G7, Episode #2 : le récit depuis la zone rouge

Le centre ville désert de Biarritz - Anne-Claire Ruel

Pendant toute la durée du G7, Anne-Claire Ruel, notre blogueuse spécialiste de communication se trouve à Biarritz. Elle nous décrit l'envers du décor de ce sommet, côté habitants : des formalités d'obtention du sésame pour circuler à l'arrivée des premières délégations, voici le récit, en plusieurs épisodes, de cette petite épopée. 

EPISODE #2

Vendredi 23 août, 11h. 

Le soleil brille, pas un nuage, je décide de sortir prendre un café en terrasse pour lézarder un instant. Stupéfaction, pas un bruit. Rien. Des barrières de sécurité ont été érigées de part et d'autres des rues, tandis que les résidents arborent leur fameux badge autour du cou. Certains reviennent les bras chargés de provisions. De quoi tenir un siège mondial. D'autres s'amusent d'être enfin seuls en ville. Comme des oiseaux bagués, on peut lire les noms de famille des uns et des autres sur nos pièces d'identité portatives. Ai-je raté un épisode ? Le G7 ne débute-t-il pas demain ? Changement de programme. Je décide de partir illico en repérages. Si demain tout est bloqué, autant se faire aujourd'hui une idée.

En quelques heures, la ville de Biarritz est devenue une ville fantôme. Les rues sont désertes, le vrombissement des voitures inexistant. Il faut dire que nombreux sont les biarrots qui ont décidé de fuir leur propre ville durant le G7, craignant parfois des débordements ou tout simplement d'être importunés par le ballet des délégations diplomatiques. Postés entre la zone rouge et la zone bleue des CRS font barrage sous une tente blanche montée pour l'occasion. Tout est très calme. Paisible. Serein même. Sur la pancarte rouge arrimée à la barrière, les consignes sont claires : "Accès zone de protection rouge, badge obligatoire". Une nouvelle signalétique est apparue dans les rues. Les CRS demandent aux résidents leur fameux sésame ainsi qu'une pièce d'identité. Une postière à vélo distribue malgré tout le courrier. Les boîtes aux lettres en revanche sont condamnées, tout comme les bacs de recyclage. "G7 argibidea" ("Information G7") peut-on lire en basque : "Merci de bien vouloir garder vos déchets jusqu'à la fin du sommet ou bien de les amener dans les conteneurs de la zone 2 (bleue)". Les commerçants ouverts se demandent bien pourquoi ils sont là. Deux vendeuses, accoudées à la barrière devant leur boutique décident de sourire de la situation : elles ont monté le son, la rue leur appartient. Ou presque. Des bâches occultantes ont été installées près de l'Espace Bellevue qui sera occupé durant le sommet. La tenancière de boutique, très maquillée, râle. Elle va se plaindre. Personne ne l'aurait prévenue. Ni une, ni deux, direction la pâtisserie Miremont, une institution ici, qui a l'avantage d'être juchée en hauteur et de donner directement sur l'Espace Bellevue. Déjà les délégations encadrées de motards affluent. Devant le bâtiment, une caméra est installée sur un bras de grue pour les prises de vue extérieure est rodée. La ronde protocolaire sous l'arche fait sourire : le temps d'une nuit, la ville est devenue tout-à-coup si cérémonieuse.

 

Je lève le camp d'observation pour tenter de gagner la plage. Des amis surfeurs, ayant fui ces hostilités, m'ont chargée d'une mission de toute première importance pour eux : prendre en photo la grande plage et ses gigantesques vagues... sans surfeurs. Une image improbable et donc parfaitement insolite à Biarritz. Première difficulté, même avec un badge pour la zone rouge, la plage est totalement inaccessible et pour l'instant privatisée. Des démineurs en treillis ont envahi le terrain munis de leurs engins. Je souris en pensant au nombre de bijoux égarés qu'ils vont retrouver. Dans le petit jardin à côté, les hommes de la BAC surveillent l'allée. À côté de moi, un photographe étranger aux cheveux blancs fait le guet en hauteur. Visiblement, il attend un événement. Posté avec son gros objectif, il surveille le va-et-vient routiniers des policiers. Des chevaux de la garde républicaine surgissent, ni une ni deux, il les mitraille.

Au loin, les lignes sont parfaites et le spot inaccessible. Ineptie pour les gens d'ici. Je filme et redescends. Mission accomplie. En passant devant un night club, sa pancarte m'interpelle : "Bar & Club open G7/7, Start 22h, ce soir résident". Je souris : attendent-ils Christophe Castaner ? Le lendemain cette annonce aura disparu. De retour vers les Halles, en zone bleue, pour déjeuner, durant le trajet, je découvre avec stupéfaction que ce sont tous les corps de métiers de la sécurité qui ont été déployés. Pour ceux qui hésitaient encore pour savoir quelle unité intégrer, vous aviez l'occasion de les observer tous pour vous faire votre idée. Les démineurs sur le sable, le RAID posté devant des immeubles, la BAC dans les rues arborant leurs dossards et brassards, le service de recherche d'armes et de munitions, les CRS évidemment, mais aussi les secours en montagne... Au cas où la Rhune aurait décidé de se déplacer, j'imagine. Je passe devant les hommes postés non loin du Palais. Un groupe de policiers en VTT passe. L'un des hommes à l'arrêt lance : "ils ne vont pas aller très loin, leur parcours est limité". Tous éclatent de rire. Il ajoute en soupirant : "enfin, eux, ils bougent au moins...". Arrivée aux Halles, je m'installe en terrasse. Deux hommes très habillés, déjeunent côte à côte. L'un d'entre eux, veste bleue, jeans serré, chemise blanche et lunette de soleil, arbore une oreillette. Il sort bientôt un talkie walkie. Ils ne ressemblent à aucun de leurs collègues. À quelle unité ces deux-là peuvent-ils appartenir ? La question restera non élucidée.

La suite au prochain épisode.

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EPISODE #1 à retrouver ici.

Publié par Anne-Claire Ruel / Catégories : Actu

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