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Le mouvement des gilets jaunes vu et décrypté par la presse américaine

Ce samedi 8 décembre, les gilets jaunes passaient à l'Acte 4. Un quatrième week-end de contestation que la presse américaine a suivi de très près. Pour les États-Unis, le rassemblement initialement engendré par la hausse des taxes sur le carburant, est plus largement devenu un mouvement anti-gouvernement.

Le Boston Globe retient la violence, les barricades et les gaz lacrymogènes utilisés par la police pour « contrôler la foule ». « La tactique policière, cette fois plus agressive, a montré un changement de stratégie par rapport aux semaines précédentes ». Vu d'outre-Atlantique, l'ambience qui règne à Paris s'apparente bien à une guerre civile : « Nombreux sont les habitants de quartiers aisés à avoir quitté quitté la capitale par précaution ».

Pour The New-York TimesParis brûle et se souvient des violentes manifestations de mai 1968. D'après le quotidien, « Emmanuel Macron, affublé du surnom de "Président des riches", et son gouvernement, doivent accorder une plus grande attention à la France périphérique, celle qui ne vient ni de Paris ni des grandes villes ». 

Stephane Mahe/REUTERS

Le journal s'attarde ensuite sur le rôle des réseaux sociaux à l'heure des grands rassemblements : « Le pouvoir qu'ont les réseaux sociaux de faire monter rapidement une colère généralisée, sans aucun mécanisme de dialogue ou de retenue, constitue un danger auquel une démocratie libérale ne doit pas céder. (...) Emmanuel Macron et le Parlement ont été élus démocratiquement. Les réformes qu’ils poursuivent, tant en France que dans l’Union européenne, étaient ce qu’ils avaient ouvertement promis lors de ces élections et c'est ce dont la France avait besoin », conclue le New-York Times.

Cette analyse rejoint en partie celle du Boston Globe : « Le mouvement du gilet jaune ne suivant aucune direction claire, personne ne savait réellement ce qu'il allait se passer samedi. Des milliers de personnes discutaient de leurs opinions sur une myriade de pages Facebook. Les vidéos de la police attaquée par les manifestants d'un côté, et celles des violences policières contre les manifestants de l'autre, ont alimenté de nouvelles tensions ». 

Une crise nationale 

Dans un article de Penn Live, média basé dans l'État de Pennsylvanie, on s'interroge sur comment le mouvement social a pu se transformer en une grande crise nationale. La genèse du mouvement trouverait sa source dans l'Histoire des mouvements protestataires français : « En France, la révolte de travailleurs a une longue histoire. Les révolutions de 1830 et 1848, la Commune de Paris en 1871, la grève générale d’août 1944 qui a contribué à libérer Paris des Nazis, mai 1968... : En France comme nulle part en Europe, descendre dans la rue pour protester est une tradition (...)  Quand les casseurs incendient des voitures et cassent des pavés dans les rues, ils imitent  l'occupation « soixante-soixante-huitarde » de la Sorbonne ». 

Jeff J Mitchell/Getty Images

Mais même si le mouvement social a conduit à une crise nationale d'envergure, Penn Live ne prédit aucune amélioration avant une meilleure organisation du mouvement des gilets jaunes : « Macron et son gouvernement sont certainement en grande partie responsables de la crise politique actuelle. Mais le slogan fédérateur des gilets jaunes, « Macron démission », ne propose qu'une solution simpliste à l'ensemble complexe des défis d’autant plus urgents que le réchauffement climatique ». 

Révolte de la classe ouvrière 

« Pourquoi les gilets jaunes continuent-ils de manifester en France ? Son nom est Macron » titre le Washington Post« Ce qui a commencé par une opposition à une taxe sur le carburant destinée à freiner le changement climatique est devenu une révolte de la classe ouvrière contre Macron, dont la côte de popularité atteint des bas sans précédent », relate le journal, avant de dresser un parallèle avec l'Amérique : « Contrairement aux États-Unis, la France fournit à ses citoyens une quantité généreuse de services sociaux. Le salaire national médian y est d'environ 20 520 euros (23 350 dollars). Certes, le citoyen moyen ne bénéficie pas d’un niveau élevé de revenus disponibles. Aux États-Unis, le revenu personnel médian est légèrement plus élevé, mais sans les vastes avantages offerts par l’État ». 

Stephane Mahe/REUTERS

Un article du New York Times explique enfin pourquoi le mouvement des gilets jaunes est différents des autres mouvements populistes. «La révolte française n’a pas suivi les règles du jeu populiste habituel. Elle n'est attachée à aucun parti politique, et encore moins à un parti de droite. Elle ne se concentre pas sur la race ou la migration, et ces questions ne figurent même pas sur la liste des revendications des Gilets Jaunes. Elle n'est dirigé par aucun leader. Le soulèvement est spontané et autodéterminé. Il s'agit là de l'impossibilité de payer les factures », avant de souligner qu'à Paris, les lieux touchés par les manifestations n'ont pas choisis au hasard : « Ce sont dans les rues commerçantes de luxe, l’avenue Kléber et la rue de Rivoli - symboles insolents du privilège urbain en opposition aux provinces ternes d'où émergent les Gilets jaunes - que les vitres ont été brisées samedi. Les Gilets jaunes repoussent les politiciens et rejettent les socialistes, l’extrême droite, le mouvement politique du président Emmanuel Macron, et tous les autres ». 

À Washington, les américains rendent un dernier hommage à George H.W. Bush

Les drapeaux sont en berne. Vendredi soir, le 41è président des États-Unis, George Bush père, décédait des suites d'une longue maladie. À 94 ans, il détenait le record du président américain le plus âgé de l'histoire. Depuis lundi soir, des milliers d'américains se succèdent et viennent lui rendre un dernier hommage dans l'enceinte du Capitole, où repose le corps de l'ancien président. Ses obsèques auront lieu cet après-midi avant un dernier hommage au Texas, fief éternel de la dynastie Bush.  

