la BRB... 40 ans de belles affaires. Mais pas que...

C'est par un arrêté du 27 janvier 1975 qu'est née la Brigade de Répression du Banditisme. Non qu'elle n’existait auparavant, mais elle était appelée "Brigade de Voie Publique". Ainsi, en novembre dernier, la BRB devait fêter, lors d'une soirée anniversaire, ses 40 ans d'existence. L'actualité en a décidé autrement, puisque quelques jours avant ce qui devait être un heureux événement, 130 personnes devaient trouver la mort, dans ce que l'on qualifie désormais comme la vague d'attentat la plus sanglante qu'ai connu la France.Reporté pour des raisons évidentes, cet anniversaire devrait se dérouler cette semaine.

L'on a l'habitude, en pareilles circonstances, d'évoquer les affaires les plus marquantes d'un service. Et elles sont nombreuses. On revoit des enquêtes, des hommes, qu'ils soient auteurs ou victimes... beaucoup de choses que l'on nous a racontées, ou que l'on a, nous-même vécues. L'homme est ainsi fait qu'il ne se souvient, et c'est heureux, principalement que des bons moments.

Et pourtant...

Attentat dans les locaux de la BRB

L'histoire n'est pas des plus connues du grand public, et pour cause... Le 09 Juillet 1986, il est 16h00, lorsqu'un explosion retentit, quai de Gèvres, en plein coeur de Paris. Le 4ème étage du batiment est soufflé. C'est la Brigade de Répression du Banditisme, qui est visée par l'explosion d'une charge de 10kg d'explosifs, qui causera la mort de Marcel Basdevant, 52 ans, Inspecteur Divisionnaire à la BRB. Selon le reportage encore disponible sur le site de l'INA, le journaliste de l'époque évoque une distance d'un mètre, entre la charge, et le policier.

Marcel Basdevant

Cette explosion fera également plusieurs blessés graves, dont Pascal Huche, Paul Orsini, ou Armel Legras, ainsi qu'une vingtaine d'autres blessés, plus légers.

Deux jours plus tard, l'attentat sera revendiqué par le groupe d’extrême gauche "Action Directe", et plus précisément le "commando Loic Lefebvre".

En 1987, Maxime Frérort, membre actif du groupe révolutionnaire, sera arrêté dans les sous-sols de la Part Dieu, à Lyon.  Il prétextera au cours de l'enquête, la mort par balle, de Loic Levebvre (d'où le nom du commando), un automobiliste tué par un policier, quelques jours auparavant. Frérot, désireux de se venger voulait frapper la Préfecture de Police aura profité de sa formation d'artificier, ayant fait ses classes au 1er RPIMA, il aura lui-même posé la charge, sur les conseils de Gilbert Vecchi, un braqueur de banlieue parisienne, proche de Jean-Marc Roullian, qu'il rencontre quelques années avant, alors qu'il sont tous deux incarcérés à la prison de la santé, et Nathalie Menigon. Et pour cause, Giblert Vecchi connaissait les plans du bâtiment, quai de Gesvres.

Un contexte politisé

Quelques heures après l'attentat, devant les caméras, Jacques Chirac, alors premier ministre prononcera ces quelques phrases:

"C'est une provocation odieuse, et qui marque, une fois encore, combien la police doit être respectée par les risques, qu'en permanence, elle court. La police est à nouveau en deuil; une fois encore. Avec l'assassinat... car c'est un assassinat, pur et simple, du chef Inspecteur Divisionnaire Basdevant. J'inviterais une fois de plus, à tous ceux qui, parfois, parlent de l'ordre public avec, peut-être, de temps en temps, légèreté... je voudrais leur rappeler une fois de plus combien la police est exposée, combien elle paie, cher, de son sang, trop souvent, le fait que nos concitoyens puissent vivre dans une certaine sécurité, et qu'il convient, chacun le sait, de l'améliorer. Nous sommes en deuil, j’espère que chacun aura à cœur de se manifester, dans ces circonstances, avec toute la dignité qu'il convient. "

Le juge d'instruction Michel Legrand, chargé de l'enquête consécutive à la mort de Loic Lefebvre, évoquera ce dossier dans son livre "Les secrets d'un juge", paru en 2015, au milieu d'autres affaires "politico-médiatiques". Puisque c'est précisément sur cette thématique que se déroulera l'enquête, alors que la France est en pleine cohabitation entre Francois Mitterrand, Président de la République, et son Premier Ministre. Un flic tue un automobiliste, Action Directe le venge.

En 1992, Maxime Frerot sera condamné par la Cour d'Assise de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 18 ans. Quand à Gilbert Vecchi, il sera condamné à 10 ans de réclusion criminelle.

En semi-liberté en 2007, Max Frerot recouvrira la pleine liberté en 2010.

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A quelques mois d'un futur déménagement sur le site des Batignoles, dans le 17ème arrondissement parisien, la BRB, est, depuis cet attentat, installée sur une aile de la Préfecture de Police de Paris. Elle dispose, en son sein, d'une salle éponyme "Marcel Basdevant". Espérons qu'il en soit de même dans les futurs locaux. Il ne faut jamais oublier.

Il est de ces professions où les hommes ont la nécessité d'être soudés pour réussir. Les métiers d'investigation font partie de ces professions. Les réussites soudent les hommes, certes, mais les drames en font de même; heureusement moins présents. Mais probablement de manière plus intense. Cet attentat fût un drame. Personne ne l'a oublié. Il me semble que chaque fonctionnaire de ce service, au delà des problèmes quotidiens qu'il peut avoir, quels qu'ils soient, est fier d'appartenir ou d'avoir appartenu à la BRB, comme je le suis. Preuve en est, ce "repas des anciens", qui réunit toujours, les policiers, quels que soient leurs grades ou fonctions passées, qu'ils soient encore actifs ou non,  Une façon de se rappeler cette phrase, que j'ai entendue à maintes reprises... BRB un jour... BRB toujours.

En écrivant ces quelques lignes, je pense à Paul Orsini, que j'ai pu côtoyer quelques temps, avant qu'il ne parte dans une retraite qu'il aura, par ce simple fait, bien méritée.

ATTENTAT 86 7

sources de cet article: le mémorial en ligne des policiers français victimes du devoir

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