Supprimons, moussaillon !


Ça y est, c’est officiel et c’est sorti avec le vote de la loi de finance ! Vlan, -16 000 postes dans l’éducation nationale en 2011 ! Soyons précis : dans le primaire, 8 967 postes d’enseignants seront supprimés l’année prochaine. Heureusement, le service après vente des RH de l’éducation nationale est là pour nous expliquer que c’est normal : il y a plus de profs et moins d’élèves qu’il y a 10 ans, nous dit-on. Et puis surtout, parmi les postes supprimés figureraient 5 600 postes d’enseignants qui ne sont pas devant les élèves (bande de planqués !).

Bien.


- d’abord, rappelons que c’est la 4ème année consécutive que le gouvernement supprime des postes ; on en est à 50 000 depuis 2007 ;

- le nombre d’élèves ne baisse pas tant que ça : en 2011 il y aura 8 900 élèves de plus que cette année uniquement dans le primaire;

- si 5 600 enseignants « sans classe » voient leur poste supprimé, il reste donc 3 367 classes qui vont être purement et simplement fermées

- quant aux 5 600 escrocs d’enseignants qui restent bien cachés pour ne surtout pas être face aux élèves, il faut savoir que sont comptabilisés ici : les enseignantes enceintes, les congés longue maladie (ben oui, bizarrement certains enseignants tombent en dépression ou se cassent une jambe), les enseignants qui n’ont pas de classe « à eux » mais sont détachés auprès d’autres classes (intervenants en anglais par exemple, il en reste quelques-uns…)…

- … et surtout, les instits remplaçants ! Ceux-là même qui peuvent prendre une classe quand, admettons, une maîtresse chope la grippe (figurez-vous qu’en plus ces gens-là tombent malades !). Ah mais oui, nous disent les RH, mais ces remplaçants ne sont utilisés qu’à 70 % ! Ce qui fait 30 % qui ne servent à rien ! Nuance : ils servent TOUS à quelque chose, mais pas tout le temps.


La conséquence, on la sent chaque année un peu plus dans les écoles : quand un collègue est arrêté (généralement il est venu malade les jours précédents, mais là il ne peut vraiment plus), il n’y a plus grand monde de disponible pour le remplacer. Alors les élèves de sa classe n’ont pas cours (vu le programme, on n’a pas besoin de ça), et sont répartis dans les autres classes. Du coup, les autres classes sont surchargées, avec des élèves en plus dont il faut s’occuper un minimum, et les siens pour lesquels il faut continuer à avancer dans des conditions fatalement moins bonnes.


Mais j’y pense, vous qui avez des enfants, vous avez bien dû constater par vous-même que depuis la rentrée, il y a eu plus d’un jour non travaillé à l’école, la faute à ces instits-malades-non-remplacés…

Mais vous savez ce qui me fiche le plus en l’air quand je vois ces chiffres ? Ces suppressions de poste constituent la plus grande partie du travail du ministère de l’éducation nationale. Pas grand-chose de plus ne viendra avant plusieurs mois, l’essentiel est fait : des économies.


Pour le reste, débrouillez-vous, enseignants (et élèves donc).


P.S. : j'ajoute un lien vers ce blog qui nous explique que les recteurs les plus zélés touchent une prime de 6 840 € "tenant compte de la manière de servir et des objectifs atteints", notamment en matière de suppression de postes...


Nota du 12/01/2011 : je suis tombé sur ce lien, qui chiffre précisément les choses à la rentrée 2009 (je cherche toujours les chiffres 2010-2011) : le potentiel enseignant en responsabilité d'une classe est de 83,07 % des emplois. Le reste représente environ 52 000 emplois. Parmi ces emploi, plus de 25 000 sont répartis entre :

- les  enseignants chargés de la prévention et du traitement des difficultés  scolaires (dont RASED) : 12 918,5 emplois ;

- les  enseignants qui accueillent les primo-arrivants : 920,75 emplois ;

– les  enseignants affectés à la scolarisation des enfants malades ou handicapés, hors classe d’inclusion scolaire et classe d’adaptation : 4102 emplois ;

- les  enseignants affectés à l’enseignement à l’extérieur des écoles : 1 987,5  emplois ;

- les  conseillers pédagogiques : 3 618,25 emplois ;

- les  personnels en situations diverses (MAD, fonctions exceptionnelles,  PACD/PALD, décharges syndicales) : 1 783,5 emplois.


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