L'UMP a bien du mal à gérer ses primaires

Rachida Dati et Nathalie Kosciusko-Morizet, lors d'un meeting UMP près de Nantes (Loire-Atlantique), le 27 mars 2012. (PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)

A peine lancée, déjà dénoncée ! L'UMP n'a vraiment pas de chance avec ses primaires. Alors que les plaies de la primaire meurtrière pour la présidence du premier parti de l'opposition peinent encore à cicatriser, voilà que la mécanique est relancée pour la primaire consacrée à la désignation du ou de la candidat-e UMP pour la mairie de Paris.

Pour la présidence de l'UMP, Copé et Fillon s'étaient véritablement déchirés au terme du scrutin. La campagne des deux hommes avait été une suite de phrases assassines - rien que de très normal pour ce genre d'exercice - qui n'avait rien à envier aux amabilités qu'avaient échangées les candidat-e-s de la primaire socialiste organisée pour désigner le candidat du PS à la présidentielle.

Le vrai fiasco n'était intervenu qu'à l'énoncé du résultat. Des résultats devrait-on dire. Car chaque jour en apportait un nouveau. Et chaque épisode livrait son lot de trucages qui faisait plus passer la maison UMP pour une boutique de farces et attrapes que pour un parti où régnaient la transparence et la démocratie.

La bagarre entre les deux protagonistes était allée jusqu'à la création temporaire d'un groupe parlementaire filloniste dissident. Sa disparition n'avait été obtenu qu'au prix de concessions, la plus importante étant l'acceptation par Copé de la remise en jeu de son titre de président. Une nouvelle élection se tiendra donc "au plus tard avant la reprise de la session parlementaire ordinaire d'octobre 2013".

La polémique s'ouvre avant même le scrutin

Mais sans attendre la campagne électorale qui se déroulera pendant l'intersession parlementaire, c'est-à-dire cet été, et à laquelle ne participera probablement pas Fillon, l'UMP s'offre déjà une nouvelle bataille sur le sujet des primaires. Cette fois-ci, il s'agit de celle organisée par la fédération de Paris pour choisir le ou la chef-fe de file aux municipales de 2014 dans la capitale.

La différence ou la nouveauté par rapport à la précédente primaire, c'est que la polémique s'ouvre le jour même où le processus est lancé. On ne peut pas reprocher aux protagonistes de perdre du temps !

Présentées jeudi 14 mars par Philippe Goujon, patron de la "fédé" de Paris, les modalités du vote sont déjà contestées par trois, voire quatre, candidat-e-s potentiel-le-s : Rachida Dati, Jean-François Legaret et Pierre-Yves Bournazel. Ces trois là "regrettent la complexité, l'opacité et l'inéquité qui président à la préparation des primaires à Paris".

Ancienne ministre de la justice de Nicolas Sarkozy, la première est maire du VIIe arrondissement; patron du groupe UMP au Conseil de Paris, le deuxième est maire du Ier arrondissement; conseiller régional d'Ile-de-France, le troisième est conseiller de Paris. Un quatrième "mousquetaire", Franck Margain, lui aussi conseiller régional et président délégué du Parti chrétien démocrate de Christine Boutin, serait sur la même longueur d'onde.

Les rivaux de NKM souffrent d'un déficit d'image

Que reprochent les contestataires aux dirigeants parisiens de l'UMP ? "Les choix sont systématiquement faits en dehors de toute concertation, dans une totale opacité et une mise à l’écart des candidats qui n’en sont informés que par la presse", écrivent-ils dans un communiqué. Résultat, ils ne peuvent "accepter de telles méthodes qui aboutiraient à mettre en œuvre des primaires prétendument 'ouvertes' avec un système totalement fermé et même verrouillé, donc tout à fait contestable".

Quel est donc le système choisi ? Il s'agit d'un vote électronique, comme l'avait annoncé Goujon dans un entretien au JDD, en février. Les opérations seront confiées à une filiale de La Poste. Le 1er tour aura lieu du 31 mai au 3 juin et le second, s'il est nécessaire, du 7 au 10 juin. Le coût pour chaque électeur sera de 3 euros. Le scrutin sera ouvert à tous les parisiens inscrits sur les listes électorales de la capitale... qui se seront fait connaître du prestataire du scrutin au plus tard le 10 mai.

Le délai entre le 10 et le 31 mai serait nécessaire, selon les organisateurs, pour des raisons techniques. L'argument ne semble pas convaincre les protestataires qui croient plutôt à une volonté de verrouillage de la "fédé" dans le but de favoriser Nathalie Kosciusko-Morizet, actuelle maire de Longjumeau (Essonne). Ils soupçonnent, à juste titre sans doute, ladite fédération d'avoir déjà choisi sa candidate.

Hors Dati, il faut dire que tous les autres prétendants souffrent d'un déficit de visibilité et de popularité face à NKM qui cultive son image médiatique. Leur seul espoir est de pouvoir mobiliser des parisiens qui ne seraient pas forcément militants de l'UMP, mais qui se décideraient trop tardivement pour pouvoir participer à la consultation. CQFD.

Une nouvelle fois, l'UMP semble avoir beaucoup de mal à gérer ses primaires. Mais le problème de fond est moins une opposition de ligne politique dans le cas de Paris qu'une querelle de personnes dont aucune ne sort du lot. Car depuis le départ de Chirac en 1995, aucun leader n'a pu ou n'a su s'imposer à la tête de la droite parisienne.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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