Sexisme des requêtes sur google, la faute à personne?

Google est sans aucun doute l'un des plus puissants outils d'organisation de l'information à l'ère du web. C'est aussi sans doute l'un des plus révélateurs de nos centres d'intérêt et... De nos mentalités.

En nous ôtant les mots du clavier quand nous démarrons une requête par mots-clés, le moteur de recherche nous livre, sous forme de suggestions, un aperçu de ce qui préoccupe les autres internautes. De leurs préjugés, aussi.

google-prouve-le-sexisme-mondial-une-631x250C'est ce que veut mettre en lumière la récente campagne d'ONU-Femmes, à travers la simple expérience qui consiste à commencer une phrase par "les femmes..." et à laisser les algorythmes googliens la finir. Résultat sans appel : l'omniprésence du sexisme dans nos représentations fait froid dans le dos.

femmesOù l'on apprend que l'internaute de base écrit très (trop) souvent que les femmes feraient mieux de se taire, de rester à la maison (et si possible à la cuisine), de se considérer comme des esclaves ou de ne pas voter, entre autres joyeusetés révélées par les requêtes in english d'ONU-femmes. J'ai aussi découvert, en faisant l'expérience moi-même, sur mon petit google en bon français que "les femmes ne pètent pas"(j'en conclus donc qu'elles finissent un jour par imploser, si vous me permettez).

Le site d'information les Nouvelles News a fait le même exercice en démarrant la requête par "les hommes ne doivent..." et ça n'a pas loupé : interdit de pleurer, ils sont évidemment incapables de faire plusieurs choses à la fois. Eric Zemmour doit bondir de joie et l'éditeur de "Mars & Vénus" se frotter les mains : le sexisme ordinaire a de beaux jours devant lui.

Une fois ce constat utilement fait que l'opinion webique internationale est tristement sexiste, demeure entière la question de sa confortation par la diffusion récurrente, voire matraquante, des stéréotypes et injonctions contenus dans les suggestions du moteur de recherche le plus populaire au monde.

En d'autres termes, Google n'est-il qu'un outil dont chacun-e fait l'usage qu'il ou elle veut ou bien est-ce un média en soi, certes éditorialisé pour l'essentiel par des ordinateurs, mais qui diffuse bel et bien des contenus orientés ayant d'autant plus d'impact sur nos représentations qu'ils semblent auréolés de la prétendue objectivité du calcul informatique ?

Googleplex_Welcome_SignAlors, si de fait, Google diffuse des messages en même temps qu'il agrège et organise des contenus, c'est toute la culture de non-responsabilité du web 2.0. qui est ici en cause.

"La faute à personne?" ou seulement "la faute à l'ordi" si la parole des écervelé-es qui pianotent à longueur de journée des horreurs telles que "women should'nt have rights"* ou " women should be complementary to men"* accède au grade de "vérité statistique" (sinon scientifique) à la seule faveur d'un calcul mathématique désincarné?

Ou bien, y a-t-il là aussi quelque chose de l'ordre de la négligence décomplexée chez les dirigeant-es d'un géant du web qui a précisément bâti son modèle économique sur une offre de visibilité, de référencement et de réputation positive à l'attention de ceux qui sont prêts à en payer le prix?

Et si Google, qui a assurément de l'influence sur l'opinion (c'est bien son fond de commerce) mettait aussi sa puissance au service d'une forme de responsabilité sociale en se donnant la peine de modérer (mais non, j'ai pas dit "censurer") l'audience des contenus qui portent directement atteinte aux droits humains, dont ceux des femmes...

 

 

* "Les femmes ne devraient pas avoir de droits", "les femmes sont complémentaires des hommes"

 

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