Non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes

Avant-hier, une amie a posté sur facebook un lien vers un article de rue89 avec ce commentaire : « je sens que Lucien ne va pas aimer le titre de cet article ». Le titre ? « Apprendre à lire sans prof ? Les enfants éthiopiens y arrivent ». Mazette. Ni une ni deux, aussi sceptique qu’intrigué, j’ouvre le lien.

L’article nous relate une "expérience" menée dans deux villages éthiopiens, où l’on a livré des cartons enfermant des tablettes numériques à destination des enfants, analphabètes. Extrait de l’article :

« "Je pensais que les enfants commenceraient par jouer avec les cartons", raconte Negroponte, l’initiateur du projet. Mais les cobayes ont très vite apprivoisé leur nouvel outil : "Après quelques minutes, ils avaient déballé et mis en route les tablettes. Après une semaine, chaque enfant utilisait en moyenne 47 applications par jour. Après deux semaines, les enfants chantait les chansons sur l’alphabet." Quelques mois plus tard, les tablettes étaient toujours fréquemment utilisées, et certains enfants commençaient à écrire des mots. Ils avaient tous personnalisé leur tablette, et même fait leur débuts de pirate informatique : "Un imbécile chez nous avait bloqué l’accès à la caméra, alors ils ont “hacké” Android [le système d’exploitation installé sur la tablette, ndlr] pour l’activer à nouveau." »

Et Negroponte de poursuivre :

« S’ils peuvent apprendre à lire tout seul, ensuite ils peuvent apprendre en lisant. Pourrait-on leur donner un outil pour ça, sans avoir à construire des écoles, embaucher des professeurs, fournir des manuels ? Des enfants parviennent à apprendre à lire sans aller à l’école en Ethiopie, tandis qu’à New York, d’autres n’arrivent pas à ce niveau alors qu’ils vont à l’école. Que faut-il en conclure ? »

… Je ne sais pas vous, mais j’ai tout de suite eu envie d’en savoir plus. Qui est ce Negroponte, qu’est-ce que ce projet OLPC, quels sont les buts pédagogiques précis de l’opération, les procédures exactes suivies, la nature et le contenu des applications proposées aux enfants, surtout ce que signifie vraiment ici « apprendre à lire ».

 

Le projet OLPC de Negroponte

Nicholas Negroponte a fait toute sa carrière au Massachussets Institute of Technology (MIT), où il obtient d’abord un diplôme d’architecture, avant de se spécialiser dans l’interface homme / machine dès la fin des années 60. Il crée dans les années 80 le media lab, qu’il dirige toujours et qui s’occupe plus particulièrement de recherche en communication. En 1996, Negroponte publie un livre, « L’homme invisible », best-seller traduit en 40 langues, dans lequel il exprime sa vision de ce qu’est une interface homme / machine, s’interroge sur leur interaction et imagine le futur des nouvelles technologies, convaincu que l’ordinateur aidera l’homme à apprendre : il y « défend les mérites du « faire » en démontrant que le réel peut prendre plus de sens lorsqu’on construit par exemple une grenouille sur un ordinateur au lieu de la disséquer ».

Mûri pendant des années par Negroponte, le projet One Laptop per Child (OLPC) est monté en 2005 au sein du media lab. L’idée de Negroponte, est que la technologie peut éliminer la pauvreté par l’éducation. « Le projet a pour objectif de fournir des ordinateurs comme outil éducatif aux enfants des pays en voie de développement. Pourquoi un ordinateur pour chaque enfant des pays en développement ? Si vous remplacez "ordinateur" par "éducation", tout devient clair. Donner un ordinateur à un enfant, c'est lui fournir l'accès à une éducation de qualité, gage d'une meilleure vie future et clé du développement humain » peut-on lire sur le site OLPC France.

