à servir une poignée de clients matinaux. Une journée banale en apparence au restaurant Café Vert de Surfside, situé à une dizaine de kilomètres de Miami Beach. En apparence seulement.

Le service est constamment perturbé par un concert de sonneries de téléphones. Les autorités de la ville ordonnent aux habitants de quitter la région de Miami, directement visée par l'ouragan Irma, le plus rapidement possible. "La ville nous  répétait que les pompiers ne pourraient pas nous secourir pendant la tempête. Si on restait, c'était à nos risques et périls", raconte Anaëlle dont l'accent chantant du sud de la France est encore distinct.

Organiser l'évacuation au plus vite

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La ville de Surfside est désertée par ses habitants.

Depuis mercredi, la ville se vide des habitants qui tentent de trouver refuge vers le nord de la Floride. Café Vert est l'un des derniers points de restauration encore ouverts dans le secteur. Les locaux engloutissent un dernier repas avant de prendre la route, tandis que les touristes font quelques réserves de nourriture, en attendant de pouvoir embarquer dans les avions dont le départ est souvent retardé, voire annulé.

Il est 14h00 lorsque les propriétaires du restaurant à la façade banche et verte décident de fermer la boutique. "Les gens paniquaient et ne faisaient que parler de l'ouragan. Le stresse montait, c'était trop pour nous" se souvient Anaëlle, l'ainée du couple Labi. Avant de quitter les lieux, la famille charge la voiture de provisions et distribuent aux employés quelques vivres telles que des oeufs, des croissants ou encore des baguettes. Ils font également don de leurs douze bouteilles d'eau, pourtant longtemps recherchées.

Depuis plusieurs jours, les supermarchés sont pris d'assault par les habitants. Les rayons sont dévalisés et non réapprovisionnés, à tel point que certaines denrées de première nécessité sont devenues introuvables à Miami. "Mardi et mercredi, j'avais envoyé mon mari à travers toute la ville en quête d'eau mais impossible de s'en procurer. Finalement on avait fini par en trouver dans une enseigne réservée aux restaurateurs", poursuit Anaëlle.

Système D comme débrouille 

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De la litière pour chat à la place du sable pour freiner les inondations.

En prévention de futures inondations, la jeune femme place plusieurs sacs poubelles devant les portes du bâtiment. À l'intérieur, la litière pour chat remplace le sable généralement utilisé. "Contrairement aux villes voisines, la nôtre ne distribuait pas de sable. Et je ne pouvais pas en obtenir dans une autre agglomération car les autorités vérifient le lieu de résidence sur le permis de conduire."

Comme beaucoup d'habitants, Anaëlle s'est rendue à la plage pour s'approvisionner en sable. Mais les 500 dollars de contravention annoncés par les policiers ont vite freiné son élan. "Comme dernière solution, j'ai donc évoqué l'idée de la litière. Mon père s'est mis à rire en disant qu'on allait attirer tous les chats du quartier", s'esclaffe-t-elle.

"Je préfère être entourée de mes proches"

Café Vert est plongé dans le noir.

Pendant que les voisins barricadent les fenêtres du restaurant avec des planches de bois - achetées avec les propres deniers des restaurateurs - Anaëlle et ses parents regagnent leurs domiciles respectifs, situés à Aventura, à quelques kilomètres au nord sur la côte. À la hâte, la jeune expatriée entrepose dans son salon tous les objets initialement installés sur le balcon et éloigne le mobilier des fenêtres. Elle regroupe aussi ses documents importants tels que son passeport, son certificat de mariage, ou encore ses diplômes universitaires. Sur les conseils de son mari américain, elle avait pris le soin, quelques jours plus tôt, de consigner d'autres papiers dans un coffre fort de la banque.

Le soir même, Anaëlle et son époux rejoignent le reste de sa famille. Ils feront face à la tempête ensemble. "Dans une telle situation, je préfère être entourée de mes proches", confie-t-elle angoissée. Tous redoutent les prochains jours qu'ils devront passer confinés à l'intérieur de l'immeuble. Pour tuer l'ennui, les Labi ont déjà tout prévu : jeux de cartes, Monopoly marseillais, films - tant que l'électricité fonctionne encore - et conversations via Skype avec les deux autres enfants du couple, étudiants à Montréal. Commence alors le début d'une longue incertitude avant l'arrivée des premiers vents. "Maintenant, on attend."