À l'extérieur du Capitole, coeur du pouvoir législatif américain, des milliers de personnes venues du monde entier patientent. Au bout des quelques heures d'attente se trouve le cercueil de George H.W. Bush, président des États-Unis de 1989 à 1993. Lundi, il avait quitté le Texas à bord de l'avion présidentiel prêté par Donald Trump, pour recevoir un premier hommage populaire, avant des obsèques nationales en la Cathédrale nationale de Washington. Affaibli par une forme de la maladie de Parkinson, George H. W. Bush se déplaçait depuis des années en fauteuil roulant.

Ce mercredi,  Donald Trump a décrété une journée de deuil national, ordonnant la fermeture des administrations fédérales. Les bourses de New York et de Chicago, qui ont observé un minute de silence lundi, resteront fermées toute la journée. 

 

Un symbole 

"Témoigner de mon respect envers un ancien président est la moindre des choses", confient Paul, de passage dans la capitale fédérale. "Je viens d'Arizona, j'avais prévu ces quelques jours de vacances à Washington depuis longtemps. À l'annonce la mort de George Bush père, j'ai su que j'irai immédiatement lui rendre hommage".

Paul est ému. "Je le respectais beaucoup. Il a fait énormément pour ce pays", explique-t-il, avant de retracer les grandes lignes d'une présidence marquante :  "C'était un excellent président, l'Histoire le montre ! Sans lui, la Guerre Froide aurait pu être dramatique pour les Etats-Unis. Il a fait du très bon travail, main dans la main avec Mikhaïl Gorbatchev. Je vous défie de trouver aujourd'hui des américains comme lui". Aviateur pendant la Seconde guerre mondiale, parlementaire, chef de la CIA et ambassadeur à l'ONU, ses quatre années à la présidence sont entre autre marquées par la première guerre du Golfe. A la tête d'une coalition de 32 pays, il chasse les troupes irakiennes de Saddam Hussein hors du Koweït lors d'une guerre de quelques semaines en 1990. C'est aussi lui qui dirigeait les Etats-Unis, quand le mur de Berlin est tombé en 1989, et que l'Union soviétique s'est effondrée en 1991.

En s'avançant dans la file, on s'aperçoit vite qu'aux États-Unis, George H.W. Bush est un symbole intergénérationnel. Preuve en est, beaucoup de jeunes, qui n'étaient pas encore nés à l'époque où il était président, on fait le déplacement. Jason, 22 ans, est un étudiant chinois fraichement diplômé de la prestigieuse George Washington University. "J'ai appris comme tout le monde le décès du président Bush. Je n'ai jamais vécu un tel moment historique". Même chose pour Julia, 8 ans, venue accompagnée de sa mère : "Un président est mort, je pense que voir le cercueil sera un moment très émouvant" confie-t-elle.

 

 

"Président du peuple"

À l'intérieur du Capitole, l'attente continue. Laurie, et son petit fils Nick, arrivent tout droit du Maryland. C'est elle qui a tenu a emmené le jeune garçon rendre un dernier hommage à l'ancien président : "C'est important qu'il vive cela. il s'en souviendra toute sa vie". Laurie, comme beaucoup, se souvient d'une "très bonne personne, en plus d'avoir été excellent président". Parmi les nombreuses anecdotes qu'elle aime raconter à Nick, il y a celle des débuts militaires de Bush père : "À 18 ans, il a été admis à Yale, mais a finalement préféré s'engager dans l'armée. Il était l'un des plus jeunes de son régiment, et avait tellement peur d'être moqué pour cette raison qu'il demandait à sa mère, qui venait lui rendre visite, de dire qu'elle était plus vieille qu'elle ne l'était afin que lui même puisse mentir sur son propre âge", raconte-elle en souriant.

"C'était un modèle pour tout le monde" continue Laurie. "Il existera toujours des gens qui n'aimeront pas Bush. Mais vous ne pouvez pas nié qu'il fut un homme profondément bon et intelligent". Sa phrase à peine terminée, il est temps pour le duo d'entrer dans la Rotonde du Capitole, où repose celui que Laurie qualifie de "président du peuple". Un lourd silence retenti. L'heure est au recueillement. Longuement, les visiteurs du monde entier s'arrêtent autour de la dépouille. Le cercueil est recouvert du drapeau américain. Avant-hier, c'est à cet endroit-même que George W. Bush et Donald Trump se sont recueillis, avant des obsèques officielles prévue ce matin.

 

Fiers d'être américains 

À la sortie de la Rotonde, l'émotion gagne les américains. "Une fois devant le cercueil, je me suis retrouvé face à toute une partie de notre Histoire", confie Tom. "Le cercueil d'Abraham Lincoln était placé au même endroit en 1865. J'ai pu ressentir toute cette Histoire qui a façonnés les États-Unis d'aujourd'hui". L'homme d'une soixantaine d'année, vétéran de la Guerre du Vietnam , a été impressionné par la forte présence de personnel militaire autour de la dépouille : "De moins en moins de vétérans se présentent aux élections présidentielles. Malheureusement, les traditions se perdent".

Adam, quant à lui, avait 1 an quand Bush père était élu président. "J'ai été élevé dans une famille démocrate. De fait, je n'ai jamais été un grand fan du clan Bush. Mais vous voyez, le monde n'a jamais été aussi divisé qu'aujourd'hui. Et je veux être fier d'être américain. Je suis ici avec des milliers de gens pour honorer un homme qui avait de grandes valeurs morales, qui s'est impliqué à changer le monde et le rendre meilleur".

Dans quelques heures, les obsèques de George H.W. Bush auront lieu en la Cathédrale nationale de Washington. Sa famille, mais également Donald et Melania Trump, Barack et Michelle Obama, et bien d'autres sont attendus. La dépouille s'envolera ensuite vers College Station, une ville du Texas, où le 41è président des États-Unis reposera auprès de sa femme Barbara, décédée en avril dernier. 

Aux Etats-Unis, les assassins homophobes américains peuvent plaider la légitime défense "anti gay et trans"

En devenant le 2e Etat à abolir la "gay-panic defence" (après la Californie en 2014), l'Illinois rappelle que dans la majorité des Etats américains, il est encore possible de plaider la légitime défense pour justifier le meurtre d'une personne issue de la communauté LBGT. 

