Isolé, Mélenchon est menacé d'une catastrophe aux élections municipales

Les élections municipales n'intéressent pas vraiment Jean-Luc Mélenchon. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Le Front de gauche survivra-t-il aux coups de boutoirs de Mélenchon ? La récente passe d'armes entre le co-président du Parti de gauche (PG) et Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste (PCF), peut légitimement conduire à se poser la question.

Rappel des faits. Dans le Journal du Dimanche du 18 août, Mélenchon déclare que le ministre de l'intérieur, Valls, "est contaminé" par Marine Le Pen. Le jour même, David Assouline, porte-parole du PS, pond un communiqué pour faire part de son espoir que le PCF "se dissociera  de ces propos et de ces outrances".

Le 21 août, dans un entretien à Libération, Laurent appelle à ne "pas confondre la colère et la radicalité nécessaire avec la provocation et l’invective". Il est bien clair que l'assertion s'adresse à Mélenchon, dont le nom est cité dans la question du journal.

Invité des "4 vérités" sur France 2, le lendemain, le candidat du Front de gauche à la présidentielle feint de croire, contre toute évidence et sur un ton un tantinet sentencieux, que le tacle de Laurent est dirigé contre Harlem Désir, premier secrétaire du PS. Et pas contre lui.

Un débat "dru" comme l'aime l'ancien sénateur

Changement de pied, le 23 août au matin à Saint-Martin-d'Hères (Isère), où se tient l'université d'été du PG. Mélenchon fait une séquence émotion. "Je suis très déçu et même blessé. Au départ, je pensais que ses propos s'adressaient à Harlem Désir, dit-il, ajoutant avoir "mal vécu que Pierre Laurent réponde de manière quasi instantanée, dans un garde-à-vous impeccable, aux injonctions d'Harlem Désir."

Le soir, lors du discours de clôture, le co-président du PG monte d'un cran sa critique contre Valls, l'accusant de reprendre "les mots infâmes de l'adversaire", et s'en prend dans la foulée à Laurent, en lui reprochant de "lui tirer dans le dos".

Réponse, samedi 24 août, de Laurent qui juge "inutilement blessants" les derniers propos de Mélenchon. Fermez le ban. Fin de la séquence des amabilités. A part ça, tout baigne entre le PCF et le PG où le débat est "dru". Comme l'aime l'ancien sénateur socialiste.

PCF et PG ne s'intéressent pas aux mêmes scrutins

Cet échange estival musclé met en lumière deux stratégies électorales divergentes car le PCF et le PG ne s'intéressent pas aux mêmes scrutins : le premier sait que les derniers feux de son éclat passé sont dans les municipalités, le second se polarise surtout sur les consultations nationales qui mettent en valeur son leader.

La puissance politique - et financière - du Parti communiste reste aujourd'hui ancrée au niveau local - dont, historiquement, la tête du "Parti" se méfiait car il menaçait le "centralisme démocratique". Mais dans les municipalités de gauche, le PCF est très fréquemment lié au PS, soit comme chef de file, soit comme allié.

Situation inverse pour le PG dont l'implantation locale - mairies ou conseils généraux rebaptisés conseils départementaux - est marginale, en raison, notamment, de la jeune existence du Parti de gauche. L'enjeu des prochaines municipales n'est donc pas de même nature pour Mélenchon et pour Laurent.

Le patron du PCF doit défendre des situations acquises au prix de l'unité avec les socialistes... et contre les coups de boutoirs du co-président du PG qui n'a rien à perdre sur le terrain municipal dans sa quête éperdue de constitution de listes anti-solfériniennes, selon la terminologie utilisée par Mélenchon pour qualifier le PS.

Les élections européennes plutôt en ligne de mire

Toutes les législatives partielles d'après-présidentielle montrent que la stratégie d'indépendance combattive du PG n'est pas très payante. A une exception près - la première circonscription du Val-de-Marne -, aucun score du Parti de gauche n'atteint 7% en métropole. De quoi faire réfléchir le PCF !

Les communistes parisiens ont du reste commencé des négociations avec leurs homologues socialistes de la capitale pour les municipales. Une alliance de premier tour à Paris serait un signal défavorable pour Mélenchon car il donnerait une idée précise du choix de la direction du PCF sur le plan national.

Dans cette hypothèse, le Parti de gauche, privé d'alliance avec son partenaire du Front de gauche et privé d'alliance avec les écolos, se retrouverait isolé et promis à une catastrophe électorale aux municipales. Il resterait les européennes à Mélenchon... le seul scrutin qui l'intéresse vraiment en 2014.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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