Au Front de gauche, Mélenchon et le PCF sur deux longueurs d'ondes électorales

Pierre Laurent au 36e congrès du PCF, début février, où il a été réélu secrétaire national (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

C'est un secret de polichinelle : le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon et le Parti communiste (PCF) de Pierre Laurent n'ont pas la même stratégie électorale face au Parti socialiste. Mise en sourdine lors de la présidentielle de 2012, cette divergence va réapparaitre à l'horizon des municipales de 2014.

Le PG mise essentiellement sur la popularité de son leader et il attaque frontalement le PS, le PCF cherche à préserver sa présence dans les assemblées élues et il ménage son potentiel allié socialiste.

Côté pile, les deux partenaires du Front de gauche (FG) rivalisent dans la critique de la politique du gouvernement Ayrault, côté face, PG et PCF jouent au chat et à la souris, en évitant d'aborder ouvertement la question qui fâche : quelle stratégie de gauche adopter pour les prochains scrutins locaux ?

L'ancien candidat à l'Élysée de "la gauche de la gauche" a mis à profit le début de l'année 2013 pour se rappeler au bon souvenir de ses anciens amis socialistes. Saisissant l'opportunité du 50e anniversaire de la signature du traité de Gaulle-Adenauer entre la France et l'Allemagne, en janvier, Mélenchon a réactualisé sa métaphore sur Hollande "capitaine de pédalo".

Interrogé sur la couple franco-allemand par le quotidien gratuit Métro, le coprésident du PG avait indiqué : "Pour l'instant, dans le tandem, il y en a une [Angela Merkel] qui tient le guidon, la main sur le frein, et l'autre qui pédale. Hollande, il pédale. C'est tout ce qu'il a le droit de faire."

Le PCF ne veut pas brutaliser son puissant allié municipal

Spécialiste des attaques ad nominem le président de la République - après l'avoir été contre le candidat -, Mélenchon a fini par faire sortir les socialistes de leurs gonds : ils ont fait monter quelques "snippers" contre lui. Et le PS a fait comprendre au PCF qu'il serait bien inspiré de ce désolidariser de ce pilonnage.

De leur côté, les dirigeants communistes - qui n'ont pas de contentieux personnel avec Hollande - se gardent, dans la majorité de leurs interventions, de mettre en cause la personne du chef de l'État.

"L'heure est à la mobilisation des forces qui ont attendu un changement qui ne vient pas" ou "Nous n'acceptons pas la perspective de l'échec d'une politique de gauche" sont les formules qui reviennent le plus souvent dans le registre de leurs critiques des socialistes. En clair, rien qui ne puisse irrémédiablement porter à conséquence en vue des alliances municipales.

Ce souci de ne pas brutaliser inutilement son puissant allié, le PCF l'a montré à l'occasion de son 36e congrès, début février, en recevant avec tous les égards une délégation du PS conduite par le n° 2 du parti, Guillaume Bachelay, lors de ses travaux.

Mélenchon, combien de divisions face au PCF ?

Alors que Mélenchon assistait aussi à ce congrès, Bachelay, député socialiste de Seine-Maritime, avait lancé à l'adresse de ses hôtes : "Nous avons une culture commune de gestion des collectivités locales. Il serait dommageable de brader ce qui marche. Il faut s'inspirer de ce qui marche au plan local pour l'appliquer au plan national". L'assertion avait le mérite de la clarté.

La stratégie de rupture développée par le "copatron" du PG a-t-elle une chance face à l'histoire des alliances chaotiques mais multi-décennales entre socialistes et communistes dans des centaines de villes ? Au-delà des parcours individuels et des inimitiés personnelles, comment s'explique le choix de Mélenchon ?

Que pèse le PG face au PCF ? En juillet 2012, le premier revendiquait 12.000 adhérents. Lors de son dernier congrès (février 2013), le second en annonçait 129.125, soit dix fois plus. Il est probable que la moyenne d'âge au PG est plus basse qu'aux PCF où les moins de 25 ans représentent 8,66% de la troupe, selon les chiffres officiels.

Ce déséquilibre militant est aussi patant sur le terrain de la représentation électorale. Le parti de Laurent dispose de 235 conseillers généraux, celui de Mélenchon de 13 dont 2 conseillers de Paris. Le PCF a 94 conseillers régionaux contre 17 pour le PG.

Le PG n'a pas grand chose à perdre aux municipales

Côté parlementaires, il y a 9 députés communistes parmi les 15 que compte le groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR); le seul député mélenchoniste, Marc Dolez, a quitté le Parti de gauche, en décembre, pour désaccord politique avec... Mélenchon. Au Sénat, les communistes ont 19 représentants et le PG, aucun.  Enfin, le député européen Mélenchon côtoie 3 communistes français au parlement de Strasbourg.

Quant à l'implantation municipale, le PG fait encore moins le poids ! S'il dispose d'élus au sein des conseils locaux, il ne dirige que 8 communes de plus de 3.500 habitants. Face à lui, le PCF a une allure de mastodonte : 28 villes de plus de 30.000 habitants et 50 villes de 10.000 à 30.000 âmes ont "un maire communiste ou partenaire", selon la terminologie utilisée par le journal l'Humanité. Le total des communes dirigées par le PCF atteint 791.

A cette aune, Mélenchon n'a pas grand chose à perdre aux élections municipales, contrairement à Laurent qui est dans une logique d'alliance avec les socialistes. A cet égard, il faudra observer avec attention la tactique du PCF à Paris - la conservation de la capitale est un enjeu emblématique pour la gauche - alors que le PG, via son coprésident, a déjà annoncé qu'il présentera des listes autonomes.

Interrogé le 7 février dans l'Humanité sur le scrutin européen à la proportionnelle de 2014 - le seul qui intéresse vraiment Mélenchon car c'est celui où il pourrait briller -, le secrétaire national du PCF avait déclaré : "Un mot avant de répondre sur les échéances de 2014. Rien ne serait plus dangereux que d'enjamber 2013". Ce message municipal est-il arrivé jusqu'aux oreilles de l'ancien candidat du Front de gauche à la dernière présidentielle ?

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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