En août 2013, James Dixon, un habitant de Harlem (New York) de 22 ans, fait du charme à Islan Nettles, une jeune femme transgenre de 21 ans. Mais quand les amis du jeune homme se moquent de lui pour avoir flirté avec une transsexuelle, James s’emporte et massacre Islan à coups de poings, la laissant giser, inconsciente, sur le trottoir. Sept jours plus tard, Islan décède à l'hôpital. James se rend à la police et reconnait les faits. Mais une fois appelé à la barre trois ans plus tard, il plaide non coupable. Ses arguments : sa « virilité » était mise en péril par le genre sexuel de sa victime. Il sera donc jugé pour homicide involontaire et écopera d’une peine très indulgente de 12 ans de prison, au lieu des 17 ans demandés par les procureurs de justice.

Dans l’Illinois, la décision d’abolir le « gay-panic defense » a été adoptée à l’unanimité par les deux chambres du Parlement. Un pas de plus pour la protection des droits des personnes LGBT, dans un pays où une personne transgenre ou homosexuelle est tuée tous les six jours, selon la Coalition nationale des programmes anti-violence (NCAVP). Entre janvier et août 2017, 33 meurtres homophobes ont été commis aux Etats-Unis.

Nicolas Gachon, consultant média spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'université Montpellier 3, explique ce phénomène.

3 questions à Nicolas Gachon, consultant média, spécialiste des Etats-Unis, maître de conférence à l’université Montpellier 3.

Comment expliquer que le « gay-panic defense » existe encore aux Etats-Unis, notamment dans des Etats développés et cosmopolites, comme Washington ou New York ?

N. G. : Il faut du temps pour que les mœurs évoluent, et pour que cette évolution soit entérinée par le législateur dans un contexte politique donné. Cela ne concerne pas uniquement les Etats-Unis, un pays comme l’Australie est également concerné. Le terme « mainstream » est ici éclairant, car tout ce qui n’est pas « mainstream » est par conséquent déviant, donc menaçant. L’être humain a peur de ce qu’il ne connait pas, peur également de sa propre image, et la marche de la civilisation est généralement chaotique et très lente. Faut-il rapper qu’un amendement visant à garantir l’égalité des droits entre les sexes a été introduit dans les années 1920 et qu’il n’a toujours pas pu être ratifié (Equal Rights Amendment) ? Il s’agissait alors, et s’agit toujours, d’égalité entre hommes et femmes.

Est-ce que l’arrivée de Donald Trump au pouvoir risque d’augmenter les crimes envers les personnes issues de la communauté LGBT ?

N. G. : L’arrivée au pouvoir de Donald Trump ne multiplie pas mécaniquement, directement le nombre de crimes envers la communauté LGBT. Cela étant, les dommages collatéraux liés à la propagation, dès la campagne électorale, d’un discours d’exclusion, à portée tantôt racisante, tantôt misogyne est extrêmement anxiogène et propice à toutes sortes de dérives. Le sort de la communauté LGBT est extrêmement représentatif du malaise existentiel qui gagne nos sociétés, sans que cela ait nécessairement toujours à voir avec des questions d’orientation sexuelle. On sait ainsi, par exemple, que les agressions homophobes au Royaume-Uni ont augmenté de 147% dans les trois mois qui ont suivi le vote sur le Brexit. Aux Etats-Unis, par conséquent, la colère et la frustration contre les élites, ce qu’on a qualifié de "backlash" et de "whitelash" peut trouver une expression soudain décomplexée dans le contexte du discours offensif et souvent offensant du 45e président des Etats-Unis. L’augmentation des crimes envers la communauté LGBT est indissociable de l’augmentation de crimes envers d’autres minorités, au premier rang desquels les Africains Américains.

Comment expliquer que ces crimes soient plus visibles aux Etats-Unis qu’en France ? 

N. G. : Comme toutes les victimes ne portent pas plainte, et que la médiatisation est moindre en France par rapport aux Etats-Unis, il est difficile de comparer. Les contextes historiques sont différents, avec des implications idéologiques très marquées aux Etats-Unis puisque la défense des droits de la communauté homosexuelle s’est inscrite à la fin des années 1960. Il y a là un marqueur idéologique très fort pour le Parti républicain, qui a longtemps parlé de « culture wars ». Cela contribue notamment à expliquer le retard pris dans la lutte contre l’épidémie du sida sous l’administration Reagan. Curieusement, d’un point de vue franco-français, les deux catégories, celle des droits civiques et celle des droits de la communauté LGBT, sont historiquement liées aux Etats-Unis. Les Américains utilisent d’ailleurs le terme « hate crimes » pour qualifier les crimes à l’encontre des minorités, qu’il s’agisse d’ethnicité ou d’orientation sexuelle, ce qui rend certaines statistiques moins directement exploitables. Les violences sont en hausse dans les deux pays, de l’ordre de 25% dans les grandes villes américaines en 2017. Les positions de Trump sur le recrutement de soldats transgenres dans l’armée américaine, ainsi que la bataille lancée sur la question des toilettes pour les personnes transgenres compliquent inutilement la situation. S’agissant de l’armée américaine, le « don’t ask, don’t tell » préconisé en son temps par Bill Clinton était bien plus pacifiant.

Emmanuelle Rouillon 

La fin du rêve américain

Mardi dernier, le gouvernement Trump a annoncé la fin du programme Daca, mis en place par Obama en 2012. Cette mesure permettait à des milliers de mineurs arrivés illégalement avec leurs parents sur le territoire américain, de vivre aux Etats-Unis sans risque d'expulsion.

Cette décision de l'administration Trump de fermer le programme Daca (Consideration of Deferred Action for Childhood Arrivals) menace l'avenir de quelques 800 000 jeunes, appelés Dreamers. Pour les prochains 6 mois, aucune nouvelle demande d'immigration de mineurs ne sera examinée par les services d'immigrations américains. Les Dreamers, eux, ne connaitront pas leur sort avant le 5 mars 2018, délai accordé par Donald Trump.

