Italie : le travail d'éboueur au pas du mulet

C'est un village perché sur une colline, à 50 kilomètres de l'effervescence de Rome. Un de ces villages italiens de carte postale, avec ses maisons en pierres, ses toits de tuiles brûlés par le soleil et ses rues étroites colonisées par des dizaines de chats. Ici, la modernité n'a rien grignoté au charme de l'ancien. Les rues d'Artena, très étroites, ne s'arpentent qu'à pied. Alors, pour ravitailler les magasins, bars et restaurants mais surtout pour le ramassage des déchets, il n'y a qu'une seule solution : les mulets.

Une tradition séculaire et vitale

Le bruit de leurs sabots résonne dès sept heures du matin ; il est accompagné de la voix de deux hommes, Emilio Bucci, le père, et Francesco Bucci, son fils. Tous les jours, ils traversent Artena et ramassent les poubelles des habitants pour les apporter au pied du village.

Le principe est simple : chaque jour correspond à un type de déchets (plastique, verre, ménager etc). Cette tournée, basée sur la proximité entre les villageois et les muletiers, a permis au village d'atteindre 86 % de valorisation de ses déchets, un record en Italie. "Sans eux, le village mourrait" confie un habitant du village. Francesco Bucci a repris l'activité de son père il y a cinq ans. "J'ai fait des études en ville, mais j'ai compris que si je ne reprenais pas l'activité, personne ne le ferait. La vie ici deviendrait trop dure, et tout le monde partirait". 

Le père et le fils sont salués tout au long de leur trajet, une vingtaine de kilomètres au quotidien. Dix pour descendre les déchets jusqu'au bas du village, dix pour remonter les denrées alimentaires et ravitailler les magasins du centre. "Sans eux, je mets la clef sous la porte, précise en riant la gérante de l'épicerie, ils travaillent bien, même si aujourd'hui ils sont en retard". Reportage d'Alban Mikoczy, Manuel Chiarello, Sonia Boudjamaa, Saada Soubane et Valérie Parent.

L'info en + : les ânes et les mulets d'Artena appartiennent à la famille BucciLorsqu'ils sont trop vieux pour travailler, ils terminent leurs jours dans une pension de retraite, à la campagne.

  

A lire aussi