« Si Freud n’était pas déjà mort, je le tuerais »

Lee Thomas

« Pendant 15 ans, j’ai consulté un psychanalyste dont la pratique s’appuyait sur la théorie de Sigmund Freud que je ne vous présente plus. Durant mes 5 premières années d’analyse, la fréquence des consultations était fixée à une fois par semaine, soit un total d’environ 240 séances. Les 10 années suivantes, nous sommes passés (avec mon accord) à une fréquence de 2 séances par semaine, soit un total d’environ 960 consultations.

En 15 ans, je me suis donc allongé environ 1200 fois et chaque séance me revenait à 40 euros (mon psychanalyste avait cette souplesse de me proposer un tarif en fonction de mon pouvoir d’achat). Mes 15 années d’analyse m’ont ainsi coûtées 48 000 euros. Bien-sûr, je n’ai bénéficié d’aucune prise en charge de la part de la sécurité sociale, car en France le titre de psychanalyste ne bénéficie d'aucun encadrement légal1 (contrairement à toutes les autres professions en santé mentale) et ne peut donc être couvert par l’assurance maladie.

Aujourd’hui, je vais mieux. Néanmoins, quelque chose me dérange : il existe en effet un certain nombre d’arguments solides2 qui tendent à me faire penser que le seul effet de ce millier de séances sur ma santé mentale ne serait qu’un effet placebo. Pour le dire autrement, il se pourrait bien que tout l’arsenal théorique de Freud ne soit qu'une vaste imposture3Cette investissement financier conséquent aurait donc été largement disproportionné par rapport au bénéfice reçu et j’éprouverais alors une rancune sauvage à l’égard de la pratique de mon psychanalyste ».

1. En France, n'importe qui peut légalement exercer en tant que psychanalyste sans diplôme, ni formation, ni expériences spécifiques. Les patients peuvent néanmoins trouver un professionnel dont le nom est enregistré dans les annuaires des associations de psychanalystes.

2. Nous disposons aujourd’hui d’une quantité de documents historiques et scientifiques qui nous amènent à remettre en question la validité de la théorie psychanalytique et donc à interroger l’éthique de cette pratique. En voici une liste non exhaustive :

Borch-Jacobsen, M. (1998). Souvenirs d'Anna O. : une mystification centenaire. Editions Aubier.

Borch-Jacobsen, M. (2011). Les patients de Freud. Sciences Humaines Editions.

Gauvrit, N. et Van Rillaer, J. (2010). Les psychanalyses : Des mythologies du XXe siècle ?

Lézé, S. (2010). L'autorité des psychanalystes. Paris : PUF.

Onfray, M. (2010). Le Crépuscule d'une idole. Grasset.

Stern, N. (1999). La fiction psychanalytique. Mardaga.

La polémique autour du rapport de l'INSERM (2004) sur l'évaluation de trois approches thérapeutiques différentes (psychanalytiques, cognitivo-comportementale, et familiale et de couple).

https://blogs.mediapart.fr/jacques-van-rillaer/blog/110617/psychanalyste-un-job-facile-pas-complique

http://www.scilogs.fr/ramus-meninges/en-marche-arriere-psychiatrie-psychologie/

3. Il s’avère que sur le divan, lorsque des patients observent un mieux-être, ces améliorations de leur état général seraient plus liées à des facteurs dits « non spécifiques », comme le fait de parler, de se savoir écouté, de croire que l’on va aller mieux, et moins à des facteurs spécifiques à la psychanalyse, comme « l’association libre » par exemple.

Pour conclure

Comparée aux autres pays du monde, l’influence psychanalytique est encore très importante en France. Les idées freudiennes persistent, notamment dans les milieux universitaires et les lieux d’enseignement. De même, les prises en charge psychothérapeutiques réalisées par les psychologues ou les médecins psychiatres s’appuient majoritairement sur les théories construites par Freud. La psychanalyse fait partie de notre patrimoine culturel, elle jouit d’un certain pouvoir social et d’une grande reconnaissance intellectuelle. De nombreux psychanalystes interviennent régulièrement en radio, télévision, on peut lire leurs articles dans la presse, leurs idées dans des ouvrages, etc. Dans notre pays, nous croyons en la psychanalyse et il est tout à fait naturel et admis que cette pratique puisse nous aider.

Comme le dit Samuel Lézé dans son ouvrage L'autorité des psychanalystes (2010), on peut se demander pourquoi les acteurs de ces pratiques (psychanalytiques) ne finissent pas par se rendre compte de leur inefficacité. Pourquoi la magie se maintient-elle sans preuves et n’aboutit-elle pas à sa critique ? Bref, pourquoi avons-nous encore foi en la psychanalyse ?

A lire aussi

  • un physicien

    Pourquoi, en France, avons nous tellement besoin d'avoir la "foi" en un homme providentiel ( Freud, Marx, De Gaulle, Macron) plutôt que d'aborder en face les vrais problèmes ?