Il suffit donc, d’après Negroponte, de donner un ordinateur à un enfant pour l’éduquer…

Xoom, de Motorola

Ici il convient peut-être de préciser que le projet se présente comme étant à but non lucratif : les ordinateurs sont vendus à prix coûtant et sont équipés de logiciels exclusivement libres de droits. Le financement de l’opération se fait par des dons à la fondation OLPC (présidée par Negroponte) allant jusqu’à 2 millions de dollars. Principaux donateurs : AMD, Brighstar Corporation, eBay, Google, SES, Marvell, News Corporation Nortel, Red Hat, tous dans le domaine des nouvelles technologies. N’en doutons pas, ces entreprises ont toutes intérêt à développer de tels projets… Le retour sur investissement viendra, d’une manière ou une autre.

En cherchant un peu, on trouve une autre donnée troublante : Negroponte siège au conseil d’administration de Motorola. Or, c’est Motorola qui fabrique le Xoom, l’ordinateur utilisé en Ethiopie…

 

Critique de OLPC

Depuis ses débuts, OLPC essuie un certain nombre de critiques (problèmes techniques, lassitude des utilisateurs, sous-utilisation…). Il y a deux ans, Kentaro Toyoma, professeur de l’information à Berkeley, a publié dans le Boston Review un article dans lequel il critique frontalement Negroponte et OLPC. Pour Toyoma, d’abord enthousiaste sur les questions d’apprentissage par ordinateur interposé mais revenu de toutes les expériences auxquelles il a assisté, “les nouvelles technologies suscitent de l’optimisme et de l’exubérance qui sont souvent déçus par la réalité”. Pour lui, "les effets d’une technologie sont complètement dépendants de l’intention et de la capacité des gens à la manipuler”. Or, sur le terrain, la capacité à s’emparer de la technologie est très diverse. La techno-utopie, qui consiste selon lui à croire que la diffusion à grande échelle des technologies peut apporter des solutions à la pauvreté et aux autres problèmes sociaux, a tendance à assimiler la pénétration de la technologie au progrès. Or la technologie n'est pas le progrès. Attaquant OLPC, il constate que le projet promeut son ordinateur en misant sur l’auto-apprentissage alors même qu’il ne se préoccupe ni de pédagogie, ni du corps enseignant qui sert d’intermédiaire, ni des systèmes scolaires des pays en question. Toyoma relève que le nom même de l’OLPC trahit sa préoccupation essentiellement technologique, aucunement pédagogique.

Pour Toyoma, il y a une forme de déni dans ce type de projet : « Il est beaucoup moins douloureux d’acheter une centaine de milliers d’ordinateurs que de fournir une véritable éducation pour une centaine de milliers d’enfants. Il est plus facile de gérer une hotline de santé en messagerie texte que de convaincre les gens de faire bouillir l’eau avant de l’ingérer. Il est plus facile d’écrire une application qui aide les gens à savoir où ils peuvent acheter des médicaments que de les persuader que la médecine est bonne pour leur santé. » L’illusion de l’éducation contre l’éducation en elle-même.

Matt Keller / MIT

Enfin Toyoma attaque OLPC sur l’aspect financier : "Le coût de développement de l’OLPC correspond à peu près à la moitié du budget que l’Inde consacre à l’éducation de ses élèves. Quel sens peut pourtant avoir le cout d’un ordinateur alors que (…). 0,5 $ par an et par élève pourrait servir à fournir des médicaments pour réduire l’incidence des parasites qui causent des maladies et augmenter la fréquentation scolaire de 25 % ? (…) Si l’OLPC prétend être un projet d’éducation, plus qu’un projet technologique, dans le même temps, il attend que des gouvernements dépensent 100 millions de dollars pour 1 million d’ordinateurs portables”.

 

Savoir l’alphabet n’est pas savoir lire

Revenons à l’expérience éthiopienne. Si on écoute bien, Negroponte lui-même n’est au fond pas sûr que les enfants éthiopiens apprennent ou apprendront à lire : « After week two, the kids were singing ABC songs in the village. Will they learn how to read ? Will this lead to deep reading? The votes are still out.” Ces enfants vont-ils apprendre à lire ? Chanter ABC mènera-t-il à une lecture réelle ? s’interroge Negroponte, qui ajoute : les pronostics restent ouverts.