Yelen Bonhomme-Allard 

La fin du rêve américain

Mardi dernier, le gouvernement Trump a annoncé la fin du programme Daca, mis en place par Obama en 2012. Cette mesure permettait à des milliers de mineurs arrivés illégalement avec leurs parents sur le territoire américain, de vivre aux Etats-Unis sans risque d'expulsion.

Cette décision de l'administration Trump de fermer le programme Daca (Consideration of Deferred Action for Childhood Arrivals) menace l'avenir de quelques 800 000 jeunes, appelés Dreamers. Pour les prochains 6 mois, aucune nouvelle demande d'immigration de mineurs ne sera examinée par les services d'immigrations américains. Les Dreamers, eux, ne connaitront pas leur sort avant le 5 mars 2018, délai accordé par Donald Trump.

"Pour tous ceux (DACA) qui sont inquiets au sujet de leur condition pour les 6 mois à venir, vous n'avez pas de soucis à vous faire - Pas d'actions" a tweeté le président américain jeudi.

"Nous ne pouvons accepter tous ceux qui aimeraient venir ici, c’est aussi simple que cela. Les Dreamers prennent les emplois des Américains », a déclaré mardi Jeff Sessions, le ministre de la Justice, lors d’une conférence de presse. "Notre plus grande priorité est de réformer le système d’immigration, qui doit améliorer les emplois, les salaires et la sécurité des travailleurs américains et leurs familles" a-t-il ajouté.

Des appels au secours

Des grandes entreprises, telles que Microsoft ou Facebook, se sont liguées pour la défense du programme. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a publié un message sur le réseau social pour apporter son soutien aux Dreamers.

Mark Zuckerberg : "[...] Nous avons besoin d’un gouvernement qui protège les Dreamers. Aujourd’hui, je me joins aux leaders des entreprises de tout le pays pour appeler notre président à continuer d’appliquer le programme Daca."

De son côté, Barack Obama a également posté une tribune sur Facebook, dans laquelle il dénonce une "décision cruelle" contre la mesure qui a permis à des centaines de milliers de jeunes immigrés d'étudier et de travailler aux États-Unis.

Mercredi, le procureur général de l’État de Washington, Bob Ferguson, a annoncé dans une conférence de presse que 15 Etats américains – ainsi que la capitale fédérale de Washington –, porteront plainte contre Donald Trump. Il dénonce également une décision "cruelle et illégale". Parmi les États concernés, ceux du nord-est du pays (Connecticut, Massachussets et Pennsylvanie) mais aussi du sud (Virginie, Coroline du Nord) ou de l’ouest américain (Oregon, Hawaï). La Californie, qui compte le plus grand nombre de Dreamers, n’a pas porté plainte, mais son ministre de la Justice, Xavier Becerra, s’est dit « prêt à aller devant les tribunaux », pour les défendre.

La résistance s'organise 

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses associations se sont mobilisées après l'annonce de la fermeture du programme. Des manifestations ont été organisées à la Maison-Blanche, mais aussi devant l'hôtel international de Donald Trump à Washington.

À Chicago, le maire, Rahm Emmanuel, a pour sa part refusé tout simplement d’appliquer la décision du président américain. Lors d’un discours devant les Dreamers, il a annoncé sa décision de faire de sa ville une zone "anti-Trump" : "Vous êtes les bienvenus dans la ville de Chicago, a-t-il déclaré. C’est votre maison et vous n’avez rien à craindre. Et je veux que vous le sachiez, et que vos familles le sachent. Soyez sûrs que je veux que vous veniez à l’école… et que vous poursuiviez vos rêves"

Emmanuelle Rouillon

Mon supermarché est un parc d'attractions, visite XXL au pays de la démesure

Nous vous emmenons à Minneapolis, à la découverte du plus grand centre commercial des États-Unis. 520 magasins côtoient un véritable parc d'attractions. Ce concept insolite attire de nombreux consommateurs toute l'année. 

