Sénatoriales: la parité... encore perdante ?

Au Sénat, pour trouver des femmes sur les bancs de l’hémicycle… il faut encore bien chercher : il y a 27% de sénatrices ! Seront-elles plus nombreuses dimanche soir ? Pas sûr… Certains partis ont trouvé l’astuce pour contourner la loi sur la parité.

Au Sénat, pour trouver des femmes sur les bancs de l’hémicycle… il faut encore bien chercher : il y a 27% de sénatrices ! Seront-elles plus nombreuses dimanche soir ? Pas sûr… Certains partis ont trouvé l’astuce pour contourner la loi sur la parité.

Dans 27 circonscriptions, les sénateurs seront élus à la proportionnelle, sur des listes où la parité est obligatoire. Par exemple: une femme un homme une femme un homme ou l’inverse ! Cette règle, tous les partis la respectent mais... en y regardant de plus près, ce sont les hommes qui sont le plus souvent tête de liste : 74% contre 26% pour les femmes. Ils ont donc plus de chances d’être élus.

Et ce sont Les Républicains qui présentent le plus d’hommes en tête : 21 pour 4 femmes. La République en Marche se faisait le chantre de la parité lors des législatives de juin dernier. Emmanuel Macron déclarait même en mars : «Ces candidats seront pour moitié des femmes, pas par ce que nous craignons des amendes, mais parce que nous pensons que c’est une bonne chose !» Pourtant pour ces sénatoriales, 14 hommes sont têtes de liste LREM pour 7 femmes. Explication du parti : Il s’est appuyé sur les sortants pour gagner ses premier sièges en marche. «Et les sortants, comme par habitude sont des hommes», explique Bariza Khiari, membre de la commission d’investiture LREM. «Donc nous n’avons pas pu atteindre 50% de parité cette fois-ci, mais nous comptons l’atteindre la prochaine fois», promet-elle.

Un parti fait figure d’exception: Europe-Écologie-Les Verts : 9 femmes têtes liste pour 6 hommes.

Deux listes pour un parti

Si légalement tous les partis sont en règle, certains ont trouvé une astuce pour contourner la parité. Dans la Manche, une circonscription mais deux listes Les Républicains. A leur tête, deux sénateurs sortants : Philippe Bas et Jean Bizet. L'objectif est de maximiser leur chance d’être réélus. Car si M. Bizet, par exemple, avaient fait liste commune avec celle de M. Bas, il se serait retrouvé en troisième position, derrière une femme… Et il aurait eu bien moins de chance d’être élu. «Clairement si des sortants n’ont pas démérité et veulent se représenter, il n’y a pas d’autres possibilités, explique Philippe Gosselin, président de la fédération LR de la Manche. Heureusement que chacun est libre de se présenter comme il le veut à une élection politique.»

9 candidats, pas de femme

Dans les 19 autres circonscriptions, pas de liste, mais un candidat et un suppléant de sexes opposés. Là encore, le renouvellement s’annonce compliqué : 76% des candidats sont des hommes, 24% des femmes.

Pire, en Lozère, 9 candidats et pas une seule femme. Pourquoi ? Nous leur avons posé la question : «On ne s’est pas posé la question de si c’était une femme ou moi, on a souhaité quelqu’un qui est connu des grands électeurs» explique François Gaudry, candidat de la France insoumise. Le député sortant LREM l’affirme, pour lui «le combat n’est pas terminé, c’est personnel, ça n’a rien à voir avec l’équilibre homme/femme».

Les communistes ont bien tenté d’investir une femme mais… «les camarades m’ont proposé le poste, mais j’ai refusé. Je n’ai pas le temps, j’ai une vie de famille, un travail…» explique Delphine Lepetit, candidate suppléante PCF-EELV, mère de deux jeunes enfants.

La plupart des candidats l’affirment la parité, c’est important… enfin on verra ça au prochain renouvellement.

Une info en plus...

Outre les doubles listes de la Manche, les candidats de droite ont trouvé une astuce pour outrepasser l'obligation de parité. Ils se présentent en tant que candidat indépendant, malgré leur adhésion à un parti présentant déjà une liste.

