Une histoire de la viticulture algérienne et de ses vins

La vigne est une des cultures les plus anciennes de l'Afrique du Nord et de l'Algérie en particulier. La viticulture pour la production du vin date de l'époque Phénicienne.

Du Moyen-Age au 19ème siècle le patrimoine viticole Algérien s'est enrichi d'apports provenant d'autres pays comme l'Espagne, l'Italie et la Turquie. Du 19ème siècle à nos jours la viticulture algérienne a connu deux périodes bien distinctes.

La période de la colonisation française

Si la vigne produisait surtout des raisins de table, la vigne de cuve a commencé à se développer entre 1830 et 1860 avec l'arrivée des colons viticulteurs qui ont quitté la France suite au phylloxéra qui a ravagé les vignobles français et européens. La superficie viticole va atteindre son apogée en 1939 avec 400.000 hectares. Les vins produits étaient essentiellement des vins rouges colorés, de faible acidité et une teneur élevée en alcool servant au coupage des vins français du midi. L'Algérie était alors le quatrième producteur de vin après la France, l'Italie et l'Espagne et le premier exportateur de vin au monde, la France étant le principal client.

Dans cette période les vins furent classés en trois catégories :

  • Les vins de plaine :

    Issus des plaines des départements d'Alger, d'Oran et de Constantine, à base des cépages Cinsault, d'Aramon, Cot de Cheragas et Alicante Bouschet.

  • Les vins de coteaux

    Le type des vins de coteaux est exprimé par par les vins du Sahel d'Alger. Ce sont des vins qui se conservent bien et font d'excellents vins de table. Les vins de coteaux sont également produits dans les arrondissements d'Oran, de Sidi-Bel-Abbès et de Mostaganem ainsi que dans le département de Constantine. Les vins sont issus des cépages Carignan, Cinsault, Pinot et Gamay.

  • Les vins de montagne

    Ce sont les vins rouges au taux d'alcool les plus élevés (12 à 15% vol.), très colorés, de bonne structure et de conservation. Ils sont produits dans les vignobles de Miliana (entre 500 et 700 mètres d'altitude), dans les vignobles de Médéa (entre 800 et 1.200 mètres d'altitude). Les vins rouges d'Aïn-Bessem et de Bouira sont excellents pour les coupages et les vins rosés sont très recherchés.

    Les vignobles de Tlemcen dans le département d'Oran et le vignoble de Mascara produisaient des vins de grande qualité.

La période actuelle

Au début de la période post-coloniale la surface viticole a fortement régressé. Depuis, une politique de relance a été mise en place, surtout que la vigne constitue un rempart contre l'érosion des sols maigres dans un climat semi-aride et représente un apport économique et social important.

La dynamique agricole nouvelle relance les plantations de vignes favorisées par le soutien de l’État. C'est ainsi que de 55.700 hectares en 1998, la superficie des vignes est passée à 77.500 en 2011 dont 28.000 hectares consacrés à la production de raisins de cuve. La production de vin est destinée essentiellement au marché intérieur, les exportations ayant fortement chuté.

En 1970 un décret définit sept zones délimitées en V.A.O.G. (Vins d'Appellation d'Origine Garantie) et la même année une ordonnance institue les A.O.G. (Appellation d'Origine Garantie) afin de valoriser les produits de terroir sur le marché international. Les AOG représentent 15 à 20% de la production totale de vin.

Comme dans chaque appellation, les décrets définissent un cahier des charges. En ce qui concerne les cépages des vins rouges, le décret d'AOG autorise comme cépages principaux (au moins 85%) le Carignan, le Cinsault et le Grenache Noir et comme cépages secondaires (15% maxi) l'Alicante Bouschet, le Cabernet-Sauvignon, le Pinot et quelques cépages autochtones.

Cette évolution a fait naître des initiatives privées parmi lesquelles la création de la Société des Grands Crus de l'Ouest (G.C.O.). Elle a été fondée en 2001 par Monsieur Rachid Hamamouche dont le projet a été de positionner le vin Algérien à un niveau de qualité supérieure et de produire en Algérie avec les Algériens. Pour produire ses vins, la GCO achète les raisins aux viticulteurs et pour fidéliser ces derniers elle a mis en place un partenariat avec eux en leur apportant un conseil à la vigne par le biais de consultants qui ont été formés. Pour réceptionner les raisins et les vinifier dans les différentes régions la GCO a réhabilité et rénové des anciens chais et bâtisses agricoles.

La GCO est ainsi devenue le premier opérateur vinicole privé en Algérie. Elle n'hésite pas à faire appel aux compétences, c'est ainsi que mon ami Roland, œnologue en Beaujolais, a passé six mois sous contrat dans la société pour apporter son savoir faire et aider à l'évolution dans l'élaboration des vins.

La GCO se lance à présent dans l'exportation en participant à des salons internationaux pour y présenter ses différentes cuvées, essentiellement de vins rouges à base de Grenache, Cinsault et d'Alicante Bouschet. Ces cuvées sont en AOG provenant des Coteaux de Tlemcen, de la région de Dahra près de Mostaganem, des vignobles des Monts du Tessala, proches de Sidi Bel Abbès et des Coteaux de Mascara.

La production algérienne de qualité, embouteillée sur place et commercialisée en l'état est bien lancée. Nous sommes loin des vins rouges colorés et alcoolisés achetés par la France pour améliorer les vins de table de l’hexagone comme je les ai encore connus jusqu'au début des années 80 alors qu'ils arrivaient par bateau au port de Nantes.

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