Le chantage de la CGT pour faire passer sa tribune dans la presse


Ce matin en kiosque, vous l’avez sans doute constaté, un seul titre de presse nationale était disponible : L’Humanité. Et en page 5, un des événements du jour, c’est cette tribune du secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, qui dit dans une pleine page tout le mal qu’il pense de la loi El Khomri. Ce texte, la CGT voulait le voir publié dans toute la presse quotidienne nationale : Le Monde, Le Figaro, Libération, Aujourd’hui Le Parisien, Les Echos, La Croix, bref partout.

Pour parvenir à leurs fins, les représentants CGT ont mis entre les mains des patrons de presse un drôle de marché : publier la tribune ou ne pas paraître dans les kiosques. Quand un syndicat veut contraindre la presse à publier une tribune sous peine de bloquer la parution des journaux, peut-on parler de chantage ? "Les salariés de la CGT du livre se sont mis en grève" nous a répondu Philippe Martinez.

Faut-il croire qu’à la CGT, grève et chantage peuvent parfois être synonymes ? A la prochaine grève, on essaiera de reposer la question à Philippe Martinez.

Quand François Hollande et Manuel Valls dénonçaient le manque de dialogue social en France


Face au blocage dénoncé par le gouvernement, la fermeté a comme un air de déjà-vu. On a cherché dans nos archives et six ans plus tôt, les rôles entre l'opposition et la majorité étaient inversés.

En 2010, le Premier ministre s'appelle François Fillon et il défend la réforme des retraites avec... fermeté. "L'intimidation, le blocage et la violence sont la négation de la démocratie et du pacte républicain", déclare-t-il dans l'hémicycle. En 2016, Manuel Valls dénonce le blocage du pays avec les mêmes termes : "Prendre ainsi en otage le consommateur, notre économie, notre industrie, ça n'est pas démocratique".

Revenons six ans en arrière quand Manuel Valls reprochait "l'absence de dialogue social", tout comme François Hollande. Quant aux ministres du gouvernement actuel, leur credo à l’époque c‘était de ne pas passer en force : "Vous êtes irresponsables, lorsqu'à force de mépris et de dédain vis à vis des Français, vous les poussez dans la rue", s'écriait Marisol Touraine, actuelle ministre de la Santé. 

Six années se sont écoulées, c’est fou comme le temps passe. Mais après tout, il n’est pas interdit de changer d’avis, surtout quand on a changé de point de vue.

 

Pots de départs en série à l'Elysée


Des pots de départ, la Présidence de la République en a organisé un certain nombre ces derniers temps. Quatre rien que la semaine dernière. Peut-on pour autant parler de d'un "sauve-qui-peut général" à l'Elysée à un an de la présidentielle ?

Pour répondre à cette question, nous avons épluché quatre années du Journal officiel. Au total, il y a eu 46 départs et autant d'arrivées entre mai 2012 et avril 2016. Le turn-over peut paraître élevé, il est comparable avec celui de l'ère Nicolas Sarkozy qui totalisait 49 départs en quatre ans.

Trois anciens conseillers rebondissent dans le secteur public

Mais à un an de la présidentielle, le cabinet de François Hollande semble traverser une zone de turbulences. Départs en série, recasages à tous les étages, la presse vient d’annoncer la fuite de 8 conseillers supplémentaires depuis avril, quatre nous ont été confirmés par l’Elysée. Et apparemment, tout est prévu pour qu’ils profitent d’un atterrissage en douceur. Trois anciens conseillers rebondissent dans le secteur public, avec pour l’un d’entre eux, Philippe Vinçon, un poste de directeur général au ministère de l'Agriculture.

Une autre ancienne conseillère, Marie-Hélène Aubert, vient d'être nommée au poste d’inspectrice général de l’administration du développement durable. Quant à Jean-Jacques Barbéris, le jeune conseiller économique qui incarnait la jeune garde du président à la Une de l'Obs, il rejoindra dans quelques semaines la banque française Amundi.

