Après leur accord avec NKM, les centristes feront-ils pencher Paris à droite ?

Marielle de Sarnez (Modem), Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) et Christian Saint-Etienne (UDI) célèbrent leur accord pour les municipales à Paris. (TWITTER / MR_MATTH)

Nathalie Kosciusko-Morizet joue de malchance. Après avoir "ramé" pendant des semaines pour réaliser un accord électoral avec les centristes à Paris, NKM a vu son succès, à peine obtenu, englouti par la déferlante Mandela. La mort de l'icône mondiale, jeudi 5 décembre dans la soirée, a tout balayé sur son passage, laissant juste une petite place à l'intervention militaire française en Centrafrique.

Au terme d'une journée de discussion, en présence de Jean-Louis Borloo, patron de l'UDI, les partenaires sont parvenus à se mettre d'accord sur le nombre de sièges qui reviendrait à chaque composante - UMP, UDI et Modem - en cas de victoire... et en cas de défaite. Leur communiqué commun met en avant, bien sûr, les "convergences profondes" qui les unissent par delà leurs "différentes sensibilités".

Si le texte de l'accord ne donne aucun précision sur la répartition des places éligibles au Conseil de Paris, Borloo assure qu'il en garantit 30% aux centristes de l'Alternative (UDI-MoDem), soit une vingtaine si la municipalité reste à gauche et davantage en cas d'alternance.

Actuellement, l'UMP et l'UDI détiennent 63 des 163 sièges de l'assemblée parisienne. Le seul conseiller Modem, Jean-François Martins, a rallié Anne Hidalgo, candidate du PS en lice pour succéder à Bertrand Delanoë, maire de Paris depuis mars 2001, qui ne brigue pas un troisième mandat.

"Il y a quatre mois on nous disait à peine bonjour"

La veille de l'accord, Marielle de Sarnez, vice-présidente du Modem qui a laissé planer la menace de listes autonomes jusqu'au dernier moment (sans vraiment convaincre), considérait que la proposition de NKM - huit élus au Conseil de Paris pour chacune des deux composantes de l'Alternative - était insuffisante. Elle et Borloo semblent avoir obtenu gain de cause auprès de l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy.

Cette alliance du premier parti de l'opposition avec les deux frères ennemis centriste fraîchement réconciliés est-elle de nature a relancer, voire "booster", une campagne de la droite qui donne le sentiment, depuis plusieurs semaines, de faire du sur-place. Il est vrai, comme on le souligne à droite, que les électeurs ne se sont pas encore emparés du scrutin municipal de mars 2014. Peut-être.

Même si cet accord est présenté comme un rayon de lumière pour et par NKM, il n'en demeure pas moins que son parcours vers la mairie de la capitale ne cesse d'être semé d'embûches. Aux diverses dissidences qu'elle doit affronter, jusque dans le 14e arrondissement où elle se présente, s'ajoute l'enthousiasme assez moyen de ses partenaires.

A quelques heures de la signature de l'accord, Borloo se moquait encore de l'empressement mis par NKM pour l'obtenir. "Il y a quatre mois on nous disait à peine bonjour, maintenant on est le seul élément de relance de la campagne", déclarait le président de l'UDI, reconnaissant explicitement que la campagne de l'ancienne maire de Longjumeau (Essonne) tournait un peu à vide.

Les tenors de l'UMP souhaitent-ils vraiment la victoire ?

Il faut dire que tout sonne un peu faux dans ce rapprochement dès le 1er tour. Du côté des centristes, le rabibochage Borloo-Bayrou, qui avait un sens politique dans la perspective des élections européennes, ressemble beaucoup à du bricolage sur le terrain municipal parisien, tant les rivalités entre personnalités à l'ego surdimensionné sont exacerbées.

Par ailleurs, il peut paraître un peu paradoxal de choisir, comme premier acte politique fort, une alliance avec la droite dans la plus grande ville de France alors même qu'on clame sa volonté de s'émanciper de ladite UMP. Mais ni Borloo ni Bayrou ne sont probablement à un paradoxe près. A moins de considérer qu'ils accordent peu de chance de réussite à NKM dans sa quête parisienne.

A un peu plus de trois mois du scrutin, les sondages ne lui sont toujours pas favorables, même si l'écart global s'est réduit avec Hidalgo. Cela n'a pas trop de signification car à Paris, l'élection municipale, ce sont vingt élections municipales différentes dans vingt arrondissements. Et pour gagner cette bataille, il faut remporter les trois ou quatre arrondissements-clés.

Mais les tenors de l'UMP, eux-mêmes, souhaitent-ils vraiment la victoire de NKM ? En affichage, bien sûr. A l'instar de la centriste Marielle de Sarnez dans Le Parisien, tous disent que "Gagner à Paris, c'est possible". Mais voir NKM gagner à Paris, qui plus est avec les centristes, c'est mettre sur orbite une prétendante de plus pour 2017. Alors que la voir perdre...

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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