Municipales : Mélenchon lance "une alerte solennelle" aux militants communistes

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent à la Fête de l'Humanité, le 13 septembre 2013. (FRED DUFOUR / AFP)

Même s'il est nié par nombre de militants du Parti de gauche (PG) qui y voient une invention des médias, le désaccord électoral entre Mélenchon, co-président de ce parti, et Laurent, secrétaire national du Parti communiste (PCF), est profond. Il se polarise sur les élections municipales de mars 2014 dont la préparation a été l'occasion de plusieurs passes d'armes entre les deux dirigeants.

Le différend porte sur l'attitude que le Front de gauche - le PCF et le PG sont les deux principales composantes de cette coalition qui en compte neuf - doit adopter face aux socialistes. Mélenchon "prêche" pour des listes autonomes s'opposant au "parti solferinien" , selon son expression, alors que Laurent milite pour une poursuite des alliances de gestion municipale avec le PS.

Le point de fixation actuel le plus visible se situe à Paris. Le PCF détient trois postes d'adjoints auprès de Delanoë, le maire socialiste, dans la municipalité sortante et le PG a deux élus - Danielle Simonnet et Alexis Corbières - au sein du groupe réunissant les conseillers de la capitale issus du Front de gauche.

La stratégie de Laurent est de préserver, partout où cela est possible, l'union historique entre communistes et socialistes sur le plan local, alors même qu'il ne ménage pas ses critiques contre le gouvernement Ayrault, en réclamant une "autre politique". Celle de Mélenchon est de jouer l'autonomie et d'attaquer frontalement le PS, en espérant que son éclatement provoquera le départ de son aile gauche.

"Nos partenaires ne nous informent de rien"

Mais non content de pilonner en permanence Hollande, Ayrault et les socialistes "solfériniens", Mélenchon s'en prend maintenant implicitement - mais c'est assez explicite quand même ! - à la direction du PCF, sous couvert de mettre en garde les militants communistes. Il le fait dans un entretien publié, samedi 21 septembre, sur le site Internet d'une publication de sensibilité communiste, regards.fr.

"La question des alliances PC-PS au premier tour des élections municipales enflamme le Front de Gauche", écrit Regards. "Alors que le feu couvait depuis plusieurs mois et à quelques jours du vote des militants communistes, poursuit cette publication, Jean-Luc Mélenchon fait monter la pression et en fait une question décisive pour l’avenir du Front de Gauche."

De fait, l'ancien candidat à l'élection présidentielle se plaint de la tournure prise par les discussions pré-électorales entre communistes et socialistes. "Nos partenaires du Front de gauche ne nous informent de rien, critique-t-il, mais on apprend incidemment, au détour d’un article dans l’Humanité, à propos de Dieppe que des négociations sont en cours entre les deux partis à Paris."

Alors que Laurent revendique auprès du PS un groupe de 15 élus au Conseil de Paris contre 10 aujourd'hui, Mélenchon remarque amèrement qu'"il n’a pas de mandat du Front de gauche pour cette négociation". Et d'ajouter moins amène : "Serions-nous le deuxième choix du PCF en cas d’échec des négociations avec les socialistes ? Ce n’est pas acceptable".

"Il y a un risque d'explosion du message"

Interrogé sur le vote des militants communistes qui doivent se prononcer en octobre sur leur stratégie - alliance avec le PS ou autonomie avec le PG -, Mélenchon fait une mise en garde. "Je leur lance une alerte solennelle : ce vote n’a pas seulement une dimension locale. La question est de savoir si le Front de gauche s’assume comme une alternative." A l'évidence, l'alerte vaut pour la direction du PCF.

Le message est simple : la direction communiste doit faire faire pression sur la base communiste, sinon... Sinon, il y aura des mesures de rétorsions. L'euro-député précise se pensée, en affirmant : "Nous tirerons les conséquences d’un accord avec les socialistes à Paris, à Évry - la ville de Manuel Valls -, à Nantes - celle de Jean-Marc Ayrault -, à Lyon, à Toulouse…"

En clair, Mélenchon menace d'envoyer à la bataille des listes monocolores de militants PG flanqués de militants communistes en rupture de ban avec leur direction et de représentants des mini-composantes du Front de gauche. De là à penser qu'il joue l'intimidation de la direction communiste en retournant l'ultime carte de l'implosion du PCF, il ne pourrait y avoir qu'un pas.

Pour autant, Mélenchon ne croit pas à l'explosion du Front de gauche. "Je ne crois pas que le Front de gauche va se fracasser", confie-t-il à Regards. "Mais de fait, poursuit-il, il y a un risque d’explosion de son message et de sa crédibilité." Conclusion : il veut trancher "le débat stratégique" maintenant.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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