"Pour tous ceux (DACA) qui sont inquiets au sujet de leur condition pour les 6 mois à venir, vous n'avez pas de soucis à vous faire - Pas d'actions" a tweeté le président américain jeudi.

"Nous ne pouvons accepter tous ceux qui aimeraient venir ici, c’est aussi simple que cela. Les Dreamers prennent les emplois des Américains », a déclaré mardi Jeff Sessions, le ministre de la Justice, lors d’une conférence de presse. "Notre plus grande priorité est de réformer le système d’immigration, qui doit améliorer les emplois, les salaires et la sécurité des travailleurs américains et leurs familles" a-t-il ajouté.

Des appels au secours

Des grandes entreprises, telles que Microsoft ou Facebook, se sont liguées pour la défense du programme. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a publié un message sur le réseau social pour apporter son soutien aux Dreamers.

Mark Zuckerberg : "[...] Nous avons besoin d’un gouvernement qui protège les Dreamers. Aujourd’hui, je me joins aux leaders des entreprises de tout le pays pour appeler notre président à continuer d’appliquer le programme Daca."

De son côté, Barack Obama a également posté une tribune sur Facebook, dans laquelle il dénonce une "décision cruelle" contre la mesure qui a permis à des centaines de milliers de jeunes immigrés d'étudier et de travailler aux États-Unis.

Mercredi, le procureur général de l’État de Washington, Bob Ferguson, a annoncé dans une conférence de presse que 15 Etats américains – ainsi que la capitale fédérale de Washington –, porteront plainte contre Donald Trump. Il dénonce également une décision "cruelle et illégale". Parmi les États concernés, ceux du nord-est du pays (Connecticut, Massachussets et Pennsylvanie) mais aussi du sud (Virginie, Coroline du Nord) ou de l’ouest américain (Oregon, Hawaï). La Californie, qui compte le plus grand nombre de Dreamers, n’a pas porté plainte, mais son ministre de la Justice, Xavier Becerra, s’est dit « prêt à aller devant les tribunaux », pour les défendre.

La résistance s'organise 

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses associations se sont mobilisées après l'annonce de la fermeture du programme. Des manifestations ont été organisées à la Maison-Blanche, mais aussi devant l'hôtel international de Donald Trump à Washington.

À Chicago, le maire, Rahm Emmanuel, a pour sa part refusé tout simplement d’appliquer la décision du président américain. Lors d’un discours devant les Dreamers, il a annoncé sa décision de faire de sa ville une zone "anti-Trump" : "Vous êtes les bienvenus dans la ville de Chicago, a-t-il déclaré. C’est votre maison et vous n’avez rien à craindre. Et je veux que vous le sachiez, et que vos familles le sachent. Soyez sûrs que je veux que vous veniez à l’école… et que vous poursuiviez vos rêves"

Emmanuelle Rouillon

John McCain, un électron libre au sein du parti des Républicains

Entré au Congrès américain en 1982, fils et petit-fils d'amiraux, John McCain, 80 ans, est devenu au fil des années un visage incontournable dans le paysage politique américain. En 2008, cet ancien pilote, prisonnier de guerre pendant 5 ans et demi au Vietnam, où il a été torturé, s'était même porté candidat à la Maison-Blanche face à Barack Obama. Ce sénateur de l'Arizona - aux 2,3 millions de followers sur Twitter - est décrit comme inclassable politiquement. Portrait.

"Nous ne sommes pas les subordonnés du Président. Nous sommes ses égaux." Le retour du sénateur républicain dans le monde politique, le visage marqué par une cicatrice au-dessus de l'arcade sourcillière due à une opération du cerveau, n'est pas passé inaperçu. Mardi 25 juillet, dans un discours prononcé devant le Sénat, John McCain a adressé un message sévère à ses collègues parlementaires, leur rappelant les textes fondateurs de la démocratie. Dénonçant l'attitude de certains sénateurs, pour lesquels "le fait de gagner" en politique est devenu plus important que l'esprit de coopération, il a invité les membres du Congrès à revenir au respect de chacun.

Un républicain appartenant à l'aile gauche du parti

Contrairement aux membres de son propre camp, John McCain est plus modéré, soucieux d'entretenir de bonnes relations avec le parti inverse. Dans le camp des Démocrates, le sénateur républicain suscite le respect. "Il n'y a personne au Sénat comme John McCain", a confié à l'AFP, Chris Murphy, le sénateur démocrate du Connecticut.

"L'un des éléments-clés nécessaires pour bâtir la confiance avec mes collègues a été de tenir ma parole, déclarait le vieux sénateur à l'AFP en 2013. Dans la tradition de Ronald Reagan et Tip O'Neil (ancien président démocrate de la Chambre des représentants, ndlr), je suis prêt à faire des compromis sans trahir mes principes". Ce républicain se présente ainsi comme un "conservateur reaganien", à l'image de cette icône de la droite qui avait su conquérir une partie d'indépendants.

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Pilote de la Marine pendant 22 ans, ce républicain est devenu sénateur par accident. Il aurait dû être amiral, comme l'a été son père et son grand-père avant lui. Possédant son propre siège depuis plus de 30 ans, ce franc-tireur de la politique "a su se bâtir une réputation qui va bien au-delà des couloirs du Capitole", comme le souligne le site Quartz. Au Congrès, il a même été surnommé "la tornade blanche", en allusion à son habitude de défier la Maison-Blanche sur les sujets les plus sensibles. Comme la question de la torture ou celle du réchauffement climatique.

Bien que Républicain, il milite activement pour que les Etats-Unis prennent conscience de la nécessité de changer d'attitude à l'égard de l'environnement et limitent les émissions de gaz à effet de serre. Les années passées dans un camp de prisonnier au Vietnam lui ont appris les erreurs que les Américains ne devaient pas faire : "John McCain a écrit sur les tortures qu'il a subies dans les geôles vietnamiennes, ainsi que sur l'isolement et la dépression qu'il a vécus", rappelle Quartz. De cette expérience découle en 2005 un projet de loi bannissant tout recours à la torture.

