De l'extrême gauche à l'extrême droite, le paysage politique part en lambeaux

Un bureau de vote (BEN STANSALL / AFP)

"Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés..." A l'instar des "animaux malades de la peste" (La Fontaine), l'arc des partis politiques français, de l'extrême gauche à l'extrême droite, est atteint d'un mal qui peut être mortel : la décomposition. L'un après l'autre, jour après jour, chacun en donne un exemple plus ou moins frappant, plus ou moins spectaculaire. Le paysage politique part en lambeaux. Avant une recomposition ? La nature a horreur du vide...

Les derniers à faire le spectacle sont les écologistes du mouvement EELV (Europe écologie - Les Verts). Ils se disputent l'affiche du déchirement interne avec les socialistes dont le parti (PS) tente, tant bien que mal sous la direction de son premier secrétaire, maître ès-synthèse, Jean-Christophe Cambadélis, de sauver son unité. Mais dans un cas comme dans l'autre, elle est de moins en moins assurée et de plus en plus de façade. Cette fois, les socialistes ont choisi les 35 heures, totem de la gauche et prétexte du jour, pour s'étriper comme ils savent si bien le faire.

A une poignée d'heures d'intervalle, les présidents du groupe écologiste de l'Assemblée nationale et du Sénat, François de Rugy et Jean-Vincent Placé, ont donné leur démission de leur parti. C'est probablement la première fois dans notre histoire parlementaire que les présidents du même groupe dans les deux assemblées quittent simultanément leur formation politique. Cela pourrait même poser un problème plus embêtant pour EELV s'il venait à l'idée de Placé de rejoindre un autre groupe ou les non-inscrits : le groupe écologiste ne compterait plus que 9 sénateurs et il ne serait donc plus un groupe au regard du règlement de la Chambre haute.

De la "dérive gauchiste" aux "fronts de libération nationale"

Trois mois avant les régionales, entre Rugy et EELV, "c'est fini" car il considère que le parti vert est engagé dans "une dérive gauchiste". Le futur ex-patron des députés écolos dénonce ainsi les alliances électorales qui se nouent avec le Front de gauche. Placé considère, lui, qu'EELV est devenu "un astre mort" qui donne "une vision caricaturale et politicienne de l'écologie". Pour parler franchement, la caricature et les manoeuvres d'appareil ont toujours été des spécialités des Verts, tout au long de leur histoire. La vraie question, aujourd'hui, porte sur le choix entre la marginalité et l'ouverture.

Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon s'est félicité de ce double départ, en espérant un prolongement de la fracture politique jusqu'au sein du PS pour en détacher les éléments dits droitiers. Cela dit, l'ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle de 2012 n'est pas le mieux placé pour fanfaronner en matière de rassemblement à gauche. Les relations politiques sont si distantes entre le Parti de gauche, le sien, et le PCF de Pierre Laurent que les deux formations font leur rentrée séparément. Elles s'opposent sur les rapports électoraux avec le PS.

A la gauche de la gauche, cette question des alliances a été projetée crûment sur le devant de la scène par l'économiste hétérodoxe anti-euro, Jacques Sapir. Auteur d'un exercice de contorsionnisme, il se prononce en faveur de la création de "fronts de libération nationale" regroupant tous les opposants à la monnaie unique dans chaque pays d'Europe. Pour ce qui concerne la France, il présente comme une évidence "la question de la présence, ou non, dans ce «front» du Front National ou du parti qui en sera issu", en précisant "il ne sert à rien de se le cacher". Cette effarante dérive a suscité une levée de boucliers chez ses propres amis politiques.

Pour la droite, l'enjeu est sa capacité de résistance au FN

Le parti d'extrême droite, qui a le vent en poupe dans les sondages et dans les urnes, n'est pas exempt, lui aussi, de dissensions internes. Elles se matérialisent à travers la querelle entre les Le Pen, père, fille et nièce puisque le FN est aussi, et principalement, une affaire familiale. Exclu du mouvement qu'il a confondé en 1972, Jean-Marie Le Pen - "le FN, c'est moi, dit-il - est utilisé par Marine Le Pen comme repoussoir, sorte de preuve de l'entreprise de "dédiabolisation" du parti qu'elle conduit sans changer son programme d'un iota.

Cette "dédiabolisation" est de pure forme et elle met en évidence des divergences au sein de la famille. Si Le Pen fille justifie une exclusion "inéluctable", son compagnon, Louis Aliot, a voté contre et Le Pen nièce était opposée au vidage de son grand-père. Ces prises de position relativisent considérablement le changement que la présidente du Front dit implicitement vouloir impulser par rapport aux sorties, nombreuses et abjectes, de son père sur le terrain de l'antisémitisme ("les chambres à gaz, détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale") ou de la "Collaboration" (glorification de Pétain).

La menace de sa venue à l'Université d'été du FN (5 et 6 septembre, à Marseille) inquiète les cadres qui se passeraient bien d'images négatives de la discorde. La discorde ouverte, justement, elle n'a pas encore éclaté chez "Les Républicains" mais elle affleure dans la bataille médiatique que trois des protagonistes de la primaire de 2016 à droite et au centre - Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon - se livrent depuis plusieurs mois. Si Fillon ne parvient pas à sortir du "trou noir" politique dans lequel il se trouve, le combat va se réduire à un duel entre deux lignes politiques antagonistes. Certes, elles seront de droite mais elles seront soumises à la pression de l'extrême droite. L'enjeu portera alors sur la capacité à y résister... ou à faillir !

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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