Budget du Ministère de l'Intérieur. 900 millions en plus. Mais pour faire quoi?

C'est en cette période estivale, que le premier ministre, Jean Castex, a annoncé, lors d'un déplacement à Saint-Dizier, que le budget du Ministère de l'Intérieur allait augmenter, en 2022, de 900 millions d'euro qui s'ajoutent donc aux quelques 11 milliards d'euro de budget actuel.

Forcément, le budget est un exercice par lequel chaque ministère tente d'obtenir le plus de moyens permettant de faire fonctionner son administration. Une sorte de jeu par lequel il s'agit d'argumenter, expliquer la ou les raisons pour lesquelles on a besoin, à minima d'autant d'argent que l'année d'avant, voir un peu - beaucoup - plus.

Ce sont alors le chef du gouvernement, ainsi que le président de la République, qui arbitrent. Façon, de fait, de prioriser certaines administrations.

Comment accueillir cette nouvelle?

A l'Interieur

Place Beauvau, le ministre en poste, Gérald Darmanin, ne peut qu'être tout sourire. Une hausse du budget (en plus des augmentations des deux dernières années), donc, ne peut que vouloir dire qu'il va pouvoir gâter ses ouailles. Le ministre joue la confiance même de ses troupes. Il va, nécessairement marquer des points.

Dans son discours, le premier ministre a ainsi rappelé qu'un quart du parc auto de la Police Nationale avait été renouvelé, et que depuis quelques semaines, était en cours la généralisation des caméras piéton. Jean Castex a également précisé que ce budget allait aussi servir à créer 885 emplois en 2022, amenant les recrutements au cours du quinquennat aux 10 000 emplois promis par le Président, Emmanuel Macron.

Alors, au-delà des quelques exemples cités, l'on peut se demander quelles seront les lignes budgétaires qui seront renforcées, avec cette somme? D'ores et déjà, il n'y aura là que très peu d'argent relatif à ce que l'on appelle "l'indiciaire", c'est à dire les salaires. Sauf, pour ce qui correspond aux emplois créés qui entrent dans ce calcul.

C'est donc, de façon très majoritaire, dans les dépenses de fonctionnement, qui seront améliorées.

Il faut ainsi rappeler que, en 2006, 86% du budget concernait le traitement, alors que, en 2019, le chiffre avait grimpé à 90%. Autrement dit, les policiers sont plus nombreux et/ou mieux payés. Mais par contre, ils ont moins de moyens matériels. On parle là aussi bien des infrastructures bâtimentaires et leur entretien, que les véhicules, ou encore l'armement, l'informatique. Donc "plus de flics, mais moins bien équipés". L'on voit bien qu'il y a là un problème.

Une partie, donc, de cette permettra ainsi de rehausser ces dépenses de fonctionnement. Et c'est un moindre mal, lorsque l'on voit les faibles moyens, l'état de délabrement de certains services, dans lesquels travaillent les policiers.

Pour être complet, il faut aussi reconnaitre que, au cours des dernières années, ce sont bien les salaires qui ont été augmentés, devant la pression des syndicats. Soyons honnêtes, personne ne crache sur de l'argent, de l'indemnitaire, et une augmentation de salaire. Pour autant, il me semble qu'il y a eu, ces dernères années, quelque déséquilibre dans les revendications syndicales, celles-ci étant trop axées sur le "catégoriel", comme si cela suffisait à faire en sorte que les policiers soient mieux dans leurs rangers. Et l'on voit bien que ça n'est pas le cas.

D'ailleurs, lors d'un entretien sur la chaine CNews, Grégory Joron, Secrétaire National du syndicat Unité-SGP Police (l'un des deux syndicats majoritaires chez les gardiens de la Paix), ne disait pas autre chose, reconnaissant par lui-même que les syndicats (notamment) avaient une part de responsabilité là-dessus, et qu'il fallait aussi faire sa propre auto-critique. Et c'est juste. Et bien dit. C'est comme cela que l'on avance.

A l'exterieur

Si les policiers voient d'un bon œil cet effort, il n'en n'est pas nécessairement de même ailleurs. Là aussi, il s'agit d'être réaliste. Ce qui est donné à l'Intérieur, c'est ça de moins dans d'autres ministères. Et c'est peu de dire que eux aussi manquent de moyens. On peut citer le ministère de la Justice, que je connais un peu, et qui est en manque criant de moyens, dans un grand nombre de juridictions. Manque de personnel, pour beaucoup, mais aussi manque de moyens informatiques, avec des logiciels poussiéreux qui ne fonctionnent pas. Les dossiers s'accumulent, les convocations de certaines audiences augmentent, là où elles étaient déjà comptabilisées en mois, voir en années, notamment pour la justice civile ou commerciale. Pour rappel, lorsque l'Etat français dépense 1000 euro de budget, la justice n'en n'est crédité que de... 4. En 2018, le nombre de juges professionnels, pour 100 000 habitants était, en France, de 10.9, là où il est de 24.5 en Allemagne, par exemple. Si l'on fait un ratio entre la taille de la population et le nombre de juges professionnels, la France se situe en dessous de la moyenne, au regard des autres pays européens. En ce qui concerne le nombre de procureurs, il est de 3 pour 100 000 habitants en France, là où il est supérieur à 10 en Allemagne. Alors même que c'est en France que ces magistrats du parquet ont le plus de prérogatives, c'est à dire de "rôle" dans la justice, donc plus de tâches (13 en France, vs 10 en Allemagne). Pour être clair, cela signifie moins de parquetiers pour plus de dossiers à traiter, en volume.

Je ne m'étendrais pas sur les autres ministères; non qu'ils soient moins importants, mais je ne les connais peu, voir pas. Mais je citerais tout de même l'Education Nationale. L'on se doit bien d'être conscient que la police intervient, de façon générale, lorsque c'est "trop tard". Alors même qu'il est au moins aussi important d'agir en amont, lors de l'éducation des enfants. Et, pour ce qui relève de l'Etat, lorsqu'ils sont à l'école. Développer autant leurs savoirs que leur réflexion. Apporter beaucoup plus de moyens dans les secteurs où l'on a le plus d'enfants en échec scolaires.

Et que dire, puisque l'on est plongé en plein dedans depuis des mois, des hôpitaux français dont on a pu mesurer les difficultés. Quand bien même, le Ségur de la Santé a vu quelque revalorisation.

Enfin, au-delà des faits, l'on peut aussi penser à l'aspect politique des choses. Augmenter de façon importante le budget du ministère de l'Intérieur, c'est aussi affirmer de façon claire que la sécurité est une priorité. Là où l'on sait, d'après les enquêtes d'opinion, que les français priorisent aussi, en grande partie, cette thématique.

Et lorsque l'on sait que d'ici à 10 mois se tiendront, à la fois, une élection présidentielle, mais aussi les élections législatives...

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