Voici donc le mien, qui risque de décevoir Negroponte et les journalistes de rue89 : ce n’est pas parce qu’un enfant sait l’alphabet qu’il sait lire. Tout instit de maternelle sait bien qu’un enfant à qui l’on chante n’importe quoi plusieurs fois par jour (une appli avec les chansons ABCs par exemple) apprendra la chanson sans la comprendre pour autant. Mon fils connaît l’alphabet mais ne sait pas lire.

Animals, mes premiers mots

On nous dit aussi que les petits éthiopiens ont commencé à apprendre à écrire ; un article de numérama nous apprend en fait qu’en utilisant une application pour dessiner, un enfant a écrit le mot « lion » sous son illustration. On n’en saura pas plus, aucun rapport n'ayant été rendu public par Negroponte. Je repense encore à mon fils, jouant sur mon iPhone à « animals, mes premiers mots », un jeu où il faut retrouver l’ordre des lettres selon un modèle, puis sans modèle, avec la même illustration. A force de mémoriser le mot « crabe », il sait « l’écrire » quand apparait l’image du crabe. Sait-il écrire pour autant ? Non. Sait-il lire le mot crabe ? Non, il le reconnaît.

Si Negroponte voulait prouver que des enfants peuvent s’emparer de la technologie et apprendre seul des tas de choses, c’était pas la peine d’aller en Ethiopie : il lui suffisait d’observer n’importe quel gamin devant un iPad, ou mon fils devant mon iPhone. Qu’il me soit en revanche permis d’entretenir de sérieux doutes sur la capacité d’un enfant à apprendre à lire par la seule grâce d’une série d’applications se recoupant les unes les autres de façon peu ordonnée. Je ne dis pas qu’il est impossible d’apprendre à lire seul avec une tablette, je dis que c’est peut-être possible avec un programme pédagogique construit, adapté, fouillé et complexe, testé, révisé, je dis que ça demande du temps, et que ça ne marchera pas pour tous les enfants, loin de là. Bref, je pense qu’on est encore loin de l’idéal Negroponte (qui devrait pour commencer se pencher sérieusement sur ce qu’est l’apprentissage de la lecture). On relit alors avec un brin d’agacement ce qui se révèle un questionnement artificiel de Negroponte : "Des enfants parviennent à apprendre à lire sans aller à l’école en Ethiopie, tandis qu’à New York, d’autres n’arrivent pas à ce niveau alors qu’ils vont à l’école. Que faut-il en conclure ?". Que les enfants éthiopiens n’ont pas (encore) appris à lire, donc que la question ne se pose pas ?

 

 

Note du 5 novembre, 14 h 30 : suite à ce billet, l'auteur de cet article sur rue89, Yann Guegan, a modifié son contenu, signalant l'existence de critiques envers le projet OLPC et renvoyant vers cet article http://readwrite.com/2012/10/23/readwriteweb-deathwatch-one-laptop-per-child-olpc

Note du 6 novembre, 5 h 40 : Yann Guegan, reconnaissant que le titre de son article était quelque peu excessif, vient de le modifier... "Apprendre à lire sans prof ? Les enfants éthiopiens s'y emploient" est donc le nouveau titre (tout aussi erroné que le précédent, mais bon).

 

En commentaire, Hubert Guillaud, journaliste, renvoie à un article instructif qu'il a écrit sur le blog internetactu des Echos : http://www.internetactu.net/2012/10/17/linnovation-educative-une-question-economique/

 

Nota : Pour ceux que ça tente, voici une vidéo de la présentation par Negroponte de son travail et de l'expérience éthiopienne (c'est vers une heure environ, ça dure une quinzaine de minutes).

