Entre Mélenchon et les écologistes, l'idylle de circonstance est terminée

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, le 18 septembre 2012 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). (REVELLI-BEAUMONT / SIPA)

Patatras ! La nouvelle alliance à laquelle rêvait Jean-Luc Mélenchon s'est fanée avant même d'éclore. L'ancien candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle, fâché par l'attitude communiste aux élections municipales de mars 2014, avait cherché à se rapprocher des écologistes pour bâtir une nouvelle alliance anti-Hollande. L'opération de séduction avait commencé l'été dernier. Elle vient de s'achever.

Invité de l'émission "Le Grand Jury" sur RTL, le 17 mai, Mélenchon a enterré la "nouvelle coalition" qu'il imaginait entre le Parti de gauche (PG) et EELV (Europe écologie-Les Verts) pour les élections régionales de fin d'année. Il a rendu les écologistes responsables de cette fin prématurée, expliquant que Hollande avait "bien joué" pour faire capoter cette alliance alternative. Selon lui, le président de la République aurait proposé des postes de ministres aux écolos pro-Hollande, semant ainsi une zizanie interne qui a eu pour résultat de provoquer un repli identitaire.

L'ancien co-président du PG estime donc que les choses se sont "gâtées" avec Cécile Duflot, sans jamais considérer qu'il peut avoir une part de responsabilité dans les échecs successifs de ses alliances, d'abord avec le PCF, ensuite avec EELV. Ses ex-futurs partenaires ont l'air de penser, eux, qu'une politique de gauche alternative, sans projet clairement défini et se fondant uniquement sur un cartel électoral anti-Hollande, c'est un peu court.

"L'anticipation" de Grenoble restée sans lendemain

D'autant qu'il arrive à Mélenchon, toujours très vindicatif contre les "Hollandais" et les "Solfériniens" - les partisans du chef de l'Etat et les cadres du PS dans la ligne -, d'être assez peu tendre avec ses alliés. Mécontent de l'attitude des dirigeants du PCF qui avaient fait des alliances à géométrie variable avec ou sans le PS, selon les cas, aux municipales, il n'avait pas cessé, après le scrutin, de pilonner le patron des communistes, Pierre Laurent. Et il commençait à faire les yeux doux aux écologistes.

Pour expliquer cette "drague", il mettait alors en avant la réussite électorale de l'alliance rouge-verte à Grenoble. Une liste PG-écologistes, en effet, avait pris la municipalité précédemment détenue par un maire socialiste, lors du scrutin de 2014. Cette victoire était donc un double symbole : anti-PS et pro-EELV. Cependant, une victoire de ce type n'a pas d'équivalent dans une autre grande ville de France (Grenoble compte plus de 150.000 habitants) ou même dans une ville moyenne.

"Ce qui s'est passé à Grenoble est une anticipation qui me fait rêver, déclarait alors Mélenchon. L'anticipation d'une gauche sortie des clous de la traditionnelle alliance avec le PS, d'une gauche inventive, d'une gauche fière d'innover et de proposer autre chose." Il se refusait à y voir - contre toute évidence - un phénomène unique et local. Bien au contraire, l'ancien militant socialiste qu'il fut longtemps décelait "un sentiment montant au sein des militants écologistes". Il avait en ligne de mire les régionales de l'année suivante et il tenait en main un argument pour menacer le PCF.

Sans stratégie politique et plus que jamais isolé

Le problème est que Mélenchon n'irrite pas que les communistes. Il énerve aussi une partie des écologistes. Les uns et les autres voient en lui un homme qui, certes à de l'énergie à revendre, mais aussi, et surtout peut-être, un dirigeant qui joue "perso" et essentiellement pour son propre compte. De ce point de vue, la direction du PCF ne conserve pas un excellent souvenir de la campagne présidentielle de 2012. Cecile Duflot qui aimerait, quant à elle, ne pas être passée par pertes et profits en 2017 se tient à distance raisonnable du trublion qui, de son côté, ne semble pas éprouver une extraordinaire sympathie par Emmanuelle Cosse, la patronne actuelle des écolos.

Comme il a contre lui quelques poids lourds du mouvement écologiste dont, notamment, les "coprésidents" du groupe des députés écologistes - Barbara Pompili et François de Rugy - ainsi que Jean-Vincent Placé - président du groupe vert du Sénat -, Mélenchon s'est quand même rendu compte, Hollande fin tacticien ou pas, que la question de l'alliance électorale ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Et au cas improbable où il n'avait pas bien compris, Placé lui a mis les points sur les i, en lui pronostiquant un score de 2% en 2017... après ses 11,13% de 2012.

Les élections départementales - anciennes cantonales - devaient servir de test d'audience et de solidité tant au Front de gauche, qu'au PG et à EELV. Le moins que l'on puisse dire est que test n'a pas été très concluant. Sur aucun des plans intéressant les "partenaires". Ni l'audience de la gauche alternative au PS, lui même terriblement affaibli, ni le "binôme new look rouge-vert" qui devait voir le jour ne s'est imposé dans le paysage politique. Désormais en délicatesse avec le PCF et privé d'une alliance de circonstance avec les écologistes pour les régionales, Mélenchon semble dépourvu de stratégie politique. Et plus que jamais isolé.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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