Quand des détenus peuvent ouvrir une cellule en une minute top chrono…


En prison, on croyait que les serrures, c’était du solide. A l’oeil du 20H on a regardé à travers. On a découvert que pour ouvrir les cellules, les clés sont parfois accessoires. C’est une vidéo étonnante, apparue, il y a 4 mois sur internet. Des détenus de la prison d’Osny, se filment, dans le couloir, en train de crocheter la serrure d’une cellule. Un détenu ouvre une cellule en une minute à l’aide de fil de fer. A cause de cette vidéo, ces détenus ont été condamnés, hier, à des peines supplémentaires de 5 à 7 mois de prison ferme.

Pourquoi cette serrure est-elle crochetable ?

Nous sommes allés à la maison d’arrêt d’Osny. 937 détenus. Dans cette prison travaille un surveillant qui accepte de nous répondre, à condition de rester anonyme : “C’est un établissement qui a plus de 25 ans, à force d’ouvrir et de fermer les cellules, le mécanisme s’use”. L’usure permet de crocheter des serrures. Selon des surveillants, d’autres prisons sont concernées. A Grasse. 707 détenus. L’un d’entre eux a ouvert une cellule devant un surveillant. A Argentan aussi. 554 détenus. Un surveillant nous le confirme : “Quand je suis arrivé en 2010, il y a deux détenus qui m’ont montré en direct comment faire. On avait fait des remontées d’informations à l’époque et depuis rien n’a changé".

Et les prisons neuves de haute sécurité ?

Impossible de crocheter les serrures, pensez-vous ? Vendin le Vieil, 96 détenus. Il y a 3 ans, avant son ouverture de la prison, un surveillant constate des failles et alerte sa hiérarchie. L’administration envoie un huissier. Devant lui, l’agent, avec des fils de fer ouvre toutes les portes. Une à 3 minutes par serrure suffisent.

L’administration pénitentiaire décide tout de même de mettre en service la prison. Pourquoi ? “Toute serrure est potentiellement crochetable mais nous ce n’est pas crochetable de l’intérieur. Les problèmes constatés au niveau des serrures ne peuvent (...) constituer un risque majeur d’évasion”, assure l’administration pénitentiaire. C’est vrai, il n’y a pas eu d’évasion mais le problème, c’est surtout la sécurité des surveillants : “Les risques sont qu’un détenu ouvre plusieurs cellules, ce qui fait qu’on pourrait avoir un attroupement de plusieurs détenus et créer un incident majeur”, s’inquiète Stéphane Barraut, surveillant et secrétaire général adjoint de l’UFAP-UNSA.

L’administration pénitentiaire dit avoir changé quelques serrures, à Osny et à Grasse. On a contacté le fournisseur, mais sa parole est cadenassée. Impossible pour nous de la crocheter.

 

Maths : un exercice sur des... migrants !

 

En mathématique, pour faire des calculs, les profs utilsent des cas concrets, le rendement de l’argent, la vitesse des voitures, la rentabilité d’une ferme. Mais dans un manuel de terminal, il y a une autre unité de mesure…  les migrants !

Voici l'exercice qui fait polémique :

Sur les réseaux sociaux, cet exercice a provoqué des centaines de commentaires, et certains professeurs sont indignés, comme Roger Mansuy, professeur de mathématiques : Quel mauvais goût ! Pourquoi utiliser les réfugiés, des gens qui fuient un malheur, pour faire des maths ? Ok, on a besoin de contextualiser, ok, on a besoin de rendre concrètes les maths pour les élèves, mais y-a peut-être des choses plus intéressants à dire”. Comment l’éditeur a-t-il eu une telle idée ? Il y a deux jours, il se justifie : “Les programmes actuels encouragent (...) l’ouverture sur d’autres thématiques. C’est ce que avons souhaité appliquer dans cet exercice en prenant un exemple d’une population qui croit régulièrement en lien avec un sujet d’actualité : la question des migrants fuyant la guerre.”

Face au tollé, hier, l'éditeur publie un nouveau communiqué. Cette fois, il s’excuse et promet de retirer les livres de la vente.

Mais, n’y a-t-il personne qui contrôle les manuels scolaires ?