L'anti-conformiste républicain (maverick, en anglais), aliéné par une partie de l'électorat conservateur

Pourtant, il n'a rien d'un gauchiste. John McCain s'est prononcé contre l'avortement et le mariage des couples homosexuels. Mais, pour beaucoup de ses amis conservateurs, il n'est Républicain que de nom seulement. Leur collègue n'est qu'un original à leurs yeux. Son indépendance d'esprit lui vaut des critiques sévères de la part des membres de son propre camp.

Les raisons ? Le sénateur avait soutenu un projet de légalisation des immigrés clandestins, un comble pour le Parti républicain. Il avait également voté deux fois contre les réductions fiscales offertes par l'ancien président George W. Bush, avant d'accepter de les titulariser. Un geste qui avait été peu apprécié chez les conservateurs "fiscaux". Et, sur les questions morales, les conservateurs lui en ont voulu d'avoir refusé d'amender la Constitution pour interdire les mariages homosexuels et d'avoir apporté son soutien à la recherche sur les cellules souches d'embryon.

Pendant la campagne républicaine de 2008, en course vers la Maison-Blanche, John McCain avait été déclaré vainqueur dans la moitié des Etats américains, dont New-York et la Californie. Une victoire qui n'avait pas fait l'unanimité chez les Républicains. Rush Limbaugh, animateur de radio connu pour ses positions conservatrices, très écouté par la frange la plus conservatrice de l'opinion, avait mis en garde les auditeurs : "S'il est choisi, il détruira le Parti républicain, ce sera la fin."

La bête noire de Donald Trump 

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John McCain et Donald Trump. © Politico.

Le blog FiveThirtyEight, hébergé par le New York Times, décrit John McCain "comme une épine dans le pied du locataire de la Maison-Blanche." De fait, le sénateur d'Arizona s'est distingué pendant la campagne électorale de 2016 par ses critiques contre Donald Trump. Notamment lors de la polémique sur les parents musulmans d'un soldat américain, tué en Irak en 2004. "Il est temps pour Donald Trump de donner l'exemple à notre pays et au Parti républicain. Bien que le parti l'ait nommé, cela ne lui donne pas le droit de diffamer les meilleurs d'entre nous", avait alors déclaré le sénateur républicain. Des critiques qui ont continué, même après l'accession du candidat républicain au poste de chef d'Etat. Le New York Times a même titré un de ses articles en février 2017, en le nommant "critique en chef de l'administration Trump".

Depuis l'élection du milliardaire comme président, John McCain joue le rôle de "secrétaire d'Etat de l'ombre", comme le qualifie Quartz. En siégeant à la commission des forces armées du Sénat, il a acquis une position qui lui a permis d'être au fait sur les questions de défense et de politique étrangère. Depuis l'arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, les relations entre les Etats-Unis et ses principaux alliés se sont quelques peu dégradées. Le vieux sénateur fait figure de diplomate sur la scène internationale en tentant de limiter le plus possible les dégâts laissés par le nouveau président américain et son secrétaire d'Etat, Rex Tillerson.

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John McCain, sénateur républicain de l'Etat d'Arizona. © Politico

Un exemple. En février 2017, McCain a dû rassurer le premier ministre australien, malmené par Trump lors d'un entretien téléphonique officiel, l'assurant de la solidité de l'alliance américano-australienne. Une autre fois, alors que le président américain remettait en question l'OTAN, il avait "rassuré les partenaires européens sur les 'valeurs universelles' de l'alliance Atlantique".

"McCain ne se contente pas de diverger avec Trump sur les questions de politiques étrangères, il a aussi appelé à la création d'une commission spéciale du Congrès pour enquêter sur les liens entre Trump et la Russie et a exhorté les journalistes à poursuivre leurs investigations sur le sujet", souligne le blog FiveThirthyEight.

Décrit comme un iconoclaste ou homme aigri, il a même été récemment qualifié de "bourru" par le locataire de la Maison-Blanche. Mais John McCain semble s'en moquer. Les relations entre les deux hommes n'ont jamais été au bon point. En 2014 déjà, Trump avait lancé au sujet du sénateur : "C'est parce qu'il a été capturé que c'est un héros de guerre. Moi j'aime les gens qui n'ont pas été capturés."

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Capture d'écran d'une vidéo montrant John McCain au Sénat en train de voter "non" pour l'abrogation partielle de l'Obamacare, vendredi 28 juillet.

Vendredi 28 juillet, il a une fois de plus attiré l'attention sur sa personne et attiré les foudres de son propre camp. Il a en effet voté contre l'abrogation partielle de l'Obamacare, le fameux système de santé, portant ainsi un coup dur au président américain. En apportant sa voix aux côtés des Démocrates, il a montré une fois de plus son indépendance d'esprit et sa fidélité envers ses convictions.

 

Aliénor Vinçotte

À la recherche des perles bleues, trésor colonial de Saint-Eustache

Cette semaine, nous vous emmenons au coeur des Caraïbes, sur l'île volcanique de Saint-Eustache, petit territoire néerlandais. Très peu connue des touristes, l'île cache en ses eaux claires de petites perles bleues, symbole de la liberté retrouvée après l'abolition de l'esclavage. 

Saint-Eustache est une île des Caraïbes, territoire néerlandais d'outre-mer, qui fait partie des petites Antilles. Elle est située au sud de Saint-Martin et au nord-ouest de la Guadeloupe. Ce petit bout de terre, aperçu par Christophe Colomb en 1493, a changé 22 fois de puissance coloniale au cours des 150 années qui ont suivi.

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Depuis 1784, Saint-Eustache appartient aux Pays-Bas. Le néerlandais et l'anglais y sont reconnus comme langues officielles. Selon un recensement effectué en 2010, 2 886 habitants peuplaient l'îlot volcanique contre 3 300 en 2007. La majorité de la population est composée de descendants d'esclaves noirs africains.

Contrairement aux Antilles françaises, le tourisme est très peu développé à Saint-Eustache. Le lieu est surtout connu des plongeurs en quête des légendaires perles bleues, dispersées dans les profondeurs des eaux turquoises.

