Fermeture de classe pour cause de covid-19 (suite) : procédure, tests, masque, continuité pédagogique…

@AFP

Samedi dernier, comme je l’ai raconté dans un précédent récit, ma classe a fermé suite à un cas de covid-19. Plusieurs centaines de classes ont ainsi fermé en une semaine en France (228 officiellement), on se retrouve à gérer une situation à laquelle il va sans doute falloir s’habituer, dans laquelle tout le monde essaie de s’adapter et où se posent quelques questions.

Chaine de décision : vers une simplification ?

Dans l’ensemble, on n’a pas à se plaindre, dans mon école. Tout s’est passé relativement vite. Mon élève Moussa a été testé positif jeudi, et samedi, on recevait la notification de fermeture.

Ce n’est pas le cas partout, sur les réseaux sociaux on croise des témoignages de profs qui attendent toujours la fermeture de leur classe après 3 ou 4 jours d’attente.

La procédure suivie est la suivante, généralement : dès qu’un cas est positif, la direction de l’école avertit la hiérarchie qui avertit l’Agence régionale de santé (ARS), laquelle donne un avis. Cet avis remonte jusqu’au rectorat, qui signifie la fermeture de la classe. L’ARS envoie un courrier officiel indiquant la marche à suivre aux parents via l'école, et la CPAM prend normalement contact avec chaque famille. En théorie, le directeur d'école peut procéder à l'éviction des élèves contacts à titre préventif, avant avis définitif de l'ARS, mais dans les faits cela n'était jusqu'ici pas très bien vu dans certaines académies.

On comprend que la chaine est un peu longue, il est sans doute possible de gagner du temps ici ou là, et pour ce qu’on croit savoir, l’heure est à la simplification. Aux dernières nouvelles, dans certaines académies, le rectorat a indiqué que l’avis de l’ARS entrainait de fait son accord pour fermeture de classe, afin de raccourcir les délais. Quant aux ARS, peut-être le maillon faible de la chaine (imagine-t-on la surchauffe dans ces agences, en ce moment ?), il semble que certaines, débordées devant le nombre d’élèves positifs, commencent à indiquer çà et là aux écoles de ne pas attendre leur avis et de fermer les classes dès qu’un élève est déclaré positif. Le médecin scolaire se retrouve ici en première ligne, de même que les directeurs, qui n’avaient pas besoin de ça, les pauvres, décidément cette année est très lourde pour eux.

Se tester : la croix et la bannière

Quand j’ai eu la CPAM au téléphone, on m’a indiqué les mesures de précaution à prendre, et envoyé un SMS que je peux présenter dans une pharmacie contre une dizaine de masques chirurgicaux. Ce SMS était censé me donner priorité pour me faire tester dans un labo, en tant que « personne contact ». Las, au labo dans lequel je me suis présenté, on m’a regardé avec des cernes sous les yeux en me disant « on n’en plus là, vous savez », et en ajoutant que faute de réactif, les résultats arrivent de toute façon au bout d’une semaine actuellement.

Oups. Me voici donc sur doctolib à essayer d’obtenir un rendez-vous : faites l’expérience, si vous arrivez à trouver un créneau avant le 15 septembre, bravo. En restant un œil sur doctolib (l’autre est sur le travail de mes élèves, voir ci-dessous) où des créneaux se libèrent parfois sans prévenir, je parviens à trouver un rdv à 30 km de chez moi, en fin de semaine, puis à 5 km de chez moi, jeudi, enfin mardi à 35 km de chez moi. Banco, je prends. Une fois le test PCR fait (la prochaine fois que je veux faire comprendre à mes élèves que le nez et la bouche communiquent, je sais quoi faire : leur fiche un test PCR, ils sentiront bien où ça communique) on m’indique que j’aurai les résultats dans cinq jours. Juste à temps, si je suis négatif, pour reprendre le 15.

Forcément je m’inquiète de savoir si mes élèves auront les mêmes difficultés à se faire tester et à obtenir les résultats, et si je les aurai tous à la reprise.

Quand j’entends le ministre de la santé dire qu’il veut descendre la quatorzaine à 7 jours, je reste perplexe : dans ce cas, impossible d’avoir un résultat de test, quasiment pas le temps d’être testé. Une septaine ne servira qu’à savoir si on a des symptômes, pas plus. Dans tous les cas il faudra revoir le protocole pour l’école : actuellement, pour revenir en classe, il faut présenter, J+14, un test négatif. Mais bon, je ne suis pas médecin.