Pour ceux qui préfèrent zapper Negroponte, voici une saine lecture : un article du Nouvel Obs au titre évocateur "Accros aux écrans, nos enfants, ces mutants" (c'est un peu à charge, mais plutôt intéressant).

Suivez l'instit'humeurs sur Facebook.

A lire aussi

  • Cecilydel

    C'est bien ce que je pensais, ces enfants ont seulement appris seuls à se servir d'une tablette et d'un outil informatique. Quoique seulement pour surfer sur des appli et non faire du traitement de texte (ils ne savent ni lire, ni écrire), ni du tableur, ni ..., ni ...

  • Kti AGC par lékon

    Negroponte, rien que son nom, c'est déjà un gag !

  • Pingback: Non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes | Innovation et éducation aux médias numériques | Scoop.it()

  • Pingback: Non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes | Contre l'Éducation. Tout contre. | Scoop.it()

  • http://www.creationmonetaire.info/ Galuel

    A contrario il a été démontré que de distribuer l'outil MONETAIRE aux individus, plutôt que de choisir A LEUR PLACE ce qui leur convenait ou pas, obtenait d'EXCELLENTS RESULTATS. cf http://revenudebase.info/2012/06/quand-la-realite-devance-lutopie/ ou encore en Inde http://www.creationmonetaire.info/2012/09/un-revenu-de-base-en-inde.html

  • http://twitter.com/Binary_Brain Sacha Bron

    Mais bien sûr. Ils ont hacké la caméra des Zoom... Qu'est-ce qu'on entend pas...

  • sherazade

    "A force de mémoriser le mot « crabe », il sait « l’écrire » quand
    apparait l’image du crabe. Sait-il écrire pour autant ? Non. Sait-il
    lire le mot crabe ? Non, il le reconnaît."
    C'est le principe même de la méthode "globale" qui est utilisée pour apprendre à lire est à écrire en France…

    • marboeuf

      Résumer la méthode globale ainsi est un peu court...
      De toute façon, aucune inquiétude à avoir, sherazade : la méthode globale pure n'est plus utilisée depuis des lustres en France, contrairement au grand fantasme national ! La syllabique pure un peu plus, mais pour l'essentiel les méthodes sont mixtes.

  • mit

    Je signale que ce même Negroponte a déjà sévi en France sous le "pontificat" de Fabius où on lui avait fait un pont financier royal pour lancer quelques idées creuses et coûteuses qui n'ont mené à rien, sauf peut-être à inspirer le plan "informatique pour tous" aussi dispendieux qu'inutile.

  • Pingback: Non, les enfants éthiopiens n'apprennent pas à lire seuls avec des ... - Francetv info (Blog) | L'enfant dans les médias | Scoop.it()

  • Hubertguillaud

    Intéressant d'essayer de comprendre pourquoi Negroponte plonge dans ces extrêmes : http://www.internetactu.net/2012/10/17/linnovation-educative-une-question-economique/

    • marboeuf

      "Après plusieurs années de déploiement, les résultats des élèves n’ont pas été transformés par l’usage de l’informatique.Si la distribution des ordinateurs a eu un effet positif sur les compétences cognitives des élèves (particulièrement sur l’usage des ordinateurs), elle n’a pas eu d’impact significatif sur leurs connaissances scolaires, que ce soit en math ou en espagnol. La conclusion qu’en tiraient les auteurs de l’étude IZA c’est que l’ordinateur seul ne suffit pas à relever le niveau, s’il n’est pas accompagné d’une formation des professeurs et d’une meilleure intégration dans les programmes scolaires."
      Voilà qui devrait plaire à Yann Guegan, ces propos ne sont pas ceux d'un prof... 😉

  • http://twitter.com/yannguegan Yann Guegan

    Bonjour,

    Comme beaucoup de réactions corporatistes à l'article que j'ai publié, vous partez du principe que l'objectif est de *remplacer* les professeurs par des tablettes ou des ordinateurs, ce qui est absolument faux. 

