Attaque xénophobe de Macerata: l'Italie sous tension en pleine période électorale

Luca Traini, l'auteur de la fusillade de Macerata.

Après l'attaque raciste d'un jeune fasciste italien contre des Africains samedi à Macerata (Marches), le bilan s'élève à 6 blessés. Ce nouvel épisode de violence xénophobe ne fait qu'accroître la tension qui pèse sur une campagne électorale marquée par les débats sur l'immigration.

Les faits

"Un homme armé dans une voiture fait feu en ville" a posté samedi sur son compte Facebook le maire de la petite ville de Macerata, dans le centre de l'Italie, en demandant aux habitants de ne pas quitter leur domicile. Quelques heures plus tard, la police arrête le tireur: il a eu le temps de blesser 6 immigrés africains. Il a 28 ans, s'appelle Luca Traini, est originaire de la région : il apparaît sur les photos avec le crâne rasé, tatouage sur la tempe et drapeau italien noué autour du cou. Interrogé par les enquêteurs, le jeune homme, que les images de vidéosurveillance le montrent effectuant un salut fasciste après la tragédie) a reconnu les faits et a déclaré avoir agi seul : "j'ai vengé Pamela en tirant 30 coups". Il fait référence à la jeune italienne de 18 ans, Pamela Mastropietro, retrouvée quelques jours avant la fusillade découpée en morceaux dans des valises : le coupable présumé, un Nigérian demandeur d'asile, avait été arrêté dans cette même ville de Macerata. L'attaque a eu lieu dans les quartiers d'immigrés impliqués dans l'affaire Pamela.

Une xénophobie ambiante

Les liens entre Luca Traini et l’extrême-droite sont avérés: les policiers ont retrouvé à son domicile un certain nombre d'ouvrages et de revues fascistes, ainsi qu'un exemplaire de Mein Kampf. Le célèbre journaliste Roberto Saviano s'est d'ailleurs exprimé sur Twitter de manière très claire à ce sujet : "j'invite les médias à définir les faits de Macerata comme ils le sont : un acte terroriste d'origine fasciste. Toute tentative d’édulcorer cette information serait de la connivence » Les agressions xénophobes sont régulières en Italie ces dernières années : en 2017, Rome a ainsi été le théâtre de nombreuses attaques contre des centres pour migrants ou des commerçants bengalis. Ces épisodes racistes inquiètent le ministre italien de l'Intérieur : Marco Minniti redoute que "la haine puisse générer de nouvelles violences", et que les événements de Macerata ne créent un risque "d'émulation. J'invite tout le monde à baisser le ton" a t-il déclaré. 

Les réactions politiques

Ce climat tendu intervient en pleine période de campagne électorale : le 4 mars, les Italiens se rendront dans les bureaux de vote dans le cadre des élections législatives. L'issue du scrutin étant très incertaine, les candidats ont dû se positionner stratégiquement. Le chef de la Ligue du Nord, parti que soutenait Luca Traini et sous les couleurs duquel il s'était présenté en 2017 à des élections locales, a déclaré que "qui fait usage d'une arme est un délinquant, quelle que soit sa couleur de peau", mais que « la responsabilité morale de chacun des actes de violence qui se produisent en Italie est à ceux qui ont rempli de réfugiés notre pays ». Attaquer le gouvernement, stratégie également choisie par Silvio Berlusconi, qui après avoir condamné l'attaque de Macerata a déclaré hier à la télévision qu'il fallait "renvoyer chez eux 600 000 migrants", "qui vivent de délits et constituent une bombe sociale". 

Les habitants de Macerata se sont retrouvés dimanche pour un grand rassemblement contre la violence : les participants y dénonçaient "l'acte fasciste" de Traini et exprimaient en même temps leur solidarité à la famille de Pamela.

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