G7, Episode #3 : le récit depuis la zone rouge

L'ONG "ONE" à Etxola Bibi, côte des Basques - Anne-Claire Ruel

Pendant toute la durée du G7, Anne-Claire Ruel, notre blogueuse spécialiste de communication se trouve à Biarritz. Elle nous décrit l'envers du décor de ce sommet, côté habitants : des formalités d'obtention du sésame pour circuler à l'arrivée des premières délégations, voici le récit, en plusieurs épisodes, de cette petite épopée. 

EPISODE 3 

Vendredi 23, 16h

La ville est déserte. Les voitures ont laissé la place au vol des oiseaux. Les rares badauds, sourire narquois et badges au cou, s’en amusent : « Finalement, on est bien entre biarrots, non ? ». Les commerçants devant leurs devantures râlent, pestent, maugréent. Un petit attroupement se crée bientôt. Une femme se munit de son téléphone. Elle parle fort pour qu'on puisse tous profiter de la conversation : « Alors, t’as fait combien toi ? Zéro ? Bah nous aussi ici ! ». Une aubaine tout de même que les commerces n'aient pas descendu leurs lourds rideaux. La crainte majeure des résidents sur place, et la mienne j'avoue, n’était pas tellement de ne plus pouvoir surfer au soleil ou circuler en toute liberté, mais de ne pas pouvoir s’alimenter. Au moins, là, pas d'attente en caisse. Les Halles, coeur névralgique de la petite cité balnéaire, sont ouvertes aussi, même si les étales extérieures qui font la joie des vacanciers, ont déguerpi subrepticement des lieux. 

Le calme règne. Un peu trop. Le silence est assourdissant. La ville est entièrement badgée, quadrillée. RAID, BAC, secours de montagne, démineurs... si les forces de l'ordre sont très sympathiques, l'ambiance est pour le moins atypique. N'existe-t-il personne pour interpeller les chefs d’Etats ? Ni une, ni deux, Internet. Merci Instagram, direction la boutique d'Hopaal. Visiblement la marque essaie de faire parler d'elle. Une simple pancarte en anglais et un post sur les réseaux : "Dear G7, what are you doing to make our planet great again ? Here, we are doing recycled clothes ! Act with us !". Pas de sitting, ni manifestations, non. Place à la mobilisation en un clic. Hopaal, c’est la seule marque en France à proposer des T-shirts et sweats 100 % recyclés, confectionnés à partir de chutes de coton bio et de polyester issu de bouteilles en plastique.…  Je m'aventure dans la boutique après avoir constaté qu'elle se situe effectivement tout à côté du Palais. Pierrick Libossart est là. T-shirt blanc aux couleurs de la marque, cheveux longs, je le croiserai le lendemain planche à la main. Il me présente leur démarche et le processus de fabrication.  Ont-ils été inquiétés pour leur panneau devant lequel se positionne la police à pieds ? Les officiers à proximité sont passés les voir, mais personne ne les a embêtés ou sommés de remballer. Pas sûr que les Chefs d’Etat, confortablement installés derrière leurs vitres teintées, n’aient vu quoi que ce soit. Mais bon, la médiatisation est là. 

Samedi 24, 13h30.

Et si tout se passant hors zone rouge et bleue ? Les activistes refoulés fautent de badges s’y regroupent-ils pour faire entendre leur voix ? Direction la côte des Basques qui surplombe une plage d'une beauté folle. Je traverse la ville en sens inverse. Et en chemin, surprise. Un menu pas comme les autres. "Make our planet great again". Salade d'algues verte au glyphosate ou bien encore soufflé aux micro-particules.... Je souris et le prends en photo. La serveuse, posté derrière son bar me voit et me fait un petit signe amical. C’est peut-être rien mais dans ce décor lisse et convenu, dans cette zone rouge aussi docile que des manifestants évacués en rang calmement, ces quelques mots sont apaisants. 

J'arrive côte des Basques après avoir dépassé l'hôtel Radisson, point de chute du FBI sur place. Un vélo, apposé contre la rambarde, paraît bien seul face à la mer. Les camions-couchettes des surfeurs ont disparu. Au loin la Rhune se dresse splendide dans le ciel. La côte, qui n'a pas été défigurée par des constructions anarchiques, est véritablement magique. Plus bas, les vagues font la joie des surfeurs bronzés. Un bout de Californie, pas si loin de Paris.

Etxola Bibi fourmille. Cette petite guinguette de bord de mer est une autre joyeuse institution locale où il fait bon prendre un dernier verre en regardant le coucher du soleil rougeoyer au loin. Sur place, un écran géant. Enfin un peu de mouvement ? Les lieux sont occupés par ONE, une organisation non-gouvernementale et apolitique qui lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables, particulièrement en Afrique, venue pour interpeller les chefs d’Etat sur les inégalités de genre. Anna Duclos est là et s'affaire avec ses pancartes près de la sono. Je lui demande d’expliquer la raison de leur présence ici.

 

Hier déjà, l'ONG a créé la surprise avec Sam Dougados, l’artiste plasticien acquis à leur cause, qui a dessiné sur la plage le portrait des dirigeants du G7 avec ce message : "Turn the tide for gender equality". Renversez la marée pour l’égalité de genre.

Ce matin, l’ambiance était à la fête au petit-déjeuner du côté des activistes de ONE : The New York Times a repris leur visuel en Une d'un article. Une sacrée victoire pour cette association dans la mer de communications. Anna me prévient : à marée basse, ils vont récidiver. C'est noté. Je reviens donc à l'heure dite. L’artiste, concentré, semble s'interroger. Problème, il a pris du retard : la marée n’est pas descendue aussi vite que prévue. Sur place, les militants munis de leur dossards roses font un peu la police -un comble en plein G7- car les vacanciers, peu attentifs, manquent de piétiner l’oeuvre éphémère en cours de réalisation. Benjamin des Gachons, le directeur des campagnes ONE, surveille l'opération casquette vissée sur le crâne. Les dirigeants du #G7 ont pris des engagement. Aujourd’hui, ils doivent passer des paroles aux actes et c'est tout l'enjeu de l'association présente aujourd'hui, m'explique-t-il. Peu à peu le message apparaît sous nos yeux : « Les mots disparaissent les actions restent ». Une forme d’avertissement.

 

Déjà 18:30. Il est temps regagner les Halles. Visiblement une petite sauterie est organisée pour les journalistes et les résidents des zones bleu et rouge. De la musique retentit. À grand renfort de trompettes et d'accordéon, un groupe local assure l'animation. L’ambiance est festive, bon enfant. Les commerçants des Halles régalent les passants. La diplomatie par le ventre pour acheter la paix sociale. Génie. Des jeunes femmes journalistes de Toronto remplissent leurs assiettes de fromages, visiblement ravies de pouvoir se substanter tandis que les biarrots se retrouvent entre eux. À l'extérieur, des musiciens se penchent tous d'un seul élan vers un petit écran de téléphone, une assiette de jambon trône fièrement sur leur caisse claire. Mais que regardent-ils donc ainsi ? Un match de rugby, pardi ! Bayonne mène pour l’instant contre le racing. Surtout, ne pas laisser un centimètre aux adversaires. 


La suite au prochain épisode.

EPISODE #1 à retrouver ici.

EPISODE #2 à retrouver ici.

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Publié par Anne-Claire Ruel / Catégories : Actu

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