Quand Nicolas Sarkozy fustige les normes européennes avec une fausse histoire de concombres


Vous êtes-vous déjà interrogé sur la courbure de vos concombres ? Vous peut-être pas mais Nicolas Sarkozy, lui, oui. Il voit dans la courbure du concombre le symbole d’une Europe tatillonne, mais ne s’est-t-il pas trompé de légume ?

Mercredi 29 juin, Nicolas Sarkozy était en meeting à Londres pour parler de l’Europe, une Europe coupable d’édicter des règles absurdes comme celle qui définirait la courbure idéal d’un concombre : "Il y a 6 mois, il y a une directive sur la courbure du concombre, franchement, il y avait peut-être autre chose à faire." Une norme sur la courbure du concombre ? C’est vrai que ça semble absurde, si absurde d’ailleurs que Nicolas Sarkozy prend régulièrement cet exemple pour dénoncer une Europe tatillonne.

"Petits, gros, rabougris, on fait ce qu’on veut avec les concombres"

L’Europe a-t-elle édicté, il y a 6 mois, une norme spéciale concombre ? A la commission européenne, le service de presse prend l’affaire avec un peu de sérieux et beaucoup d’humour : "Petits, gros, rabougris, on fait ce qu’on veut avec les concombres". Aucune norme européenne n’a donc été adoptée dans les 6 derniers mois sur la courbe du concombre. Nicolas Sarkozy a-t-il pu inventer cette histoire de cucurbitacées ? Non : mais son exemple date un peu, comme l’a aussi relevé Libération.

Le règlement européen en question date de 1988. On peut y lire que "les concombres doivent être bien développés, bien formés et pratiquement droits". Selon ce règlement, la courbure du concombre se mesure en dizaine de millimètres. Mais cette norme européenne est de l’histoire ancienne, elle n’est plus en vigueur depuis 2009, la commission européenne l’avait justement jugé absurde.

Avec son exemple Nicolas Sarkozy, a donc 7 ans de retard. Nous avons contacté l’équipe de Nicolas Sarkozy, qui malgré notre insistance, n’a pas voulu parler de courbure de concombres avec nous. 

 

Autorisation du glyphosate, le double jeu de la Commission européenne


Le glyphosate en vente libre en Europe, stop ou encore ? Faut d'avoir tranché, l’Europe a prolongé de 18 mois l'autorisation de la substance active du célèbre désherbant Roundup. Au cœur de la controverse entre industriels et ONG, les études scientifiques censées trancher le débat sur la dangerosité de la molécule. Sur ce point, la commission européenne a une position très contradictoire. Côté face et officiellement, elle demande aux industriels de publier l’intégralité de leurs études qui révèlent le secret de fabrication du glyphosate. Côté pile, l’Europe refuse depuis 2011 aux ONG d’accéder aux données sur la composition du Roundup au nom du respect du secret industriel. Cherchez l'erreur !

"La publication des études [...] serait bénéfique pour la société"

Sur le dossier glyphosate, à Bruxelles il y a un homme qui veut la transparence totale. Cet homme, c’est Vytenis Andriukaitis, le commissaire en charge de la santé. Début avril, voilà ce qu’il demandait aux producteurs de glyphosate : “Je crois que la publication de l’ensemble de vos études [...] serait bénéfique pour la société.” 

Pourtant quand il s'agit de donner l'accès des études aux ONG, la Commission européenne freine des quatre fers. En octobre 2013, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) donnait raison à deux ONG écologistes - Greenpeace et le Pesticide Action network - pour lever le secret des affaires sur 6 des 14 études des industriels. La Commssion a fait appel de la décision.

Quant aux industriels, ils ont proposé leur version de la transparence. Ceux qui veulent consulter les études peuvent le faire avec un bémol, les données scientifiques principales ont été supprimées. Comme quoi, le glyphosate ne fait pas disparaître que les mauvaises herbes.

Banane, cercueil, ballon de baudruche, les faux arguments des pro-Brexit


L’avenir européen de la Grande Bretagne est-il suspendu à la courbure d’une banane, à la taille d’un cercueil ou encore à la dangerosité d’un ballon de baudruche ? Pour l’ancien maire de Londres, Boris Johnson, cela ne fait aucun doute ! L'Europe qu'il dénonce aurait inventé des normes absurdes, mais ne serait-ce pas plutôt Boris Johnson qui les auraient inventées ?