    • http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche aufildejsours

      Pouvoir tout expliquer, notamment sa raison d'être, fait partie de nature humaine. Le but est certainement de se rassurer. C'est dans notre instinct de survie. Lorsque les connaissances manquent, l'Homme est bien content de trouver toutes sortes de raccourcis : dieu, les religions, les gourous, les croyances.

  • edrin17

    Et l’homéopathie on en parle ?

  • Marie-jo

    Et que dire du traitement de l'autisme par la psychanalyse ?

    • Lyonel Baum

      Il n'y a pas de traitement de l'autisme, il y a une reconnaissance de la subjectivité autistique. Il n'y a pas un autisme, mais autant de manifestations différentes du spectre autistique que de sujets.

      • Marie-jo

        Bonjour, excusez-moi, effectivement, je n'ai pas utilisé les termes exacts dans la définition de l'autisme. Je maintiens, cependant, que l'approche psychanalytique est inadequate.
        Cordialement

        • Lyonel Baum

          Les ouvertures de droits qu’offrent le statut de handicapé, la possibilité de déculpabilisation que procure « l’universel de la science », le développement de la psychiatrie sociale ainsi que les prétentions scientistes ont convergé pour fortement influencer la « modernisation » de la conception de l’autisme. L’autisme sous le terme générique de troubles envahissant du développement (TED) puis de troubles du spectre autistique est devenu la référence absolue. Les psychoses infantiles ont disparu du DSM. À côté d’une forme pure d’autisme, 35% des TED, formes atypiques, sont probablement des regroupements chimériques. Ces 35% sont les anciennes psychoses infantiles et les états limites retirées du DSM. Le syndrome d’Asperger continue à poser un problème : certains contestent son caractère déficitaire allant jusqu’à considérer qu’il fait partie du patrimoine de l’humanité.
          La conception des classifications internationales s’apparente à un retour des anciennes théories fixistes mais que l’on associe à des techniques de compensation comportementalistes dont on assure la promotion par des études dont les résultats sont contestés ( par des scientifiques peu suspects de complaisance envers la psychanalyse) et une stratégie agressive s’apparentant à du marketing.

  • http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche aufildejsours

    Si seulement la psychanalyse ne faisait que plumer des pigeons ! Vous oubliez la partie cachée de l'iceberg... Dans les universités, c'est l'enseignement majoritaire ! Les psychiatres et les pédopsychiatres en sont particulièrement friands puisque cette fausse science prétend tout expliquer. 70% des psychiatres et beaucoup plus chez les pédopsychiatres sont donc de cette pratique fumeuse (selon miviludes). Que doit-on donc en penser lorsque ces professionnels sont aussi experts pour les tribunaux (voir les affaires Outreau et Derochette, voir également les décisions de justice familiale et les 20% des enfants du divorce qui ne voient plus du tout leur père ainsi que ces 1000 pères de famille qui se suicident annuellement dans ce contexte) ??? Que doit-on en penser lorsqu'on sait que nos hommes et femmes politiques sont conseillés par de tels protagonistes ? Idem pour bon nombre de ministères et d'institutions (ministère de la justice, de la santé, des affaires sociales, fondation pour l'enfance, France Culture, France Inter, Arte, etc.)... Voir également le fait que Freud et ses fondamentaux sont enseignés au BAC avec les plus grands philosophes... J'espère que vous ne vous arrêterez pas à écrire juste un article.

    • Lyonel Baum

      Votre passion contre la psychanalyse est si intense, qu'elle indique un combat personnel. On en reparlera dans 10, 20 ou 30 ans.

  • http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche aufildejsours

    « Si Freud n’était pas déjà mort, je le tuerais » : Le problème est qu'il n'est toujours pas crevé le vieux ! Il a créé la plus grande secte du monde.

  • Luc Sud Tod Drop

    Étrange paradoxe en France qui consiste à continuer à promouvoir une pratique de santé répandue, enseignée dans tous les secteurs médicaux et sociaux comme indispensable, hors champ scientifique, hors de contrôle des pratiques et des résultats par les autorités sanitaires et sociales.
    Les conclusions des instances indépendantes mandatées pour ce rôle comme l'INSERM, le Comité consultatif national d'éthique, nous démontrent les limites de la psychanalyse dans ses applications souvent inutiles, très largement substituables, néfastes et dévastatrices.
    Elle conserve néanmoins un pouvoir transversal et de coordination actuel jusque dans la préparation des futures recommandations d’accompagnements pour les adultes autistes, qui prennent de ce fait un aspect idéologique obsolète et dictatorial.

  • Lyonel Baum

    Le scientisme le plus inculte et le plus forcené montre encore les crocs. La psychanalyse n'est *pas* une psychothérapie. Vous avez rejoint les rang de ses détracteurs, c'est dit.

    • Anne Scotet

      Tout à fait d'accord. Ceux qui nient les bienfaits de la psychanalyse ne sont que des incultes stupides et étroits d'esprit!

      • http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche aufildejsours

        Ceux qui en font la promotion occultent le fait qu'elle n'est pas efficace pour les pathologies les plus sérieuses et qu'elle génère des effets de détérioration. Lacan disait que c'est du bavardage, de l'escroquerie, du délire...