"Assassin's Creed" : trois questions sur l'adaptation ciné du jeu vidéo d'Ubisoft

"C'est le saut de la foi." Cette phrase, prononcée par le personnage incarné par Marion Cotillard dans Assassin's Creed, résume l'ambition de ce film, qui sort en France le mercredi 21 décembre. Car en adaptant au cinéma l'une de ses franchises les plus connues, l'éditeur de jeux vidéo Ubisoft tente un pari risqué.

Si l'on regarde dans le rétroviseur, on trouve en effet plus souvent de catastrophes cinématographiques que de réussites quand il s'agit de porter un jeu sur grand écran. Super Mario Bros, Resident Evil, Mortal Kombat, Doom, Warcraft... La liste de nanars a de quoi faire peur. Pas au point, toutefois, d'effrayer Ubisoft, qui a mis le paquet pour réussir son coup. Pop Up' vous propose de découvrir trois choses sur ce projet avant de vous plonger dans le fauteuil d'une salle obscure.

1Ça parle de quoi ?

Grâce à une technologie révolutionnaire, l'Animus, Callum Lynch (Michael Fassbender), revit les aventures de son ancêtre Aguilar de Nerha, dans l’Espagne du XVe siècle. Il est envoyé dans son passé par le Docteur Sophia Rikkin (Marion Cotillard), pour découvrir où est caché un artefact appelé la Pomme d'Eden, censé pouvoir contrôler les êtres humains.

Au cours de ses allers-retours dans le passé, Callum découvre qu'il appartient à une société secrète, les Assassins, qui lutte contre une autre redoutable organisation, l’Ordre des Templiers, pour obtenir cette fameuse Pomme.

Ça, c'est le pitch pour les néophytes. Pour les fans de la saga, lancée en 2007 sur consoles et PC, cette adaptation ciné ne reprend pas l'histoire d'un des neuf opus principaux sortis en près de dix ans, mais propose une nouvelle aventure qui se déroule à la suite de Syndicate.

Les principes de la franchise sont conservés (événements historiques, armes, certains personnages secondaires...), mais l'ensemble est calibré pour donner d'éventuelles suites ou permettre des connexions avec de futurs jeux.

2Pourquoi Ubisoft se lance-t-il dans le cinéma ?

Les Lapins crétins, Far Cry, Rayman, Assassin's Creed, Just Dance... Ubisoft propose depuis des années des fournées de bons jeux à tous les gamers de la planète. Une réussite épatante pour l'éditeur français qui, en trente ans, a réussi à s'imposer comme un poids lourd du secteur en compagnie d'Activision ou Electronic Arts. Mais les frères Guillemot, à la tête de l'entreprise, visent désormais plus haut et rêvent de transformer leur entreprise en marque globale à l'image de Disney.

Le processus a débuté en 2011 avec la création d'Ubisoft Motion Pictures, qui a d'abord donné naissance à la série télé Les Lapins crétins, exportée dans 28 pays et vue plus de 400 millions de fois. "Nous avons opté pour une stratégie à 360 degrés, avec des adaptations sur lesquelles nous gardons un contrôle accru", a expliqué à l'Obs Jean-Julien Baronnet, directeur du studio.

Jeux vidéo, donc, mais aussi séries, BD, jouets, livres... "Ubisoft doit adapter ses marques à tous les supports sur lesquels sont ses clients", a d'ailleurs assuré Yves Guillemot dans Challenges Ubisoft souhaite diversifier son activité et les patrons du groupe ont bien compris que cela passait aussi par des franchises fortes au cinéma.

Du coup, ils n'ont pas hésité à investir près de 280 millions de dollars, selon Les Echos, pour adapter Assassin's Creed sur grand écran et ont réuni un casting solide avec, entre autres, Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons ou Charlotte Rampling. Et la machine semble lancée puisque d'autres adaptations sont au programme comme The Division, dont Jessica Chastain et Jake Gyllenhaal se partageront l'affiche.

3C'est réussi ?

Oui... et non. Quand on découvre une adaptation de jeu vidéo au cinéma, on est toujours aussi excité qu'inquiet. Excité car on rêve de voir nos personnages préférés prendre vie sur grand écran, inquiet car on s'est déjà fadé un régiment de daubes pathétiques (Warcraft, Prince of Persia...). Pour le coup, Assassin's Creed réussit à ne pas être un nanard. Réalisé par Justin Kurzel, à qui l'on doit l'hypnotique Macbeth, le film bénéficie d'une photo et d'une mise en scène soignées, qui lui évitent de tomber dans la série B.

Fidèle à la saga, il en reprend les éléments principaux sans en trahir l'esprit et parvient à proposer une histoire correcte, qui peut être suivie par les néophytes même s'ils resteront hermétiques à de nombreux éléments dévoilés au cours de l'aventure.

Le hic est qu'Assassin's Creed s'applique tellement à être réussi qu'il en devient trop sérieux, voire ennuyeux. Du jeu d'acteurs de Michael Fassbender ou de Marion Cotillard à l'intrigue, tout est traité avec un premier degré et une gravité plombant un film qui aurait mérité d'être un peu plus fun. Certes, la saga sur consoles et PC n'est pas connue pour son humour, mais quelques nuances ou respirations auraient été salutaires au film, à l'image de ce que savent faire les studios Marvel dans leurs productions.

Là, les séquences, réussies, de combats s'enchaînent avec des phases de dialogues plutôt plates où l'intrigue est déroulée sur un rythme trop scolaire. Dommage, car on sent dans ce film une véritable application et une ambition qui lui évitent d'être rangé aux côtés de Mortal Kombat ou Resident Evil.

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