Pourquoi Macron est la cible du "système" !

Jean-Pierre Chevènement et Emmanuel Macron à Belfort, en mai 2015. WITT/SIPA

L'affaire est entendue. Pour l'extrême gauche, la gauche de la gauche et la gauche du PS, Emmanuel Macron est de droite. Pour l'extrême droite, la droite de la droite et la droite du parti "Les Républicains", il est de gauche. Pour les centres de François Bayrou et de Jean-Christophe Lagarde, il est encombrant. Pour les instituts de sondage, Macron est, aujourd'hui, le "troisième homme" de l'élection présidentielle. Pour ses partisans, il sera le prochain chef de l'Etat ! Et à 39 ans, le plus jeune de toutes les Républiques françaises devant... Louis-Napoléon Bonaparte "intronisé" à 40 ans !

En quelques années, l'ancien conseiller de François Hollande pendant la campagne de 2012, qui a transité par le secrétariat général de l'Elysée, comme adjoint, avant d'aller à Bercy, comme ministre de l'économie jusqu'au 30 août 2016, est passé du statut d'"OPNI" quasi-inconnu à celui de "candidat chamboule-tout" à la présidentielle. Au point de commencer à ébranler un scénario déjà écrit pour 2017 comme nous l'analysions ici, en décembre.

A un peu plus de trois mois de la mère des batailles électorales, il se passe incontestablement quelque chose de nouveau sur la scène politique : Macron est devenu la cible des tous les principaux candidats de la présidentielle. Tous avaient voulu croire - et pas seulement eux - que la création de son mouvement "En Marche", en avril 2016, ne serait qu'un feu de paille. Que l'homme n'avait aucune consistance politique. Qu'on leur avait fait tellement de fois le coup du projet transpartisan, toujours avec le même résultat : l'échec.

Avec son parcours éclectique, il frappe à toute les portes

Ses détracteurs les plus acharnés - souvent situés à gauche de la gauche et à l'extrême gauche - assurent que la "macronmania" n'est qu'une opération de marketing, très bien orchestrée. Ils y voient la main de l'oligarchie qui tenterait de sauver son pouvoir vacillant. Les thèses politiques complotistes ont toujours eu beaucoup de succès dans ces strates. Les plus audacieux imaginent même un "bureau politique secret de la bourgeoisie" à la manoeuvre... Et l'extrême droite va s'y mettre aussi.

Le problème est que marketing ou pas marketing, un échantillon de plus en plus large d'électeurs tourne les yeux vers Macron. Il suffit simplement de prendre la mesure de l'audience de ses meetings. Là où les ténors socialistes en campagne pour la primaire de la gauche rassemblent quelques centaines de personnes, lui en ameute quelques milliers. Et jusqu'à plus ample informé, tout ces gens ne sont pas des figurants recrutés pour venir entendre "la bonne parole" mais des citoyens volontaires.

Et tous ces gens sont de plus en plus nombreux, à en croire l'évolution des sondages. De quoi faire pâlir d'envie plus d'un candidat à la présidentielle. Et pas seulement à gauche. Ou au centre. Car la particularité de Macron est de taper dans tous les azimuts. Il est vrai que son parcours éclectique lui permet de frapper à toutes les portes. Ce qui ne fait évidemment pas plaisir à toutes les composantes du "système" qui n'ont donc aucune raison de lui faire de cadeaux. Affaire de parts de marché. Accusé d'être le produit-type du "système", il en est, paradoxalement, la cible principale.

Il représente la cohabitation qui plait à l'inconscient collectif

Jeune chevènementiste en 2002 (il a 25 ans) car il s'interroge sur "le rôle de l'Etat", il contribue à la défaite de Jospin. Il est adhérent du Parti socialiste de 2006 à 2009. Il est de ceux - le groupe des Gracques - qui plaide, en 2007, pour une alliance avec les centristes. Enarque, inspecteur des finances, il se met en disponibilité de la fonction publique, en 2008, pour devenir banquier d'affaires chez Rothschild. Il fait la connaissance de Hollande en 2010 dont il devient donc un conseiller avant d'entrer dans la sphère du pouvoir. Macron a la particularité d'avoir été sollicité, dans sa courte carrière, à la fois par la gauche et par la droite - quand Fillon était à Matignon - mais de n'avoir répondu positivement qu'à la première.

"Je me sens pleinement de gauche (...) mais qu'est-ce que c'est être de gauche ?" se demandait-il, en 2015, répondant, aux Etats-Unis, aux questions de la journaliste Laurence Haïm qui vient de rejoindre son équipe présidentielle, en qualité de porte-parole pour les questions internationales. De gauche, certes, mais pas la gauche du congrès d'Epinay, celle du regroupement de façade des courants socialistes et de l'affirmation de l'alliance avec le PCF. Lui, c'est plutôt la gauche réformiste, social-libérale, la gauche américaine à la mode démocrate. Celle justement qui n'a jamais vraiment réussi à percer en France.

