Sarkozy a plus d'adversaires que d'alliés à droite et au centre pour la primaire

Nicolas Sarkozy, le 25 novembre 2014, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), avant l'élection à la présidence de l'UMP (CITIZENSIDE / FRANÇOIS LOOCK / AFP)

L'élection a été le hors d'oeuvre, le plat de résistance arrive maintenant. Elu à la tête de l'UMP par les militants avec 64,5%, le 29 novembre, Nicolas Sarkozy est entré dans le vif du sujet : assurer le rassemblement de cette famille de la droite, déchirée depuis sa défaite présidentielle de 2012.

Même si l'essentiel était de remporter cette élection interne au premier tour - il n'a cependant pas atteint la barre symbolique des 70% qui était celle que fixait, en "off", son entourage -, le score de Sarkozy résume à lui tout seul l'ensemble des difficultés qu'il va devoir affronter dans son entreprise.

Son principal adversaire dans le scrutin pour la présidence était Bruno Le Maire. L'ancien ministre de Jacques Chirac a frôlé le cap des 30% qui va au-delà de ses propres partisans puisqu'une bonne partie des opposants de Sarkozy, hors les plus farouches anti-mariage homosexuel, se sont retrouvés sur son nom.

Le "comité des ex-premiers ministres" a fait long feu

Voulant montrer que le parti avait désormais un patron, après deux ans d'une errance dominée par le combat fratricide entre Jean-François Copé et François Fillon, l'ancien chef de l'Etat a donné un premier signe... qui a fait long feu. Le "comité des anciens premiers ministres" qu'il voulait constituer ne verra pas le jour.

Pourtant bon tacticien, Sarkozy s'y est pris maladroitement. Au lendemain de son élection, il a annoncé à la télévision la création de ce comité, précisant qu'il avait déjà l'accord de Dominique de Villepin. Il se trouve que ce dernier, ancien ennemi irréductible, n'a plus aucun poids politique et que le nouveau "patron" avait omis d'en glisser un mot à ceux qui comptent : Alain Juppé, François Fillon, voire Jean-Pierre Raffarin.

Résultat, cette annonce est rapidement apparue comme un "coup médiatique" qui aurait surtout eu pour but de mettre sous tutelle deux de ses futurs challengers dans le primaire présidentielle de la droite, et peut-être du centre : Juppé et Fillon. C'est en tout cas comme ça qu'ils l'ont interprétée, en déclinant tous les deux l'offre.

L'invitation de Le Maire à la CDU est tombée à l'eau

Autre ex-chef du gouvernement, Raffarin, qui bénéficiait du soutien de Sarkozy dans sa conquête avortée de la présidence du Sénat, a apporté une réponse détournée mais assez cinglante, en signifiant, dans des propos rapportés par Le Monde, qu'il partageait "la ligne politique d'Alain Juppé". Une déclaration qui vaut soutien pour la primaire en vue de 2017.

Edouard Balladur étant probablement favorable à cette instance baptisée "comité naphtaline" par Juppé, mais étant resté muet, elle pouvait difficilement ne compter que Villepin : le comité Sarkozy est donc mort-né. Les intéressés se réuniront de façon informelle - s'ils se réunissent - et un des signes tangibles du rassemblement, dans l'esprit du nouveau président de l'UMP, s'est disloqué.

Le nouveau patron de l'UMP voulait faire un autre geste de rassemblement, en conviant Le Maire, son adversaire pour la présidence, à se rendre avec lui au congrès de la CDU, en Allemagne. Hélas, là aussi Sarkozy s'y est mal pris et la rebuffade est venue de Berlin. Angela Merkel a tordu le nez, y voyant une opération de promotion personnelle, et le déplacement a été annulé.

Querelles d'egos dans l'équipe dirigeante de l'UMP

La chancelière s'était beaucoup engagée derrière Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2012. Les choses ont changé : le président sortant a été battu, il n'est plus "que" chef du principal parti de l'opposition parlementaire et Merkel, toujours aux commandes outre-Rhin, n'a aucun raison de faire une mauvaise manière à Hollande, président en exercice, alors que les relations franco-allemandes ne sont pas au mieux.

Les opposants de Sarkozy, s'ils regardent avec intérêt ou amusement, la multiplication publique des gestes d'apaisement et de rassemblement, ne sont pas dupes pour autant de cette gymnastique politique. Celle-ci a trouvé encore une illustration à travers la composition de l'équipe dirigeante qui entoure le "patron". Les savants dosages masquent mal l'absence de ligne politique et donc la volonté de ménager tout le monde.

Aux querelles d'egos et aux divergences de fond qui vont entraver la travail de rassemblement va s'ajouter, au fil des mois, la volonté des deux familles centristes - UDI et Modem - de montrer leur existence. Autant elles sont ouvertes à l'idée d'un travail commun avec Juppé, autant elles rejettent une mise sous tutelle virtuelle par Sarkozy. Et comme l'intéressé ne veut pas entendre parler de Bayrou... Rien n'est simple dans le rassemblement.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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