C'est une ville dans la ville. C'est surtout le temple de la consommation à l'américaine. Bienvenue au Mall of America, le plus grand centre commercial du pays. Avec ses 520 magasins et ses 40 manèges, ce supermarché XXL peut accueillir des visiteurs toute l'année et par toute saison. Résultat : 120 000 personnes s'y pressent chaque jour, soit 40 millions d'individus par an, l'équivalant de la population du Canada.

Certaines familles n'hésitent pas à conduire plusieurs heures pour jouir des nombreux divertissements qu'offre le complexe. En additionnant les dépenses liées aux achats, à la nourriture et aux attractions, la facture peut vite devenir salée à la fin de la journée. Une aubaine pour le centre commercial américain qui affiche un taux de fréquentation 30% supérieur à ceux de ses concurrents dispersés dans le pays.

Reportage de Jacques Cardoze, Laurent Desbois et Louise Dewast 

Le bilan provisoire de la tempête Harvey

Pendant cinq jours, des pluies diluviennes se sont abattues sur le Texas. Après le passage de la tempête tropicale Harvey, l'heure est aux premières estimations. 

Un bilan humain encore incertain. Avec la décrue, les sauveteurs redoutent de découvrir d'autres corps, coincés dans les habitations inondées. Pour le moment, 44 personnes ont péri suite à la tempête Harvey. Presque un million de personnes ont été évacuées, mais les pompiers et les volontaires poursuivent le porte-à-porte à la recherche de survivants.

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© Mark Ralston / AFP

Mercredi, six membres d'une même famille avaient été découverts noyés dans une camionnette. Il s'agissait d'un couple et de ses quatre arrière-petits-enfants âgés de 6 à 16 ans. Sammy Saldivar, le conducteur, tentait de fuir la montée des eaux avec sa famille, lorsqu'il a perdu le contrôle du van en essayant d'éviter un obstacle. Le véhicule a alors fini sa course dans un fossé, avant de se retrouver pris au piège dans des eaux boueuses, puis d'être emporté par le courant. L'homme était parvenu à s’en extraire, sans pouvoir aider ses parents, Manuel et Belia Saldivar, ni les enfants.

Des milliers de sinistrés. Selon la Maison-Blanche, 100 000 foyers ont été touchés par la catastrophe. L'agence fédérale des situations d'urgence (Fema) a installé 230 centres d'accueil temporaires pour abriter 30 000 personnes. 1 800 habitants ont également été hébergés dans des hôtels, d'après les déclarations de l'agence mercredi 30 août.

Un record de précipitations. Les services météorologiques affirment que 41 trillions de litres d’eau sont tombés sur le Texas. Le record absolu a été enregistré à l'est de Houston. De vendredi 25 août (midi) à mardi 29 août (15h40), 132 cm de pluie sont tombés sur la ville de Cedar Bayou, selon les mesures du National Weather Service de Houston. En second vient le site de Mary's Creek où 125 cm d'eau ont été mesurés.

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Coût de la catastrophe. L'incertitude pèse quant à l'estimation du coût des dégâts engendrés par la tempête tropicale Harvey. Les premiers calculs varient entre 30 milliards et 100 milliards de dommages (27 à 90 milliards d'euros). Selon la Maison-Blanche, 100 000 foyers ont été touchés par la catastrophe, sans oublier les navires de plaisance renversés, les entrepôts détruits et les caravanes couchées sur le flanc.

Une pluie de dons. Rapidement, une solidarité nationale s'est mise en place. Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités du show-business américain ont affiché leur soutien aux victimes. La famille Kardashian a reversé 500 000 dollars à La Croix-Rouge et à L'Armée du Salut. Tout comme l'acteur Kevin Hart, qui interprétera la version américaine d'Intouchables. Celui-ci est aussi à l'initiative d'une levée de fonds auprès de ses fans via une plateforme numérique qui dépasse le million de dollars. Les chanteuses Jennifer Lopez et Nicki Minaj ont chacune fait un chèque de 25 000 dollars. La palme revient au joueur de football américain J.J Watt dont la cagnotte en ligne atteint quasiment la barre des 15 millions de dollars.

Hier, Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison-Blanche, a annoncé que le président américain souhaitait faire un don personnel d'un million de dollars aux victimes des inondations, sans préciser pour autant le choix de l'organisme auquel le milliardaire confiera son argent. Dans la même journée, Donald Trump a également demandé au Congrès de débloquer des fonds d'urgence de 6 milliards de dollars (5 milliards d'euros) pour venir en aide aux victimes des deux États touchés, que sont le Texas et la Louisiane.

