Etes-vous vraiment fait pour jouer à "Final Fantasy XV" ?

Dix ans. Cela fait une décennie que les fans de la saga et les amateurs de jeux vidéo attendent, entre impatience et curiosité, la sortie de Final Fantasy XV. Ce jeu d'aventure, sorti sur Xbox One et PS4 le 29 novembre, vous propose d'incarner Noctis, le jeune prince du royaume de Lucis destiné à se marier avec la princesse Luna, dont la vie bascule quand son roi de père est tué par l'Empire Niflheim. 

Fruit d'une gestation chaotique (très bien détaillée ici), le titre de Square Enix divise les joueurs et les rédactions depuis sa sortie. "Frankenstein du RPG japonais", pour Gamekult (qui lui attribue la note de 6/10), "univers envoûtant pour quête initiatique prenante", selon Jeuxvideo.com (18/20), jeu "au grand cœur et à l'ambition élevée", pour Polygon (9/10), "grand jeu malade", juge Le Monde (13/20), Final Fantasy XV sème aussi la zizanie chez Pop Up'. Pour essayer de vous faire un avis avant de vous lancer dans l'aventure, mieux vaut vous demander si vous êtes fait pour ce jeu.

Oui, si vous êtes nostalgique

"Un Final Fantasy fait pour les fans et les nouveaux venus..." Cette phrase, qui apparaît dès le lancement du jeu, affiche les ambitions de Square Enix : réussir avec ce FFXV à rassembler les joueurs qui ont découvert la saga sur Super Nintendo ou PS One il y a plus de vingt ans et ceux de la génération suivante, élevés aux consoles next gen. Un pari compliqué qui marche surtout pour la première catégorie.

Car se plonger dans ce FFXV a tout de la madeleine de Proust. La musique, le character design des personnages, l'environnement, l'histoire, les monstres... Tous les éléments respectent le cahier des charges d'un Final Fantasy avec quelques fils rouges propres à la saga comme les fameux Chocobos. Pour n'importe quel gamer trentenaire, les aventures de Noctis et ses compagnons le replongeront dans cette époque où on l'on passait des nuits à parcourir Gaïa (FFVII) ou Spira (FFX) au cours de quêtes épiques.

Bénéficiant en plus d'une réalisation soignée grâce aux capacités de la PS4 et de la Xbox One et d'un système de combat dynamique, ce FFXV procure ainsi un plaisir digne de Stranger Things. On apprécie d'autant plus l'expérience quand on est familier de tous les codes de l'œuvre.

Oui, si vous appréciez les animés

Un style propre. A l'image de Dragon Quest, l'autre grande saga japonaise de RPG, Final Fantasy adopte un character design emprunté aux mangas. Les personnages principaux ont ainsi tous des coupes de cheveux improbables, portent des fringues dignes de Tokyo Hotel et le scénario rappellera des souvenirs aux fans de Vision d'Escaflowne ou Full Metal Alchimist. Même les dialogues sonnent comme dans un animé japonais avec ses phases d'introspections, ses dialogues sans vulgarité et une espèce de candeur dans les rapports entre personnages.

Sans oublier que le jeu est rythmé par la musique de Yoko Shimomura, qui alterne les douces mélodies avec les morceaux plus enlevés lors des combats les plus épiques. Se lancer dans Final Fantasy XV, c'est aussi l'assurance de retrouver quelques personnages stéréotypés comme Cindy Aurum, la jeune mécano impétueuse à la poitrine généreuse et au short en jean avare en tissu qui a tout de la figurine pour otaku, ou Ardyn Izunia, méchant grand-guignolesque au comportement aussi discret que sa garde-robe.

La trame de l'intrigue emprunte aussi les grands classiques des animés avec un héros jeune, ici le prince Noctis, qui se lance dans une quête initiatique accompagné par de fidèles compagnons et qui découvrira au passage l'amour. Alors oui, c'est un peu convenu et très sucré (voire sirupeux), mais c'est le genre de douceur qui fait du bien par les temps qui courent.

