Ministère de l’Intérieur: Des mots. Un nouveau duo. Pour quelles actions?

Une fois n’est pas coutume, l’actualité est assez pauvre, en terme de sujet traitant de la Police.

Ne nous en plaignons pas ; d’autant que la rentrée risque d’être, à nouveau chargée, à minima par des mouvements sociaux.

Finalement, la quasi seule actualité reste, tout de même, l’arrivée de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur, en remplacement de Christophe Castaner. Ce dernier avait été « lâché » par les syndicats de police, depuis les dernières annonces « maladroites », intervenues après les manifestations « Georges Floyd ». Mais il faisait également face à une forte critique, de toutes parts, depuis maintenant quelques mois.

Je ne reviendrais pas sur l’ « affaire », entourant le nouveau ministre ; tout a été dit, chacun se fait son avis. J’ai plus envie de parler du fond.

Lors du discours de passation de pouvoir, au-delà des formules de soutien envers les forces de l’ordre, j’ai noté quelque passage :

« Le Ministère de l’Interieur est celui de la protection des français… le premier des ministères sociaux ; lorsqu’il n’y a  pas d’ordre républicain, lorsque l’Etat n’est pas présent, alors ce sont les plus faibles d’entre nous qui trinquent. Il faut protéger tous les français, et singulièrement les enfants des classes populaires qui connaissent en premier lieu les difficultés et qui attendent en premier lieu la protection de l’Etat».

C’est, ici, à la fois le policier, mais aussi le dirigeant associatif qui parle, et qui entend cela. Celui qui a opéré, des années durant, dans des services judiciaires, donc répressifs. Et qui aujourd’hui tente, à la fois la médiation, mais aussi la prévention.

Parce que les terminologies de prévention et répression ne doivent pas être opposées, comme elles le sont trop souvent. Elles sont complémentaires de ce que doit représenter la police, et plus largement la sécurité, en France. L’une ne va pas sans l’autre. Ces deux notions doivent, dans les faits, s’équilibrer. C’est indispensable.

Alors, j’entends les mots de Monsieur le Ministre Darmanin. Et je vois aussi une « nouveauté », en la présence, au ministère de l’Intérieur, d’une ministre déléguée, en la personne de Marlène Schiappa, en charge de la citoyenneté.

La question que je me pose réside donc dans le contenu de ce portefeuille. Et une partie de la réponse semble arriver aux oreilles de la presse. Il est question, selon le journal « Le Monde », de « séparatisme », seul sujet, dans le portefeuille de la ministre, qui « pourrait avoir une traduction législative d’ici la fin du quinquennat ». Autre sujet qui pourrait être abordé, « la prévention de la délinquance », au-delà de la seule radicalisation, qui a, ces dernières années, concentré beaucoup d’attention, d’efforts. L’article nous parle de la « réactivation du plan annuel de prévention ». Et, plus loin, autre sujet, « la police qui protège ».

Et c’est là que j’ai envie d’intervenir.

Madame la Ministre, ne pensez-vous pas que, au sein de ces sujets, il y ait une place qui permette de parler de la relation entre la police et les citoyens ? Si vous deviez lire ces quelques lignes, sachez qu’un certain nombre d’associations citoyennes tentent de prendre en main ce sujet. Vous le devinez, sujet éminemment complexe, source de nombre de tensions. Et pourtant, il faudra, à un moment donné, que la classe politique se saisisse du sujet. Non pour couper des têtes ou juste « s’opposer » par principe. Non, simplement pour améliorer les choses. Là où la situation est complexe, au-delà de la mission répressive des services de police, refonder la mission « prévention », de laquelle peuvent découler énormément de choses positives. D'abord pour les citoyens. Mais aussi pour les institutions, dont la police, et les policiers. 

C’est aujourd’hui une nécessité. Une urgence. Et notamment dans certains quartiers, dans lesquels les habitants ont envie de faire quelque chose. Où ils veulent se mobiliser. Pour eux, pour leurs enfants. Et croyez bien que je dissocie totalement ces quartiers de la délinquance qui y sévit. Comme on le dit, 10% des habitants (les trafiquants, et autres) sèment le trouble du reste de la population Et ceux-là ont envie d’avoir une relation pacifiée avec les policiers. Ce qui n’est pas toujours le cas. Ils ont besoin de retrouver de la confiance.

Et lorsque je lis les premiers mots du ministre Darmanin, et votre nomination, je me dis que tout cela pourrait entrer pleinement dans votre champ de compétence. Mais pas uniquement le vôtre. Parce qu’il me semble que ce travail doit se mener en interministériel. Le ministère de la ville a son rôle a jouer. Tout comme celui de la justice, institution également incomprise dans ces quartiers.

Alors oui, le sujet n’est pas facile. Celui qui s’y attellera devra faire preuve de courage, d’inventivité. Et j’ai aussi toute conscience de ce chronomètre qui est le vôtre. 600 jours.

C’est à la fois court… et très long. Mais, j’en suis certain, suffisant pour montrer, à tout le moins, une volonté d’agir, proposer certaines choses.

Madame la Ministre. Oserez-vous venir sur ce terrain ?