Hollande a-t-il encore des atouts en main ?

François Hollande à l'Elysée, le 11 avril. (RAFAEL YAGHOBZADEH / SIPA)

C'est peu dire que François Hollande est maintenu dans un coin du ring par l'UMP. Les tenors de la droite cognent à coups redoublés sur le président de la République, accusé de n'avoir pas dit assez vite ce qu'il savait dans l'affaire Cahuzac.

Au mieux, ils font passer les chef de l'Etat pour un incompétent, au pire, pour un menteur. Peu importe que les preuves de la turpitude de Hollande ne soient pas apportées : l'essentiel pour l'UMP est de maintenir à un haut niveau de pression le climat de défiance contre l'exécutif qu'a fait naître ce cataclysme politique.

Il y a fort à parier que les responsables de l'opposition, battus politiquement à l'Assemblée nationale, puis au Sénat, sur le projet de loi de mariage homosexuel, ne vont pas lâcher de sitôt leur proie du moment - le ministre de l'économie -, en tablant sur la théorie des dominos, selon laquelle les chutes peuvent se suivre en cascade.

Face à cette tactique de harcèlement qu'elle stratégie a choisi Hollande et possède-t-il encore des atouts dans sa manche pour s'extraire de cette spirale ?

Des dissensions chez ses adversaires

Le président de la République a contre-attaqué sur le terrain de la moralisation de la vie publique, un thème qu'il affectionne puisqu'il avait chargé Lionel Jospin de diriger une réflexion sur le sujet, il y a plusieurs mois. La commission présidée par l'ancien premier ministre lui a remis un catalogue de 35 propositions... en novembre.

Hollande, fidèle à l'un de ses modes de fonctionnement, a également fait le dos rond, en espérant que l'orage ne s'éternise pas trop au-dessus de sa tête. Et en espérant aussi, peut-être, que le canardage à vue dont il est l'objet finisse par créer une série de dissensions dont il pourrait tirer profit.

A-t-il une chance de réussir ce pari à ressorts multiple ? Le premier d'entre eux consiste ne pas bouger d'un iota sur les principaux motifs de fâcherie du moment. Hollande répète qu'il ne faut pas imputer à l'exécutif tout entier la faute "un "seul homme", il tient bon sur le "mariage pour tous" face à une opposition qui "ne lâche rien" et il recadre les ministres qui préconisent une politique économique alternative.

Ne pas changer de route au milieu du gué

Cette attitude de fermeté a pour but de couper le cou au lancinant reproche de mollesse ou d'indécision de celui qui est maintenant ouvertement surnommé "Pépère". Si la connotation stalinienne n'était pas si négative, on pourrait dire que Hollande a entrepris une opération "homme de marbre", indifférent aux pires aléas.

Il voudrait ainsi démontrer qu'il n'est pas l'être pusillanime décrit par tous ses opposants - de droite comme de gauche - qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Il doit probablement se dire que les Français finiront pas reconnaitre que son entêtement est, en réalité, de la persévérance. Car, pour l'Élysée, changer de route ou reculer au milieu du gué serait pire que tout.

Mine de rien, cette façon de camper sur ses positions finit par provoquer des tensions chez les adversaires. C'est exactement ce qui est en train de se passer, à droite, dans les rangs des opposants au mariage homo, et à gauche de la gauche, chez ceux qui contestent toutes les options du hollandisme.

Sur le mariage pour tous, une vraie fracture se fait jour au sein des opposants. La droite républicaine anti-mariage homo doit faire face à des éléments beaucoup plus radicaux, voire brutaux quand ce n'est pas homophobes, qui ne se satisfont plus des manifestations de rue pacifiques et qui veulent en découdre.

Cette situation nouvelle va mettre Frigide Barjot - égérie du mouvement, adoubée par l'opposition parlementaire, qui a quand même utilisé l'expression "guerre civile" - dans une position inconfortable car elle va devoir choisir l'un ou l'autre des modes d'action.

Le PCF se méfie du prurit révolutionnaire

Sur la contestation économique et institutionnelle - "le coup de balai" prôné par Mélenchon lors du premier anniversaire de l'élection de Hollande -, les coups de boutoir ne font pas l'unanimité au sein du Front de gauche. Il en va de même chez les écologistes où Eva Joly, assez esseulée, a décidé d'emboîter le pas du co-président du Parti de gauche.

La technique révolutionnaire d'un Mélenchon qui renoue avec ses origines trotskistes n'est sûrement pas de  nature à plaire au PCF. Son secrétaire national, Pierre Laurent, l'a du reste fait savoir à l'intéressé, en lui faisant remarquer que "le coup de balai" n'est ni la bonne expression ni la bonne orientation. L'appareil communiste s'est toujours méfié comme de la peste du trouble à l'ordre public.

La combinaison d'une volonté de fermeté de la part du chef de l'Etat avec les fissures qui apparaissent tant à droite qu'à gauche de l'échiquier sera-t-elle de nature à se transformer en atout pour Hollande ? C'est parfois au moment où l'on voit cuire les carottes que le destin bascule. Hollande se raccroche peut-être à un adage.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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