La primaire de gauche avec Hollande : rampe de lancement ou piège mortel ?

François Hollande, le 17 mai 2016, au Grand-Quevilly (Seine-Maritime). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

C'est donc décidé, il y aura une primaire supplémentaire ! Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a fait entériner par le "parlement du parti" - le conseil national - le principe d'une primaire de la gauche. Proposition faite avec l'aval de François Hollande, décision prise à l'unanimité. Que demander de plus ?

Il y aura la primaire dite "de la droite et du centre" qui s'organise, pour le moment, sans aucun candidat du centre mais avec 12 prétendantes et prétendants venant du parti "Les Républicains". Et la liste n'est pas close puisque Nicolas Sarkozy est entré dans l'arène... sans l'annoncer officiellement. Il y aura aussi la primaires dite "des gauches" organisée par ceux qui ne veulent pas que Hollande se représente et qui y est déclaré persona non grata : ça tombe plutôt bien car il n'avait pas l'intention de s'y frotter.

La troisième primaire est destinée à faire la pige à la deuxième et à permettre justement au président de la République sortant de s'y présenter. Cela lui donnerait l'occasion, éventuellement, d'affronter, sans gros risques, un "écologiste de gouvernement" et un radical de gauche, ainsi qu'un représentant de l'aile gauche du Parti socialiste. Avec ce dernier, la joute serait moins aisée... si ses opposants - les "frondeurs" - parviennent à s'accorder sur le nom d'un seul candidat.

Eparpiller les "frondeurs" façon puzzle...

Car c'est bien cette première équation que les "frondeurs" vont devoir résoudre. D'abord tentés par la "primaire des gauches", ils peuvent difficilement se dérober devant celle que le conseil national du PS vient d'avaliser... avec leur soutien. Le résultat mécanique de ce vote est la mort définitive de la primaire croupion anti-Hollande qui ne mettrait aux prises, si elle a lieu, que des seconds couteaux sans grande surface politique puisque Jean-Luc Mélenchon a décidé de faire cavalier seul.

Ainsi ramenés dans le giron du PS, les chefs de file de l'opposition socialiste au chef de l'Etat vont devoir s'assoir sur leur égo pour trouver un seul dénominateur commun susceptible de les représenter tous dans cette primaire de la gauche. Pour eux, c'est à la fois une chance et un défi : la chance de pouvoir rassembler tous les anti-Hollande socialistes et le défi de mettre au point une plate-forme politique sur laquelle tous s'accorderaient. Et là, ce n'est pas encore gagné !

Les haines recuites étant légion, c'est probablement sur cette donnée que compte Hollande pour décrédibiliser son opposition et l'éparpiller façon puzzle, selon l'expression des "Tontons flingueurs". A cette aune, la primaire de la gauche façon Cambadélis serait une rampe de lancement pour Hollande assuré alors de sortir vainqueur de ce débat interne sur la ligne. Ayant accepté de jouer le jeu, les "frondeurs" seraient dès lors sommés de se soumettre ou de se démettre.

... ou ouvrir une voie royale à Mélenchon

Mais cette vision n'est-elle pas une illusion ? Ne se réduit-elle pas à un simple jeu interne assez éloigné de l'enjeu que représente l'élection présidentielle ? En clair, ne s'agirait-il pas d'une sorte de victoire à la Pyrrhus au sein de la gauche dite "de gouvernement" qui annoncerait une défaite à suivre devant tous les électeurs lors du scrutin de 2017 ? En d'autres termes, cette rampe de lancement supposée ne deviendra-t-elle pas un piège mortel pour Hollande ?

Le simple fait de participer à une primaire pour un président en exercice qui envisage de se représenter est déjà, en soi, une aberration dans le cadre de la Ve République. Il altère l'autorité du chef de l'Etat avant le terme de son mandat et il rend, par le phénomène des vases communicants, le pouvoir aux partis. C'est justement ce que les constituants de 1958 voulaient éviter pour ne pas reproduire l'instabilité de la IVe et le rôle secondaire du chef de l'Etat. A sa manière, assez exotique, la droite participe aussi à la mise en bière.

Compte tenu de l'impopularité actuelle et persistante de Hollande, il serait peu probable qu'une victoire de Hollande dans la gauche de gouvernement ait un prolongement notable au sein de tout l'électorat de gauche. Il se pourrait même qu'elle produise l'effet inverse et donne un coup de booster à tout ce qui, à gauche, s'oppose à lui. Et dans cette hypothèse, le principal bénéficiaire serait celui qui se présente comme le symbole anti-Hollande : Mélenchon lui-même. De quoi ouvrir pour la gauche socialiste dite "de gouvernement" une ère glaciaire !

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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