Nous avons posé la question à l’organisme chargé de faire les programmes à l’éducation nationale : Le ministère n’a pas de droit de regard sur ce que produisent les éditeurs qui sont des éditeurs privés (...) L’éditeur s’auto-contrôle”

Dans l’exercice, tous les migrants arrivent sains et saufs sur l’île…L’éditeur a dû oublier que des milliers de réfugiés ont péri l’année dernière en tentant de traverser la méditerranée.

Saint-Tropez : les bonnes affaires de l’église !

Scandale à Saint-Tropez. Des stars, du chic, du choc ?
Pas du tout. L’Eglise ferait des affaires immobilières sur le dos de ses fidèles !
L’oeil du 20h a pris son bâton de pèlerin pour mener l’enquête

C’est l’histoire d’une quête que les paroissiens ont du mal à digérer.

Il y a 10 ans pour rénover le vieux presbytère, l’Eglise fait appel à la générosité des Tropéziens. Recette : 391 000 euros !
Dans la maison défraîchie, tout est refait à neuf ! 96 000 euros de maçonnerie 88 000 euros de peinture ou encore 35 000 euros d’électricité.
Mais la semaine dernière dans le plus grand secret, l’évêché vend le presbytère pour 8 millions et demi d’euros !

Les donateurs ont comme l’impression que l’Eglise s’est fait de l’argent grâce à leur générosité. Mais ce qui les agace le plus : c’est que l’ancien presbytère était en plein centre-ville : le nouveau
acheté par l’évêché grâce à une autre donation, sera… bien loin de l’Eglise, ce sera ce bâtiment - difficilement accessible. Mais à qui le presbytère a-t-il été vendu ?

Coup de chance l’acheteur est en ville ce matin-là.
Un homme d’affaire belge spécialisé dans…. les centres commerciaux, ravi de son affaire. Au rez de chaussée, il devrait installer un magasin. mais l’homme est tout de même soucieux du qu’en dira-t-on.
Il a rencontré le leader des Tropéziens en colère : Serge Astézan.
A l’heure de la messe, nous sommes allés annoncer la nouvelle de la vente aux paroissiens qui sont outrés ! Le prêtre qui va devoir déménager n’a pas le droit de s’exprimer mais il nous a donné sa bénédiction.

Contacté l’évêché nous répond qu’il avait besoin d’argent. Ca tombe bien à Saint-Tropez, l’immobilier est toujours aussi coté !

Crèches: 500 millions d’euros non utilisés !

C’était une promesse du gouvernement Hollande, en 5 ans, il y aura « 100 000 places supplémentaire en crèches», déclarait le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Mais quatre ans après, seule la moitié des places a été créée et pourtant il y avait 500 millions d’euros disponibles ! Aberrant ? L’œil du 20h vous explique pourquoi.

L’année dernière, les caisses d’allocations familiales avaient 5,9 milliards d’euros à investir notamment dans la construction de crèches. Surprise, à l’heure des comptes, 500 millions d’euros n’ont pas été dépensés !

Pourquoi? Parce que depuis deux ans, des projets de crèches tombent à l’eau. Rien qu’en Seine-Saint-Denis par exemple : 39 ont été repoussés et même abandonnés en 2016.

C’est le cas à Tremblay en France. Ici, en moyenne, seule une famille sur 4 réussit à obtenir une place en crèche. La mairie avait bien envisagé d’en construire une nouvelle – 30 berceaux - avec l’argent de la commune et l’aide de la CAF, le terrain était identifié dans un quartier pavillonnaire, mais en fin d’année, coup de théâtre, la mairie abandonne le projet. Elle n’a plus les moyens de le financer. « Au moment où le projet était sur le point d'être réalisé, nous avons appris une réduction des dotations de l'Etat qui sont passées de 4,4 millions à 2,2 millions d'euros pour la ville. Et la suppression de l'aide du conseil départemental qui représentait 500 000 euros par an pour le fonctionnement » explique Mathieu Montes, adjoint au maire de Tremblay-en-France.

Résultat: si la commune ne finance plus, l’argent de la CAF n’est pas débloqué, la crèche n’est pas construite. Et c’est la même histoire dans de nombreuses villes.

Combler le déficit

Mauvaise nouvelle pour les familles, mais pas pour l’Etat! D’après le programme de stabilité 2017, le gouvernement pourrait utiliser une partie du budget non utilisés pour les crèches, près de 300 millions d’euros, pour réduire le déficit de la sécurité sociale.

