Pro et anti-mariage homo : les clivages

Les pro-mariage homo devaient répondre, dimanche 27 janvier, dans les rues parisiennes, aux anti-mariage homo dont la manifestation avait rassemblé 340.000 personnes, selon la préfecture de police, le 13 janvier, dans la capitale. Les organisateurs en revendiquaient 800.000, voire un million. Si ces chiffres sont irréalistes, il n'en demeure pas moins que ce rassemblement fut un succès.

Au delà des querelles de chiffres et des polémiques parfois outrancières, au moment où les deux camps se préparent à s'affronter politiquement sur le projet de loi de "mariage pour tous", à partir du 29 janvier à l'Assemblée nationale, il n'est pas inintéressant de se pencher sur les évolutions de la société à propos de l'homosexualité. Et de ses prolongements législatifs actuels. L'institut CSA l'a fait.

"Le débat autour du projet de "mariage pour tous", inscrit dès le printemps 2012 dans le programme de François Hollande, intervient à l’issue d’une libéralisation des mœurs" et des représentations associées à l’homosexualité au sein de la société française", note d'emblée CSA dans son analyse.

1Bienveillance ne veut pas dire acceptation pure et simple

Les Français estimant que l'homosexualité est une maladie ou une perversion sont aujourd'hui minoritaires dans la société. A contrario, les sondages le montrent, la bienveillance à son égard est majoritaire. Pour autant, cette évolution ne traduit une acceptation unanime, pure et simple. Les débordements verbaux homophobes et les dérapages sur les réseaux sociaux sont là pour le prouver, même s'ils sont marginaux... en public.

2Mariage homo et adoption ne font pas bon ménage

Si le mariage homosexuel bénéficie dans l'opinion, selon les sondages, d'une majorité favorable pouvant aller jusqu'à 60%, il n'en va pas de même du droit à adopter qui lui est souvent associé. Ainsi, remarque CSA, un récent sondage réalisé pour RTL montrait qu'aux 41% de Français favorables au mariage homo et à l'adoption pour ces couples s'opposent 39% de Français défavorables à ce couplage. Les deux camps s'équilibrent.

3Opposition frontale entre la gauche et la droite-extrême droite...

La symétrie des oppositions entre la gauche, d'une part, et la droite et son extrême, de l'autre, est frappante. Si 62% des sondés de gauche sont pour le mariage homo et l'adoption, la proportion identique y est hostile à droite (65% à l'extrême droite). En regard, le couplage mariage-adoption en insatisfait 19% à gauche alors qu'il en satisfait 22% à droite (17% à l'extrême droite). Chez les "sans préférence partisane", les deux camps  sont identiques : 38% pour et 36% contre.

4... mais une sensible évolution à droite en 10 ans

L'institut CSA rappelle que 49% des sympathisants de droite - un sur deux - étaient "tout à fait opposé" au mariage homo, il y a une dizaine d'année (2004). Aujourd'hui, cette proportion d'irréductibles est tombée à environ un tiers. Sur la même période, une régression parallèle est observable pour l'adoption : ceux qui y sont "tout à fait opposé" sont passés de 62% à 47%.

5Un mouvement de la société qui atteint aussi la gauche

Ces évolutions ne sont pas spécifiques à la droite mais elles traduisent des mouvements en profondeur de la société. Ainsi, l'opposition à l'adoption pour les couples homosexuels était majoritaire à gauche (55%) en 2004. Le taux des "tout à fait opposé" a chuté de 14 points, passant de 29% à 15% aujourd'hui. A contrario, les "tout à fait favorable" sont passés de 10% à 30% dans le même temps.

6Les femmes en pointe par rapport aux hommes

Les femmes seraient-elles à l'avant-garde des évolutions de la société ? En tout cas sur le couplage mariage homo-adoption, elles sont plus nombreuses que les hommes à s'y déclarer favorable : 48% contre 32%. Pour l'opposition à ce couplage, le rapport est symétrique. Est-ce à dire que l'homosexualité féminine est mieux acceptée par les femmes que l'homosexualité masculine par les hommes ? L'analyse de CSA ne le dit pas !

7La tranche d'âge est déterminante...

Alors qu'on pourrait croire que les jeunes dans la tranche 18-24 ans sont les plus favorables au mariage homo et à l'adoption (52% pour, 25% contre), il s'avère qu'ils sont devancés par les personnes appartenant à la tranche 25-34 ans : 61% pour et 18% contre. Après les courbes s'inversent. Les proportions sont équilibrées dans la tranche 35-49 ans (41% pour, 39% contre) mais le basculement se fait dans la tranche 50-64 ans (45% contre, 35% pour) et plus encore chez les séniors de plus de 65 ans : 56% contre et 25% pour.

8... comme le fait religieux

L'institut CSA note, dans son analyse, que les prises de positions hostiles des dignitaires des différentes religions sont révélatrices d'une différence d'approche entre croyants et non-croyants. Les sondages le montrent là aussi. Chez l'ensemble des catholiques, la proportion des opposants (49%) est largement supérieure à celle des "défenseurs" : 49% contre 27%. Cependant, moins la pratique religieuse est régulière, plus l'opposition décroit et l'adhésion augmentent, sans jamais la dépasser, toutefois. Chez les agnostiques, une large majorité (58%) se dégage en faveur du mariage homo et de l'adoption.

9La bonne résistance des partisans du mariage homosexuel

La dernière observation de l'institut porte sur la capacité de résistance de pro-mariage homo face aux assauts des opposants qui bénéficient, malgré leurs dénégations, d'une très large couverture médiatique. Des anti-mariage homo qui remportent aussi de vrais succès dans la rue. CSA remarque que l'érosion du soutien au projet gouvernemental de "mariage pour tous" est, somme toute, assez limitée.

Un dernier sondage réalisé par l'Ifop et publié, samedi, par le site Atlantico révèle même que le camp des pro-mariage se renforcerait : ils sont 63% à s'y déclarer favorable contre 60% lors de la précédente enquête. Idem pour l'adoption en hausse aussi de 3 points : 49% de pour contre 46% auparavant.

Publié par Olivier Biffaud / Catégories : Actu

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