Oui, si vous aimez perdre votre temps

"Slow play." Fatigué de courir ? De réfléchir ? De combattre des armées ou des monstres ? Besoin de respirer après une grosse journée de travail ? Posez-vous sur le canapé et lancez Final Fantasy XV. Car si le dernier volet de la saga de Square Enix propose son lot d'aventures et de combats épiques, il donne aussi l'occasion au joueur de se détendre. La première partie du jeu est ainsi montée comme un road-trip entre potes au milieu d'une contrée semi-désertique digne de l'Ouest américain. De quoi se détendre sur la route en écoutant les playlists des précédents épisodes.

Le jeu vous propose aussi toute une série de mini-jeux propices à la détente à l'image de la pêche. Noctis, le personnage principal, doit ainsi développer ses compétences en la matière pour nourrir ses collègues, par exemple, en se rendant dans différents points d'eau. L'exercice demande de la patience et de la dextérité si vous souhaitez remonter de belles prises et il n'est pas rare de passer un bon quart d'heure à férailler avec un poisson.

Et quand vous terminez une quête haletante, il est possible de faire un peu de camping autour d'un feu de camp en compagnie de vos amis. Une étape nécessaire pour récupérer des points de vie et d'expérience mais aussi l'occasion de passer en revue les différentes photos prises par Prompto, dont le passe-temps consiste à photographier les aventures de Noctis et ses amis. Et si vous êtes fan de "Top Chef", FFXV propose de nombreuses séquences de cuisine, via Ignis, dont la spécialité est de préparer de bons petits plats à ses amis grâce aux recettes qu'il apprend au cours de l'aventure. Bref, quand on a souffert au travail ou qu'on devient limite épileptique après avoir enchaîné des heures sur The Division, jouer à FFXV a tout d'un court de relaxation.

Non, si vous vous êtes éclatés sur "Skyrim" ou "The Witcher"

C'est sûrement l'une des limites de Final Fantasy XV. Le dernier volet de la saga s'adresse avant tout aux fans de la première heure qui ont attendu dix ans pour voir débarquer ce jeu sur consoles next gen. Problème, de nombreux jeux d'aventures sont sortis entre-temps et, notamment, deux titres mythiques : Skyrim et The Witcher. Deux monuments vidéoludiques qui proposent aux joueurs des aventures sombres et adultes aux multiples rebondissements.

Intrigues à tiroir, dialogues travaillés et violences assumées, ces deux titres bénéficient de surcroît d'une réalisation soignée qui ne souffre que de peu de défauts. Tout le contraire de Final Fantasy XV et son univers coloré. Sans oublier que le dernier opus de la saga de Square Enix pâtit de nombreux bugs d'affichage qui cassent un poil l'immersion et d'un scénario bancal qui part complètement en torche dans le dernier tiers de l'aventure. Un comble pour un jeu resté en développement pendant dix ans.

Si Final Fantasy propose une jouabilité agréable, notamment lors des phases de combats, les habitués de Skyrim et The Witcher risquent, de leur côté, de rester dubitatifs face à l'ergonomie des menus (il faut, par exemple, se servir uniquement du pad directionnel pour sélectionner les différents items) et une exploitation trop légère de la magie.

Non, si vous souhaitez une looooongue aventure

Une vingtaine d'heures. Non, vous n'avez pas mal lu, Final Fantasy XV se boucle en une vingtaine d'heures si l'on s'attelle à suivre uniquement l'aventure principale. Un peu court pour un titre d'une saga qui nous avait habitués à des quêtes bien plus riches. Alors certes, la durée de vie augmente sensiblement si on accomplit les quêtes secondaires, mais ces dernières se révèlent plutôt répétitives car elles consistent souvent à aller chercher quelque chose pour quelqu'un ou à détruire des monstres dans une région de la carte.

Et même si le jeu propose un monde ouvert, à la façon d'un GTA V, dans sa première partie, la (petite) taille de la carte et son manque de diversité ne poussent pas à passer des heures à déambuler. Alors oui, certains combats face à des boss monstrueux peuvent vous prendre beaucoup de temps, à l'image de cette tortue géante, qui, selon les sources, nécessite entre 15 et 72 heures de jeu (même si au final, l'affaire peut être réglée en un peu plus d'une heure, selon Polygon). Mais cela reste bien trop court, notamment face à d'autres RPG comme Skyrim ou The Witcher 3 qui proposent des centaines d'heures de jeu.

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