Le "coup" raté de Fillon va-t-il se transformer en "fiasco" pour l'UMP ?

François Fillon, lors d'un meeting à Nice (Alpes-Maritimes), le 13 septembre 2013. (JEAN CHRISTOPHE MAGNENET / AFP)

Le "coup politique" personnel va-t-il se transformer en "fiasco politique" pour l'UMP ? En laissant entendre clairement aux électeurs de la droite républicaine - volontairement ou involontairement - qu'ils avaient l'autorisation de voter pour un candidat du Front national jugé "moins sectaire" qu'un candidat socialiste, Fillon a-t-il lâché une bombe à fragmentation ?

En faisant ce choix surprenant, le disciple de Philippe Séguin - chef de file du gaullisme social, mort en 2010 - a totalement désorienté les responsable de l'UMP. La plupart d'entre eux se sont désolidarisés de son propos, voire même l'ont condamné, tandis que Pécresse et Baroin tentaient de le minimiser, en assurant que Fillon n'avait pas changé de ligne.

La défense est assez peu convaincante pour une raison de bon sens : si l'assertion de l'ancien chef du gouvernement avait le même sens que le "ni-ni" - ni vote pour le PS, ni vote pour le FN - prôné unanimement par la direction de l'UMP, Fillon compris, pour faire pièce au front républicain, elle n'aurait évidemment pas provoqué une telle levée de boucliers dans son propre camp.

Une opération de sauvetage de l'UMP

Il y aurait sûrement quelque naïveté à croire que les intentions de tous ses détracteurs ont la pureté du lin blanc. Quelques uns de ses rivaux dans la primaire présidentielle - Copé ou Bertrand, par exemple - ont saisi la balle au bond : le président de l'UMP a dénoncé "ces combinaisons partisanes qui datent plutôt de la IVe République" et l'ancien ministre du travail a assuré que les propos de Fillon "affaiblissent" l'UMP.

De fait, en tentant peut-être de faire un "coup politique" en direction de l'électorat de droite dont une partie est en phase de radicalisation - phénomène auquel certains responsables de l'UMP, Copé compris, ont contribué, quand ils ne l'ont pas initié -, celui que Sarkozy avait considéré comme son "collaborateur" quand il était à Matignon va sans doute se retrouver à la tête d'un "fiasco politique" pour l'UMP.

Des critiques contre Fillon, les mêmes dirigeants de la droite républicaine sont passés à une opération de sauvetage du principal parti d'opposition. "L'avenir de l'UMP est en jeu si on la laisse dériver vers l'extrême droite", a lancé Copé. Et après avoir lancé "l'alerte rouge", Raffarin a menacé de rejoindre les centristes si la ligne Fillon devait l'emporter à l'UMP.

Les centristes prennent leur autonomie

Même si le politologue Thomas Guénolé écarte l'hypothèse de la création d'une "UMP bis avec une ligne politique différente", il n'en demeure pas moins que Borloo, président du Parti radical, a assuré que l'UMP "comme incarnation de la droite et du centre" était morte après les déclarations de Fillon. Qui dit séparation de la droite et du centre, pense immédiatement renaissance de l'UDF !

En tout cas, des centristes se sont engouffrés dans la brèche faite dans l'UMP par Borloo et Bayrou, fin août, et élargie par Fillon, début septembre. Ainsi, le chef de file de l'UDI à Paris, Christian Saint-Etienne, dit tout haut, maintenant, qu'en 2002, l'UMP "s'est construite sur le mensonge qu'un seul parti pouvait représenter la droite et le centre".

Un des résultats du "coup" sur le sectarisme va être l'accélération du désengagement des centristes au sein de l'UMP et de la reconstruction d'un centre politique autonome... qui partira à la reconquête de son électorat propre. Aux élections européennes de 2009 - qui avaient été une défaite cuisante pour le PS -, les centristes du seul Modem de Bayrou avaient obtenu 8,46% des suffrages exprimés.

Les électeurs du FN préfèrent l'original

Si le résultat de l'opération est une restructuration de l'électorat de droite et du centre rassemblé derrière une seule bannière sous le sarkozysme - mis à part le cavalier seul de Bayrou -, il ne sera probablement pas le seul. Car si Fillon espérait, selon la version officielle, s'adresser à l'électorat du Front national pour le ramener au bercail, il y a tout à parier que le pari est perdu d'avance, sans même reprendre le vieux slogan de Le Pen père selon lequel les électeurs du FN "préfèrent l'original à la copie".

Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler que la renaissance de l'extrême droite s'est construite, historiquement, sur la haine viscérale du gaullisme - ce que Fillon semble passer par pertes et profits - et que l'objectif à peine dissimulé de la famille Le Pen, père et fille, a toujours été de réduire à néant la droite républicaine, symbolisée aujourd'hui par l'UMP. Ce double ADN du FN n'échappe pas à ses électeurs.

"C'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses", avait pour habitude de dire Chirac. En l'espèce, ce dicton paysan s'applique assez bien aux dégâts politiques que les propos de Fillon vont laisser derrière eux. La réalité tangible du "fiasco" apparaîtra dans six et neuf mois au moment des résultats des élections municipales et européennes.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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