Lu pour vous: "Colère de Flic" de Guillaume Lebeau

Le nom de Guillaume Lebeau ne vous dit peut-être rien, et pourtant, il est plus ou moins à la mode. Tout du moins dans la police. Guillaume Lebeau est l'une des figures de la grogne des policiers de 2016. Membre, entre autre, fondateur du mouvement désormais appelé "Mobilisation des Policiers en Colère", MPC.

C'est assez rare pour être souligné, provenant d'un Gardien de la Paix (d'origine), désormais Brigadier de police encore en service, à la Brigade Anti-Criminalité de Gennevilliers (92). D'autant plus rare pour l'un d'entre nous qui voit un ouvrage sortir en librairie, (co-écrit avec David Ponchelet, rédacteur en chef à Outremer 1ère), puisque cela va, dans une certaine mesure, à l'encontre du devoir de réserve qui est imposé à tous les policiers Habituellement, ce sont plus des Commissaires de Police et/ou des retraités qui retracent leur carrière. Mais là, il s'agit, en quelque sorte, d'un point d'étape d'une vie de flic, les dernières mobilisations policières se trouvant être un élément déclencheur.

Je dois dire que j'aurais pu écrire un bonne partie de ce livre de façon assez similaire, comme d'ailleurs tous les flics de France et de Navarre. En ce sens qu'il relate, avant tout, la vie d'un jeune homme de 20 ans qui va passer un concours. quitter sa province. Première étape, l'école de police, pour ensuite arriver en région parisienne. Avec tout ce que cela comprend comme déracinement, et à certains égards un choc, pas que culturel ! Il faut juste s'imaginer, partir à 20 ans dans un coin de France où l'on ne connait personne. Sans famille, sans amis. Juste des collègues avec qui l'on va apprendre à travailler, mais aussi, quelque part, à vivre.

G. Lebeau a donc quitté son île natale de la Réunion pour passer par l'école de police de Nîmes, avant de rejoindre sa première affectation, Gennevilliers, dans les Hauts de Seine. Ayant servi dans un commissariat tout proche, j'imagine très bien ce que cela peut signifier.

Dans cet ouvrage, seront abordés, successivement, la quotidien d'un flic de sécurité publique. Avec, dans un coin de la tête, ce qu'on nous a dit à l'entrée en école "Paris, c'est pour 4 ans". Pour moi, cela fait 20 ans, et j'y suis encore. Même si cela fait suite à des choix personnels, Guillaume, lui, n'a pas encore pu retourner sur son île natale.

Et puis ce sont les premières interventions. Le contact de la population. Et des évènements marquants, comme les émeutes de 2005 ou, plus tard, les attentats parisiens de ces dernières années. Ce sont aussi les rapports avec la hiérarchie, la politique du chiffre, mais aussi le rapport avec la famille... Il sera aussi question de l'image de la police; les bavures, le racisme... Le rôle des syndicats, leur fonctionnement.

Sont donc abordés, dans ce livre, les différentes problématiques que rencontre un policier au cours de sa carrière. Pour en arriver à cet évènement de Viry Chatillon, en Octobre 2016, au cours duquel quatre policiers sont attaqués par des criminels qui tenteront de les bruler vif. Pour les policiers, la goutte d'eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein. Ce drame aura conduit de nombreux policiers dans la rue, en ou hors service. Plusieurs semaines de manifestation s'ensuivront. Guillaume Lebeau sera ensuite convoqué par l'IGPN pour ses prises de parole dans les médias.

 

Voilà ce que vous découvrirez dans ce livre. Le parcours d'un flic.

 

"Je m'appelle Guillaume Lebeau, j'ai 32 ans. Dans ce livre, j'ai décidé de rompre la loi du silence, pour raconter sans fard mon quotidien à la brigade anti-criminalité de Gennevilliers, un quotidien semblable à celui des 144.000 policiers de France.

Je suis un "policier en colère", membre fondateur d'un mouvement spontané qui depuis 2016 a ému la France entière, prenant de court la hiérarchie les politiques et les syndicats.

Bavures, accusations de racisme, contrôles au faciès, PV au rendement, vie quotidienne dans les banlieues délaissées, tensions sociales, rapports avec les jeunes des cités, dévalorisation du métier... les flics n'en peuvent plus d'être pris pour cible, stigmatisés, blessés, déconsidérés, pressurisés. Nous sommes essorés. Ras le bol.

Ce témoignage de "flic de banlieue", je le dédie à tous mes collègues, ceux qui, comme moi, ne veulent pas renoncer à exercer leur mission de gardien de la paix".

 

Chacun se fera sa propre idée de ce récit. A mon niveau,  j'y vois beaucoup de similitudes avec ce que j'ai pu, moi-même vivre dans mes premières années de Police. Je suis bien plus mesuré quant aux constats généraux de la société, mais chacun se fera son avis. Une chose est certaine, l'état d'esprit des policiers est le même qu'en 2016. Nul doute qu'un nouvel épisode du même type que "Viry Chatillon" entrainera probablement les mêmes conséquences puisque, au fond, rien n'a changé, si ce n'est quelque pansement ici ou là.

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