Première affirmation de l'ancien maire de Londres, "c’est absurde que l’Union Européenne nous interdise de vendre des bananes par lots qui n’excèdent pas deux ou trois bananes". C'est faux, rien n’interdit aujourd'hui aux commerçants de vendre des lots de 4, 5, 6, 7 et même 8 bananes !

Courbure des bananes

"On nous empêche aussi de vendre des bananes avec une courbure anormale" dénonçait Boris Johnson lors d'un de ses meetings de campagne. Nous avons appelé un grossiste en bananes. Selon lui, il n'y a aucun problème pour acheter des bananes avec des défauts de forme. Là encore, Boris Johnson dit faux !

Autre exemple, tout aussi gonflé. Dans la presse, Boris Johnson a déclaré que "l’Union Européenne interdit aux enfants de moins de 8 ans de gonfler des ballons." C'est encore faux. L’Union Européenne demande simplement que cet avertissement figure sur les emballages de ballons.

Enfin, Boris Johnson affirme que l’Europe impose des standards sur la taille, le poids et la composition des cercueils. C’est toujours aussi faux. Bref, s’il existait une norme sur les normes qui n’existent pas, Boris Johnson pourrait l’inventer.

 

Quand la Russie vend des armes au salon européen de la Défense


Comment faire respecter un embargo international sur les ventes d’armes dans un salon dédié aux ventes d’armes ? C'est la question à laquelle ont dû répondre les organisateurs du salon européen de la Défense, Eurosatory, organisé du 13 au 17 juin 2016 en banlieue parisienne.

Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, il est en effet impossible d’acheter des armes russes ou de vendre du matériel militaire aux Russes quand on est un pays de l’Union Européenne. Ces sanctions ont d'ailleurs été prolongées le 17 juin 2016 par le Conseil de l'Union européenne qui a voté pour la prolongation de l'embargo sur les exportations et les importations d'armes.

Le groupe Kalashnikov à l'entrée du salon

Pourtant, à Eurosatory, les stands russes sont à l'entrée du salon, notamment le groupe Kalashnikov, connu pour ses fusils d'assaut. Comment expliquer que leurs commerciaux vendent en France des armes sous embargo européen ? Un des organisateurs a accepté de nous répondre : "La contradiction elle y est, mais au niveau politique (...) Nous, on est dans une logique de faire venir le maximum de délégations, plus il y'a d’uniformes, plus nous sommes contents pour le salon et pour les industriels, mais c’est toujours soumis à l’autorisation de l’Etat français."

Du côté du ministère des affaires étrangères, on n’a rien trouvé à redire. L’embargo interdisait aux vendeurs russes de venir avec leur matériel pour l’exposer sur leur stand. Moralité : aucune violation de l’embargo tant que les commerciaux vendent sur catalogue.

Le fiasco du système d’écoute de la Justice

Dans la police, c’est comme ailleurs, les bijoux technologiques peuvent décevoir. Mais lorsqu’il s’agit d’écoutes téléphoniques et d’enquêtes, quand il y a friture sur la ligne, c’est fâcheux.  Pour lutter contre le trafic de drogue, le banditisme ou encore le terrorisme, l’Etat s’est doté d’un système révolutionnaire en mars 2014, caché dans un bunker ultra sécurisé de l’entreprise Thalès, à dix mètres de profondeur. C’est un logiciel d’écoutes judiciaires, la PNIJ, pour Plateforme Nationale des Interceptions Judiciaires.

Le problème, c’est que si l’outil est fiable et robuste en apparence, qu’il peut résister à un crash aérien et aux crues, il n’a jamais résisté aux bug ! Excédés, les enquêteurs ont fait remonté dans une lettres les lacunes du logiciel au ministère de l’Intérieur en mars dernier.

La double facture

Et si la PNIJ dysfonctionne, en plus, elle coûte cher. Selon le dernier rapport de la Cour des comptes les 17 millions d’euros de budget initiaux appartiennent au passé. La mise en place laborieuse de la PNIJ a fait flamber son coût. D’autant plus que l’Etat paye une double facture : celle de la PNIJ, qui ne fonctionne pas, et celle présentée par les opérateurs privés qui assurent donc les écoutes judiciaires.