Yelen Bonhomme-Allard

Coincée dans la tempête Harvey, une Française raconte son évacuation

Quand Laura Ismar a quitté la France le 21 août dernier pour devenir fille au pair aux États-Unis, la jeune éducatrice spécialisée était loin d'imaginer ce qui l'attendait. Quatre jours seulement après son arrivée, la tempête Harvey frappe Houston, sa ville d'accueil. Hier, Laura et sa nouvelle famille ont roulé toute la journée pour fuir la montée des eaux. Récit. 

"C'est la panique. Nous sommes en voiture en train d'évacuer vers l'ouest, mais nous ne savons pas vraiment où aller". Il est 13h19, lundi 28 août, lorsque le premier contact est établi avec Laura. Par l'intermédiaire de Facebook, la jeune femme âgée de 22 ans envoie régulièrement des messages ainsi que des photos décrivant le chaos et les inondations qui l'entourent. "Tout le monde parle vite, je ne comprends pas tout. Je sais seulement que la situation est vraiment préoccupante" rédige Laura à la hâte, dont le niveau d'anglais est encore faible.

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Laura a découvert New York pour la première fois.

En arrivant aux États-Unis, Laura était loin de se douter qu'elle serait un jour témoin d'un tel désastre. Basée pendant quatre jours dans l'État de New York pour une formation, Laura s'envole vendredi dernier pour Sienna Plantation, dans la banlieue sud de Houston, où habite sa famille d'accueil. Inquiète, elle s'informe régulièrement sur internet de la progression de la tempête tropicale, encore catégorisée comme ouragan. Son vol est maintenu, mais un élément la trouble : "L'avion était vide. Il devait y avoir 30 passagers tout au plus. Je me suis demandée si les gens avaient annulé au dernier moment leur voyage".

Malgré quelques turbulences, l'appareil atterrit sans encombres au Texas. L'excitation de la Française dissipe toutes craintes quant à l'approche imminente d'Harvey. Pourtant, ce dernier est proche, avec dans son sillage ses premières manifestations météorologiques. Des pluies torrentielles s'abattent sur la ville pendant tout le week-end, faisant presque déborder la rivière proche de la maison. "Les parents étaient constamment branchés sur les chaînes d'information. Ils ont  même commencé à scanner les documents importants comme les carnets de santé et les passeports" relate Laura.

Un risque d'inondation trop important

Laura comprend que la situation se dégrade hier matin quand le père de la famille fait irruption dans la cuisine. "J'étais en train de préparer des crêpes lorsqu'il nous a dit : Préparez des affaires pour les enfants, préparez des affaires pour vous. Dès que vous êtes prêtes, on y va", se souvient aux mots près la jeune Française. Cette dernière se précipite alors dans sa chambre et pioche au hasard des vêtements qu'elle jette dans un sac. Elle prend également le soin d'envelopper son passeport et son visa dans un sac plastique pour les protéger de l'eau.

Avant de quitter la maison, les parents, Laura et Magdalena, l'autre fille au pair de la famille, mettent en sureté le mobilier et les objets électroniques au premier étage. La famille charge les deux 4x4 stationnés devant la maison et se sépare : Laura accompagne la mère et ses deux fillettes âgées de 4 et 6 ans, tandis que Magdalena suit le père et son fils de 9 ans. "Quand la maman s'est mise à prier, j'ai vraiment paniqué. Je ne comprenais pas tout mais pendant tout le trajet, elle répétait sans cesse : "Thanks God" et "Jésus", se remémore Laura.

Un périple long et dangereux

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L'inondation des routes rend la conduite difficile.

Les deux véhicules foncent en direction de l'ouest, afin de s'éloigner de la trajectoire de la tempête qui se dirige vers la Louisiane, à l'est de Houston. Assise sur le siège passager, Laura immortalise avec son téléphone les routes complètement inondées. Les aires de jeux, les piscines et les parcs sont submergés. Les marques de signalisation au sol sont invisibles, si bien que la famille roule parfois sur les trottoirs. "Ce n'est que lorsque les roues heurtaient la bordure qu'on s'en rendait compte".

