Primaire : Juppé et Sarkozy devraient plus se méfier de Le Maire et de Fillon !

Bruno Le Maire et François Fillon, le 30 mai 2015 à Paris lors du congrès fondateur du parti. ( WITT / SIPA)

Emballez, c'est pesé ! A un an de la primaire de la droite et du centre, l'affaire semble entendue. C'est en tout cas comme ça qu'elle est présentée. Les sondages sont sans appel : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy caracolent loin devant au premier tour, les autres protagonistes - déclarés ou non - sont dans les choux !

Juppé-Sarkozy, Sarkozy-Juppé... A bien y regarder, le seul suspense qui resterait digne d'intérêt serait l'ordre d'arrivée du second tour. Voire la répartition du report des voix s'étant portées, au premier, sur François Fillon ou Bruno Le Maire et, dans une moindre mesure, sur Xavier Bertrand ou quelques autres qui auraient ramassé des miettes.

Selon un sondage BVA du début novembre, l'ancien président de la République (2007-2012) l'emporterait face à l'ancien premier ministre de Chirac (1995-1997) par 52% contre 48%. Mais deux mois avant, en septembre, une autre enquête signée Ipsos donnait le résultat inverse : 56% pour Juppé et 44% pour Sarkozy.

La question de la sociologie du futur électorat

Pour tous les instituts de sondages, Le Maire tourne légèrement au-dessus de 10% au premier tour et Fillon, légèrement en-dessous de ce pourcentage symbolique. L'un et l'autre, cependant, sont loin de s'avouer vaincus avant même d'avoir combattu. Le premier travaille son profil depuis des mois et il multiplie les réunions "genre Tupperware" devant des assemblées modestes. Le second répète qu'il ne renoncera pas et il martèle sa détermination.

Implicitement, les deux outsiders n'accordent pas plus d'importance qu'il n'en faut aux enquêtes d'opinion réalisées plus de 12 mois avant la réelle confrontation dans les urnes. Certains analystes ne leur donnent pas tort. "Les sondages pour la primaire Les Républicains sont parfaitement bidons", assurait ainsi le politologue Thomas Guénolé dans un entretien au Figaro, en août dernier. 

Pour étayer son propos abrupt, ce maitre de conférence à Sciences Po notait que "les instituts de sondage ne peuvent pas connaître la sociologie du futur électorat". L'argument peut être entendu. Et même si elles donnent une photographie des votes potentiels d'un électorat reconstitué par les sondeurs, ces enquêtes ne peuvent pas, par définition, prendre en compte d'autres paramètres de taille : la campagne électorale, l'évolution de l'actualité de chaque candidat, la perception évolutive des futurs électeurs.

L'un n'est pas un politicien installé dans le décor...

A cette aune, quelques éléments commencent à se faire jour qui devraient, dans les prochaines semaines ou les prochains mois, faire bouger les lignes. Cela devrait se faire, logiquement, au détriment des leaders qui, hauts dans les sondages, ne peuvent que perdre des points au profit des outsiders en embuscade pour les récupérer.

Commençons par Le Maire. Il avait déjà créé la surprise, en novembre 2014, lors de l'élection du président de l'UMP, sigle un peu chargé - affaire Bygmalion oblige - que Sarkozy s'est empressé de faire disparaître dès après sa victoire. L'ex-chef de l'Etat avait certes été élu au premier tour mais avec "seulement" 64,5% des voix, soit 20 points de moins qu'en 2004, mais son principal challenger - Le Maire - avait frôlé la barre des 30%. Un vrai exploit dans la famille sarkozyste.

Non seulement l'ancien ministre des affaires européennes (2008-2009), puis de l'agriculture (2009-2012) peut se prévaloir de ce précédent électoral flatteur mais il peut aussi présenter un CV ministériel qui n'est pas un handicap. Un de ses atouts majeurs est son âge (46 ans en 2015) qui n'en fait pas un politicien installé dans le décor, à un haut niveau, depuis plusieurs décennies...

... L'autre mise à fond sur son projet politique libéral

Fillon, pour sa part, est persuadé que son heure va sonner. Il veut croire que "l'écart se réduit" entre lui et Juppé, une manière de considérer que Sarkozy va bientôt être hors-jeu et qu'il n'est donc plus son adversaire principal : la vengeance du "collaborateur" est un plat qui se mange froid. De fait, si les intentions de vote en sa faveur restent faibles (environ 8%), sa popularité à droite est beaucoup plus élevée. Mais il y a un pas de la popularité au vote.

L'ancien chef du gouvernement espère certainement passer d'un concept à l'autre. Pour cela, il s'appuie sur l'indéniable succès de librairie pour un ouvrage politique écrit par un politique de son livre "Faire" qui dessine les contours de son projet libéral. Il joue à fond cette carte pour s'extirper, autant que faire se peut, de la case qui le place à côté de Sarkozy dans l'esprit de l'opinion.

Ces deux là labourent inlassablement le terrain de la droite, en annonçant haut et fort ce qu'ils feraient s'ils étaient au pouvoir. Plus que Fillon, Le Maire tente d'exploiter le filon du "renouveau", ce qui se comprend aisément face à ses concurrents. L'ancien premier ministre, lui, fait dans le registre de la "rupture". Les deux ont donc en commun de défendre des concepts qui battent en brêche les fondamentaux de Sarkozy et Juppé. Le duo de tête devrait certainement plus se méfier de ces deux outsiders.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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