Du rififi à Saint-Emilion (suite et fin)

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Nous en étions restés à l'imbroglio soulevé par le classement de 2006. En 2011, pour le classement de 2012, afin de calmer les esprits et répondre aux remarques faites aux procédures précédentes, le conseil des vins de Saint-Emilion et l'INAO ont décidé de placer l'ensemble du nouveau classement sous l'autorité de l'INAO et du Ministère de l'Agriculture.

Une nouvelle procédure est mise en place et pour veiller à son bon déroulement une commission dite « Commission de classement des crus classés de l'appellation Saint-Emilion Grand Cru » est nommée. Cette commission est constituée de 7 personnalités reconnues du monde viticole et extérieures à Saint-Emilion et du vignoble bordelais afin d'éviter tout conflit d'intérêt.

Que comporte cette nouvelle procédure ?

  • Dépôt et constitution d'un dossier :

    Chaque cru doit justifier son acte de candidature en déposant un dossier accompagné :

    - d'un état précis de l'assiette foncière et d'un engagement à ne pas la modifier sans autorisation préalable de l'INAO.

    - des documents attestant de la notoriété et des moyens mis en œuvre pour la développer (promotions, accueil, oenotourisme).

    - la description des moyens techniques concourant à la qualité des vins.

    - de tout autre élément utile à l'appréciation de la Commission.

  • Examen des candidatures :

    Afin d'examiner tous les dossiers, d'effectuer tous les contrôles et de procéder à l'organisation des dégustations, la commission a choisi de s'appuyer sur 2 organismes certificateurs reconnus : Qualisud et Bureau Veritas Certification. Un travail de visite des propriétés a été réalisé pendant plusieurs mois pour apprécier les terroirs, les sols, l'entretien des vignes et des chais, le matériel utilisé, la capacité d'accueil, la notoriété, les modes de commercialisation, etc........Afin d'évaluer le niveau de qualité et la constance des vins, une dégustation par un jury de dégustateurs experts a été effectuée sur 10 millésimes pour les candidats à la mention de « Grand Cru Classé » et sur 15 millésimes pour les candidats à la mention « Premier Grand Cru Classé ».

    Toutes les observations, soumises à la Commission de Classement, ont permis d'établir des notes prises en compte dans la composition de la note finale.

    Définition de la note finale :

Pour les « Grands Crus Classés »

- Dégustation : 50% de la note

- Notoriété : 20% de la note

- Exploitation et terroirs : 20% de la note

- Conduite de l'exploitation (viticole et œnologie) : 10% de la note

Pour les « Premiers Grand Crus Classés »

- Dégustation : 30% de la note

- Notoriété : 35% de la note

- Exploitation et terroirs : 30% de la note

- Conduite de l'exploitation : 5% de la note

Pour être proposé au classement « Grand Cru Classé » une note minimale de 14 sur 20 est nécessaire et une note minimale de 16 sur 20 pour la mention « Premier Grand Cru Classé ». Une précision importante rendant infondées certaines critiques qui disent que des domaines ont obtenu directement la mention « Premier Grand Cru Classé » : ne sont examinées en Premier Grand Cru Classé que les candidatures des exploitations admises en Grand Cru Classé.

  • Une procédure d'appel :

    Les candidats n'ayant pas obtenu la note suffisante pour être admis au classement, reçoivent leurs résultats par courrier. Un délai de 15 jours leur permet de défendre leur cause auprès de la Commission de Classement.

L'ensemble de cette nouvelle procédure a donc respecté l'égalité de traitement et l’excellence des conditions du déroulement a été saluée par les candidats eux-mêmes. Le comité national Vins de l'INAO a entériné le classement le 6 septembre 2012 en vue d'une homologation par arrêté ministériel.

Toutes les critiques n'ont pourtant pas été éteintes.

On entend dire qu' « untel » est admis au classement parce qu’il a fait faire un beau parking. Le parking intervient effectivement dans le critère « notoriété » mais pour 0,20 % dans un ensemble de 20% de la note.

On entend dire également que le classement permet de vendre la bouteille à 300 €, c'est oublier que le classement n'est qu'un révélateur et ce n'est pas lui qui fixe les prix. La preuve, dans le dernier classement des 50 vins les plus chers au monde se trouvent Château Pétrus (AOC Pomerol) et Château Le Pin (AOC Pomerol) respectivement à la 10ème et 14ème place (Pétrus à 1.980 € la bouteille) et il n'y a pas de classement des vins de Pomerol.

Par ailleurs tous les grands crus classés ne sont pas à 300 €. Je vous conseille Château Beauséjour-Bécot, Premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion, un vin d'un rapport qualité-prix imbattable, par exemple le millésime 2005 à moins de 60 €, les 2007 et 2012 à 35 €, le 2009 à 69 €, le 2010 à 60 €. Vous vous ferez plaisir à boire ces vins en accompagnement de quelques plats bordelais comme les cèpes farcis, l'entrecôte bordelaise, les gibiers à plumes et pourquoi pas la lamproie à la bordelaise.

Vous pouvez acheter ces vins, soit à la propriété, soit à la Maison des Vins à Saint-Emilion.

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