Les yeux rivés sur son portable, Laura est en charge d'informer la mère de famille de l'état des routes. "Nous avions un groupe WhatsApp sur lequel des amis des nous envoyaient constamment des indications sur les itinéraires à prendre". 

300 km en 7 heures 

Soudain, la voiture conduite par le père tombe en panne. Impossible de la redémarrer. Son fils, Magdalena et lui sont alors secourus par un groupe de résidents mexicains qui les transportent dans leur remorque jusqu'au second véhicule, où ils s'entassent avec le reste de la famille. Par chance, un convoi de la Garde nationale qui se dirigeait vers Houston les aide à tracter le véhicule immobile hors de l'eau. "Nous avons été obligés de l'abandonner sur un pont, en espérant le retrouver intact au retour" confie Laura, abasourdie par le souvenir de cette scène chaotique. "Je me croyais dans un film".

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Magdalena et Laura gardent le sourire malgré cette incroyable aventure.

La famille texane pose finalement ses valises dans un hôtel d'Austin vers 18h00. Il aura fallu sept heures pour parcourir les 300 kilomètres séparant les deux villes. En temps normal, trois heures suffisent. Laura peut enfin rassurer ses parents en France. Pour la première depuis son arrivée dans le pays, elle voit enfin le soleil. "En une semaine, j'ai dû faire face à un ouragan. Malgré tout, cette épreuve ne m'a pas donné envie de rentrer en France".

Yelen Bonhomme-Allard 

Ouragan Harvey : quatre histoires insolites pendant l'horreur

Depuis vendredi 25 août, l'État du Texas fait face aux assauts de l'ouragan Harvey, rétrogradé en tempête tropicale. Dans les inondations, trois personnes ont trouvé la mort, mais, selon le gouverneur Greg Abbott, il est encore trop tôt pour dresser un bilan humain officiel. De nombreux quartiers sont encore inaccessibles aux sauveteurs. 

Un prête embarque sur un kayak pour acheter du vin de messe

Dimanche 27 août, David Bergeron, prêtre Canadien Français, est devenu le héros de sa communauté. Interrogé au micro de la chaîne ABC 13 sur son embarcation, le religieux a expliqué qu'il voulait remonter le moral aux habitants en officiant la messe. À bord de son kayak, il s'était donc donné pour mission d'acheter du vin de messe. Malheureusement, une fois amarré à l'épicerie, il a réalisé que la vente d'alcool est interdite le dimanche matin avant midi à Houston. "Je ne suis pas habitué à acheter de l'alcool si tôt le matin" a-t-il raconté au journaliste en riant.

Une maison de retraite évacuée grâce à un tweet

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© Compte Twitter de Timothy McIntosh

Le cliché a été relayé 4 500 fois sur Twitter. Dimanche 27 août, Timothy McIntosh a publié sur le réseau social une photo à la demande de sa belle-mère, gérante de la maison de retraite Vita Bella, située à Dickinson (Texas). Plusieurs personnes âgées - 18 au total - y apparaissent prisonnières des eaux, immergées jusqu'à la taille, dans l'attente des secours. Au premier plan, l'une des résidentes semble prendre son mal en patience en s'adonnant au tricot.

Suite à la publication de cette image, les internautes ont été sceptiques tant la scène est surréaliste. Interrogé par le Daily News, David Popoff, coordinateur des urgences de la ville, a cependant confirmé la prise en charge de tous les retraités : "Nous avons évacué des grands-mères et des grands-pères". Le lendemain, Timothy McIntosh a de nouveau publié un message indiquant que les pensionnaires, ainsi que les chats de l'établissement, étaient tous sains et saufs. Il a également tenu à remercier les internautes pour le partage de l'information.

Un homme pêche à domicile, dans son salon inondé 

Comme des milliers d'habitations, la maison de cette famille texane n'a pas été épargnée par la tempête tropicale. Mais au lieu de s'apitoyer sur son sort, cette famille a fait de ce tragique événement un moment de rigolade. Viviana Saldaña a publié sur Facebook, dimanche, une vidéo de son père en train de pêcher à mains nues dans le salon. Après quelques plongeons ratés, l'homme est parvenu à attraper sa proie sous les exclamations hilares de sa famille. 