La CNAF et l’Etat doivent négocier un nouveau budget crèches pour les 5 prochaines années. Ceux qui en profiteront ne sont pas encore nés.

Pour aller plus loin:
Rapport 2016 de l’Observatoire national de la petite enfanceLe budget initial du Fonds national d’action social (Fnas) 2017

Irma: intox et polémiques

Depuis le passage d’Irma, au milieu des images de désastre, des intox et des polémiques! Certains auraient même vu passer des requins volants dans l’ouragan… L’œil du 20h démêle le vrai du faux.

Alors qu’il y a des pillages à Saint Martin, côté français, Gilbert Collard, député apparenté FN du Gard, affirme: “regardez dans la partie hollandaise, il n’y a pas de pillage, la sécurité est assurée!" Faux! Malgré la présence de l’armée dans les rues, il y a bien eu des pillages dans la partie néerlandaise de l’île. C’est même le Premier ministre qui le dit: ”malheureusement, il y a eu quelques pillages”, regrette William Marlin.

Eric Ciotti dénonce lui l’impréparation de l’Etat: “Je trouve que l’anticipation n’a pas été à la hauteur! Le cyclone était déjà passé aux Etats-Unis, donc on connaissait l’ampleur de la catastrophe” Le député Les Républicains doit confondre avec un autre ouragan car Irma est arrivé de l’est, il est passé sur les Antilles, avant de frapper le sud des Etats-Unis. Quant à la gestion de la crise, le ministère de l’outre-mer se défend: “Nous avons projeté plus de 130 hommes avant le cyclone, mais il ne faut pas oublier qu’il y avait quand même ici plus de 360 personnes qui travaillaient déjà ici”, annonce Brice Blondel, directeur adjoint de cabinet.

Autre polémique: une pétition en ligne accuse Air France d’augmenter ses tarifs pour les vols Pointe-à-Pitre-Paris et de faire payer “entre 1150 euros et 3500 euros un aller simple". La pétition a récolté plus de 76 000 signatures! Mais nous avons fait le test, et ce matin la compagnie proposait en réalité des tarifs réduits autour de 300 euros pour les rapatriements.

Enfin certains se sont amusés à créer de fausses infos! Sur l’écran de ce qui ressemble à un site d’information, un titre “des requins dans Irma”! Transportés par l’ouragan! Non cela n’existe pas! Il s’agit d’un montage réalisé sur un site internet, on peut écrire ce qu’on veut - nous, on a choisi de faire voler des éléphants - et ça a l’air presque… vrai!

Et encore, on ne vous a pas tout dit: non l’armée américaine n’a pas créé Irma!

L'accord secret entre l'Etat et les sociétés d'autoroutes


Des hausses de prix aux péages jusqu’en 2023. C’est ce que contient un accord secret conclu entre l’Etat et les sociétés d’autoroutes. Un accord jamais rendu public. Mais au détour d’un péage, il a atterrit sur notre tableau de bord. Evidemment, on a regardé.

En 2015, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie et Ségolène Royal ministre de l’Ecologie s’attaquent aux tarifs des péages : “il faut rendre aux automobilistes un peu d’équité tarifaire" annone Ségolène Royal sur BFM TV en décembre 2014. Emmanuel Macron confirme que le gel des tarifs est acquis pour 2015.

Un gel des tarifs pour 2015, aussitôt attaqué en justice par les sociétés d’autoroutes. Après négociation avec leurs représentants, l’Etat finit par signer un accord, une sortie de crise. Mais à quelles conditions ?

A Grenoble, un ancien élu écologiste se bat pour le savoir. Depuis deux ans, il demande la publication de cet accord. En 2016, le tribunal administratif lui donne raison en enjoignant "le ministre de l’Economie de communiquer à Raymond Avrillier dans un délai de trois mois l’accord conclu le 9 avril 2015 entre l’Etat et les sociétés d’autoroutes."