Au XVIIIe siècle, et ce durant 200 ans, ces petites billes bleues à cinq facettes ont servi de monnaie d'échange entre les esclaves. Plus un esclave était important, plus il en possédait. Après l'abolition de l'esclavage, prononcée au XIXe siècle, les domestiques - achetés pour la majorité en Afrique - ont jeté ces pierres à la mer en guise de symbole de leur libération.

Aujourd'hui, les perles se font rares car le gouvernement néerlandais autorise ceux qui en trouvent à les garder. Mais l'espoir de mettre un jour la main dessus séduit encore les amateurs de plongée.

Reportage de Jacques Cardoze, Régis Massini et Andréane Williams

Du gazon à la prison, O.J Simpson court vers la libération

L'ancienne star des terrains de football américain, va être relâchée par anticipation, en octobre prochain, a annoncé aujourd'hui la justice américaine. O.J Simpson a passé 9 ans derrière les barreaux, suite à son arrestation pour vol à main armée, commis en 2007.

O.J Simpson, le meilleur athlète de sa génération 

Dec 16, 1973; Flushing, NY, USA; FILE PHOTO; Buffalo Bills running back O.J. Simpson (32) carries the ball against New York Jets defenders Delles Howell (20) and Ralph Baker (51) at Shea Stadium. During this game Simpson broke the single season NFL rushing record with 2003 yards. Mandatory Credit: Tony Tomsic-USA TODAY NETWORK

© Photo : Tony Tomsic-USA TODAY NETWORK

Orenthal James Simpson, plus connu sous le nom de O.J Simpson, est un ancien joueur professionnel de football américain, des années 70. À la fin de son parcours universitaire, le running back est sectionné en première position de la draft 1969 de la Ligue Nationale de Football (NFL) par les Bills de Buffalo. Il signe alors le contrat le plus lucratif pour un joueur de football américain de l'époque.

Au début des années 80, O.J Simpson prend alors sa retraite. Il se réoriente vers le cinéma à Hollywood et s'illustre également en tant que commentateur sportif.

De la pelouse à la prison 

En 2008, l'ex-star est arrêtée pour vol à main armée, agression et enlèvement. En septembre 2007, Simpson s’était rendu avec des complices dans un hôtel-casino de Las Vegas pour voler des souvenirs de sa carrière de joueur. Selon lui, il tentait seulement de récupérer ces objets qui lui avaient été volés par les deux vendeurs agressés. L'athlète a alors été condamné à 33 ans de prison. Mais aujourd'hui, après 9 ans passés derrière les barreaux, la justice a décidé de libérer O.J Simpson plus tôt que prévu. Il pourra rentrer chez lui, en octobre prochain.

"J'ai fait mon temps, a déclaré devant la cour, l'ancien joueur qui souhaite rattraper le temps perdu auprès de ses quatre enfants. Je ne me suis jamais plaint pendant neuf ans. J'ai essayé de me rendre utile (en prison), en épaulant les autres prisonniers."

Un nom entaché par les affaires judiciaires

Le nom de l'ex-star a également été mêlé à une affaire beaucoup plus sanglante. Le 13 juin 1994, les corps de son ex- femme, Nicole Brown - divorcée du sportif depuis deux ans pour violences conjugales - et celui de l'ami de celle-ci, Ronald Goldman, sont découverts sans vie. La première a été étranglée tandis que son ami a été lacéré de trente coups de couteau. En se rendant au domicile d'O.J Simpson, situé dans les beaux quartiers de Los Angeles, les enquêteurs découvrent un gant en cuir tâché de sang dans le jardin du sportif, lui-même absent.

Quelques jours plus tard, le 17 juin, alors que la somptueuse résidence est en état de siège par les journalistes et la police, O.J Simpson décide de ne pas se rendre au commissariat et prend la fuite à bord de la voiture d'un ami. Les forces de sécurité sont à ses trousses, faisant de l'ex-star un fugitif. Celui-ci se laisse finalement interpeller, filmé en direct par les hélicoptères des télévisons.

Finalement, au terme d'un procès de onze mois, O.J Simpson est acquitté du double meurtre, provocant de vives réactions. Beaucoup affirment que sa notoriété et sa richesse lui ont permis d'éviter la case prison.

Yelen BONHOMME-ALLARD

U.S. President Donald Trump gives an interview from his desk in the Oval Office at the White House in Washington, U.S., February 23, 2017. REUTERS/Jonathan Ernst

L'interview surréaliste de Trump en quelques extraits

Six mois après l'investiture présidentielle américaine, le New York Times a publié, mercredi, une interview de Donald Trump qui s'est entretenu pendant cinquante minutes avec trois journalistes du célèbre média américain, Peter Baker, Michael S. Schmidt et Maggie Haberman.

C'est bien connu, entre Donald Trump et les médias c'est une histoire de désamour. Alors que le prestigieux journal new-yorkais avait été qualifié de "fake news" par le président américain, ce dernier a quand même accepté de recevoir les journalistes du New York Times dans le Bureau Ovale. Une occasion pour lui d'avoir son heure de vérité, sous la forme d'un long entretien enregistré, puis retranscrit à l'écrit.

Voici quelques extraits qui illustrent une conversation totalement décousue, sans queue ni tête, de la part du locataire de la Maison-Blanche. C'est un Donald Trump dans toute son incohérence qui se révèle ici.

Son "amitié" avec Emmanuel Macron

Donald Trump est revenu sur son voyage en France à l'occasion du 14 juillet. “Il m’a appelé et m’a dit, ‘j’adorerais que vous veniez pour vous rendre hommage en France’, en rapport à la fête du 14 juillet. En plus, c’est le 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale. C’est énorme. Et j’ai dit oui", raconte-il. Sauf qu'Emmanuel Macron l'avait invité à assister au traditionnel défilé des Champs-Elysées surtout pour commémorer le 100ème anniversaire de l'entrée en guerre des Etats-Unis pendant la Première Guerre mondiale en 1917.