Macron revendique de faire "un travail de fragmentation idéologique". Un bon moyen de se mettre tout le "système" à dos. Il prétend secouer les archaïsmes de gauche... et les vieilleries de droite. Au fond, Macron représente la cohabitation à lui tout seul. Comme si Chaban-Delmas avec sa "nouvelle société" et Rocard avec la "deuxième gauche" étaient réunis en un seul homme. C'est le genre de configuration qui plaît à l'inconscient collectif de l'opinion et que détestent les appareils politiques. C'est pourquoi ils lui tombent dessus. Il n'en a cure : "les critiques qui viennent du monde politique ne m'atteignent en rien", dit-il, un brin présomptueux. Comment donc un blanc-bec qui n'a jamais été confronté à une élection et qui n'a pas 10 ans de carrière politique pourrait-il en remontrer à de vieux routiers, bardés de mandats et en tournée permanente depuis 20, 30 ou 40 ans ? Et si c'était ça aussi qui faisait son succès du moment ? Ce succès qu'il veut enraciner.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

A lire aussi

  • Aucun article
  • Rufina

    Je n'ai jamais entendu quelqu'un issu de la droite prétendre que Macron était clairement de gauche. Si on prend les seules idées, Macron est à droite (si on prend la division classique gauche/droite), c'est juste indéniable.
    D'ailleurs, c'est rigolo de constater que, pour pas mal d'électeurs de gauche, il suffit que certaines idées soient prônées par un mec qui vienne de leurs rangs pour qu'ils y adhèrent. Alors même qu'ils s'y refusaient avant quand une personnalité issue d'une autre formation politique évoquait la même chose! J'ai par exemple entendu quelqu'un dire qu'il était totalement d'accord avec Macron sur l'UE, alors qu'avant, il refusait d'entendre toute critique de l'Euro, il refusait de me croire quand je disais que l'Euro nous tirait vers le bas parce que trop fort à cause de l'Allemagne. Et il suffit que Macron dise que l'Euro est devenu un Deutsche Mark bis pour que cette personne applaudisse des 2 mains (alors même que ce n'est pas totalement vrai, l'Euro n'est pas tout à fait un DM bis, il est en effet également trop faible pour les Allemands en partie à cause de nous)! C'est dingue...
    Ca me montre qu'un certain nombre de gens sont vraiment des moutons en fait. Je trouve ça triste.

    • Pascal J

      je ne pense pas que vous ayez raison de dire : "D'ailleurs, c'est rigolo de constater que, pour pas mal d'électeurs de
      gauche, il suffit que certaines idées soient prônées par un mec qui
      vienne de leurs rangs pour qu'ils y adhèrent. Alors même qu'ils s'y
      refusaient avant quand une personnalité issue d'une autre formation
      politique évoquait la même chose!" Je m'explique, Si les gens adhère à l'idée de Macron, c'est pas parce qu'il est de sensibilité gauche, c'est simplement, parce qu'il explique sa théorie, son projet, sa position...écoutez un meeting de Macron, vous verrez que tous ce qu'il avance en proposition, il dit juste derrière, pourquoi il propose cette idée et surtout comment il va le faire, le mot le plus important dans tout ça!! La COHÉRENCE et La PÉDAGOGIE 😉 Chose que ne font pas les Politiciens carriéristes, De DROITE, de GAUCHE, Du CENTRE, et des EXTRÊMES. Bon weekend a tous, ah oui j'ai oublié il propose aussi, LA BIENVEILLANCE, à ses adhérents et à lui également, car vous ne l'avez pas encore entendu, critiquer ou insulter qui que ce soit; souvenez vous en !!!

    • Martin

      Macron il n'est ni de droite ni de gauche il est Macroniste et pour GAGNER il est prêt à tout.
      Même à créer 12000 postes d'enseignants, 10000 postes de policiers, rembourser 100% les lunettes et les frais dentaires et tout cela sans augmenter les impôts et en promettant de réduire les déficits .
      Il réinvente la politique loin des partis en en créant un où d'ailleurs se précipite les uns après les autres les permanents du PS en quête d'un après.
      Il n'a que des promesses démagogiques non chiffrées et des idées nouvelles comme la démocratie participative à de Ségoléne et le slogan "candidat du travail et du pouvoir d'achat" de Sarkozy.
      Ce n'est vraiment pas sérieux et il serait temps que les Français s'en aperçoivent.

      • Rufina

        Pour moi, il est clairement de droite. Il ne suffit pas de décréter qu'on n'est ni de droite ni de gauche pour l'être effectivement. Car le système économique prôné par Macron est pile poil dans la même lignée que celle voulue par le mouvement majoritaire aux Républicains - plus de libéralisme, moins de contraintes, pas de régulation financière. Avec effectivement des pistes empruntées à la gauche, qui me semblent pour certaines plus proches de la démagogie qu'autre chose.
        Après, je n'ai rien contre Macron lui-même. Je pense qu'il a réellement un idéal de société, et qu'il essaye de le vendre - même si cet idéal n'est clairement pas le mien. Mais, comme vous, je m'étonne que beaucoup de Français le suivent alors que pour l'instant, son programme manque clairement de relief.