500 millions d'euros à la charge des automobilistes

Mais le ministre de l’Economie refuse de communiquer l’accord et saisit le Conseil d’Etat. Cet accord, nous l’avons obtenu. Il est signé par Emmanuel Macron et Ségolène Royal. Voici donc ce que décrochent les sociétés d’autoroutes. Elles s’engagent à financer 3,2 milliards de travaux sur 10 ans. En retour, elles obtiennent :

  • Une stabilité fiscale
  • Une clause pour allonger la durée des concessions

Et surtout, écrit noir sur blanc, pour compenser le gel des tarifs en 2015 des "hausses de tarifs additionnelles (...) chaque année de 2019 à 2023". Un rattrapage étalé sur quatre ans. Et au final, les automobilistes devraient même payer plus cher qu’initialement prévu. C’est l’Arafer, une autorité indépendante de contrôle, qui l’a calculé dans ce rapport. Selon elle, le surcoût est de 500 millions d’euros à la charge des automobilistes. Un chiffre que les sociétés d’autoroutes contestent.

Qu’en pense Ségolène Royal, signataire de l’accord ? "Il y a un arbitrage avec le ministère des Finances. Appelez le ministère des Finances, j’étais contre. Vous avez eu cet accord signé de ma main ? Je ne crois pas." Pourtant, c’est bien la signature de l’ancienne ministre qui figure sur l’accord. Comme suggéré par Ségolène Royal, nous avons contacté le ministère des Finances. Pas de réponse.

Mais pourquoi un tel accord ? Nous avons posé la question aux sociétés d’autoroutes : "l’Etat a bloqué les tarifs à l’occasion de la hausse prévue au 1er février 2015. Cette mesure est contraire aux contrats, elle est illégale. L’Etat a donc été contraint d’en compenser les effets."

Alors, en a-t-on fini avec l’augmentation des péages ? Pas vraiment, de nouvelles hausses sont déjà prévues. Mais désormais, l’Etat a chargé l’Arafer, l’autorité de régulation, de contrôler les sociétés d’autoroute. En janvier dernier, elles annoncent un plan de travaux de 803 millions d’euros sur l’ensemble du réseau. Des bretelles d’accès, de nouveaux péages, la rénovation d’aires de repos financé en majorité, par de nouvelles hausses de tarifs.

350 millions surestimés 

Selon l’Arafer, les coûts des travaux sont surestimés par les sociétés d’autoroutes. Voici ce que nous confie un des responsables : "Sur les 800 millions d’euros, il y a 87 millions qui sont des opérations qui figuraient déjà dans les accords initiaux. Il n’y a pas à faire payer l’usager une deuxième fois pour ces investissements qui sont une obligation contractuelle." En plus, 350 millions d’euros de travaux seraient surévalués. Prenons par exemple, les aires de covoiturage. La société d’autoroute Paris-Normandie qui gère l’A13 évalue le coût de construction d’une place autour de 7 000 euros. Est-ce le bon prix ?

Pour estimer le coût d’une installation de ce type, nous sommes allés dans l’Eure. Ici, c’est le département qui a fait construire cette nouvelle aire de covoiturage. Ça lui a coûté beaucoup moins cher. “Ça varie entre 2 500 et 3 500 euros mais en moyenne sur nos 400 places de covoiturage, on est à 3 000 euros", nous confie le vice-président du département. Nous avons contacté l’association des sociétés d’autoroute. Concernant les conclusions de l’Arafer, elle nous renvoie vers le gouvernement.

Ce dernier suivra-t-il les avis de l’autorité de régulation ? Ils ne sont que consultatifs. Pour Hervé Maurey, sénateur de (UDI) de l'Eure, l’Etat serait bien inspiré de le faire. "Ce qui a été découvert par l’autorité notamment sur des coûts qui paraissent surprenants n’est pas acceptable, là-aussi il faut de la transparence pour connaître la réalité des coûts et faire en sorte que tout cela soit beaucoup plus équitable et transparent que ça ne l’est aujourd’hui."

Le ministère des Transports doit maintenant se prononcer. A lui de valider ou non le montant des travaux annoncés par les sociétés d’autoroutes. Nous l’avons contacté, sans succès.

Service civique, le nouvel emploi précaire ?

Le service civique c’est aujourd’hui 92 000 jeunes engagés pour aider les autres, au service de la société, une mission qui a tout pour faire rêver les 16-25 ans. Mais sous couvert de solidarité une autre réalité, certaines organisations abusent de ces bonnes volontés.