Un peu plus loin, il raconte aux journalistes : "Quand Macron m'a demandé de venir, j'ai dit : 'Tu penses que c'est une bonne chose que je vienne à Paris? Je viens de rompre l'Accord de Paris la semaine dernière. Est-ce une bonne idée ?' Il m'a répondu, 'Ils vous adorent en France.' Du coup j'ai dit, 'OK, je ne veux pas te blesser".

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Extrait de l'interview du New York Times

C'est un fait, le président américain ne cache pas son enthousiasme à l'égard du nouveau président français, évoquant la fameuse poignée de main. Pour lui, il ne fait aucun doute qu'Emmanuel Macron "adore" lui tenir la main... et il n'hésite pas à le répéter trois fois de suite.

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Extrait de l'interview du New York Times (2)

C’est un mec génial. Intelligent. Fort. Il adore me tenir la main. Les gens l’ignorent mais il adore me tenir la main. Ça, c’est bien. […] Vraiment. C’est un mec super. Et c’est un mec coriace, mais bon, il est obligé. Je pense qu’il sera un président formidable pour la France. Mais il adore me tenir la main”, s'enthousiasme-t-il.

A propos du dîner présidentiel à la Tour Eiffel, pour Trump, ce fut la "plus grande célébration dans l'histoire de la Tour Eiffel". "Je veux dire, il y avait des milliers et des milliers de personnes, parce qu'elles ont appris qu'on allaient dîner là",  Et si on lui expliquait le concept du tourisme ?

La petite leçon d'histoire 

Lors de sa visite du tombeau de Napoléon aux Invalides, Macron a donné un petit cours d'histoire à Trump, notamment sur l'héritage laissé par l'empereur à la France. "C'est incroyable ce qu'il a fait. Il a dessiné Paris." C'est en tout cas ce qu'a retenu le président américain de la leçon d'histoire de son homologue français.

Sauf que c'est Napoléon III qui a redessiné Paris au XIXème siècle, et non pas le premier. Confusion ? Mais la petite leçon d'histoire ne s'arrête pas là. Le milliardaire américain récite face aux journalistes ce qu'il a appris, expliquant que Napoléon a trop sous-estimé le climat russe et laissé sa Grande Armée "mourir de froid". Et continue son récit en racontant que "la même chose" est arrivée à Hitler : "La météo a chuté à -35 degrés, et ce fut la fin de cette armée."

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Extrait de l'interview du New York Times (3)

L'entrevue secrète avec Vladimir Poutine 

De quoi ont bien pu parler les deux présidents américain et russe lors de leur rencontre à Hambourg à l'issue du G20 le 7 juillet ? Le mystère reste entier. Sur Twitter, Trump avait écrit que les fake news sont de plus en plus malhonnêtes. Même un dîner organisé pour les leaders du G20 en Allemagne devient suspect " afin d'enlever toute idée de soupçons. Mais voilà qu'au New York Times, il affirme qu'il s'agissait juste d'un "échange de politesses" qui n'a duré que 15 minutes.

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Extrait de l'interview du New York Times (4)

"Elle était assise à côté de Poutine et quelqu’un d’autre, et c'est comme ça. On était en train de manger et au moment du dessert, je suis juste allé dire bonjour à Melania, et pendant que j’étais là, j’ai dit bonjour à Poutine. Un échange de politesses plus que tout autre chose. Ça n’a pas été une longue conversation, vous savez, peut-être 15 minutes. On a juste parlé – de choses. À vrai dire c’était très intéressant, on a parlé d’adoption", raconte-il au New York Times.

Puis, plus loin dans la conversation, il bafouille quelques réponses "inaudibles", mais nie toute implication financière avec la Russie : "On dit que j'ai gagné de l'argent grâce à la Russie. C'est faux. Ce n'est pas mon truc, je ne fais pas ce genre de choses."

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Extrait de l'interview du New York Times (5)

Le renvoi de James Comey, ex-directeur du FBI 

Le locataire de la Maison-Blanche s'est aussi confié sur James Comey, ancien directeur du FBI qu'il a limogé en mai dernier. Ce dernier était en charge de l'enquête sur une possible ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine. Un acte qui a fait la une de tous les journaux, certains faisant le parallèle avec le scandale du Watergate qui a abouti à la démission du président Richard Nixon, dans les années 1970. Le 11 mai dernier, il confiait sur NBC News : "J'allais le virer de toute façon. C'est un fanfaron qui est là pour amuser la galerie." Cette fois-ci, au New York Times, il explique qu'il a agi pour le pays : "Je pense que j'ai fait là quelque chose de bien pour le peuple américain."

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Extrait de l'interview du New York Times (6)

Un grand-père gâteux 

C'est sans conteste le moment le plus surréaliste de toute l'entrevue. L'interruption de l'interview par la petite-fille du président, Arabella, 6 ans. Trump ne cache pas sa fierté envers sa petite-fille, cherchant à impressionner les journalistes en lui faisant parler chinois : "Elle est géniale. Elle parle couramment chinois. Elle est vraiment top. […] Elle a même parlé avec le Président Xi. Chérie ? Peux-tu dire quelques mots en chinois ? Je ne sais pas moi un truc comme 'Je t'aime, Grand-père'. Elle est incroyable, hein?" Et de glisser à la fin aux journalistes, "c'est dans les gènes". 

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Extrait de l'interview du New York Times (7)

Aliénor Vinçotte

Les diners, la fin d’une tradition à New-York

Nous avons emmenons cette semaine au coeur de New-York, la ville qui ne dort jamais. Face à la rénovation urbaine et aux changements alimentaires, la tradition des diners se perd, au grand dam des touristes. 

Le Stardust, situé au coeur du quartier de Times Square, est le deuxième restaurant le plus fréquenté de la "grosse pomme". Les curieux s'y pressent tous les jours pour le déjeuner ou le diner. La file d'attente, de plusieurs heures parfois, est loin de décourager les plus téméraires. À l'intérieur, entre le ballet des plats, les serveurs assurent le divertissement des clients. Chants, danse et lancer de confettis pour le final forgent la réputation du lieu. Une chose est certaine : on y vient plus pour le spectacle, que pour les conversations en tête à tête.