Un journaliste reçoit des bières à l'antenne

Vendredi 25 août, Casey Stegall, reporter de la chaîne de télévision FOX News est apparu en direct le visage fouetté par les trombes d'eau. Devant la caméra et les téléspectateurs, il a lutté de longues minutes face à des conditions météorologiques particulièrement violentes. Quand soudain, le journaliste s'est fait interrompre par une habitante du Texas - elle aussi trempée jusqu'aux os - venue lui offrir des canettes de bière.

Une attention manifestement très apprécié par le professionnel : "Ce sera très sympa après ce direct sur la tempête" a-t-il déclaré en prenant dans ses bras sa bienfaitrice. Quelques heures plus tard, Casey Stegall a tenu personnellement à remercier le geste de cette femme sur son compte Twitter. "Voilà ce que j'appelle un CHOUETTE photobomb ! Elle a été vraiment adorable et m'a pris dans ses bras…Un moment de légèreté dans un reportage sur un sujet grave".

Yelen Bonhomme-Allard

"Les extrémistes ont promis qu'ils reviendraient. Ils le feront j'en suis sûr"

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© Photo : Laurent Cerino / ADE 

Vincent Michelot est spécialiste des institutions américaines et ancien directeur de l'Institut d'études politiques de Lyon. Il partage son temps entre l'université de Virginie à Charlottesville et la France, où il enseigne la politique et les relations France/États-Unis. Il nous donne son ressenti à la suite des récentes manifestations qui ont opposé des suprémacistes blancs à des protestants antiracistes à Charlottesville.

1. Au moment des manifestations à Charlottesville, vous étiez en France. Avez-vous été surpris par la tournure des événements ?

M. V. : Ce n'est pas la première fois que le campus connaît des mouvements d'opposition, mais d'ordinaire ils sont beaucoup plus pacifiques. Le niveau de violence démontré le 12 aout dernier est sans précédent.

La venue de Tom Garrett (représentant républicain de la 5ème circonscription de Virginie), le 31 mars dernier, avait entraîné une grande mobilisation de la part des étudiants. Des membres de Black Lives Matter et autres organisations antiracistes ou progressistes du campus avaient fait irruption pendant le discours du politique, en déployant une banderole sur laquelle on pouvait lire : "No Dialogue With White Supremacy" ("Pas de dialogue avec la suprématie blanche" en français). Face à eux, il y avait des miliciens habillés en treillis militaire et munis d'armes de poing. C'était frappant une telle démonstration sur un campus universitaire.

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Des étudiants antiracistes interrompent le discours de Tom Garrett. © Photo : Vincent Michelot

La dernière manifestation de Charlottesville m'a laissé une forme de blessure profonde et un traumatisme. J'ai des valeurs qui sont à l'opposé de cette haine mise en scène les 12 et 13 août derniers. Tout ceci est une forme d'insulte à tout ce que je pense être essentiel à la démocratie américaine. Lorsque que l'on voit apparaître les prémices de l'Allemagne nazie dans un lieu qui nous est cher, on se sent sali. Cela a fait naître un désir de mobilisation pour protéger ce lieu auquel je suis humainement très attaché.

2. Le choix de Charlottesville comme point de rassemblement des idées extrémistes n'est donc pas surprenant ?

M. V. : Charlottesville n'a pas été choisie au hasard. Plusieurs leaders d'extrême droite tels que Richard Spencer et Jason Kessler ont été diplômés de la faculté de Virginie. Cet État incarne la contradiction de ce sud qui change à vitesse croissante. Jusque dans les années 60, cette université était seulement réservée aux étudiants blancs et masculins. C'était le bastion des élites. Peu à peu, l'État est devenu plus progressiste et donc par conséquent moins conservateur.

Le changement de nom du jardin public Emancipation park, anciennement baptisé Lee Park, et plus récemment le déboulonnement de la statue de Robert E Lee étaient des occasions parfaites pour les groupuscules racistes d'attirer l'attention. En organisant la manifestation à Charlottesville, ils savaient qu'ils auraient de nombreux opposants et que les médias seraient présents. Ils cherchaient l'affrontement. Ils l'ont eu.