    Ce que vous passez sous silence dans votre note, c'est que les enfants dans cette expérience n'avaient pas accès à l'école (comme 100 millions d'enfants dans le monde), ni même d'adultes maîtrisant la lecture dans leur entourage. 

    Par ailleurs Negroponte lui-même reconnaît que l'expérience ne permet pas de conclure définitivement sur la possibilité d'un auto-apprentissage de la lecture par ce biais (ce que vous ne rappelez pas, là non plus), mais qu'elle permet de réfléchir à notre rapport à l'apprentissage, et à la façon

    On le sent bien dans votre texte : la défense corporatiste du statut de l'instituteur passe avant tout, avant la réflexion sur le fond ou même la simple honnêteté intellectuelle. D'autres pédagogues se heurtent au même mur...

    D'accord avec vous cependant que les critiques récurrentes contre OLPC manquaient à l'article dans sa version initiale, c'est pour ça que je l'ai modifiée en ajoutant un lien vers une synthèse de ces dernières. 

    • marboeuf

      (Précisons ici que Yann Guegan est l'auteur de l'article de rue89)
      Cher Yann, 
      1. Je ne passe rien sous silence, puisque je renvoie à votre article.
      2. Je ne pars pas du tout du principe qu'il faut remplacer les profs par des tablettes, relisez bien mon billet. "Apprendre à lire sans prof", en revanche, est bien le titre de votre article.
      3. Parmi toutes les critiques faites à ce projet, et elles sont nombreuses, la mienne, PARCE QU'ELLE est celle d'un enseignant, est forcément corporatiste ?... Le monde, fut-ce le monde des enseignant (si tant est qu'il existe), n'est pas binaire... 
      4. Puisque vous parlez d'honnêteté intellectuelle, munissez-vous de celle qui vous a fait défaut pour titrer "Apprendre à lire sans prof ? Les enfants éthiopiens y arrivent" alors que vous soulignez vous même que Negroponte n'est sûr de rien, et relisez le post avec attention : il est argumenté et raisonné. Vous devez d'ailleurs ne pas l'avoir bien lu pour dire que je ne rappelle pas les réserves de Negroponte...
      5. Faites donc un peu confiance aux profs : ce sont des professionnels de l'éducation, de l'enseignement, des apprentissages, et ils savent ce qu'est apprendre à lire... Ce n'est certainement pas ce que Negroponte propose pour le moment.
      6. Par ailleurs, je suis tout à fait d'accord sur le fait que l'école ne laisse pas assez de place à l'auto-apprentissage, mais a tendance à brider la créativité des élèves. Vous voyez, il suffisait de demander.
      Cordialement,
      Lucien Marboeuf

      • http://twitter.com/yannguegan Yann Guegan

        C'est un détail, mais je n'ai pas modifié mon article suite à votre note, mais plus tôt, après qu'on m'a signalé d'autres liens critique sur OLPC -- un aspect qui aurait dû figurer dès la version initiale de l'article. 

        Pour ce qui est du titre, je le voulais provocateur (de ce côté là, c'est réussi au-delà de mes espérances...) mais il est effectivement excessif. On va le modifier pour ne pas laisser penser que les enfants en question sont parvenus à un apprentissage complet de la lecture.

        Content par ailleurs que vous évoquiez "la créativité des élèves", puisque c'est bien de ça qu'il s'agit, et non d'un hypothétique remplacement des instits par des ordinateurs, comme, je persiste à le dire, tout le laisse penser dans votre note. 

        D'où mon accusation de corporatisme -- il y a quand même un côté "commençons par défendre les profs avant de réfléchir plus avant et de s'apercevoir que de profs, il n'y en a tout simplement pas dans cette histoire"... 