N’est-il pas gênant que le conseiller affaires financières parte faire carrière dans les affaires financières ? Réponse laconique de l’Elysée : "Jean-Jacques Barbéris est passé en Commission nationale de déontologie de la fonction publique, comme c'est la règle." Quant aux autres départs des conseillers du Président, l'Elysée trouve "naturel qu'au bout de deux ou trois ans au sein d'un cabinet, les gens aient envie de changer. Souvent à l'approche de l'été, il y a du mouvement." Les échéances électorales pour les conseillers, ça se prépare aussi en soignant sa sortie.

L'UEFA a-t-elle choisi un sponsor hors-jeu pour l'Euro 2016 ?


Entre l’UEFA et les 16 partenaires officiels de l’Euro 2016, ce n’est pas qu’une question d’argent, c’est aussi une question de valeurs. "Le Pacte mondial invite les entreprises à adopter, soutenir et appliquer dans leur sphère d'influence un ensemble de valeurs fondamentales, dans les domaines des droits de l'homme, des normes de travail et de l'environnement", peut-on lire sur le site de l'UEFA.

Voilà pour les principes. Mais sur le terrain, dans sa recherche de partenaires, l’UEFA a trouvé des marchands d’articles de sports, de sodas et de hamburgers mais aussi du pétrole, celui de Socar, une entreprise d’Etat de l’Azerbaidjan.

Dans le dernier classement de reporters sans frontières sur la liberté de la presse, ce petit pays de 10 millions d'habitants occupe la 163e place sur la 180e, juste devant la Libye. L’UEFA a donc pris comme partenaire officiel une entreprise d’Etat d’un pays qui ne respecte pas les droits de l’Homme, mais l’UEFA ne voit aucune contradiction. Contacté à plusieurs reprises, le service de presse de la Socar ne nous a pas répondu.

Quand François Hollande s'arrange avec les chiffres du chômage


"Sous mon prédécesseur, le chômage a augmenté d'un million" a déclaré François Hollande à propos de Nicolas Sarkozy. Selon le Président, le nombre de demandeurs d'emploi aurait davantage augmenté durant le quinquennat précédent que durant ses quatre années à la tête du pays (608 200 nouveaux demandeurs d'emploi). Nous avons voulu vérifier.

Entre 2007 et 2012, il y a eu 753 400 demandeurs d'emploi supplémentaires. C’est beaucoup, mais ça ne fait pas un million. En outre, ce chiffre est calculé sur les 5 ans du mandat de Nicolas Sarkozy. Or, les 600 000 chômeurs de plus sous François Hollande sont calculés sur 4 ans.

Comment l’actuel président de la République est-il arrivé à ce chiffre de 1 million pour son prédécesseur ? Tout simplement en ajoutant aux chômeurs de catégorie A ceux des catégories B et C ayant une activité réduite. Pour Nicolas Sarkozy, les trois catégories totalisent 1 088 000 demandeurs d’emploi supplémentaires. Pour François Hollande, il y a eu 1 096 200 chômeurs supplémentaires entre mai 2012 et mars 2016.

Pourquoi François Hollande a-t-il comparé des chiffres incomparables ? Contacté à plusieurs reprises, le service de presse de l’Elysée ne nous a pas répondu. L’inversion de la courbe du chômage, voilà décidément un sujet bien sensible.

Alain Juppé aurait-il sous estimé la facture du stade de Bordeaux ?


Pour accueillir l’Euro de football, Alain Juppé inaugurait à Bordeaux il y a un an un stade dernier cri. Si l'esthétique du stade n'a pas suscité de polémique, la facture présentée aux bordelais est plus problématique.

Le 24 octobre 2011, les conseillers municipaux ont approuvé le montage financier du nouveau stade. Dans la délibération, le coût du stade est de 3 583 000 euros par an pendant 30 ans, soit 107 490 000 euros selon la mairie. Mathieu Rouveyre, conseiller municipal de l’opposition a découvert que la facture est en fait bien plus élevée : "On s’aperçoit qu’à l’article 11.4.2, la ville s’est engagée par contrat à payer les impôts et taxes normalement par Vinci et Fayat." Au total, 97 millions d’euros ne figurent pas dans la délibération municipale.

