La BD de la semaine : "La Venin", antidote western à la morosité ambiante

Après Undertaker, Stern, Lonesome, ou encore Marshall Bass, le western a décidément le vent en poupe dans la BD franco-belge. Car La Venin fait son entrée dans le genre comme un vieux routier des saloons et des posse. Les pieds-tendres peuvent passer leur chemin. Les autres, eux, feraient bien de jeter un œil à cette nouvelle histoire qui sent la sueur et la poussière. Ne vous fiez pas à la bonne bouille de la jeune femme sur la couverture. Le fusil qu'elle tient dans la main et l'arrière plan jaune vif qui évoque plus une explosion que le ramage d'un canari devraient vous mettre la puce à l'oreille.

Ça parle de quoi ?

A première vue, ça cause de l'histoire d'Emily, une fille de putain de la Nouvelle-Orléans, qui débarque du train dans ce trou paumé de Silver Creek pour épouser Benjamin Cartridge. Le souci, c'est que son soupirant repose six pieds sous terre dans le cimetière voisin depuis deux bonnes semaines. Le deuxième souci, c'est que la donzelle n'a pas un liard pour payer son billet de retour. Et pour une jolie jeune femme comme elle, il n'y a pas cinquante façons de se constituer un pécule pour rentrer au pays. Direction le saloon, mais pas en salle, plutôt les chambres du haut si vous voyez ce que je veux dire. Ça tombe bien, il y a un monde fou en ville, il y a ce politicard-là, le gouverneur McGrady, qui y organise un meeting en vue de se faire réélire...

Voilà ce que vous lirez lors des premières pages. Mais de flash-backs en trompe-l'oeil, vous verrez que l'histoire que vous avez parcourue ne s'est pas exactement passée comme cela.

Pourquoi on adore

D'abord, pour le scénario retors. Il y a quelque chose de jouissif à être baladé pendant des dizaines de pages et ensuite réaliser l'ampleur de la supercherie. A ce sujet, ne zappez surtout pas le cahier de notes d'Emily en fin d'album, huit pages manuscrites qui éclaireront un peu plus l'ampleur de son plan.

Mais il faut aussi souligner le travail de Laurent Astier au dessin. L'auteur nous avait habitué à des polars bien charpentés (son Affaire des affaires sur l'affaire Clearstream, avec Denis Robert, ou encore la confession du braqueur Jean-Claude Pautot dans Face au Mur). Cette fois-ci, il se risque sur les pistes poussiéreuses du western, et c'est une réussite. Grand fan du genre, il a semé des références aux classiques du genre, aussi bien du neuvième que du septième art (cherchez bien le sergent Chesterfield des Tuniques Bleues, Undertaker, Blueberry...)

C'est pour vous si...

... vous aimez épousseter les revers de vos santiags avec votre Stetson, mais aussi si vous ne crachez pas sur une lecture jubilatoire, enfoncé dans votre rocking-chair, un verre de tord-boyaux (celui du patron, pas celui des clients) à la main.

La Venin, tome 1 : Déluge de feu par Laurent Astier, éd. Rue de Sèvres, 62 p., 15 euros environ. La série est prévue en cinq tomes, le deuxième est attendu l'année prochaine.

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