La question du masque

Je n’ai pas caché, dans mon précédent récit, le doute qui entoure les fameux masques DIM officiellement fournis par l’Education nationale à ses employés : chez le médecin scolaire, qui ne nous a pas caché qu’il valait mieux utiliser les masques chirurgicaux, chez l’ARS qui demande si l’instit ayant un élève testé positif portait un masque en tissu ou un masque chirurgical (si c’est masque en tissu, comme le DIM, c’est « contact à risque » direct), même au rectorat, où on murmure en off qu’il est plus sage de laisser les masques DIM de côté et de porter un masque chirurgical.

 

Le moins qu’on puisse dire est que cela n’est pas de nature à rassurer. L’affaire a suscité l’attention des journalistes et l’un d’eux, Erwin Canard, a publié cet extrait de texte passé sur la table du 1er ministre.

On comprend que le masque en tissu, y compris celui aux normes AFNOR de DIM, s’il n’est pas porté par le prof ET l’élève, ne suffit pas à protéger, contrairement au masque chirurgical (et encore, il y a matière à débat, tous les masques chirurgicaux n’ayant pas l’efficacité des ffp2). Le problème c’est qu’en primaire aucun élève ne porte de masque, ce qui expose de facto l’enseignant portant le masque en tissu fourni par l’institution.

Forcément, l’affaire a du mal à passer auprès des instits et certains crient au scandale. Pourquoi nous distribuer ces masques s’ils ne nous protègent pas du risque ? Par souci écologique, pour ne pas multiplier les déchets ? Par souci d’économie, pour ne pas avoir à nous fournir des chirurgicaux ? On serait aux Etats-Unis, on imagine sans problème un enseignant tombé malade porter plainte contre l’Etat !

Pour ce qui est du secondaire, on comprend au contraire que les profs ne seront pas « contact à risque », même en cas d’élève testé positif, puisque le masque est obligatoire pour tous, tissu ou pas…

Quant au port du masque lui-même, on a bien rigolé (jaune) en voyant le président Macron l’expérimentant dans une séquence assez savoureuse (toux, ras-le-bol, masque retiré, verre d’eau, geste barrière non respecté, re-toux, re-eau, masque retiré, toux dans la main, « donnez-moi un masque plus léger »…) quand on pense qu’un prof doit le porter jusqu’à six heures par jour en faisant cours

Continuité pédagogique, rebelote

Sinon, c’est reparti pour la continuité pédagogique ! On ne peut pas dire que j’avais hâte de retrouver l’enseignement à distance, mais au moins j’ai facilement retrouvé mes marques : outils, ressources, contenus, je pouvais vraiment dire « je suis prêt », ça ne m’a pas pris trop de temps avant d’envoyer du travail pour les élèves, dès lundi.

Bien sûr, ce n’est pas la même chose qu’au printemps, avec des élèves que je connaissais et qui me connaissaient par cœur. Là, on est au tout début de l’année, on a à peine eu le temps de faire connaissance, tout juste entamé le travail, la relation n’est pas la même.

Je suis allé voir « le plan de continuité pédagogique » publié sur le site du ministère pour la rentrée 2020, je vous épargne le détour (si vraiment vous insistez, c’est là), en gros on nous renvoie vers le CNED et vers LUMNI, il n’y a absolument rien de nouveau depuis le printemps ! Cet été, quand ils ont préparé la rentrée, au ministère, ils se sont contentés de lister ce qui existait en mai, avec toutes les limites qu’on connait et qui sont nombreuses : Lumni est une compilation de vidéos inégales, et le CNED, rouvert depuis lundi 7 septembre, propose toujours les mêmes plannings hebdomadaires ultra-rigides et quasi inutilisables en l’état pour les profs. Reste la possibilité de faire des visios, avec « Ma classe virtuelle », dont l’utilisation a toutefois été sensiblement alourdie : là où il suffisait auparavant d’envoyer aux élèves un lien pour la visio, il leur faut désormais ouvrir un compte, avant de se retrouver dans « la salle d’attente du professeur ».

Bon, on aura compris que les enseignants qui doivent faire classe à distance (des centaines de classes fermées, cela veut dire des milliers d’élèves à la maison) vont devoir, comme d’habitude, se débrouiller comme des grands pour s’adapter et proposer une offre pédagogique digne de ce nom. C’est notre métier, certes, mais on aimerait un peu de reconnaissance du ministère, pour tout ça comme pour le reste.

 

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