En Seine-Saint-Denis nous avons rencontré Adelie, volontaire. A 19 ans, avec son association «les enfants du canal », elle s’occupe des familles dans un campement, à Stains. Elle les aide dans leurs démarches administratives, et elle suit la scolarisation des enfants. 9 mois à soutenir ces familles défavorisées, pendant 25h par semaine pour 573 euros par mois.
Bref ! Tout ce dont rêvait François Hollande, grand défenseur du concept qui précisait quand même que : “le service civique n’est pas un emploi (…) c’est une mission”

Très loin de ce qu’a vécu Marie, une volontaire dans une association culturelle. Dans son cas la charte du Service Civique est très claire. Le volontaire peut “avoir un rôle de médiateur, accompagner la mise en place d’événements culturels” en revanche il ne peut pas s’occuper “des relations publiques, des relations presse ou de l’administration”… Et c’est pourtant ce qu’on lui demandait ! Et par ailleurs, son contrat prévoyait 24h de travail par semaine. Elle faisait plus de 35 h toujours pour 573 euros par mois

Et ce n’est pas un cas isolé.
Dans son syndicat ASSO, Florian défend les jeunes précaires. Sur internet, il compare les offres du service civique aux annonces d’emplois. Il nous montre une offre d’emploi pour un conseiller en insertion professionnelle et une mission de service civique, sensiblement similaire, sauf que le salaire lui, est différent. L’emploi est rémunéré 1800 euros net par mois c’est
3 fois plus que l’indemnisation du volontaire.

Alors l’agence du service civique est-elle assez vigilante dans la sélection des missions qu’elle propose ? Son directeur promet des contrôles renforcés. Objectif pour 2017 : 60 000 volontaires de plus ! Ca fera beaucoup de travail euh… de missions !

400 000 normes en France… parfois absurdes !

Ils l’ont tous promis. De Jacques Chirac à Emmanuel Macron en passant par Nicolas Sarkozy et François Hollande, tous ont juré de faire la chasse aux normes.
Mais l’administration continue d’en produire, encore et toujours… plus de 400 000 en tout !
Et certaines sont absurdes.

L’un des secteurs qui croule le plus sous la réglementation, c’est l’agriculture.
Charles Monville, éleveur de volailles bio au sud de Paris, vend ses produits directement aux consommateurs. Mais en août 2014, le ministère de l’Agriculture a pondu une nouvelle norme dans un arrêté : pour continuer à faire de la vente directe, il doit élever "un effectif total de poules pondeuses inférieur ou égal à 250".

Il en possède donc tout juste 249 ! Deux de plus et ça lui coûterait très cher : “Au-dessus de 250 poules pondeuses, je suis obligé de monter un sas de conditionnement pour ramasser les œufs, un sas d’hygiène", explique-t-il. "J’aurais un investissement de 10 000 € à faire. C’est une obligation réglementaire." Résultat : Charles ne développe pas son activité.

Mais au fait, pourquoi cette norme de 250 ? Au ministère de l’Agriculture, on répond “principe de précaution” pour éviter les maladies. Mais pour Christophe Hugnet, vétérinaire et expert auprès des tribunaux, ce chiffre n’a aucun sens. "Le risque n’est pas lié au nombre, il est lié à d’autres facteurs comme la présence de rongeurs. Entre 300 et 600, jamais personne n’a démontré qu’il y avait une différence."

"C'est la poche d'eau qui fait déborder le vase !"

Ces normes absurdes peuvent même faire démissionner un maire ! C’est ce qui vient de se passer à Cormolain, 400 habitants au cœur du Calvados. Depuis le début de l’année, c’est la loi : les maires doivent installer des bouches à incendie à exactement 400 mètres maximum, pas plus, de chaque maison. A Cormolain, il en faudrait une vingtaine. Coût total : près de 500 000 €, soit 25 fois le budget annuel de la commune.

Le désormais ex-maire, Jean-François Poulet, a baissé les bras. "Je me doutais que j’allais avoir des trucs comme ça, mais celle-ci c’est la poche d’eau qui fait déborder le vase !", affirme-t-il avec amertume. "J’ai pas envie de faire le Don Quichotte non plus. Me battre contre des moulins comme ça… C’est trop lourd !"

