Coup de tonnerre à droite : Nicolas Sarkozy est mis en examen

L'ancien président de la République, le 24 octobre 2012, à Paris. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Coup de tonnerre en Sarkozie : l'ancien président de la République a été mis en examen, jeudi 21 mars, par le juge Jean-Michel Gentil qui instruit l'affaire Bettencourt. Le juge de Bordeaux se penche, depuis plusieurs mois, sur les abus de faiblesse dont aurait été victime Liliane Bettencourt depuis septembre 2006.

C'est donc sous le chef d'inculpation d'abus de faiblesse que Nicolas Sarkozy a été mis en examen, selon son avocat, Me Thierry Herzog, qui a rendu publique cette information. Ce dernier, qui l'a qualifié de décision "incohérente sur le plan juridique, et injuste", a annoncé son intention de "former immédiatement un recours" pour demander "la nullité" de cette décision.

Au terme du code pénal, l'abus de faiblesse consiste à exploiter "l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables."

Le peine encourue pour abus de faiblesse avéré pourra être de trois ans d'emprisonnement et de 375.000 euros d'amende.

Combien de rencontres avec l'héritière de L'Oréal ?

Cette mise en examen de l'ancien chef de l'Etat, qui était auditionné sous statut de témoin assisté, a été prise au terme d'une confrontation de plusieurs heures à laquelle ont participé au moins quatre membres du personnel de l'héritière de L'Oréal, selon différentes sources.

Sarkozy a été notamment confronté à l'ancien majordome de la milliardaire, Pascal Bonnefoy. Le juge voulait établir avec précision de nombre exact de rencontres que l'ancien président avait eu avec elle lors de la campagne présidentielle de 2007, en se rendant à son domicile de Neuilly. Lui-même affirme n'en avoir eu qu'une seule avec son mari, André Bettencourt, aujourd'hui décédé.

Mais plusieurs membres du personnel auraient déclaré, sur procès verbal, que ses rencontres auraient été plus nombreuses et qu'elles auraient concerné également Liliane Bettencourt.

Après la première convocation de l'ex-locataire de L'Elysée par le juge Gentil, comme témoin assisté, en novembre 2012, le journal "Sud-Ouest" avait consulté les procès-verbaux de son audition dans lesquels Sarkozy déclarait : les Bettencourt "ne m'ont jamais donné un sou et je ne leur en ai jamais demandé".

Moins de deux jours après la démission de Cahuzac

Les réseaux sociaux n'ont pas tardé à réagir. Sur Twitter, Lionnel Luca, député (UMP) des Alpes-Maritimes et l'une des figures de la Droite populaire, est allé jusqu'à sous-entendre que la justice prenait ses ordres auprès de l'Elysée pour discréditer l'ancien chef de l'Etat. Cela lui a valu une volée de bois vert.

Comme tous les mis en examen, Sarkozy bénéficie sur le plan juridique de la présomption d'innocence. Il n'en demeure pas moins qu'elle risque d'être, sur le plan politique, un coup dur pour la droite, et pour l'UMP en particulier, aux yeux de l'opinion publique. D'autant que nom de Sarkozy est cité par les médias dans plusieurs autres dossiers.

La gauche a-t-elle, malgré tout, le loisir de se réjouir de cette mise en examen et de tenter d'en tirer profit ? Rien n'est moins sûr car elle intervient à peine 48 heures après la démission de Jérôme Cahuzac, ministre (PS) du budget, visé en creux dans une information judiciaire contre X pour blanchiment de fraude fiscale. L'ex-ministre n'est, toutefois, pas mis en examen.

Si cette nouvelle péripétie n'est pas de nature à faciliter l'éventuel retour de Sarkozy sur la scène politique - il est probable que l'affaire va traîner pendant de nombreux mois -, elle ouvre surtout un boulevard, avec "l'affaire Cahuzac", au Front national et à Marine Le Pen.

La présidente du parti d'extrême droite va pouvoir exploiter jusqu'à la corde son dernier slogan : "Pas tous pourris, mais presque". Les vannes sont ouvertes pour le populisme et les commentaires du café du commerce !

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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