La "Fête de l'Humanité" résiste toujours, mais pas le communisme municipal !

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, à la Fête de l'Humanité 2013

Traditionnellement, la Fête de l'Humanité attire des centaines de milliers de personnes le deuxième week end de septembre. Crée en 1930 par Marcel Cachin, directeur de ce qui était alors "l'organe central du PCF", la 78e Fête de l'Huma 2013 se tient pendant trois jours jusqu'au dimanche 15 septembre, au parc de La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

Ce grand rassemblement, destiné à l'origine à soutenir financièrement le quotidien communiste et, accessoirement, le parti lui-même, a lieu à six mois d'une échéance primordiale pour le principal partenaire du Front de gauche (FG) : les municipales des 23 et 30 mars 2014. Cette consultation permet de donner la mesure de l'implantation très locale des partis.

De nombreuses questions de posent à son secrétaire national, Pierre Laurent. Le PCF ira-t-il à la bataille électorale uniquement avec le Parti de gauche (PG) en s'opposant aux socialistes comme l'y pousse Mélenchon ?  Ou bien privilégiera-t-il son partenaire historique, le PS, dans les municipalités ? Ou bien encore fera-t-il une combinaison subtile de ces deux stratégies, du "sur mesure" ?

Une autre interrogation, et pas des moindres, taraude aussi probablement Laurent : où en sera le communisme municipal après le scrutin de mars prochain ? Depuis 30 ans, l'enracinement local du PCF n'a cessé de s'estomper jusqu'à disparaître totalement dans 11 départements métropolitains puisqu'il n'y détient aucune commune. Quelle que soit sa taille.

Le PCF dirigeait 53 villes de plus de 30.000 habitants en 1983...

 A l'Aveyron, l'Ille-et-Vilaine, le Bas-Rhin, le Tarn-et-Garonne et le Territoire de Belfort, départements désertés par le communisme local aux élections de 1989 - le Haut-Rhin qui faisait partie du lot abrite une municipalité communiste de 1.771 habitants -, se sont ajoutés, au fil des consultations, la Charente-Maritime, l'Eure-et-Loire, la Mayenne, l'Orne, la Haute-Savoie et les Vosges.

A la même époque - 1989 -, il avait perdu 2 des 3 villes de plus de 100.000 habitants qu'il détenait encore - Le Mans et Amiens -, ne conservant alors que Le Havre... municipalité perdue en 1995. Les communistes rêve de reconquérir la cité portuaire de Seine-Maritime avec les socialistes en 2014.

Aujourd'hui, le PCF ne dirige qu'une seule autre ville de plus de 100.000 habitants : Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Une ville à l'assaut de laquelle veut se lancer Matthieu Hanotin, jeune député PS, tombeur du député communiste sortant en rupture de ban, Patrick Braouezec, aux législatives post-présidentielles de juin 2012. Info ou intox, autant dire que la Place du Colonel-Fabien goûte peu la démarche !

En 1983 - il a y a donc 30 ans -, les communistes étaient encore à la tête de 53 villes de plus de 30.000 habitants. Ils en avaient gagné une - Saint-Quentin (Aisne), dirigée aujourd'hui par Xavier Bertrand (UMP) - et en avaient perdu 6, en plus du Mans et d'Amiens : La Ciotat, Alès, Saint-Dizier, Sartrouville, Les Mureaux et Sainte-Geneviève-des-Bois.

... et il est à la tête, aujourd'hui, de 26 grandes municipalités

En septembre 2013, le PCF ne dirige plus que 26 métropoles de plus de 30.000 habitants, soit moitié moins que 3 décennies auparavant. Il a retrouvé le niveau qui était le sien avant le renouvellement municipal de 1959 : il avait alors 27 villes de cette taille dans sa besace. Son plus haut niveau, il l'avait atteint avec 72 grandes villes dirigées après le scrutin de 1977... en pleine union de la gauche.

Cette marche en arrière s'accompagne d'un rétrécissement territorial de la représentation du PCF sur le terrain. Ainsi, sur les 26 villes de plus de 20.000 habitants qu'il gouverne, 18 - soit 7 sur 10 - se situent dans la région Ile-de-France. En clair, le communisme municipal s'apparente de plus en plus à un communisme francilien.

Alors qu'il était à la tête d'un total  1.464 villes, toutes tailles confondues, en 1983, le renouvellement de 1989 avait provoqué une véritable hémorragie car le PCF en avait perdu un quart : il n'en dirigeait plus alors que 1.098. Le recul s'est poursuivi dans les deux décennies suivantes puisque le parti communiste ne revendique plus la direction que de 806 villes. Sur ce total, 356, soit 44,2%, ont moins de 1.000 habitants.

Sur trois décennies, le retrait considérable du communisme municipal, dernière base solide du PCF, s'est traduit par un effondrement du nombre de conseillers locaux. De 27.000 en 1983, ils sont passés à 13.000 en 2013. Et l'offensive conduite par le Front national pour les élections de 2014 risque de ne pas améliorer les choses.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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