D'ailleurs les pompiers eux-mêmes admettent que les incendies sont rares dans le département, et qu’un camion-citerne suffit pour éteindre 80% des feux.

Nous avons montré ces normes à Alain Lambert : l’ancien ministre du Budget de Jacques Chirac est chargé de les évaluer. "Tout ça est absolument absurde", juge-t-il. "Mais l’idée derrière tout ça, c’est de transférer la responsabilité aux maires. Donc le haut fonctionnaire qui est dans sa soupente à Paris se dit : “Je vais écrire ça, c’est plus le gouvernement qui sera responsable, c’est le maire.” On se blinde juridiquement."

Le gouvernement Philippe a-t-il pour autant la solution ? Au cœur de l’été, le Premier ministre a publié une circulaire pour demander aux ministères de faire la chasse aux normes. Comment ? Pour chaque norme publiée, deux doivent être supprimées. La fabrication des lois sera aussi mieux encadrée. Mais pas certain que cela suffise : ce sont surtout les administrations qui produisent des normes, pas nos élus.

Contacté, l’entourage du Premier ministre ne fait pas de commentaire. Et le ministère de la Simplification créé par François Hollande ? Ah c’est vrai : il a été supprimé.

Le canal Seine-Nord : toujours promis, jamais construit !


Dans les Hauts de France, ça fait près de 40 ans qu’on l’attend : le canal Seine-Nord. Mais pour l’instant, ce n’est qu’un mirage. L’oeil du 20H vous raconte l’histoire d’un projet de canal qui rame depuis des décennies. Le futur canal Seine-Nord devrait être de 107 km de long entre Compiègne et Cambrai. S’il voit le jour, les bateaux pourront relier Paris au nord de l’Europe.

Un canal toujours promis, jamais construit.

“J’ai donné des instructions dans le but d’avancer aussi vite que possible”, disait Alain Juppé, en 1995. En 2011, Nicolas Sarkozy aussi promettait d’aller vite : « Une fois qu’on l’aura réalisé, tout le monde dira, oui c’est évident. On demandera d’ailleurs pourquoi on a attendu aussi longtemps”. Puis au tour de François Hollande en 2017 : « Nous lançons officiellement le canal. ”

Ce futur canal est très coûteux : 4,5 milliards d’euros, mais utile à en croire ce député. Il permettra de développer l’activité économique, dans une des régions les plus touchées par le chômage. Guy Bricout, député Les Constructifs, est consterné par la lenteur de l’Etat : “Je trouve ça absurde. Ou la première étude dit que le projet n’est pas viable, et puis on s’arrête. Mais là on a continué. On a acheté des terrains. On a fait des fouilles archéologiques, ça veut dire que le projet était bien lancé déjà. C’est un formidable un gâchis, je ne comprends pas". L’Etat a déjà dépensé de l’argent publique pour ce canal. Par exemple, les études : 118 millions d’euros. Les fouilles archéologiques : 37 millions. Ou encore les travaux : 22 millions. Total : 235 millions d’euros.

L’Etat a même commencé à acheter des terres qui sont sur le tracé du canal. Le bar-tabac et la maison de Dominique Denoyelle par exemple, rachetés 343 000 euros. Le projet étant incertain, la vente a duré 5 ans. Cette attente a été compliquée pour elle : “Mon projet d’avenir était en stand by. Il évoluait en même temps que le canal, de temps en temps, il remontait, de temps en temps, il coulait. On est parqués et on attend de savoir à quelle sauce on va être mangés. Et bien oui, on est victimes".

Cette lenteur est-elle de l’histoire ancienne ?

Emmanuel Macron, alors candidat a lui aussi, fait une promesse : “Je confirme les trois grands projets en cours : le Bordeaux Toulouse, le Lyon Turin, et le canal Seine-Nord”. 4 mois plus tard, visiblement, la priorité n’en est plus une. “On fait une pause, et on va regarder au cas par cas”, affirmait Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, en juillet 2017, La raison de cette pause ? L’argent ! Selon le gouvernement, il manque 700 millions d’euros pour financer la construction du canal. Bref, ce projet risque de ramer encore longtemps.