Un million de manifestants à Paris, les syndicats exagèrent-ils ?

Combien de personnes ont défilé dans les rues de Paris lors de la manifestation du 14 juin contre la loi Travail ? Pour la CGT, "un million de manifestants" faisaient partie du cortège. A l’Oeil du 20h, on a voulu refaire les comptes.

Nous avons opté pour une méthode peut-être pas très académique, mais très mathématique. Sur Internet, nous avons calculé la superficie du parcours de la manifestation. Nous avons tout pris en compte : la rue et les trottoirs bien sûr. Résultat, nous avons totalisé 197.000 mètres carrés de bitume battus par les manifestants (à quelques mètres carrés près). Et si nos calculs sont exacts, cela voudrait dire qu’il y aurait eu au moins cinq manifestants au mètre carré partout et pendant toute la durée de la manifestation.

Alors les manifestants d’hier étaient-ils aussi serrés ? D'après les images de la manifestation d’hier, à certains moments, les manifestants avaient de la place. Sur un film amateur tourné depuis un immeuble en milieu d’après midi, on voit même un cortège plutôt clairsemé. Depuis le début de la contestation contre la loi travail, il n’y avait jamais eu autant de monde dans les rues de la capitale selon la préfecture de police. Mais quand les syndicats annoncent un million de manifestants la revendication semble un peu exagérée.

Où sont passés 6000 tableaux des musées nationaux ?


Il existe un musée riche d’au moins 6 000 tableaux mais dont le grand public n'a jamais entendu parler. C'est le musée virtuel des œuvres des musées nationaux exposées ailleurs. En théorie, ces œuvres doivent être accessibles au public, mais cette règle n’est pas respectée.

La musette de François Boucher par exemple est censée être exposée au Louvre. En réalité, elle se trouve à l’Assemblée nationale, tout comme La mosquée d’Al Azhar d’Adrien Dauzat en théorie conservée à Orsay. Le Sénat non plus n'est pas en reste. Selon notre décompte, au moins 4 toiles appartenant aux musées nationaux y sont accrochées : la garnison de Huningue d’Edouard Detaille, Marine, le retour de pêche de Joseph Vernet, les Trois Grâces et l’Aire ou Junon de Charles-Joseph Natoire.

Des toiles qui ont quitté le territoire

Trois de ces toiles seraient accrochées au Petit Luxembourg, chez le président du Sénat pour être exact. On pensait pouvoir aller les admirer de nos propres yeux mais le Sénat nous a répondu de pas pouvoir donner suite à notre demande. Mais il y aussi des toiles qui ont quitté le territoire national pour partir à l’étranger, à l’ambassade de Turquie par exemple. Deux toiles de Noël Nicolas Coypel notamment ornent les murs intérieurs de l'édifice.

Pour le ministère de la Culture, la loi est pourtant respectée : les toiles sont exposées au public, une fois par an lors des journées du patrimoine. Nombre de toiles sont néanmoins toujours recherchées par les musées. En 2013, près de 400 œuvres n’avaient pu être localisées par les services du ministère, et 172 avaient fait l'objet d’un dépôt de plainte pour vol.

 

Cumul des mandats, les présidents de région ont-ils tenu leurs promesses ?


Pendant les élections régionales, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Christian Estrosi et Hervé Morin avaient un point en commun : ils promettaient tous de démissionner de leur mandat de député en cas de victoire à la tête de la région. Alors, promesse tenue? Pas pour tous.

La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse a bien démissionné, tout comme son homologue, Xavier Bertrand élu à la tête de la nouvelle grande région Hauts-de-France issue de la fusion de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais.

Pour Christian Estrosi, la promesse est aussi tenue mais avec une petite astuce. Le président de la région PACA est devenu le suppléant de celle qui lui a succédé à l’Assemblée Nationale. S'agit-il d'un calcul pour ne pas trop s’éloigner de son ancien mandat ? Pas du tout selon ce dernier : "Vous savez, un suppléant n’est rien du tout."

Hervé Morin, 75% d'absence à l'Assemblée nationale

Quant au député de l'Eure et président de la grande région Normandie, Hervé Morin n'a pas démissionné de son mandat de député malgré sa promesse de décembre dernier.

