Freud et l’homosexualité

Ben Rennen

La semaine dernière, le site rue89 publiait une lettre de Freud adressée à une mère au sujet de l'homosexualité de son fils. Extrait :

"L’homosexualité n’est certainement pas un avantage, mais elle n’est pas honteuse, perverse ou dégradante ; elle ne peut être classifiée comme une maladie, nous la considérons comme une variation de la fonction sexuelle, produite par un arrêt spécifique dans le développement sexuel" (vous pouvez lire l'intégralité de cette lettre en cliquant ici).

C’est donc l’occasion de faire un point sur l’homosexualité vue par la psychanalyse et par Freud en particulier :

La genèse de l'homosexualité selon Freud

Dans Trois essais sur la théorie sexuelle1, Freud ne parle pas encore d'homosexualité. Il emploie le terme d'inversion qu'il considère comme une "déviation par rapport à l'objet sexuel". Il nomme alors les personnes homosexuelles des "sexuels contraires" ou des "invertis".
Pour Freud, "ni l'hypothèse, selon laquelle l'inversion est innée, ni l'autre, selon laquelle elle est acquise, n'expliquent la nature de l'inversion". Selon lui, nous aurions une "disposition bisexuelle originelle qui se modifie au cours de l'évolution jusqu'à devenir monosexualité (...)".

Freud tient donc compte d'une "prédisposition bisexuelle dans l'inversion (...) et qu'il s'agit là de troubles qui touchent la pulsion sexuelle dans son développement".

Néanmoins, Freud conclue en écrivant qu'il se voit "dans l'impossibilité de fournir une explication satisfaisante de la genèse de l'inversion."

Freud propose-t-il une cure pour "soigner" l'homosexualité ?

Freud ne souhaitait pas réellement modifier l'orientation sexuelle de ses patients (même si, selon lui, l'inversion "peut être modifiée par la suggestion hypnotique"). Il s'intéressait surtout à soulager les patients "en révolte contre le fait de leur inversion", qui ressentent leur homosexualité comme une "contrainte morbide". Bref, il s'attachait surtout à aider les patients à mieux vivre leur homosexualité.

Freud avant-gardiste

À cette époque, l'homosexualité est surtout une affaire judiciaire et psychiatrique (aujourd'hui encore, l'homosexualité est condamnée par des peines d'emprisonnements dans de nombreux pays, et la Classification Internationale des Maladies de l’OMS conserve l’homosexualité comme diagnostic jusqu’en 1992).

En 1903, un scandale judiciaire impliquant une personnalité jugée pour son homosexualité, va amener Freud à s'exprimer ainsi : « L’homosexualité ne relève pas du tribunal et j’ai même la ferme conviction que les homosexuels ne doivent pas être traités comme des gens malades, car une telle orientation sexuelle n’est pas une maladie (...) Les personnes homosexuelles ne sont pas des malades".

Selon la psychanalyste Ruth Menahem, malgré certaines ambiguïtés et contradictions dans les écrits de Freud, ce dernier aurait donc privilégié le courant de la « normalité » de l’homosexualité.

Le point de vue de la psychanalyse après Freud 

Néanmoins, le point de vue avant-gardiste de Freud ne fait pas l'unanimité dans la communauté psychanalytique. Ainsi, pour Lacan, les personnes homosexuelles seraient des malades qu’il faut guérir :

« Les homosexuels, on en parle. Les homosexuels, on les soigne. Les homosexuels, on ne les guérit pas. Et ce qu’il y a de plus formidable, c’est qu’on ne les guérit pas malgré qu’ils soient absolument guérissables » (t. 5 du Séminaire, 1957-1958)2.

Plus récemment, le psychanalyste César Botella s’exprimait ainsi sur le sujet : « À l’heure actuelle, avec l’accroissement des connaissances, tant au niveau de la théorie que de la pratique, il doit être possible d’affirmer que la psychanalyse est appelée à résoudre le problème de l’homosexualité ». Propos s’opposant à ceux de Freud : « La psychanalyse n’est pas appelée à résoudre le problème de l’homosexualité. »

Il n’existe donc pas un discours univoque sur l’homosexualité qui serait partagé par l’ensemble de la communauté psychanalytique. En ce qui concerne les thérapies destinées à « éduquer » les personnes homosexuelles pour les rendre hétéros (« thérapie de conversion »), elles ne sont bien sûr plus recommandées par les autorités de santé mentale. Malheureusement, pour des raisons culturelles et religieuses ces traitements existent encore. C’est justement le cas au Royaume-Uni avec les « thérapies de conversion » qui sont toujours pratiquées.

Sources :

  1. Freud, S. (1987). Trois essais sur la théorie sexuelle. Paris : Gallimard
  2. Menahem Ruth, « Désorientations sexuelles. Freud et l'homosexualité », Revue française de psychanalyse 1/ 2003 (Vol. 67), p. 11-25.

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  • lyseam

    que vient faire encore l'homosexualité qui ne relève ni de la psychiatrie ni de la psychologie sur ce blog avec en plus une conclusion aussi floue que "il n'existe pas de discours univoque en psychanalyse" ?

    peu importe que des psys ou pas ici ou ailleurs de nos jours ou avant pensent que c'est une maladie guérissable ou pas, puisque cela n'en est pas une. Ce ne sont pas les possibilités de discours qui font que tous les discours soient pareillement vrais : ils sont tous faux sauf ceux qui posent que l'homosexualité n'a rien à faire avec une maladie. Ce n'est pas une question d'opinion ! Ceux qui continuent à penser le contraire ont tort et point et sont lamentables et dangereux.

    je n'arrive pas à comprendre où vous voulez en venir.

    La perversion sexuelle, la recherche de relations tarifées, où l'autre est nié en tant qu'humain, quelle que soit l'orientation sexuelle, et autres comportements peu ragoutants, ça oui ça mérite réflexion psy (psychiatrique mais pas psychanalytique )

  • Pingback: Théorie sexuelle : Freud et l’homosexualité()

  • http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche aufildejsours

    La psychanalyse a été condamnée en 2010 par la Haute Autorité
    de Santé pour sa fausse prétention à pouvoir soigner l’autisme ! Elle a
    fait l’objet d’un rapport de l’INSERM en 2004 qui démontre qu’elle est
    sans efficacité sur le plan thérapeutique. En 1980, toutes les
    références freudiennes ont été retirées du DSM III pour leur absence de scientificité.

    Toutefois, la
    psychanalyse est partout présente dans les questions et nos débats de
    société. Les médias s’en font les porte-paroles à outrance et parfois
    même les émissaires ! Par contre, les médias étouffent généralement les
    impostures, les escroqueries et les mensonges de la psychanalyse… C’est
    certainement parce que la psychanalyse fait vendre… mais heureusement,
    cela n’empêche en rien la psychanalyse de n’être que du charlatanisme comme en témoigne le contenu de ce billet.

  • Jacques Van Rillaer

    Lacan affirme que les homosexuels sont "absolument guérissables". Lacan parlait-il d'expérience ? Lacan a fait avant tout de la philosophie avec du jargon freudien. Il n'a absolument pas fait progresser la pratique pour les patients (mais bien pour les analystes : les séances à durée variables permettent une multiplication sensationnelle des gains).
    Freud a dit et répété que la psychanalyse n'était efficace que pour l'hystérie et encore.
    Dans ses lettres on découvre qu'il est devenu de plus en plus pessimiste quant à l'efficacité de sa propre méthode.
    Voir à ce sujet le texte paru sur le site "pseudo-sciences.org"
    Taper: "désillusions"