        • marboeuf

          Et bien cher Yann, ravi donc que vous ayez changé votre titre suite à mon billet ! 😉
          Mais permettez-moi de vous dire que le nouveau titre est tout aussi erroné que le précédent : "Apprendre à lire sans prof ? Les enfants éthiopiens s'y emploient", induit d'une part une démarche volontariste chez les enfants éthiopiens (ce qui est d'autant faux que c'est l'inverse que prône Negroponte), d'autre part persiste à énoncer que les enfants éthiopiens parviennent peu ou prou à lire (ce que mon billet, mais aussi de très nombreux articles et même commentaires sur votre article invalident sans difficulté), enfin contient toujours l'idée que l'objectif est de se passer de prof (en quoi il ne faut pas s'étonner de réactions typiques de cette engeance).
          Etant instit, je pinaillerai aussi sur l'utilisation de l'article défini "les", qui laisse à penser que tous les enfants éthiopiens s'emploient, et auquel j'aurais préféré l'article indéfini "des", plus correct car moins généralisant.
          Enfin, sur ce fameux corporatisme, je persiste moi à vous conseiller de laisser de côté les clichés, vous découvrirez un monde comportant beaucoup de zones de gris en lieu et place du noir et blanc...

  • Pingback: Non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes | Numérique, éducation, game design, tice | Scoop.it()

  • Pingback: Non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes | Gestion des connaissances | Scoop.it()

  • Pingback: Non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes | Éducation, TICE, culture libre | Scoop.it()

  • Bastien

    Bonjour,

    je suis volontaire pour l'association OLPC France.  Comme d'autres volontaires, je suis un peu gêné par le coup de projecteur que cette « nouvelle » place sur OLPC, et par les différentes réactions, plus ou moins informées, qu'elles soit positives ou négatives.

    Il y a en gros trois groupes d'acteurs dans ce qui se passe réellement avec OLPC : la fondation OLPC, la « communauté » OLPC, et les gouvernements qui ont acheté des ordinateurs.

    Les gouvernements font ce qu'ils veulent des ordinateurs : ils ne sont pas obligés d'adopter une direction pédagogique plutôt qu'une autre.  De fait, ils se tournent souvent vers OLPC parce qu'ils sont ouverts à des démarches pédagogiques « plurielles », mais aucun ne remet en cause le travail ni le statut des enseignants.  Au contraire, OLPC est souvent un moyen de valoriser le statut des enseignants, en leur donnant aussi accès à des ordinateurs (oui : les enseignants des pays pauvres n'ont pas d'ordinateurs.)

    La « communauté » OLPC, ce sont des développeurs et des enseignants qui s'impliquent dans la conception d'activités (voir http://activities.sugarlabs.org), des associations indépendantes comme OLPC France, et bien d'autres ONG qui pilotent des déploiements de tailles variées.  Par exemple OLPC France pilote un déploiement d'environ 200 élèves dans un village à Madagascar, et tout notre travail est centré sur l'accompagnement des enseignants (voir http://olpc-france.org/blog/category/nosy-komba/ ).

    Il y a enfin la fondation OLPC, qui construit l'ordinateur (le "XO") et porte l'idée OLPC, enracinée dans le travail du MIT.  Elle fait son job... les communautés autour d'OLPC et les gouvernements font le leur !  Non qu'il n'y ait pas de liens entre la fondation et les commnuautés, mais les propos souvent provocateurs de Negroponte ne reflètent pas le travail de terrain de toutes les personnes impliquées dans les projets OLPC.

    OLPC sera toujours un échec, car aucun outil technique, fût-il un ordinateur, ne peut de lui-même changer l'éducation.  Mais OLPC est déjà une réussite car les initiateurs du projet ont eu la bonne idée d'en faire un projet communautaire, où différentes idéologies se côtoient, se confrontent au terrain, et essaient ensemble de faire progresser les conditions de l'éducation.

    Je peux vous dire que la quantité d'efforts demandée sur les terrains nous rend vraiment modestes par rapports aux objectifs visés... mais c'est peut-être justement parce que les choses avancent très lentement qu'elles ont une chance d'avancer dans la bonne direction.

