L'affaire Bygmalion peut sauver Nicolas Sarkozy... ou lui donner le coup de grâce

Nicolas Sarkozy au Parc des Princes, à Paris, le 2 avril 2014. (GONZALO FUENTES / REUTERS)

Derrière le feuilleton Bygmalion, un autre film se tourne. Son titre n'est pas encore finalisé car le dénouement oscille entre deux hypothèses opposées. Il s'intitulera soit "Sarkozy, le retour", soit "Sarkozy, la fin". Derrière la ténébreuse affaire de la société de conseil et de communication qui vient d'emporter Jean-François Copé - le président de l'UMP abandonnera son poste le 15 juin au profit d'un triumvirat d'anciens premiers ministres  -, une autre passe d'armes s'est engagée entre partisans et adversaires de l'ex-président de la République. Les premiers veulent lui sauver la mise et le maintenir dans la course à l'Elysée 2017 alors que les seconds s'organisent pour lui barrer la route et le mettre hors course définitivement.

Une étrange période s'est ouverte au terme de la réunion du bureau politique de l'UMP, mardi 27 mai, qui a vu la démission, sous la contrainte, de Copé. Au lendemain des élections européennes, boudées par plus de 56% de l'électorat, désastreuses pour le PS (3e avec moins de 14% des suffrages exprimés) et cataclysmiques pour le parti néo-gaulliste arrivé derrière le Front national, l'affaire se présentait mal pour le président du parti. D'autant qu'une dizaine de jours auparavant, Libération avait relancé l'affaire Bygmalion, en révélant que plusieurs millions d'euros de factures douteuses avaient été réglés par l'UMP à cette entreprise - elle a été montée par des proches de Copé -, pendant la campagne présidentielle de 2012.

Cette seconde salve de révélation venait après une première faite par l'hebdomadaire Le Point consacrée aux sur-facturations supposées de cette même société de communication et avant la surprenante confession de Jérôme Lavrilleux, plus proche collaborateur de Copé, sur le financement de la campagne présidentielle. Le coup de massue du résultat des européennes à peine asséné, le directeur du cabinet de Copé livrait sa "vérité" sur le transfert vers Bygmalion, selon lui, de factures imputables à la campagne de Sarkozy. Pour un montant supérieur à 10 millions d'euros qui s'ajouteraient donc à des comptes non validés par le Conseil constitutionnel... en raison d'un dépassement déjà constaté sans ce substantiel apport.

Depuis la fin mai, l'UMP est une sorte de bateau ivre. Elle est formellement présidée par un homme démissionnaire qui n'a plus aucune autorité et elle est pratiquement non-dirigée par un trio dont la nomination est contestée par les proches de Nicolas Sarkozy pour non respect des statuts. Dans le parti, ça tire à hue et à dia. Et ça tire surtout dans tous les sens sur tout ce qui bouge. François Fillon charge abondamment son meilleur ennemi, Copé, Lavrilleux le défend en dégommant une partie des dirigeants de l'UMP dans une vraie-fausse interview qui est en réalité un portrait truffé de citations réalisé par Le Point. Chacun y va de son commentaire pour enfoncer ou pour encenser les protagonistes du prochain combat interne : la prise de la présidence du parti.

Partisans et adversaires engagent une course de vitesse

Une véritable course de vitesse s'est engagée entre partisans et adversaires de l'ancien président de la République. Au milieu de ce maelström, les amis de Sarkozy sont rapidement montés au créneau après que celui-ci a fait savoir par personne interposée - Brice Hortefeux, en l'occurrence, préposé à ce genre de mission - qu'il était "très mécontent de voir son nom associé" à la "curieuse actualité" que constitue l'affaire Bygmalion. Après l'expression de la colère, les mêmes ont enclenché la vitesse supérieure, en indiquant qu'il est le seul à pouvoir faire l'unité de la droite, le seul à pouvoir entraver efficacement la montée du Front national, le seul à pouvoir diriger sérieusement l'UMP avant d'être le seul à pouvoir présider avec succès le pays. Ils ont fait d'une pierre quatre coups.

En appuyant sur le champignon, ils ont voulu extraire Sarkozy le plus vite possible du collant dossier Bygmalion, le placer dans une dynamique positive en le présentant comme le sauveur potentiel de l'UMP menacée de disparition, le mettre sur l'orbite présidentielle en l'imposant à la tête de l'UMP et, ce faisant, écarter toute idée de primaire à droite puisqu'il serait devenu, dès lors, l'incontestable champion de l'opposition qui, en aucun cas, ne devrait être contesté. Les sarkozystes veulent donc mener une opération éclair, quasi militaire, qui cadre bien avec la séquence historique de commémoration du 6 juin 1944. Cette façon d'aborder la période qui s'ouvre n'est évidemment du goût des adversaires de l'ancien chef de l'Etat.

Ni François Fillon, ni Alain Juppé, pour ne citer qu'eux, ne l'entendent de cette oreille. Ils ont bien compris que les sarkozystes veulent passer l'affaire Bygmalion par pertes et profits, en enjambant les procédures judiciaires qui ne vont pas manquer de se bousculer au portillon. Ils ont saisi qu'ils veulent profiter du vide actuellement créé pour les écarter du jeu. Il ne leur a pas échappé que les amis de Sarkozy compensent sa baisse d'attractivité politique et populaire par un activisme médiatique débordant. Ils ont noté que le coup de la tribune de dernière heure, qui eut un certain succès juste avant les municipales, avait fait un flop remarqué à la veille des européennes malgré une publication concomitante en France et en Allemagne. Il a laissé Angela Merkel de marbre : il est vrai que la remise en cause des accords de Schengen qui y était suggérée n'est pas du tout à l'ordre du jour à Berlin.

Le maire de Bordeaux a du reste pris les devants, en soulignant que d'après lui le futur président de l'UMP ne devait pas briguer la présidence de la République. Juppé a donc pris soin de préciser qu'il n'était pas intéressé par la présidence... du parti. L'autre ancien premier ministre, Fillon, se prépare, lui, à un "affrontement sanglant" avec l'ex-locataire de l'Elysée, selon des propos qui lui sont prêtés par le Canard enchaîné. Tous deux savent que le temps joue contre Sarkozy. C'est pourquoi ses partisans tentent d'occuper le terrain afin de reprendre la maitrise du calendrier. L'affaire Bygmalion a chamboulé le planning de Sarkozy. A ce moment du feuilleton, elle peut aussi bien le sauver... que lui donner le coup de grâce.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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