Mais tous les diners ne se targuent pas d'une telle notoriété. Le Square Diner, par exemple, est plus authentique. La tradition familiale prime. Le propriétaire a quitté la Grèce il y a 50 ans, "comme un simple immigré", précise son fils. À la plonge, puis derrière les fourneaux, le responsable a gravi les échelons avant de racheter l'affaire et le terrain à son ancien patron. Depuis rien a changé, et c'est justement ce look rétro que les touristes apprécient.

Grâce à leur image vintage, les diners sont régulièrement les décors de nombreux films et séries américains. Les cinéphiles se souviendront de Happy Days dans les années 70 et 80, ou Goodfellas (Les Apprentis en français). Auparavant, ces restaurants étaient fréquentés par la classe ouvrière mais les changements alimentaires actuels ont eu raison de ces établissements. Leur nombre a considérablement baissé, à tel point que les diners se font rares dans le paysage américain, notamment dans les mégapoles.

Reportage de Jacques Cardoze, Laurent Desbois et Andréane Williams

États-Unis : la lutte contre le lobby des armes ne connaît pas de répit

En mémoire de la tuerie de Newtown, des centaines de manifestants se retrouvent chaque mois, devant la National Rifle Association (NRA) à Fairfax, aux portes de Washington D.C. Tous s'opposent fermement au port d'armes dans le pays. Aujourd'hui, the Women's march s'est associé au mouvement.

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"Les vrais hommes n'ont pas besoin d'armes". Quatre ans et demi après sa première manifestation, Cécile Heatley est toujours présente. Quelques jours seulement après l'assassinat de 20 enfants à l'école primaire Sandy Hook dans le Connecticut, cette Française était l'une des premières à soulever les pancartes contre les armes. Depuis, tous les 14 du mois, en mémoire aux jeunes victimes, la septuagénaire occupe le terrain, devant le bâtiment de la National Rifle Association (NRA), le lobby pro-armes. "J'ai trois petits-enfants, confie-t-elle révoltée. Cela aurait pu leur arriver".

Une puissance qui gouverne le pays

Au cours de ces dernières années, la NRA, grâce des méthodes de lobbying fortes, a gagné en puissance et exerce aujourd'hui une influence très importante sur l'Amérique du Nord. Une emprise qui a particulièrement augmentée sous la présidence d'Obama. Ce dernier souhaitait limiter les ventes d'armes, via un contrôle systématique des acheteurs, ce qui a encouragé, malgré lui, les acquéreurs à passer à la caisse. Rien qu'en décembre 2015, la NRA est parvenue à vendre plus d'1,6 million d'armes aux États-Unis. Une première, depuis une vingtaine d'années.

En 2012, la plus grosse entreprise d'armes américaine, Smith et Wesson, a ainsi vu sa valeur en Bourse décupler depuis l'entrée de Barack Obama à la Maison-Blanche. Le pays compte désormais plus d'armes à feu que d'habitants. Leur nombre s'établirait à 357 millions, pour une population d'un peu moins de 320 millions.

Marche pacifiste contre la violence 

Touché par la cause, le mouvement Women's March a décidé de s'associer au rassemblement aujourd'hui. Les membres s'opposent notamment à la publication d'une vidéo sur le net par la NRA, ventant les mérites des armes à feu. Selon le collectif, le lobby ne cherche pas à défendre les minorités ou les populations marginalisées. En guise d'opposition, l'association a parcouru au pas, sous un soleil de plomb, les 28 kilomètres qui séparent la NRA du Département de justice à Washington D.C.

Cris de colère face à une situation bloquée 

C'est avec émotion que Brandon Wolf prend la parole, entouré par les deux cents manifestants. Âgé de 28 ans, cet habitant d'Orlando est l'un des survivants de la tuerie survenue il y a un an, dans une discothèque fréquentée par la communauté homosexuelle. Un an après l'horreur, le jeune homme ne parvient toujours pas à trouver le sommeil et angoisse dans les lieux bondés. Lors de la fusillade, il a vu ses deux meilleurs amis - Drew Leinonen (32 ans) et Juan Guerrero (22 ans) - tomber sous les balles. "Caché dans les toilettes, j'ai écouté tire après tire. Trente coups sont partis, treize ont touchés mes amis, confie-t-il la voix nouée de tristesse. Comment cela a-t-il pu arriver ?"

Aujourd'hui, la lecture de son discours, sous les fenêtres de la NRA, résonne comme un cri de révolte : "Je veux rendre justice à mes amis. J'en ai assez, assez du pays dans lequel nous vivons. Nous ne sommes pas vos cibles d'entraînement".

Des armes, oui, mais pour les bonnes personnes 

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Le port d'armes est légal dans l'État de Virginie.

En contre-bas de l'avenue, les membres de l'association Patriot Patrick, reconnaissables au logo sur leur t-shirt, observent avec détachement l'agitation voisine. L'entrée de la NRA, derrière laquelle ils se tiennent, marque une frontière physique entre leurs idées et celles des opposants aux armes à feu. Pistolet attaché à la ceinture et pancarte dans les mains, l'association des objets est déconcertante.

"Le problème n'est pas les armes, mais les personnes folles qui les possèdent, explique Tim Kingénieur mécanique pour le gouvernement. Dans cette crise complexe, les amalgames affectent tous les détenteurs d'armes, même les plus honnêtes". Originaire du Maryland, le quinquagénaire a acquis sa première arme en 2013, avant que l'Etat ne durcisse la loi quant au port d'armes, suite à la tuerie de Newtown. Aujourd'hui, il possède une douzaine d'engins, principalement destinés à la chasse et au stand de tir, mais aussi à la protection de sa famille : "Par exemple, si un jour ma maison est cambriolée, disons que je serai mieux préparé pour me défendre".

Fervent supporteur du Second Amendement, Tim K. ne partage pas pour autant les idées de la NRA mais assume totalement son attraction pour les armes. Une ambivalence qui le place au centre d'un conflit, pour l'instant sans issue.

Yelen BONHOMME-ALLARD avec Aliénor VINÇOTTE