    Sur ce, amis journalistes et enseignants, réconciliez-vous !

    Quelques liens :

    http://lumiere.ens.fr/~guerry/un-ordinateur-par-enfant-a-nosy-komba.html
    http://lumiere.ens.fr/~guerry/olpc-mobility-through-the-community.html
    http://soundcloud.com/bzg/bastien-guerry-olpc-symbiose-5
    http://www.olpcnews.com/commentary/press/dreaming_again_with_one_laptop.html

    • marboeuf

      Bonjour Bastien, vous faites bien de rappeler que derrière la vitrine OLPC de Negroponte, il y a des volontaires de bonne foi qui s'impliquent bénévolement dans un réel souci social et humanitaire. Bien évidemment mon billet ne visait nullement les bénévoles comme vous, mais les caricatures de Negroponte que vous-même regrettez, et le sensationnalisme d'un certain journalisme prêt à tout pour attirer le lecteur.
      Vous faites également bien de distinguer la communauté OLPC, la Fondation OLPC, et il faudrait même ajouter l'Association OLPC. La communauté OLPC étant la base humanitaire du projet dont vous faites partie.
      Cela dit, il est tout de même difficile d'isoler l'action sur le terrain de la politique globale d'OLPC, qui est de distribuer des ordinateurs à des enfants pauvres. Vous êtes porteur du versant pédagogique du projet, certes, mais il est possible de le mettre en oeuvre uniquement une fois que des centaines de millions de dollars ont été dépensés par des gouvernements pour les tablettes OLPC... Des sommes qui vont directement dans les poches des fabriquants de tablettes et qui pourraient être dépensées différemment (je vous renvoie aux propos de Toyoma et d'autres). L'énergie et les compétences que les bénévoles mettent au service d'OLPC trouveraient sans doute d'autres terrains d'expression tout aussi fertiles...
      Par ailleurs, il est évident que l'utilisation de l'outil informatique pour apprendre est d'un grand intérêt. Bien que nous non plus ne disposions pas d'un nombre suffisant d'ordinateurs dans nos écoles (la France a un taux d'équipement parmi les plus faibles d'Europe), nous sommes nombreux à utiliser cet outil dans nos classes, notamment pour les élèves en difficulté. Et je pense, comme beaucoup, qu'on pourrait faire plus, et mieux, avec ces outils.
      Amicalement,
      LM

      • bzg

        Bonjour, merci pour votre réponse.  Je serais d'accord avec vous si ça se passait exactement ainsi.  Mais il y a trois faits à prendre en compte.

        1) D'abord ce n'est pas toujours l'argent des gouvernements qui paie directement les XO, c'est souvent un montage avec des banques de développement, qui « flèchent » leurs dépenses et en consacrent de toutes façons au numérique dans l'éducation.  (2) L'autre fait c'est que, depuis qu'OLPC a lancé la mode des ultra-portables (rappelons-nous que le XO existait avant le premier Asus de ce genre... l'histoire va vite), de grands constructeurs ont lancé des modèles : le classmate d'Intel fut le premier du genre, le BicTab est le dernier né.  Ces grands constructeurs sont *aussi* sur ces marchés : il faut être à Haïti et voir une pub pleine page pour le Classmate dans les écoles pour le croire.  Donc les pays se retrouvent avec la possibilité de faire des projets pour emprunter de l'argent auprès des banques de développement, argent à dépenser pour du matériel scolaire numérique. (3) Enfin, les gouvernements qui se lancent dans l'aventure en font un projet global, dont les buts indirects sont de renforcer les infrastructure électriques et Internet.  Voir ce qui a été fait en Uruguay, où un réseau de coopératives a émergé autour de ces questions à l'occasion du plan Ceibal.

        Personnellement, je préfère largement que cet argent aille à une ONG comme OLPC (oui, c'est une *vraie* ONG à but non lucratif), qui propose un modèle robuste, des idées nouvelles, un système d'exploitation libre et un support communautaire, plutôt que vers des projets à base de hardware fermé, de software fermé, et de systèmes de support payants.  On parle souvent de l'échec, en général, d'OLPC, mais quid du projet Magellan au Portugal ?