S’il n’a pas démissionné de son mandat de député, c’est parce qu’un recours a été déposé contre son élection à la présidence de la région Normandie nous assure-t-il. Mais il y a une autre raison : "Je ne voulais pas de législatives partielles". Avec toutes ces responsabilités, le député arrive-t-il à remplir correctement ses obligations ? Nous avons fait les comptes. En commission à l’Assemblée Nationale, le taux d’absence d’Hervé Morin s’élève à 75% depuis le début de son mandat.

Pour tenir sa promesse de campagne, Hervé Morin devra en tout cas démissionner avant le 20 juin prochain. Passée cette date, il restera moins d’un an avant les prochaines législatives, or la règle est stricte, aucun scrutin partiel n’est possible dans les douze mois qui précèdent les élections.

Nombre de conseillers ministériels, le gouvernement a-t-il tenu sa promesse ?


Au début du quinquennat, l'ancienne porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem avait énoncé une règle précise : "les ministres disposeront désormais de 15 collaborateurs et les ministres délégués de 10 collaborateurs". La règle a-t-elle été respectée ?

Quatre ans plus tard la ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem ne respecte pas la règle qu'elle a elle-même énoncée. Son cabinet comporte officiellement 21 conseillers, mais elle en partage certains avec ses collègues du gouvernement. Il ne faut donc en compter que 18, soit trois de plus que la limite fixée. La ministre de l'Education n'est certes pas la seule. Selon nos calculs, 15 membres du gouvernement dépassent la limite. Tous le reconnaissent sauf le cabinet de Myriam El Khomri qui mélange son équipe avec celle de sa secrétaire d’Etat.

"La question est de savoir si nous sommes efficaces"

Parmi ceux qui ont beaucoup de conseillers figure le ministre des Sports, Patrick Kanner. "C'est un très gros ministère, nous a-t-il répondu, la question n'est pas de savoir s'il y un conseiller en plus ou en moins, mais si nous sommes efficaces". Sans compter les chargés de mission, ministres et secrétaires d’Etat ont embauché 27 conseillers de trop selon nos calculs. Que pense Matignon de ces quelques entorses au règlement ? Le cabinet de Manuel Valls ne nous a pas répondu.

 

Dans les coulisses du lobbying de Veolia


Au Salon des maires, les élus sont là pour faire affaire. Et après les emplettes, que se passe-t-il ? Les affaires continuent pardi, mais en coulisses. Le numéro un mondial pour l'eau, Veolia a prévu le coup en invitant une soixantaine d'élus à une soirée privée dans un musée. Ambiance.

L'adresse, c'est le Palais de la découverte, célèbre musée scientifique parisien à deux pas des Champs-Elysées. Veolia a privatisé le lieu pour la soirée. Les soixante maires, présidents d'intercommunalités et conseillers municipaux ont droit à une exposition sur les dinosaures. Puis, détour par le planétarium pour une petite leçon d'astronomie. Après la visite, place au cocktail et au repas. Coût de l'opération selon nos calculs : 450 euros par élu.

"Voir comment ça se présente, qui tire les ficelles"

A chacune des 19 tables, les élus côtoient leur interlocuteur régional de Veolia. L'un d'entre eux se montre justement très clair sur l'objectif de la soirée : "l'intérêt c'est de tisser des liens, on va dire extraprofessionnels (...) c'est déjà de voir comment ça se présente, qui sera le prochain, voir qui tire les ficelles."

Les élus ont-ils le droit d’accepter ce genre de cadeaux ou avantages ? Nous avons regardé les textes, pas d’interdiction ferme dans la charte de l’élu local. Mais certaines communes vont plus loin, avec des chartes de déontologie comme celle de Châlons-en-Champagne où la rubrique impartialité stipule que "les invitations et cadeaux à l’intention d’agents publics sont interdits quel qu’en soit le montant (...) la notion d’agents publics doit être comprise au sens large. Il s’agit de tout bénéficiaire d’un mandat électif, de tout fonctionnaire (...) pouvant influer sur une décision d’utilisation de fonds publics".

Nous avons reçu cette réponse du service de presse de l’entreprise : elle assume son opération de relation client qui respecte en tous points la législation française. Quant au coût de la soirée, Veolia contredit nos calculs, estimant à 308 euros et 22 centimes le coût de l’invitation. 

Pour en savoir plus sur les relations entre Veolia et ses clients, nous avons trouvé ce document sur le site du groupe.