L'oubli n’a pas échappé au Conseil d’Etat qui vient d’annuler la délibération autorisant la construction du stade. Motif : les 80 millions d’euros d’impôts ainsi qu’une subvention de 17 millions d’euros versée par la ville auraient dû figurer dans la délibération. Pour le Conseil d’Etat, "cette omission (...) caractérise une insuffisance d’information des membres du conseil municipal sur les conséquences financières  du (...) contrat."

En clair, les élus municipaux n’ont pas pu voter en pleine connaissance de cause. La décision du Conseil d’Etat n’empêchera les spectateurs d’assister à l’euro dans le stade de Bordeaux. Le Conseil Municipal a 4 mois pour voter une nouvelle délibération conforme. En espérant qu’Alain Juppé soit plus rigoureux dans les chiffres cette fois-ci.

Valls/Macron : Règlement de comptes à l'Assemblée


Entre ministres, les recadrages sont des choses qui arrivent, mais rarement en public. Une interview du ministre de l'Economie au journal Sud Ouest a particulièrement agacé le chef du gouvernement, qui a tenu à le faire savoir. Pour connaître la teneur du débat, l'Oeil du 20h a fait appel à une orthophoniste pour lire sur les lèvres des ministres.

A l'Assemblée nationale, alors qu'Emmanuel Macron est accusé par l’opposition d’avoir profité d’un voyage officiel pour trouver des financements pour son mouvement politique, ce dernier veut démentir. "C’est faux, je vais répondre…je vais répondre, oui, je vais répondre” peut-on lire sur les lèvres d'Emmanuel Macron. Mais à sa gauche, Manuel Valls ne semble pas du tout de cet avis. "Emmanuel, Emmanuel, c'est bon, c’est bon".

"On va pas l’envoyer au front, c’est personnel"

A ce moment là, Jean-Marie Le Guen tente une médiation : "Emmanuel, si tu veux, moi je le fais, mais c’est comme tu veux". "Non, c’est bon je peux le faire, je préfère" rétorque Macron. Mais finalement, Manuel Valls va trancher : "On va pas l’envoyer au front, c’est personnel". La tension va monter d’un cran. Au micro, le Premier ministre nie la levée de fonds et recadre une première fois son ministre. Sur le banc, Emmanuel Macron encaisse et semble très contrarié.

Un ministre nous a depuis confirmé la teneur de ces échanges. Du côté de Bercy, nous n'avons pas obtenu de réponse. A Matignon, on nous a fait savoir que Manuel Valls voulait simplement protéger son ministre. C’est bien connu, qui aime bien châtie bien.

Les industriels à la manoeuvre sur l'étiquetage nutritionnel


Dans votre cuisine, il  y a des étiquettes plus mystérieuses que d’autres. Prenez celle qui indique si vos yaourts sont trop sucrés ou votre pizza trop grasse, le ministère de la Santé a prévu d'aider les consommateurs à y voir plus clair en apposant un logo. 

En 2015, le logo aux cinq pastilles qui virent du vert au rouge en fonction de la qualité nutritionnelle des aliments avait la faveur du ministère de la Santé, notamment pour sa simplicité. Le vert désigne les aliments les plus sains, le rouge indique les moins bons. Cela ressemble au principe des étiquettes qui donnent la consommation électrique de votre électroménager.

L'étiquette rouge, disparue du logo des industriels

Mais si c’est si simple, pourquoi le gouvernement n’a-t-il toujours pas réussi à coller ses étiquettes ABCDE de couleur sur l’emballage de vos aliments ? Réponse de Serge Hercberg, expert-nutrition auprès du gouvernement, auteur du système à cinq couleurs : "Aujourd'hui, le système est bloqué parce que les industriels jouent la montre" .

Eh oui, ce logo ABCDE, la grande distribution n’en veut pas. Elle a donc proposé son propre logo au gouvernement. Entre temps, le rouge a complètement disparu du logo des industriels, et ce n’est pas un hasard. Selon ce document interne du lobby français de l’agro-alimentaire, les industriels refusent la "stigmatisation de nos produits par des pastilles de couleur qui nuiraient gravement à notre image".

