Semaine des médias à l'école : indispensable CLEMI

Cette semaine a lieu la 25ème semaine de la presse et des médias dans l’école. Une manifestation indispensable, suivie par plus de 4 millions d’élèves dans le pays et organisée par le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information), dont l'avenir est questionné par un récent rapport de la Cour des Comptes.

Former le jugement critique

La semaine de la presse et des médias dans l’école est une « activité d’éducation civique, qui a pour but d’aider les élèves, de la maternelle aux classes préparatoires, à comprendre le système des médias, à former leur jugement critique, à développer leur goût pour l’actualité et à forger leur identité de citoyen ». Pour accompagner les 15 000 écoles, collèges et lycées participant à cette opération qui compte près de 1900 médias partenaires, les éditeurs de presse vont distribuer gratuitement plus d’un million de journaux et de magazines. 45 000 colis contenant des kits pédagogiques seront également envoyés dans les établissements participants.

Le thème de cette année est particulièrement intéressant : « Une info, des supports », invite à interroger directement le traitement de l’information et les spécificités des canaux de sa diffusion.

Dans le monde saturé d’informations tel que nous le pratiquons tous les jours, la perception des mécanismes et la mise à distance et en interrogation de l’information à travers l’éducation aux médias sont bien une priorité pour les élèves d’aujourd’hui, si nous voulons que les citoyens de demain aient prise sur le réel. Il semble notamment qu’une partie des jeunes (pas seulement des jeunes, d’ailleurs) aient appris à se méfier des médias et de la presse en général, sans que ce doute soit pour autant constructif : « De toute façon, les médias racontent que des conneries », « il faut pas croire ce qu’on voit, ce qu’on lit », entend-on ces temps-ci. Quand la crédulité fait place à la suspicion systématique, le manque de discernement reste le même, il a juste changé de support. Critique automatique n’est pas jugement critique. L’enjeu est de taille pour la société : ces derniers mois ont montré, notamment à l’école, que partout où l’information manque, la désinformation l’emporte – mais aussi que lorsque l’information émerge, la désinformation meurt d’elle-même.

C’est précisément ce travail de structuration et de dévoilement que fait le CLEMI depuis sa création en 1983 : aider les élèves à une pratique citoyenne des médias, à travers des manifestations, des partenariats, en éditant des ressources, livres, outils numériques très pertinentes pédagogiquement, en accompagnant la création par les élèves de médias scolaires, etc. Chaque fois que j’ai travaillé sur les médias, la presse, notamment écrite, en relation avec le CLEMI et à partir de ses ressources, ma classe en a retiré un bénéfice considérable : lecture, compréhension, rédaction, éducation civique, initiative, expression orale, etc, le tout avec un entrain, un enthousiasme et un investissement féconds.

Menace sur le CLEMI

Le 11 février dernier, un rapport de la Cour des Comptes (téléchargeable ici) a mis des points de suspension sur l’avenir du CLEMI. Le rapport tire à boulets rouges sur le CNDP, le Centre National de Documentation Pédagogique : « inadéquation aux besoins du service publique d’éducation », « production éditoriale dépassée », « distribution surdimensionnée », « organisation inefficiente et inefficace », « gestion coûteuse », « pilotage entravé », « tutelle ministérielle à courte vue », « carence stratégique »… La Cour des Comptes met en garde : " À défaut d’en repenser les missions et l’organisation  la question de la suppression du réseau formé par le Centre national de documentation pédagogique et les centres régionaux de documentation pédagogique pourrait de nouveau être d’actualité à brève échéance". 

clemiOr, le CLEMI est une émanation du CNDP, dont il dépend juridiquement bien qu’autonome dans sa gestion et son fonctionnement. Le rapport de la Cour des Comptes ne remet pas en cause l’existence du CLEMI mais juge que son indépendance "est un frein à la mutualisation des moyens et au développement des synergies". Pour la Cour des Comptes, "rien ne justifie plus le maintient d’une telle organisation", il faut intégrer "les missions du CLEMI au sein du CNDP".

Qu’aurait à gagner le CLEMI à un tel rattachement ?... Pas grand-chose certainement : c’est son indépendance même, le fait d’être une petite structure qui fait sa vivacité, sa vitalité. Noyé dans l’usine à gaz du CNDP (où il faut réellement changer des choses…), le CLEMI perdrait ce qui fait sa force et sa pertinence. Par ailleurs, ses missions ne coïncident pas avec celles du CNDP, ainsi que l’a précisé dans sa réponse à la Cour des Comptes la ministre de la Culture et de la Communication Aurélie Filipetti : « L'intégration du CLEMI au sein du CNDP ne me semble pas opportune au regard de ses missions. En effet, le CLEMI n'a pas pour vocation première à produire des ressources pédagogiques, mais à animer un réseau de partenaires rassemblant professionnels de l'information (presse nationale, presse quotidienne régionale, audiovisuel, médias...) et enseignants afin d'impulser des partenariats dynamiques. L'efficacité de son action repose sur l'existence d'une équipe nationale et d'un réseau de coordonnateurs académiques qui, pour ma part, devraient conserver leur autonomie d'action ».

A bien y réfléchir, il serait plus pertinent de détacher complètement le CLEMI du CNDP, d'institutionnaliser son indépendance de fait, plutôt que l’y rattacher…

 

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