L'intervention de la police a renforcé le discours des groupes d'extrême droite selon lequel leur liberté d'expression a été atteinte. Celle-ci est protégée par le premier amendement de la Constitution américaine mise en place en 1789. Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis, est l'auteur de la Déclaration d'indépendance des États-Unis en 1776, mais également le fondateur de l'université de Virginie en 1819. Manifester sur le campus de la liberté d'expression a donc une dimension hautement symbolique. Malmenés, les extrémistes ont promis qu'ils reviendraient. Ils le feront j'en suis sûr.

3. Quelle est la différence entre les conceptions françaises et américaines de la liberté d'expression au sein de l'espace public ? 

M. V. : Au États-Unis, il existe depuis sa ratification en 1791, un débat passionnant sur la signification du Premier amendement et le type de discours qu'il protège. De manière très simple, il faut faire la distinction entre discours et incitation à la haine ou à la violence. On peut dire ouvertement son mépris pour tel groupe de personnes, telle religion ou culture, mais l'appel au meurtre ou à la violence n'est évidemment pas protégé. Tout n'est donc pas permis, mais il y a une plus grande tolérance qu'en France. Aux États-Unis, nos lois mémorielles, antinégationnistes seraient frappées d'inconstitutionnalité car elles seraient contraires au Premier amendement.

La police française dispose d'une marge de manoeuvre beaucoup plus forte pour interdire ce genre de manifestations (comme celles de Charlottesville, ndlr) et réprimer des actes violents. Dans l'état actuel du droit français, on n'entendra jamais des manifestants d'extrême droite scander ouvertement des slogans antisémites ou racistes.

4. Comment imaginez-vous l'avenir sur le campus après le passage des suprémacistes ?

M. V. : À l'université de Virginie, on a longtemps eu le sentiment de vivre dans une espèce de bulle protégée des agressions les plus violentes de la société, ce qui était normal dans une communauté universitaire très fortement éduquée. Les 12-13 août représentent donc l'irruption dans cette communauté de tout ce qu'elle abhorre et combat.

Paradoxalement, les événements sont plutôt rassembleurs pour la communauté. Avant les 12-13 août, celle-ci était divisée sur le fait de savoir si la manifestation aurait dû être interdite, si la municipalité avait fait assez pour l'empêcher ou en limiter le danger. Aujourd'hui ces débats continuent avec plus d'acuité entre tenants de l'absolutisme du Premier Amendement et ceux qui estiment que la protection de la liberté d'expression ne s’applique pas aux groupes violents.

Les heurts ont sans aucun doute provoqué ou accentué une prise de conscience sur plusieurs questions politiques. Depuis l'élection de Donald Trump, le campus est devenu en partie un lieu de résistance où la nécessité de transmettre les valeurs démocratiques ou de les inculquer s'avère être vitale et urgente. On le voit en particulier dans la protection des minorités (raciales, religieuses, sexuelles, nationales...) qui semblent particulièrement menacées.

Yelen Bonhomme-Allard

En 1991, Vincent Michelot a obtenu la bourse Fulbright lui permettant de réaliser sa thèse sur les nominations à la Cour suprême des États-Unis, et ce, sur le campus de l'université de Virginie à Charlottesville.

Trump brade son château sur l'île de Saint-Martin pour attirer les acquéreurs

Comme tout propriétaire qui souhaite vendre un bien immobilier, Donald Trump doit s'adapter aux prix du marché. En trois mois, l'estimation de sa villa à Saint-Martin a diminué de 11 millions de dollars faute d'acheteur. Le "Château des Palmiers" perd ainsi son titre de propriété la plus chère de l'île.

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Difficile de résister - sauf quand on n'a pas le budget - aux atouts de cette bâtisse. Et pourtant, mis en vente en mai dernier, le "Château des Palmiers" de Donald Trump peine à trouver un nouveau propriétaire selon le Washington Post. L'agence immobilière Sotheby's International Realty basée à Saint-Martin, a été contrainte de diminuer le prix de vente du domaine à 16,9 millions de dollars (environ 14,3 millions d'euros), au lieu des 28 millions initialement estimés.