Qui sortira vainqueur du duel des logos ? Les industriels ou les nutritionnistes qui travaillent pour le gouvernement ? Réponse début 2017, après l'expérimentation prévue par Marisol Touraine pour les départager. Une expérimentation dont la ministre ne voyait pourtant pas l’intérêt l’année dernière.

Les eurodéputés français, détenteurs du record du nombre d'erreurs au Parlement


A Strasbourg les eurodéputés français détiennent un record pas très glorieux, celui de l’étourderie au moment de voter. Avec plus de 1 750 corrections de vote entre 2014 et 2015, les députés européens français sont de loin ceux qui utilisent le plus ce joker, qui n’en est pas vraiment un car seul le vote lors du scrutin public compte.

Selon les statistiques du parlement entre juillet 2014 et octobre 2015, les eurodéputés qui ont le plus corrigé leur vote sont Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) et Dominique Bilde (FN) ex-eaquo avec 108 corrections de vote. Ils sont suivis de l'élue portugaise Claudia Monteiro puis de Brice Hortefeux (Les Républicains) avec 90 corrections de vote.

A lui seul, le FN totalise 60% des corrections de vote françaises

Hormis le trio de tête français, comment expliquer que la France détienne le record d'Europe du changement de vote ? C'est notamment la faute du Front national. Les demandes de corrections de ses élus représentent 60% du total tricolore.

D'où viennent les erreurs du Front national ? Pour le savoir, il s'agit de remonter à un vote en juillet 2015. Le Parlement européen votait un texte faisant la promotion du consommer local. Sur le banc du front national, c’est Marine Le Pen qui coordonnait les votes de son groupe. Ce jour là, les 24 élus FN vont beaucoup se tromper. En épluchant les procès verbaux de séance, nous avons comptabilisé 736 demandes de corrections de vote, autrement dit 736 erreurs. Sur un seul texte, c’est du jamais vu à Strasbourg. D’où vient le problème ? Pas des élus, selon le Front national, mais d’un assistant parlementaire qui aurait mal préparé la liste des consignes de vote.

Nous avons aussi voulu poser des questions a Brice Hortefeux, mais l’ancien ministre n’avait pas l’air de vouloir nous répondre : "Moi c’est les questions de fond, pas les questions de forme". On a eu beau insister, rien n’y a fait. Pourtant, répondre à nos questions aurait été la moindre des corrections.

 

Sur Amazon, alcool et poignard disponibles à la vente aux mineurs


On trouve de tout sur site de ventes en ligne, Amazon. Mais d'après les conditions générales de vente, Amazon ne vend "pas de produits aux mineurs". Nous avons voulu faire le test. 

Nous avons d'abord tenté d'acheter de l'alcool avec la carte bancaire d'un mineur, Charles. Il nous a suffi de cocher la case "plus de 18 ans" pour effectuer la transaction. Mais il y a plus étonnant. Au rayon armes blanches, Charles va commander un poignard. Cette fois, il n'y a aucune mention "interdit aux moins de 18 ans" lors de l'achat de la lame de 12 centimètres. 

Le poignard livré dans sa boîte aux lettres

Charles n’aura par la suite aucun mal à retirer son poignard. Il sera livré dans sa boîte aux lettres. Pour les bouteilles d’alcool, il devra juste se présenter à la Poste. Comment un mineur a-t-il pu faire de telles emplettes ? Les dirigeants d’Amazon France nous ont répondu par email : "Le site Amazon.fr veille à ce que les produits qui contreviennent à la Loi française ne soient pas disponibles à la vente. Les vendeurs tiers de la Marketplace Amazon doivent se conformer à notre politique de vente."

Pour le poignard, ce serait donc la faute des entreprises qui vendent sur le site, pas celle d’Amazon. La page où nous avons acheté le poignard a depuis disparu du site. Mais en cherchant un peu, nous avons retrouvé le même poignard vendu par un autre partenaire d’Amazon. Comme quoi, le ménage a été fait un peu hâtivement.