La célébrité peut-elle rendre « fou » ?

Celebrity (Woody Allen)

Le chanteur Stromae confiait récemment être « inquiet » pour sa santé mentale, et qu’il souhaitait faire une pause dans sa carrière. Trop de succès ? Trop de fatigue ? Trop de médiatisation ?  Stromae n’est pas le seul artiste à évoquer la question de la santé mentale en lien avec l’exposition médiatique : de Marilyn Monroe à Britney Spears, les exemples sont nombreux.

Alors la célébrité pourrait-elle vraiment faire « péter les plombs » ? Voici quelques éléments de réponse.

La célébrité, c’est quoi ?

Il n’est pas évident d’évaluer la notion de célébrité : quels sont les critères du succès ? à partir de quel niveau de médiatisation peut-on être considéré comme une « star » ? D’autant plus que la célébrité en tant qu’objet d’étude recouvre plusieurs dimensions. Il devient alors difficile de savoir quels facteurs sont déterminants dans l’apparition d’un mal-être chez une personne célèbre : est-ce le trop plein d’attention sociale ? l’ampleur des critiques négatives ? l’obligation de « se cacher » constamment pour échapper aux fans ? l’alternance de succès flamboyant et de périodes beaucoup plus calmes ?

Avec autant d’imprécisions, il n’est pas étonnant qu’on ne trouve que peu d’études sérieuses sur les liens entre célébrité et « folie ». Affirmer aujourd’hui que la célébrité rend « fou » relève donc plus du mythe que de l’objectivité scientifique.

Être « fou », c’est quoi ?

Reste aussi à définir ce qu’est être « fou ». Ce terme, très péjoratif, cache une multitude de troubles mentaux différents, allant de la dépression à la schizophrénie. Or, un échec cuisant après la sortie d’un album ne pourra jamais engendrer une schizophrénie chez un chanteur. Et puis, y a-t-il réellement plus de personnes atteintes de troubles mentaux parmi les célébrités plutôt que parmi les illustres inconnus ? À ma connaissance, aucune recherche ne permet d’affirmer que les « stars » seraient surreprésentées parmi l’ensemble des personnes atteintes de troubles mentaux. Pour rappel, actuellement 18% de la population souffre d’un trouble mental et nous sommes 25% à être susceptible d’en développer au cours de notre vie.

Et si les stars étaient déjà « folles » bien avant d’être célèbres ?

Mais comment peut-on être sûr que c’est bien la "célébrité" qui est à l’origine d’une détérioration de la santé mentale d’une personne connue ? Est-ce qu’une « star » n’aurait pas pu développer un trouble mental même si elle était restée une parfaite inconnue ? Autrement dit, certaines célébrités n’auraient-elle pas des « prédispositions au mal-être » ? Il semblerait que cela soit parfois le cas, à en croire des témoignages d’acteurs comme Catherine Zeta-Jones, Jim Carrey ou Ben Stiller qui ont fait récemment leur coming out en annonçant qu’ils étaient atteints d’un trouble bipolaire (ce sont principalement des facteurs génétiques qui sont à l’origine de ce trouble).

Et la créativité dans tout ça ?

Sur les liens entre célébrité et troubles mentaux il existe aussi une autre hypothèse. Dans l’ensemble des gens « célèbres », un grand nombre sont dits créatifs. C’est le cas par exemple de l’artiste Stromae, de l’écrivain Michel Houellebecq, ou du couturier Jean-Paul Gautier. Il est vrai que la créativité est souvent associée aux troubles mentaux, lien illustré notamment dans les biographies d’artistes illustres : Honoré de Balzac et Virginia Woolf ont probablement présenté une psychose maniaco-dépressive (maladie nommée aujourd’hui trouble bipolaire), John Nash, génie mathématicien était atteint de schizophrénie, Paul Verlaine était alcoolique, Antonin Artaud souffrait d’hallucinations, Vincent Van Gogh aurait souffert d’accès psychotiques, etc.

Les liens entre créativité et troubles mentaux sont plutôt bien documentés et de nombreux auteurs en psychologie se sont penchés sur la question. Ainsi, les individus créatifs dans le domaine des arts seraient particulièrement vulnérables aux troubles psychologiques. Ils présenteraient, entre autres, des niveaux élevés d’alcoolisme, de dépression, d’abus de drogues, d’états maniaques, d’anxiété, ou encore de troubles psychotiques. Mais inversement, on trouve aussi des études où la créativité représenterait une réponse alternative pour aider l’individu à faire face aux agressions extérieures. La créativité, en étant reliée à certaines caractéristiques personnelles comme la flexibilité, l'ouverture, l'autonomie, le sens de l'humour et l'enthousiasme, favoriserait ainsi la résistance aux stress.

Même s’il n’y a donc pas vraiment de consensus sur le sujet, il serait plus pertinent de parler des liens entre créativité et troubles mentaux, plutôt qu’entre célébrité et troubles mentaux. Une dernière chose : la créativité ne s'exprime pas seulement dans le domaine de l'art. On la retrouve également dans d’autres champs aussi variés que la science, l'industrie, ou la politique. Alors les personnalités politiques sont-elles aussi, comme les stars de la chanson, plus exposées à la « folie » ? Le débat reste ouvert.

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