Le locataire de la Maison-Blanche a acquis cette villa en 2013, la décrivant comme "l'une des plus grandes demeures du monde". En photo du moins, car le président américain n'y a jamais mis les pieds. Au moment où il l'a achetée, le prix de vente de la propriété était fixé à 19,7 millions de dollars, mais le coût de cette transaction immobilière n'a jamais été dévoilée comme le rapporte le Washington Post.

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Inoccupée par son propriétaire, la villa est donc proposée à la location. Lesley Reed, agent immobilier spécialisée dans le luxe, est chargée de faire visiter cette somptueuse demeure aux particuliers les plus fortunés. Il faut compter 6 000 dollars la nuit (5 400 euros) pour dormir chez Trump, autant dire que les petits budgets ne sont pas concernés.

À ce prix là, le "Château des Palmiers" présentent des prestations à couper le souffle : 11 chambres avec salle de bain, jacuzzis, salle de sport climatisée, salle de cinéma, accès direct à la plage, immense piscine en extérieur et terrain de tennis privatif. Sans oublier une vue imprenable sur les eaux turquoises de l'île de Saint-Martin, l'un des joyaux des Antilles françaises.

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Depuis sa dépréciation, le "Château des Palmiers" a été déchu de son rang de la propriété la plus chère de l'île, et se classe en deuxième position sur 54 biens proposés à la vente par l'agence Sotheby's. Ce titre revient désormais à un domaine bâtit en bord de falaises baptisé "Mes Amis", à vendre pour la modique somme de 17,5 millions de dollars.

Yelen Bonhomme-Allard

Les papys sauveteurs de l'État de New York défient les vagues et le temps

Cette semaine, nous vous emmenons à Jones Beach, l'une des plus belles plages de la côte est des États-Unis, à la rencontre de Lee Hahn, sauveteur en mer depuis 54 ans. 

Certains sauveteurs sont de vraies stars. C'est le cas du lieutenant Lee Hahn, 73 ans, sauveteur depuis plus d'un demi-siècle. Ce vétéran revient chaque été sur cette plage pour exercer ce qu'il appelle "le plus beau métier du monde". Plus qu'un job, une passion qu'il aime transmettre aux jeunes générations.

Depuis son premier été en tant que sauveteur en 1962, l'équipement n'a pas beaucoup changé, son énergie non plus. Chaque année, il doit passer un test d'endurance pour pouvoir continuer à exercer. Sur la plage de Jones Beach on trouve chaque été plus de 500 sauveteurs : deux d'entre eux sont âgés de plus de 70 ans. À la fin de la saison, Lee Hahn retournera à sa paisible retraite. À son actif : 500 sauvetages et aucune noyade mortelle.

Reportage de Anne-Charlotte Hinet, Laurent Desbois, Régis Massini et Louise Dewast

Nouveau-Mexique : Voyage au coeur de l'unique désert de sable blanc au monde

Cette semaine, nous avons emmenons au Nouveau-Mexique, dans le sud-ouest des États-Unis, à la découvert du désert de sable blanc baptisé White Sands.

Située dans le bassin de Tularosa, entourée de montagnes, la cuvette de White Sands abrite le plus grand désert de gypse du monde, avec une superficie de 715 km². Les cristaux qui forment ces dunes sont du gypse (espèce minérale composée de sulfate de calcium), déposé là il y a plusieurs millions d'années quand cette vaste étendue blanche était encore un lac. Celui-ci s'est ensuite évaporé mettant à nu des petits blocs de gypse.

Ce sable est encore plus fin que celui du Sahara. Tellement fin que, vu du ciel, on le voit s'échapper, poussé par le vent. Les bourrasques sont particulièrement fortes de février à mars. Le sable façonne alors des dunes à la forme de vagues, particulièrement appréciées des photographes.

Un site dunaire mis au service de l'armée 

Près du désert de White Sands se trouvent plusieurs terrains militaires, en activité depuis la Seconde Guerre Mondiale. C'est ici que sont testés les nouveaux armements, les tirs d'essai de missile, ainsi que les nouvelles technologies spatiales. Le lieu a notamment servi de piste d'atterrissage à la navette spatiale américaine lors de la mission STS-3 en mars 1982. Pour des raisons de sécurité, les routes à proximité de White Sands peuvent être fermées au public pendant ces expérimentations.

Reportage de Valérie Astruc, Laurent Desbois, Andréane Williams et Arielle Monange