        A suivre.

  • http://twitter.com/hubertguillaud hubert guillaud

    "Si les enfants d’Ethopie apprennent à lire sans école, qu’est-ce qu’ils nous disent des enfants de New York qui n’apprennent pas à lire, même avec des écoles ?” dit Nicolas Negroponte. 
    Quand bien même les enfants montreraient qu’ils sont capables d’appredre à lire par eux-mêmes, est-ce que cela peut justifier de remplacer des politiques éducatives “en dur” par des tablettes ?
    La radicalité du propos de Nicolas Negroponte s’explique peut-être par l’échec relatif de l’OLPC. Lancé en 2005 et malgré plus de 2,5 millions d’ordinateurs livrés aux enfants de plus de 40 pays (pour l’essentiel des pays en développement), l’OLPC n’a pas fait la démonstration de son efficacité.Une étude indépendante (.pdf) menée par cinq économistes de la Banque interaméricaine de développement soulignait, début 2012, qu’au Pérou par exemple, le déploiement massif d’OLPC n’avait pas eu les effets escomptés. Après plusieurs années de déploiement, les résultats des élèves n’ont pas été transformés par l’usage de l’informatique.Si la distribution des ordinateurs a eu un effet positif sur les compétences cognitives des élèves (particulièrement sur l’usage des ordinateurs), elle n’a pas eu d’impact significatif sur leurs connaissances scolaires, que ce soit en math ou en espagnol. La conclusion qu’en tiraient les auteurs de l’étude IZA c’est que l’ordinateur seul ne suffit pas à relever le niveau, s’il n’est pas accompagné d’une formation des professeurs et d’une meilleure intégration dans les programmes scolaires.
    Mais Nicholas Negroponte a pu faire une autre lecture de ce mauvais bilan. Finalement, si le programme OLPC a eu un impact limité, c’est peut-être parce que les professeurs n’ont pas suffisamment intégré les capacités de ces machines dans leurs enseignements. Pour lui, visiblement, c’est la structure de l’école plus que la machine qui est en cause. Certes, là où il n’y a rien, un ordinateur est une meilleure réponse que le vide. Mais est-ce une réponse bien structurante ? Certes, livrer des ordinateurs ou des iPad coûte moins cher que de payer des professeurs et bâtir des écoles, mais pour quelle pérennité éducative ? J’ai bien peur que Nicholas Negroponte, sous des dehors altruistes, se fourvoie. En tout cas, il piétine les objectifs d’une éducation pour tous promus par l’Unesco depuis nombre d’années, pour qui il n’y a pas d’éducation sans écoles, sans enseignants, sans construction d’une structure éducative adaptée.
    A défaut de faire la démonstration de leur apport éducatif, cet exemple montre bien que la question économique est au coeur de la question scolaire et que plus que renouveler l’apprentissage, les nouvelles technologies remettent en question l’économie même de l’éducation… Les TICs offrent une solution d’apprentissage qui n’est pas plus parfaite que l’éducation traditionnelle, mais qui risque bien de déstabiliser en profondeur le modèle scolaire que nous connaissions jusqu’alors, en proposant une offre censée être plus économique (même si Matt Richtel, encore, a montré que les économies n’étaient peut-être pas aussi évidentes que les tenants de l’électronique à l’école l’affirmaient : voir “Education et nouvelles technologies : y croire ou ne pas y croire ?”).http://www.internetactu.net/2012/10/17/linnovation-educative-une-question-economique/

  • Pingback: Non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes! | Profencampagne - Le blog education et autres... | Scoop.it()

  • Pingback: Les tablettes en classe… La réflexion continue « Le blog de Philippe Liria()

  • Pingback: Les tablettes en classe… La réflexion continue « Le blog de Philippe Liria()